‹ La pression barométriqueChapitre 122 sur 191 · A. O 14,8; GO · texte numérisé non relu

A. O 14,8; GO

Ainsi, l’oxygène consommé, dans des vases contenant à peu près la même quantité d’air, a été pour A, de 6,1 pour 100; pour R, de 4,9 ; pour G, de 3,7.

En établissant maintenant la valeur absolue de la consommation d’oxygéne et de la production d’acide carbonique pendant les 42“ de l’expérience, on trouve que :

OÏÏGÈSE CO®

A, qui avait à sa disposition 672", en a consommé 195 et a produit 166“=

ACCIDENTS DE LA DÉCOMPRESSION : LEUR DESCRIPTION. 72o

Expérience CGXXXV. 3 juin. Bats de même portée. Tempér. extér. 25®.

a. Mis de 2** 20“ à 4** 50“ (2*^50“), à la pression normale, sous une cloche de V, 6.

p. Mis de 2^*40“ à 5'* 15“ (2*>35“), à la pression de 50®, sous une cloche de 11^5, dont la capacité à cette pression correspond, sous la pression normale, à 7*, 57.

y. Mis de 2^55“ à 5** 30“ (2^*35“), à la pression de 37®, sous une cloche de 15', 5, dont la capacité à cette pression correspond, sous la pression normale, à 7*, 53.

Les animaux restent fort calmes, et ne paraissent point gênés. A la fin de l’expérience, la tempér. de « est 35®; celle de S, 34®; celle de y, 32®, 5. (Le thermomètre n’était pas exact, et ces valeurs doivent être considérées non comme absolues, mais comme comparatives).

L’analyse chimique a donné :

Pour«: O 11,3; CO® 8,1.

En faisant les mêmes calculs que pour l’expérience précédente, on trouve qu’en 2'*35“,

OSï6È^•E CO*

«, qui avait à sa disposition lo96*“, en a consommé 729 et a produit 615“

Si, pour comparer plus aisément les résultats de ces deux expériences, on calcule pour une heure la consommation de l’oxygène, on trouve que

OXYGÈNE CO*'

A, à la pression normale, a consommé 278“, et formé 237 « — — 282 — 246

P à 50‘ de pression — 246 — 237

La concordance remarquable entre les expériences A et « d’une part, y et B de l’autre, montre que, malgré les causes d’erreurs inhérentes à notre procédé expérimental, — causes d’erreur qui nous forcent à ne tenir aucun compte du troisième chiffre des nombres ci-dessus rapportés, — nous pouvons affirmer hautement que la consommation d’oxygène dans un temps donné diminue quand diminue la pression elle-même; ce fait se manifeste de la manière la plus îîëfte dans le graphique A de la figure 52, qui traduit la moyenne des résultats des deux expériences précédentes.

EXPÉRIENCES

La production de l’acide carbonique donne lieu à des conclusions semblables. Le tracé A’ en exprime les phases diverses.

Reportons-nous maintenant aux expériences du chapitre I, sous-chapitre I, et particulièrement au tableau I, page 548, qui les résume. Nous trouvons ici tous les éléments néces¬

saires pour notre calcul. Or, si, sans suivre tous les détails des expériences, nous prenons quelques moyennes à diverses dépressions, nous voyons que, en une heure, un moineau,

OXYGÈNE CO

A la pression normale (exp. 1, 2, 5, 4), a consommé 147“, et produit 122“

Aux environs de o0‘ (exp. 5, 6, 7, 8) — 118 — 97

— Sü'^ (exp. 13, 14, 17) —80 — 65

— 24' ;exp. 24, 25, 26, 27) — 72 — 57

— 20' (exp. 53) — 60 — »

Ces résultats ont été marqués aux tracés B et B’ de la figure 52. On voit; que, malgré la différence capitale des

ACaDE>'TS DE LA DÉCOMPRESSION : LEUR DESCRIPTION. 727

méthodes (puisqu’ici les moineaux sont restés jusqu’à la mort, d’où il résulte que dans les derniers temps de la vie ils étaient tous soumis à la même tension d’oxygène, la tension qui entraîne la mort), ils concordent singulièrement avec les précédents, non.-seulement quant au sens général de leur variation, mais même quant à la proportion de cette variation .

