‹ La pression barométriqueChapitre 1 sur 191 · G. MASSON, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

G. MASSON, ÉDITEUR

LIBRAIRE DE l’aCADÉMIE DE MÉDECINE

BOULEVARD SAUIT-CERMAIK, ES FACE DE l’ÉLOLE DE UÉDECISE

M DCCC LXXVltl

t Jî

A M. LE DOCTEUR JOURDÂNET

Mon cher Confrère,

Cest à vous que je dois, avec l'idée première de ce travail, les moyens matériels de l'exécuter, moyens matériels si difficiles à rassembler. T ai été bien heureux de voir r expérimentation physiologique , sur un des points les plus importants de ces études, confirmer entièrement la théorie que votre sagacité avait déduite de nombreuses observations pathologiques recueillies sur les hauts plateaux: mexicains. A tous ces titres , je devais vous dédier ce livre, et je le fais avec d'autant plus de plaisir que vous êtes de ceux qui rendraient aux natures les plus ingrates la reconnaissance légère à porter.

Paul Dert.

PRÉFACE

L’influence considérable que peuvent exercer sûr les êtres vivants les modifications dans la pression barométrique, n’est mise en doute par personne; on est même disposé à en exagérer l’importance. Que la colonne du baromètre monte ou baisse de quelques millimètres, les gens nerveux, les asthmatiques éprouvent des phénomènes favorables ou fâcheux qu’ils ne manquent pas d’attribuer à la lourdeur ou à la légèreté de l’air. Si c’était cette cause qu’il fallut incriminer, une promenade des bords de la Seine au sommet de la butte Montmartre, ou réciproquement, devrait, chez les mêmes personnes, produire de semblables résultats.

Mais en dehors de cet ordre de faits, sur lesquels je reviendrai dans un instant, il en reste, et de nombreux, qui présentent un intérêt bien plus considérable, et qui méritent qu’on s’attache à leur étude avec persévérance.

S’agit-il de l’augmentation de pression? Lorsque, dans les puits de mine ou dans les tubes destinés à devenir des piles de pont, des ouvriers travaillent, protégés contre l’enva-

PRÉFACE

hissement des eaux par l’air comprimé à plusieurs atmosphères que lancent de puissantes machines, ils éprouvent, pendant ou après leur séjour dans l’air comprimé, des accidents singuliers et parfois redoutables. De même, les plongeurs qui s’en vont, munis de scaphandres et respirant un air dont la pression est mesurée par la profondeur à laquelle ils s’enfoncent, recueillir les perles, les éponges, le corail, ou tenter le sauvetage de navires submergés, sont fréquemment frappés de paralysie ou de mort. D’un autre côté, la thérapeutique, s’emparant d’observations déjà anciennes, a, depuis Junod, Pravaz et Tabarié, tenté d’utiliser, non sans d’importants succès, l’influence de l’air assez faiblement comprimé.

S’agit-il de la diminution de pression? Nous pouvons citer tout d’abord les accidents qui menacent les aéronautes lorsque leur course verticale les entraîne à des hauteurs qui dépassent 4000 mètres : nausées, vertiges, hémorrhagies, syncopes; puis, les phénomènes connus depuis bien plus longtemps de tous ceux qui ont tenté au-dessus de 5 à 4000 mètres les ascensions de montagnes, ce mal des montagnes^ sur la cause duquel ont été émises tant et de si étranges hypothèses. Enfin, nous rencontrons ici des faits d’une importance bien autrement grande. Il ne s’agit plus, en effet, de quelques ouvriers, de quelques malades, de quelques touristes, mais bien de populations entières qui, normalement et régulièrement, vivent, construisent des villes, se groupent en peuples, sur ces hauts lieux où des sensations pénibles et parfois insupportables attendent le voyageur.

On sent qu’ici, le problème qui nous occupe touche nonseulement à l’hygiène des peuples, mais jusqu’à un certain point à l’histoire et à la politique. Dans l’Himalaya, dans la

PRÉFACE

Cordillère des Andes, des cités populeuses sont bâties à des hauteurs qui dépassent celle de notre Mont-Blanc, où personne n’échappe complètement au mal des montagnes; au Mexique, des milliers d’hommes habitent, à une altitude moyenne de deux mille mètres, les plateaux de l’Anahuac; les grandes civilisations des xMayas et des Nahuas ont eu leur maximum de développement entre 2 et 4000 mètres au-des sus du niveau de la mer.

Le lecteur peut voir, par ce rapide coup d’œil, à quels intérêts de premier ordre touche la question à l’étude expérimentale de laquelle je me suis consciencieusement appliqué.

