GAZ DD SAXG : PRESSION AUGMENTÉE
accidents observés chez les hommes et les animaux soumis à de hautes pressions ne peuvent en rien être attribués à l’intervention de l’acide carbonique. Nous aurons à revenir sur ce fait.
Que si maintenant nous nous demandons comment il se fait que l’acide carbonique diminue pour les pressions trèsbasses, sans augmenter pour cela au-dessus d’une atmosphère, la réponse est assez difficile à faire. Je me suis cependant arrêté à l’explication suivante.
Les échanges respiratoires ne se font pas, comme on le dit dans le langage courant, entre le sang des poumons et l’air de l’atmosphère. S’il en était ainsi, cet air, ne contenant que des traces minimes d’acide carbonique, jouerait à l’endroit du sang, par rapport à ce gaz, le rôle du vide, et il n’en resterait dans le sang qu’une quantité très-faible. Mais les échanges se font entre le sang veineux et l’air des vésicules pulmonaires. Or, j’ai trouvé autrefois ‘ que cet air, même après une inspiration, contient encore de 6 à 8 pour 100 d’acide carbonique. M. Gréhant^ qui a fait plus tard la même recherche par un procédé tout différent du mien, est arrivé à un résultat aussi voisin de celui-ci qu’on peut le désirer en semblable matière. G’est donc la présence normale de cette proportion importante de l’acide carbonique dans l'air des alvéoles qui en maintient dans le sang la quantité habituelle ; ce gaz se crée ainsi à lui-même son propre obstacle, et l’on conçoit aisément comment une ventilation pulmonaire exagérée, diminuant la proportion du CO® dans l’air des alvéoles, la diminue en même temps dans le sang (voy. plus haut, p. 626).
Get acide carbonique qui demeure ainsi dans les poumons représente l’excès régulier de l’acide carbonique formé dans nos tissus sur celui qui est exhalé par la trachée. Cette quantité ne devra donc pas varier, si rien n’est changé dans les conditions de la nutrition et de la ventilation pulmonaire. Or, ce paraît être le cas lors de la respiration dans l’air com-
* Leçons sur la physiologie de la respiration, p. 161.
- Comptes rendus de la Société de Biologie pour 1871, p. 61 ^
EXPÉRIENCES
primé, au moins pour ce qu’il y a de grossier et d’apparent dans les phénomènes. Si donc il se produit pendant le même temps la même quantité de C0% la quantité qui en restera dans l’air des poumons sera la même; mais comme cette quantité est comprimée, son volume diminue èn sens inverse de la pression, et il est clair qu’alors sa proportion centésimale dans l’air des poumons, dont le volume total ne change pas, diminuera de même que le volume. Ainsi, un animal dont l’air des poumons, à la pression normale, contenait 6 pour lÛO de CO®, n’en contiendra que 3 pour 100 à 2 atmosphères, que 2 pour 100 à 3 atmosphères, que 1 pour 100 à 6 atmosphères, etc.
Or, la pression exercée par cet acide carbonique sur l’acide carbonique du sang ayant évidemment comme mesure le produit de la proportion centésimale par la pression barométrique, sera exprimée dans les divers cas plus haut cités : à la pression normale, par 6x1 — 6; à 2 atmosphères, par 5x2=6; à 3 atmosphères, par 2x5 = 6, etc, c’est-àdire que sa valeur reste toujours la même. Il n’est donc pas étonnant que la richesse du sang en acide carbonique ne varie pas non plus.
Mais pourquoi diminue-t-elle lors des pressions très-faibles? Dans ce cas, même raisonnement, mêmes conséquences, ce semble. Mais ici la question se complique. D’abord, si nous supposons l’animal à demi-atmosphère, la proportion de l’acide carbonique du poumon s’élèvera à 12 pour 100; la richesse en oxygène de l’air des vésicules pulmonaires s’en appauvrit ainsi, et l’animal est entraîné à opérer une ventilation plus active ((ui, diminuant la tension 12X9 = 6, laisse sortir plus d’acide du sang.