Je suis donc tout à fait autorisé à tirer de tout cet ensemble de faits la conséquence que, aux basses pressions barométriques, un animal consomme, dans un temps donné, une quantité notablement moindre d’oxygène, et produit une quantité notablement moindre d’acide carbonique qu’à la pression normale. Cette diminution, qui est d’autant plus grande que la pression est moindre, se manifeste déjà d’une manière très-nette pour une diminution d’un tiers d’atmosphère, ce qui correspond à une hauteur de plus 3000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Nous aurons à revenir fréquerainent sür les conséquences de ce fait dominateur, qui explique suffisamment, on le sent déjà, tous les troubles occasionnés par la diminution de pression.

Excrétion urinaire. — Après avoir constaté que la consommation d’oxygène et que les combustions intrà-organiques d’où dépend la formation de l’acide carbonique sont considérablement diminuées par le séjour dans l’air déprimé, je devais chercher à savoir si ces modifications de la nutrition ne se manifesteraient pas aussi dans l’excrétion urinaire.

J’ai porté spécialement mon attention sur l’urée. Les analyses ont été faites tantôt par la méthode de M. Gréhant (emploi du réactif deMilOn et du vide), tantôt par celle de M. Yvon (par l’hypobromite de soude).

Les chiens ont fourni les sujets de mes expériences. L’animal, enfermé à l’avance dans les cylindres où devait être faite la décompression, était soumis pendant deux ou trois jours à un régime régulier de nourriture ; on estimait alors la quantitée d’urée excrétée dans les 24 heures, en pratiquant deux matins de suite des sondages, parce que les chiens renfermés

EXPÉRIENCES

ne rendent leur urine qu’à des intervalles fort irréguliers. Bien entendu, tout était disposé pour recueillir l’urine rendue spontanément par l’animal. La décompression étant entretenue pendant quelques heures, on faisait une nouvelle analyse embrassant l’urine de la journée depuis le matin de l’expérience jusqu’au lendemain matin. Quelquefois, on recueillait encore de même l’urine des 24 heures suivantes. Voici quelques-uns des résultats obtenus :

Expérience GGXXXVI. — 3 juillet. — Ghien pesant 12'^; mange chaque jour, entre 7 et S** du matin, ‘iSOs*’ de pain et SSQs" de viande bouillis avec 500^' d’eau.

Le 4, à 10^» du matin, on vide la vessie du cliien.

Le 5, on le sonde de nouveau, à la même heure; il n’a pas'uriné spontanément; on obtient ainsi 260“ d’urine, qui, traités suivant la méthode d’Yvon, donnent 7248“ d’azote.

On en conclut qu’il a rendu 19s% 4 d’urée.

Ge jour-là, de 11** à 6*“, l’animal est soumis- à une pression de 38“.

En sortant de l’appareil, le sondage amène 100“ d’urine, contenant 7s'',4 d’urée. Le lendemain à du matin, nouveau sondage, donnant 80®'= d’urine, avec 4s%4 d’urée.

A donc rendu, dans ces 24 heures, lls%8 d’urée seulement.

Le jour suivant (7 juillet), sondé à 1** 13“ ; l’urine, réunie à celle qu’il a rendue dans la nuit, forme 240“, contenant 15='',4 d’urée.

Expérience GGXXXVll. — Même chien, maintenu au même régime.

Sondé le 7 juillet à l’^ 15“, comme il vient d’être dit, puis le 8410*1 5Qm^ (21 heures); donne, 246“ d’urine contenant 19§%6 d’urée.

Le 8 juillet, de 10*i 55“ à 4*1 45“, est maintenu à 38® de pression.

Le 9, à 1*1 15“, a rendu (en 27*i) 385®® d’urine contenant 24^,7 d’urée.

Si on ramène ces sécrétions à ce qu’elles auraient valu par rapport à 24 heures, on trouve :

A la pression normale, 22®'', 4.

A demi-atmosphère, 21®®, 9.

Expérience GCXXXVlll. — 13 juillet. — Même chien, soumis au même régime. Mais il s’ennuie de rester renferme.