Il trouvera par suite tout naturel que de pareils phénomènes aient été l’occasion de publications nombreuses, de la part des médecins ou des voyageurs ; mais il s’étonnera sans doute qu’on ait si peu tenté, pour en éclairer la cause, dans le domaine de l’expérience en laboratoire. L’idée la plus simple aurait dû être, ce semble, de construire des appareils permettant de reproduire les modifications dans la pression barométrique, en lés isolant des conditions secondaires, annexes, qui les accompagnent fatalement dans l’état dénaturé, et d’examiner sur l’homme, sur les animaux, les résultats immédiats de ces modifications. Or, on a très-peu fait dans cette direction. En revanche, nous rencontrerons en grand nombre les observations incomplètes, les dissertations prétentieuses, les explications vraisemblables ou absurdes.

Je me suis proposé pour but de combler cette considérable^ lacune, et de résoudre par voie purement expérimentale ce^ importants problèmes.

En prenant ainsi position sur ce terrain solide, j’ai dû laisser systématiquement de côté trois ordres de questions qyi ne pouvaient être attaquées dans le laboratoire, et pour les-

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quelles, par suite, les conditions certaines de la preuve ne pouvaient être rassemblées; c’est à savoir : les oscillations quotidiennes du baromètre, les applications thérapeutiques, l’acclimatement sur les hauts lieux.

Je regrette peu la première question, qui ne me paraît même pas appartenir à notre sujet d’études. Les légères modifications dans la pression de l’air que révèle, en un lieu donné, la colonne barométrique, sont accompagnées de trop d’autres phénomènes météorologiques (hygrométriques, électriques, etc.), pour qu’on puisse déterminer la part, à coup sur bien minime, qui leur revient dans la manière d’être de certains malades.

Quant aux deux autres questions, je me suis beaucoup servi des faits observés par les auteurs qui s’en sont occupés, et je pense que mes propres études ne seront pas inutiles pour guider les médecins et les hygiénistes au milieu des innombrables difficultés qu’elles soulèvent. Mais je ne les ai pas abordées directement, non-seulement à cause de mon incompétence médicale, non-seulement parce que les expériences de laboratoire sur les oiseaux, les chiens, voire même les hommes, ne pouvaient guère permettre de les résoudre, mais encore pour une raison spéciale et en quelque sorte personnelle.

Lorsque, il y a de cela huit ans, M. le docteur Jourdanet, très-connu pour ses remarquables études sur la climatologie du Mexique et pour sa théorie de Vanoxyhémie des altitudes, vint m’offrir — avec une générosité dont je voudrais que les résultats de mes travaux fussent une digne récompense — de mettre à ma disposition tous les moyens matériels qu’exigeraient des recherches dont j’avais publiquement*, en 1868,

‘ Voir mes Leçons sur la Physiologie comparée de la respiration; Paris, 1870, pages 121-150.

PRÉFACE. V

indiqué l’importance et la difficulté, il fi’établit entre nous une sorte de convention tacite. Je devais me borner à étudier, expérimentalement, dans le laboratoire, à l’aide de mes instruments, les modifications que des changements de la pression barométrique apporteraient dans les manifestations vitales des animaux ou des végétaux. Quelle que fût l’ampleur de mon outillage expérimental, ces changements ne pouvaient bien évidemment être de longue durée, en telle sorte que, pour qu’ils produisissent des effets évidents, il fallait de toute nécessité qu’ils fussent considérables. C’est là, du reste, le propre des expériences de laboratoire.

M. Jourdanet se réservait légitimement l’étude des effets que peuvent produire des variations barométriques légères, mais s’exerçant soit pendant un temps encore assez bref sur des malades — réactif dont l’exquise délicatesse fera toujours un peu peur aux expérimentateurs, — soit pendant des années sur les mêmes individus, ou des siècles sur les générations successives, mêlant ainsi son action à celles de tant de causes connues ou inconnues : périlleux problèmes, mais bien propres à séduire un esprit ardent et sagace, servi par une plume éloquente.

Nous avons tous les deux accompli notre tâche : depuis deux ans déjà, M. Jourdanet a publié son beau livre de l’/«fluence de la pression de l'air sur la vie de l'homme : climats d'altitude et climats de montagne^.

Quant à moi, retardé par des luttes extra-scientifiques, arraché trop souvent à mon laboratoire par la sévérité des devoirs civiques, j’apporte seulement aujourd’hui les résultats mis en ordre de mes longues recherches.

‘ Paris, G. Masson, 1875. — 2* édition, 1876.

PREFACE

Le présent livre qui, si je ne me fais illusion, a de quoi intéresser non-seulement les physiologistes, mais les médecins, les ingénieurs, les voyageurs même, se divise en trois parties : historique, expériences, conclusions.