Mais la raison principale est ailleurs que dans la diminution de la pression barométrique; nous verrons, en effet, p. 676, que la richesse en acide carbonique diminue dans le sang par le fait seul de la respiration d’un air moins riche en * oxygène. C’est donc dans les conditions chimiques de la formation de CO% conditions troublées, qu’il faut chercher la
GAZ Dü SANG : PRESSION AUGMENTÉE.
cause la plus importante de cette diminution. 11 en est sans aucun doute de même pour la diminution qui coïncide avec les pressions supérieures à 1 atmosphère.
o" Azote. — Pour ce dernier gaz, les choses doivent se passer et se passent, en effet, avec une grande simplicité. Comme il n’entre dans aucune combinaison, sa proportion dans le sang dépend uniquement de la pression; aussi les colonnes 5, 10, 14 du tableau XI, nous montrent qu’elle augmente considérablement. Nous verrons, en parlant des effets de la décomposition brusque, quelle importance présente cette quantité considérable d’azote.
Cependant, chose curieuse, il s’en faut de beaucoup que l’augmentation suive la loi de Dalton. En effet, à 5 atmosphères, par exemple, nous trouvons dans la colonne 5 le nombre moyen 6, au lieu de 11 qu’exigerait la loi de Dalton; à 10 atmosphères, celui de 10,4 au lieu de 22. Il y a ainsi environ moitié moins d’azote que ne le voudrait la loi. Cela est trèssaisissant dans le tracé Az de la figure 35, où la ligne droite indique ce qu’exigerait la loi.
Ce fait est très-instructif, parce qu’il montre à quel point est incomplète l’agitation intra-pulmonaire, àu moins aux pressions élevées. Or, les résultats fournis par l’oxygène déposent dans le même sens. En admettant que l’hémoglobine soit saturée chimiquement d’oxygène aux environs de la pression normale, la quantité d’oxygène dissous devrait être beaucoup plus forte aux pressions élevées que l’expérience ne l’indique. A 10 atmosphères, par exemple, ce n’est pas 23,4 p. 100 qu’il faudrait trouver, mais 29 environ. L’insuffisance du brassement de l’air dans le poumon doit être ici invoquée ; du reste, elle est évidente à la pression normale, puisque du sang extrait de l’artère s’enrichit toujours notablement en oxygène par l’agitation avec l’air. Nous allons voir qu’il en est de même pour les hautes pressions.
Tout ceci peut se résumer dans la phrase suivante : chez ranimai vivant, lorsque la pression barométrique augmente, l'oxygène aiigmente dans le sang artériel, mais avec une extrême
EXPÉRIENCES
lenteur; r azote augmente plus vite, mais pas autant, à beaucoup près, que le voudrait la loi de Dalton; quant à V acide carbonique, il diminue presque toujours.
SOUS-CHAPITRE IV
GAZ Dü SANG DANS i/aSPHYXIE COMPARÉE A LA DIMINUTION DE PRESSION.
Je crois avoir démontré, dans le premier chapitre, que les accidents et la mort dans Tair dilaté sont la conséquence de la faible pression de l’oxygène extérieur, et qu’il s’agit là, en somme, d’une simple asphyxie par privation d’oxygène.
S’il en est ainsi, on doit, dans le sang d’un chien soumis à l’asphyxie, retrouver l’appauvrissement, en gaz, du sang des chiens soumis à la décomposition.
Pour vérifier cette hypothèse, deux méthodes se présen-
Fig. 57. — Chien respirant de l’air contenu dans un sac de caoutchouc. A, B, flacons à eau potassée formant soupape, et servant à absorber l’acide carbonique.
taient : 1“ placer un animal dans un courant d’air de plus en plus pauvre en oxygène; 2° faire épuiser par l’animal une certaine quantité d’air, en se débarrassant, bien en-
GAZ Dü SA5G : ASPHYXIE.
tendu, de l’acide carbonique au fur et à mesure de sa formation.
La première méthode m’a paru impraticable. Pour mettre en usage la seconde, j’ai adapté à des chiens une muselière qui communiquait avec un sac contenant de 150 à 150 litres d’air; à l’expiration comme à l’inspiration, l’air barbotait dans une solution de potasse destinée à le dépouiller de son acide carbonique, ce à quoi, pour le dire en passant, il me fut impossible de parvenir complètement : l’air du sa-c contenait toujours de 1 à 2 pour 100 de ce gaz.
La figure 37 représente la disposition de l’expérience. L’aiç inspiré et l’air expiré traversent des flacons A et B, où de l’eau potassée fait soupape ; en A, le tube qui communique avec le chien se termine dans le haut du flacon ; c’est par lui que se fera l’inspiration; en B, il descend et plonge un peu dans le liquide; c’est par celui-ci que se fera l’expiration.