Du 13 juillet, à 7*i 45“ du matin (à jeun) jusqu’au 14 à 8*“ du matin (à jeun), a fourni 200®® d’urine, donnant 13®® d’urée.

Le 14, de 8*i 30“ du matin à 5*i 45“ du soir, est maintenu à la pression variant de 30 à 35®. Ne paraît pas affaissé.

Le 15,à8*i du matin (à jeun), on recueille toute l’urine, qui estde211®® avec 7®® d’urée seulement.

Dans les 24 heures suivantes, il donne 150®®, avec 8®®, 2 d’urée.

Expérience GG.XXXIX. —9 juin. — Ghien pesant 19*1,5. Soumis depuis

4 jours à une ration alimentaire de de pain, 575®’' de viande et

50 Os’' d’eau.

Du 9 juin, 10** du matin, au 10 juin, 10** 35***, adonné 276“ d’urine qui, analysée parla méthode de Gréhant, contiennent 27s'’, 9 d’urée.

Le 10 juin, de 11**50*** du malin à 6**50'** du soir, est maintenu entre 25 et 30** de pression. Au sortir de l’appareil, il est trés-abattu, refusant presque de se tenir sur ses pattes. On le sonde, sans pouvoir extraire plus de quelques gouttes d’urine.

Le 11 juin, à 10** 30” du matin, la sonde amène 390***= d’urine claire, ne contenant ni sucre ni albumine. Elle donne 20®*', 7 d’urée.

Expérience CGXL. — 17 juin. — Même chien, maintenu à la même ration, mais laissé libre. Placé le 17 à 10** du matin dans l’appareil ; a fourni, le 18 à la même heure, 370**** d’urine contenant 27s**, 5 d’urée (méthode Yvon).

Le 18, de 11** à 5** 30” est maintenu entre 36 et 38** de pression. Ses respirations montent de 16 à 24 et même 30. Sort de l’appareil un peu abattu ; sa température rectale a baissé de 39‘>,2 à 39**,0.

On le sonde, et l’on obtient 100**** d’urine, sans sucre, contenant 7s>*,5 d’urée; le lendemain, à midi, fournit 1 30**** d’urine contenant Os^ d’urée; soit, dans les 24 heures, 13s'', 5.

Expérience GCXLI. — 23 juin — Même chien; régime régulier, mais ration un peu moindre.

A la pression normale, en 24 heures, fournit 250s'* d’urine contenant 20S'' d’urée (mithode Yvon) .

Est soumis de 1** à 6** 30“ à la pression de 38**. Produit dans les 24 heures, 220**** d’urine qui contiennent 14s%4 d’urée.

Le lendemain, à la pression normale, donne en 24 heures, 56s'*,8 d’urée dans 600**** d’urine.

Expérience GGXLll. — 26 octobre. — Ghien pesant 20‘*,5 ; mais depuis 10 jours au régime quotidien suivant : 230s'’ viande, 250®*- pain, SOOs** eau.

Du 26 octobre à 9** du matin au 27, à 9** 30”, fournit 336*=** d’urine qui contiennent 23s^4 d’urée (méthode Yvon).

Le 27, de 9** 45” à 5** est soumis à une pression variant de 30 à 40**. Le lendemain, à 9** 45”, a produit 570**** d’urine, avec23s'',5 d’urée.

Dans les 24 heures suivantes, donne 350**** d’urine avec 17s'*,3 d’eau.

Et le jour d’après, 390**** d’urine, avec 21s'’, 8 d’urée.

Ces expériences montrent, avec la dernière évidence, qu’un séjour de quelques heures dans un air dont la pression a été diminuée de plus de moitié abaisse notablement la quantité d’urée excrétée en vingt-quatre heures. Quelles que puissent être les causes diverses inhérentes aux procédés expérimen-

EXPÉRIE>'CES.

taux, la concordance exacte quant au sens, sinon quant à la valeur absolue, des variations dans toutes les expériences, suffit pour constituer les éléments de la certitude.