J’ai apporté à la rédaction de riiistorique les soins les plus minutieux. Je me suis efforcé de réunir tout ce qui a été écrit sur le sujet de mes études. Il m’a semblé qu’il y aurait grand intérêt pour le lecteur à avoir ainsi sous les yeux toutes les pièces du procès, avec l’infinie variété des récits, leurs contradictions fréquentes, et souvent aussi leurs répétitions instructives. J’ai cru devoir prendre le parti de rapporter textuellement les paroles des auteurs cités: je me suis défié des analyses même les plus consciencieuses; il m’est arrivé de voir plusieurs fois, dans mes recherches bibliographiques, les affirmations d’un auteur transformées en négations par une série de traductions et d’analyses. Du reste, des chapitres de résumé et de critique reposent l’esprit du lecteur; mais du moins chacun des faits qui y sont affirmés trouve sa preuve dans les extraits qui précèdent.

Dans la deuxième partie se trouvent rapportées mes expériences personnelles. Les titres des chapitres indiquent suffisamment l’ordre dans lequel j’ai conçu leur exposition. Un coup d’œil jeté sur la table des matières montre qu’après avoir étudié directement l’influence des changements dans la pression barométrique, j’ai consacré quelques chapitres à des recherches nouvelles sur l’action physiologique de l’acide carbonique, sur l’asphyxie, sur les gaz du sang. Le lecteur verra, en les parcourant, que je ne me suis pas autant écarté de mon sujet que pourrait le faire supposer ce simple énoncé; les nombreux renvois que je fais, dans mes conclusions, à cette partie de mon livre, en donnent une preuve évidente.

PHÉFACE.

J’ai, dans la rédaction des expériences, qui sont au nombre de six cent soixante-dix environ, employé la méthode énumérative ; toutes celles qui m’ont paru présenter de l’intérêt ont été exposées tout au long. Cette méthode a pour avantages d’abord de fournir la preuve de toutes les affirmations, ensuite de permettre parfois au lecteur de trouver dans le récit des expériences ce que l’auteur n’y a pas vu luimême. Des résumés annexés à chaque chapitre facilitent d’ailleurs la connaissance rapide des résultats obtenus. Je dirai, enfin, que sur chaque point, les expériences sont énumérées suivant leur date d’exécution ; on peut ainsi tenir compte des observations qui ont échappé au début des recherches, des perfectionnements réalisés par l’expérimentateur, et, par suite, de la valeur sans cesse décroissante des causes d’erreurs.

Enfin, la troisième partie est intitulée : Faits récents, résumé et conclusions. J’y reprends d’abord l’historique que j’avais, dans la première partie, amené seulement jusqu’à mes propres travaux. Puis, je tire les conclusions de toutes mes séries de recherches. On verra qu’ici, ma convention avec M. Jourdanet n’a pu être exécutée dans toute sa rigueur, et que je n’ai pu m’empêcher de faire quelques incursions sur le domaine qui lui était réservé.

Le chapitre 111 et dernier, qui a pour titre : Conclusions générales, ne contient que trois pages. Puisse cette sobriété dans le résumé me faire pardonner les onze cent cinquante pages qui m’ont paru nécessaires pour y conduire le lecteur ! Je laisse à d’autres le soin délicat de décider si cette antithèse prête à la critique ou à l’éloge. Je me bornerai, plaidant du moins les circonstances atténuantes, à rappeler que l’Institut m’ayant fait l’honneur, en 1875, sur le rapport de l’Aca-

PRÉFACE

démie des sciences, de décerner à mes travaux le grand prix biennal*, il m’a semblé qu’il était de mon devoir de n’épargner ni temps ni peine pour rendre leur publication plus digne de cette haute récompense.

Je dois, avant de terminer cette préface, remercier MM. Gréhant et Dastre, mes suppléants dans la chaire de physiologie de la Faculté des sciences, M. le D”’ Jolyet, sousdirecteur du laboratoire, et M. Paul Regnard, préparateur du . cours, qui m’ont aidé dans mes recherches avec un dévouement affectueux.

Octobre 1877.

* Cette récompense de premier ordre est accordée, tous les deux ans, suivant les termes du décret constitutif, « à l’œuvre ou à la découverte qui aura le plus contribué à honorer ou à servir le pays » dans les dix dernières années, à tour de rôle, pour chacune des branches des connaissances humaines représentées par les cinq classes de l’Institut.

Le prix triennal, par le décret du 14 avril 1855, a été décerné à M. Fizeau, en 1856; il n’a été triennal qu’une seule fois, et par décret du 22 décembre 1860, sur la demande de l’Institut, il est devenu biennal et a été depuis ainsi accordé :

A MM. Thiers (Académie française), 1861.

— Jules Oppert (Académie des inscriptions et belles-lettres), 1865.

— Würtz (Académie des sciences), 1865.

— Félicien David (Académie des beaux-arts), 1867.

— Henri Martin (Académie des sciences morales et politiques), 1869.

— Guizot (Académie française), 1871.

— Mariette-Bey (Académie des inscriptions et belles-lettres), 1875.

— Paul Bert (Académie des sciences), 1875.

— Chapu (Académie des beaux-arts), 1877.

{Note de Véditeur.)

PllEMlÈRE PARTIE

HISTORIQUE

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