L’expérience ainsi disposée, je prenais de temps en temps des échantillons de l’air du sac et du sang carotidien, pour en faire l’analyse.
Voici les résultats de quelques expériences
Expérience CLXXXYII. — avril : Chien mâtin, pesant 11 kil. Sac contenant 157 litres d’air. Température 15®. E.Kpérience commencée à
2*^56”: 16 respirations; 144 pulsations; pression artérielle variant de 12®, 5 à 17®; température rectale 59®. Pris 25®® de sang carotidien, rougeclair; contient pour 100®® : 19 d’oxygéneet 48 d’acide carbonique.
L’animal est trés-calme et reste trés-calme pendant toute la durée de l’expérience.
2h 55m . respirations, 16; puLations, 96.
5 heures: Pris air du sac: contient O 18,1 ; CO® 0,8.
gh 5m . respirations, 15 ; pulsations, 78 ; 6 59®. Pris 25®® de sang, bimi rouge; contient 017,0 ; CO® 49,0.
5h 3Qm . respirations, 20, longues; pulsations, 64; pression de 15® à 20®; 6 58®, 8.
5** 55“ : pris air du sac; contient O 15,9; CO® 1,0. Pris 25®® de sang, rouge : contient : O 15,0; CO® 46,5.
4 heures : respirations, 12 ; pulsations, 52; 6 58®,5.
4** 5“ : air contient O 14,1 ; CO® 1,5. Pris 25®® de sang, moins rouge; contient O 15,6; CO® 46,5.
4h 20“ ; pression cardiaque de 11 à 18 cent.
672 EXPÉRIE>’CES.
4*' 30“ : respirations, 12; pulsations, 40; 0 58°, 2. Air contient O 12,2; CO® 1,7. Pris 25“ de sang; analyse perdue.
5 heures : respirations, 12; pulsations, 40; 0 38“,0.
5'* 10“ : air contient 0 9,6; CO® 2,0. Sang 25“, encore assez rouge, confient O 12,0; CO* 46,3.
5h 2Qm . pression de 12 à 18'=.
gh 50m ; respirations, 12 ; pulsations, 64, três-irrégulières; 0 37°,5. Air du sac contient O 7,1 ; CO® 2, 2.
6 heures : respirations, 14; pulsations, 104; 0 37°,5. Pris sang, 25“, assez noir; contient O 7jl ; CO® 42,8.
6h 10“ : air du sac contient O 5,9 ; CO* 2,1 .
Oh 95m; pression cardiaque, de ll^ à 15®.
6*= 30“ : respirations, 20; pulsations, 92, très-irrégulières; 0 36®, 6; les expirations deviennent plus brusques ; l’animal est encore sensible aux pattes.
6*‘35“; air du sac contient O 4,6 ; CO® 2,2. Sang 2o“, noir; contient 0 5,0; CO® 36,7.
7 heures: respirations, 24, avec expirations très-brusques; pulsations, 84; 0 35®. Pattes encore sensibles.
7^= 5“ : air du sac contient O 2,7; CO® 1,9.
7** 15“ : Les phénomènes se pressent rapidement ; le chien vient de devenir soudain insensible à l’œil. Respirations, 4; pulsations, 56; 0 34,5; pression cardiaque, 4® environ. Pris 25®® de sang, très-noir; contient O 0; CO®, 20,6.
Dernière respiration à 7^17“.
Nous reviendrons sur les diverses circonstances de cette observation ; mais, nous bornant en ce moment à ce qui regarde les gaz du sang, nous pouvons résumer comme il suit les résultats des analyses :
l’ai? contient 100“ DE SANG CONTIENNENT
OXTGÈNE ONTGÈNE CO*
Au début .
Après 1/2 heure. . . .
— 2 heures. . . .
— 5 heures. . . .
— 3 h. 20 min. . .
— 4 heures. . . .
— 4 h. 40 min. . .
Expékiesce CLXXXVni. — 4 avril : Chien pesant 10 kil. 600. Sac contenant 137 litres d’air. Température, 15®. Expérience commencée à 2“ 5“. 2“ 7“ : respirations, 24 ; pulsations, 92 ; 0 38®, 5 ; pression cardiaque