Cet abaissement n’a point été proportionnel à la diminution de pression ; il a varié avec des circonstances pour la plupart inconnues : son maximum a été, dans l’expérience CCXL, de 50,8 pour 100.

On peut remarquer, en parcourant le récit de ces expériences, que, dans celle qui porte le n° CGXLII, la diminution d’urée ne s’est pas fait sentir le jour même de la dépression (25^‘',4 à 25='’, 5), mais bien le lendemain (17=%3); le jour d’après, l’état normal était à peu près revenu (21="’, 8). Dans un autre cas, expérience CCXLI, le lendemain du séjour dans l’air déprimé, la quantité d’urée rendue a beaucoup augmenté, et s’est relevée notablement au delà du chiffre primitif, sous la pression normale. Ce sont là des questions de détail pour l’étude desquelles il serait indispensable de multiplier les expériences, en prenant pour sujet l’homme, duquel l’égalité de régime, l’égalité de mouvements, etc., peuvent être bien, plus exactement obtenues.

Quoi qu’il en soit de ces points secondaires, il reste avéré qu’aux basses pressions la diminution d’activité des phénomènes chimiques porte non-seulement sur ceux desquels résulte la production d’acide carbonique, mais sur ceux qui ont pour conséquence l’excrétion de l’urée. Tout l’ensemble des actes d’oxydation intra-organiques se trouve donc diminué dans une proportion considérable, quand l’air est suffisamment dilaté.

Il est à remarquer que l’acide urique n’a pas paru augmenter dans Turine des chiens, où l’urée diminuait; au moins n’a-t-on pas remarqué de précipité, ni spontané, ni consécutif à l’acidification de l’urine. C’est un fait qui vient à l’appui de tant d’autres pour montrer que l’urée n’est pas un produit de l’oxydation de l’acide urique, mais que ces deux substances procèdent de transformations chimiques différentes.

5“ Sucre du foie et du sang, glycosurie. — J’ai constaté à plu-

sieurs reprises la présence de sucre dans l’urine des animaux maintenus pendant quelques heures à de faibles pressions. Mais le phénomène s’est toujours présenté d’une manière irrégulière en apparence, si bien que je n’ai pu le reproduire à volonté dans des expériences comparatives.

D’autre part, quand la dépression est forte et qu’elle agit pendant longtemps, le sucre diminue plus ou moins dans le foie ; il peut même en disparaître tout à fait. Exemple :

Expérience CCXLIII. — 1®' août. — Rat, maintenu dans une grande cloche, avec air renouvelé de temps en temps, à la pression oscillant entre 30 et 40 cent., depuis 1** 10“ jusqu’à 6*“ 45“.

On abaisse alors la pression à 8®; l’animal meurt au bout de o“.

Le foie est extrait immédiatement, jeté dans de l’eau bouillante, puis écrasé avec du noir animal : pas trace de sucre.

Voici donc que le processus chimique qui transforme en sucre le glycogène du foie est, lui aussi, entravé par la diminution de pression. Encore ici, nous retrouvons la similitude absolue de la mort par dépression avec l’asphyxie lente en vases clos. On sait que, de même encore, dans l’asphyxie, la glycosurie est un phénomène qui se constate parfois, mais non toujours. On comprend que des conditions multiples président à son apparition. Il faut, en effet, qu’à un certain moment le foie fournisse encore une grande quantité de sucre au sang, et que l’oxydation intrà-sanguine se trouve en même temps gravement entravée. Ce sont des conditions assez complexes et difficiles à réaliser à volonté.

La richesse en sucre du sang artériel méritait aussi d’être examinée de près. Voici quelques expériences exécutées dans ce but : les analyses ont été faites par M. Dastre, très-habitué à cet ordre de recherches :

Expérience CCXLIV. — 26 février. Chien havanais de petite taille.

Son sang artériel contient par kilogramme Os'^,95 de glycose.

11 est placé sous une grande cloche, à une pression d’environ 20 ou 25®; au bout d’un quart d’heure, il meurt; la pression étant peut-être descendue trop bas par un manque de surveillance.

Le sang du cœur droit contient 3s%48 de glycose par kilogramme.

Beaucoup de matière glycogène dans le foie.

EXPÉRIENCES

Expérience CCXLV. — 27 février. Chien de petite taille, malingre, souffreteux.

Son sang artériel contient ls%80 de glycose.

Placé pendant 5 heures, sous courant d’air, à une pression variant entre 15 et 25®. Puis tué par décompression soudaine allant jusqu’à 5®.

Sang du cœur droit contient ls’^,84.

Beaucoup de sucre et de matière glycogène dans le foie.

Pas d’urine dans la vessie; les reins et la vessie, broyés dans de l’eau,, ne donnent pas de réduction à la matière bleue.

La température n’a pas été mesurée; mais l’animal ne semblait pas refroidi sensiblement.

Expérience GCXLYI. — 3 mars. Chien de petite taille.

Sang artériel contient 1=®,5 de glycose.

.4mené en 20 minutes à la pression de 17® où il reste pendant 10 minutes. Puis tué soudain par décompression (9®).

Sang artériel, tiré du cœur pendant les derniers battements, contient 5®®, 3 de glycose.

Température rectale 38®.

Beaucoup de sucre et de matière glycogène dans le foie.

Pas d’urine ; la vessie et les reins, broyés avec de l’eau, ne donnent pas de sucre.

Ainsi, lorsque la décompression n’a pas duré longtemps, mais a été forte, le sucre augmente dans le sang; il revient à sa dose normale lorsque la dépression a été suffisamment prolongée. Cette différence me paraît pouvoir s’expliquer de la manière suivante : le foie, irrité par Faction d’un sang brusquement désoxygéné, verse dans le torrent circulatoire une forte proportion de sucre qui, si l’on tue l’animal au bout de peu de temps, se manifeste à l’analyse; si, au contraire, on attend longtemps, ce sucre se détruit dans l’organisme, et le foie en produisant de moins en moins, il revient à sa dose normale, pour diminuer encore et finalement disparaître, même du foie, comme le montre l’expérience CCXLIII faite sur le rat.

4° Température. — 11 n’est pas étonnant, en présence de cette diminution des phénomènes chimiques de l’organisme, de voir s’abaisser la température du corps.

On avait signalé déjà ce phénomène dans les ascensions en montagnes. Les uns Font attribué au froid ambiant, d’autres

au travail exécuté, et j'ai parlé à ce propos, dans la partie historique, de la théorie de M. Lortet (voy. p. 297).

Mais les expériences ci-dessus rapportées montrent, par maints exemples, que la température des animaux décomprimés s’abaisse sans qu’ils produisent le moindre travail, sans que l’air soit refroidi, et sans qu’on puisse attribuer le phénomène au courant d’air qu’il faut établir autour d’eux pour éviter l’accumulation d’acide carbonique. La perte est généralement de 2 ou 5 degrés pour une diminution d’une demi ou de deux tiers d’atmosphère en une demi-heure, par exemple. Mais cela dépend du degré de la décompression, de sa durée et de l’espèce animale.

Ainsi, chez un chien de grande taille (exp. CCXVl, p. 706), amené en 2 heures à 2o centimètres de pression, la température avait baissé de 2 degrés.

Toutes les expériences donnent des résultats analogues. Je citerai particulièrement, parce qu’elle élimine l’influence, du courant d’air (çxp. CCXXII), celle où trois lapins furent soumis, l’un à un courant d’air à la pression normale, le deuxième à un courant sous pression de 50 à 55 centimètres, le troisième à un courant sous pression de 40 centimètres, le tout pendant 4 heures. Au bout de ce temps, la température était, pour le premier, de 39°, 5 ; pour les deux autres, de 38°. Les oiseaux cités au chapitre P’', sous-chapitre P% présentent des phénomènes du même ordre, sur le détail desquels il serait inutile d’insister.

Mais c’est avec les cochons d’Inde que j’ai pu obtenir les refroidissements les plus considérables. L’un d’eux (exp. CCXXIX), maintenu pendant une heure à 35 centimètres de pression, et pendant une heure encore à 25 et même 22 centimètres, n’avait plus, au sortir de la cloche, que 25° de température rectale. Mais déjà après quelques minutes celleci s’élevait à 31°, et l’animal survécut. Le cochon d’Inde de l’expérience CCXXVIl, dont les respirations ont fourni le graphique de la page 715, qui resta près de 4 heures à osciller entre 21 centimètres et 11 centimètres, n’avait plus que 20°; il est vrai qu’il mourut dans la nuit après l’expérience.

EXPÉRIENCES

La décompression est donc, par elle-même, une cause de refroidissement. Dans les ascensions en ballon, cette cause s’ajoute à Faction directe d’un air glacial. Dans les voyages en montagnes, ces deux causes prennent une gravité plus grande, à cause de la dépense de forces exigées par l’ascension. C'est dans ces limites que l’idée de Lortet peut à priori être exacte ; mais il faut nécessairement que la dépression empêche l’oxydation interne de s’activer comme elle le ferait à la pression normale : on n^aura jamais le mal des montagnes en grimpant une colline de 1000 mètres, fût-on même chargé des plus lourds fardeaux.

5“ Développement. — Je crois devoir rapporter ici une expérience qui montre que le développement des chrysalides est entravé d’une manière notable par la diminution de pression.

Expériexcb CCXLVII. — 25 juin. — Des cocons de ver à soie, du même âge à un jour près, envoyés d’AIais par M. Raulin, sont placés :

A. 12 dans une cloche ouverte par en haut, à la pression normale par conséquent ;

B. 18 dans une cloche de 3^2, à la pression de 50 centimètres ;

G. 18 dans une cloche de 7^; pression de 38*=;

D. 18 dans une cloche de 15‘; pression de 25® ;

E. 5 dans une cloche de 6‘; pression de 5®.

La cloche D casse le 25 juin ; l’eau de la fermeture hydraulique y rentre avec l’air ; on la laisse sans renouvellement. Tous les deux jours on change l’air des cloches B et G ; tous les jours celui de la cloche E.

Le 8 juillet, on arrête l’expérience, l’on ramène tout à l’air libre, et l'on ouvre les cocons.

Les cocons de A et D sont éclos du matin : papillons sortis dehors.

Des chrysalides de B, 3 sont transformées, mais les papillons sont restés dans le cocon.

Les autres sont très-vives, mais non transformées.

Gelles de G sont assez vives, mais non transformées.

On n’ouvre pas les cocons de E.

Le 15 juillet, on trouve qu’il s’est encore transformé 3 chrysalides à B; tout est mort, du reste.

G : tout est mort également ; mais sous la peau de la chrysalide on trouve la transformation déjà très-avancée.

D : tout mort, avec un degré de développement considérablement moindre^

Il serait. intéressant de faire des expériences avec des œufs de grenouilles^ des larves d’insecles, etc*

ACCIDE:STS de la DÉCOMPRESSIOîh ; LEUR DESCRIPTIOA'.

§ G. — Limite inférieure de pression.

La valeur de la dépression à laquelle surviennent les divers accidents que je viens d’énumérer, celle de la limite inférieure incompatible avec la vie , varient suivant les espèces. Elles varient également suivant que les animaux sont restés calmes ou qu’ils se sont agités pendant la durée de l’expérience.

Chez les moineaux, le malaise commence généralement à se manifester aux environs d’une demi-atmosphère. L’animal commence à devenir inquiet ; il cesse de sautiller, et ses respirations s’accélèrent ; c’est vers 25 centimètres qu’il commence à vomir, à osciller sur ses pattes; bientôt il tombe, et si la dépression approche de la limite mortelle, il tourne sur lui-même et s’agite convulsivement. Nous avons vu plus haut que cette limite était d’ordinaire de 17 à 18 centimètres.

Elle peut varier, dans des limites assez étroites, pour la même espèce, d’un animal à l’autre, alors même que toutes les conditions de la vie paraissent bien identiques. En voici pour preuve une expérience :

Expérience CCXLYIII. 18 juin. — 4 moineaux ; A, vieux mâle, vigoureux ; B, G, D, femelles, bien portantes; tous réunis dans la même cage depuis plusieurs jours. Mis ensemble dans une grande cloche de 50 lilres, souscourant d’aif. ün linge qui recouvre la cloche les empêche de s’effrayer et de s’agiter inégalement ; ils restent fort calmes pendant toute la première partie de l’expérience , c’esL-à-dire jusqu’à ce qu’ils souffrent de l’air raréfié.

La dépression commence à 4^ 40”.

A 4^“ 49“, la pression n’est plus que de 38“, 8 : B et D vomissent à plusieurs reprises.

A 4** 52“, pression 29“,8 : A vomit à son tour.

4** 55 “, pression 27“,8 : G vomit ; D est Irés-malade.

4“ 54“, pression 26“,8 : tous haletants et accroupis, sauf G qui se tient sur ses pattes

4’* 55“, pression 24“,8 : tous marchent en se traînant deci delà; seul A reste immobile, le bec à terre.

4** 56“, pression 25‘‘,8 : le plus malade est évidemment A; pui&

EXPÉRIENCES

viennent D, puis B, puis enfin C, notablement mieux que les autres.

4^^ o8“, pression 21'=, 3: A et D semblent mourants ; ils sont renversés, avec respiration haletante et convulsions.

4^ 59“, je pousse jusqu’à 20*=, 3, puis j’ouvre tous grands les robinets: A et D restent quelque temps sur le dos, et ne se remettent qu’après les autres.

A 5** 50“, tous vont bien.

Ils survivent.

J’ai montré qu’il est possible, avec des précautions convenables, d’arriver jusqu’à 10 centimètres (p. 553), limite qui concorde avec celle qu’indique le calcul pour la pression minima de l’oxygène. Il faut pour cela opérer avec une très-grande lenteur. En allant brusquement, au contraire, on peut voir les troubles survenir beaucoup plus tôt, et, par exemple, la mort arriver tout à coup entre 25 et 30 centimètres. Il en est de même lorsque l’animal s’agite.

Inversement, il arrive souvent qu’un animal qui paraît fort mal à son aise, près de périr, sous une très-faible pression, se remet ensuite, se relève, et s’y accoutume fort bien.

Tous ces faits, qui compliquent la solution numérique du problème, sont parfaitement en rapport avec ce qu’indiquent les observations des voyageurs en montagne, et avec ce qu’on sait des conditions de l’asphyxie.

Plus ménagées seront les transitions, plus facilement s’obtiendra l’accoutumance; plus grandes seront les dépenses d’oxygène, plus vite se fera sentir l’effet de sa privation. Les voyageurs, comme les oiseaux décomprimés, comme les animaux asphyxiés, d’une manière générale, souffrent d’autant plus qu’ils agissent davantage; les voyageurs, nous en avons eu maints exemples, sont forcés, à certaines hauteurs, de s’arrêter pour s’accoutumer, de se coucher pour diminuer la dépense d’oxygène. Les faits que j’indique sont parfaitement en série avec ceci.

Ajoutez que, d’après un certain nombre d’expériences dont le résumé forme le tableau II (p. 560), la résistance est notablement moindre quand la température est très-basse. C’est une considération importante, car les voyageurs comme les aéronautes sont le plus souvent exposés à cette condition

déprimante. Or rien de plus naturel, la consommation d’oxygène devant être augmentée par le froid, sous peine d’un notable abaissement de la température du corps.

Espèces diverses. — Si maintenant nous considérons la résistance moyenne présentée par les diverses espèces, nous trouvons que, chez les oiseaux, les rapaces paraissent presque aussi sensibles à la dépression que les moineaux. Le fait est curieux, lorsqu’on pense aux hauteurs atmosphériques considérables qu’atteignent les grands oiseaux de proie.

L’expérience suivante, si on la rapproche de la précédente, qui a été faite le même jour, en donne une preuve plus nette encore que celles qui se tirent du tableau de la page 577.

Expérience CCXLIX. — 18 juin. — Mouette rieuse {Larus ridibundus Lin.) et Cresserelle {Falco tinnuncidus Lin.).

La dépression s’est faite dans les mêmes conditions de rapidité que pour les moineaux de l’expérience CCXLYIII. Je résume dans le tableau suivant les phénomènes présentés, sous la même pression, par ces trois espèces :

PBESSIOS

ChESSEBELLE

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