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CHAPITRE IV

ACTION DE l’air COMPRIMÉ SUR LES ANIMAUX.

SOUS-CHAPITRE PREMIER

ACTION TOXIQUE DE l’ OXYGÈNE A FORTE TENSION.

Les expériences rapportées au chapitre I, sous-chapitre II, nous ont amené à cette conclusion remarquable, que l’air comprimé, ou, pour parler plus exactement, que l’oxygène arrivé à un certain degré de tension constitue un agent redoutable, bientôt même mortel, pour la vie animale.

Cette révélation inattendue, mais qui se déduit de toutes nos séries d’expériences de manière à s’imposer à l’esprit le plus défiant, méritait une étude approfondie. Il fallait analyser les symptômes, à ses degrés divers, de cet empoisonnement d’une espèce inconnue; il fallait déterminer les doses auxquelles l’oxygène devient dangereux, et cela tout à la fois quant à sa tension dans le milieu respiratoire extérieur et quant à sa proportion dans le milieu respiratoire intérieur, dans le sang ; il fallait enfin chercher à expliquer son mode d’action intime sur les divers éléments anatomiques.

Ce problème nouveau laissait bien loin derrière lui, comme intérêt scientifique, l’analyse des quelques modifications

AIR COMPRIMÉ : OXYGÈNE SOUS FORTE TENSION. 76a

dans les rhythmes respiratoire et circulatoire qu’ont jusqu’ici étudiés les auteurs qui se sont occupés de l’air comprimé. Je m’y attachai donc tout d’abord, avec toute l’attention dont j’étais capable. Ayant démontré successivement que l’air comprimé n’agit que par la tension de l’oxygène qu’il contient, et que cet oxygène peut arriver à tuer rapidement les animaux avec des phénomènes convulsifs, je dus, suivant la méthode habituelle des physiologistes, laisser momentanément de côté les effets difficiles à apprécier des faibles doses de l’oxygène, pour étudier d’abord les troubles violents qu’amènent les fortes doses. Je m’occupai donc en premier lieu des actions de l’oxygène sous une forte tension, ajoutant le plus souvent à la pression manométrique une richesse centésimale du milieu, en gaz comburant, fort supérieure à celle de l’air que nous respirons.

Je crois utile de reproduire ici un certain nombre d’expériences qui me permettront de donner tout d’abord une description des accidents consécutifs à ce que j’appellerai, ne fût-ce que par commodité de langage, V empoisonnement par l'oxygène.

Déjà nous avons eu à remarquer (p. 605) les convulsions qui s’étaient emparées des moineaux soumis à cet agent redoutable. Les expériences qui suivent, faites presque toutes dans l’appareil à eau de Seltz, vont nous en fournir des exemples nouveaux :

Expérience CGLVIII. — 29 janvier. — Moineau franc mis, de S** 50“ à 3** 58“, à 6 atmosphères, dont 5 d’oxygène. Ce mélange contient 81 p. 100 d’oxygène, et la tension de ce gaz est donc équivalente à

81 X 6 = 486, ce qui correspond à 2o,2 atmosphères d’air.

A 4*^ 3“, violentes convulsions, la tête en bas ; agitation rotatoire.

Je diminue la pression et l’amène à 3,5 atmosphères. Pendant la décompression, nouvelles convulsions.

Immédiatement après, 3® attaque ; puis, attaques nouvelles, de plus en plus faibles, à 4** 6“, 4** 11“, 4** 14“.

Pendant les attaques, et dans leur intervalle, les respirations sont trèsamples et très-précipitées ; le bec est grand ouvert.

Les crises se rapprochent à des intervalles de 1 à 2 minutes, en devenant

EXPÉRIENCES

de plus en plus faibles. Elles se calment vers 40“ ; l’oiseau reste couché sur le dos, les respii’atiohs deviennent de plus en plus rares, et cessent à 5*», sans aucun autre mouvement.

A O** 10“, la température rectale est de 24®.

Expékiesce GGLIX, — 2 février. — Moineau franc, mis à 6 atmosphères, dont 5 d’oxygène. La tension d’oxygène doit être d’environ

Après 5“, trépidations singulières, trémoussement de tout le corps ; reste ensuite immobile, le bec en bas.

Après d0“, une attaque de grandes convulsions ; une autre à 12“ ; une 3® plus faible, à 17“. L’oiseau est fort malade, respire de 50 à 70 fois par minute, le bec grand ouvert.

Ramené avec précaution à la pression normale : revient assez peu à lui ; température rectale de 34 à 35°. A, dans sa cage, de nouvelles attaques convulsives ; au bout d’un quart d’heure, se remet sur ses pattes ; mais, quand on le menace du doigt, recule en marchant sur tout le tarse, et tombe en arrière.

Après 2 ou 3 heures, paraît assez bien revenu, mais meurt dans la nuit.

Expériekce GGLX. — 5 février. Moineau porté à 5 atmosphères, dont 4 d’oxygène. La tension de l’oxygène doit être d’environ 400. Après 15 minutes environ, arrivent les grandes convulsions; j’en laisse 2 ou 3 attaques, puis je ramène à la pression normale.

La température rectale est de 32°.

L’oiseau a conservé évidemment toute son intelligence ; il mord violemment quand on lui présente le doigt, et est vigoureux des ailes et des pattes.

1 heure après, sa température est de 34°. Il a encore eu de petites attaques convulsives, et ne peut se tenir sur ses pattes.

3 ** après, la température rectale est remontée à 39°, 5. Survit.

ExpériEx^ce GGLXI. — 26 février. — Moineau : température rectale 40°,5.

Mis à 5 atmosphères, dont 4 d’oxygène (pression d’environ 400).

Au bout de 5 “, commencement d’agitation. Je ramène rapidement à la pression normale par le robinet capillaire.

La température est de 40°,3, mais elle remonte rapidement à 40°, 5 par la respiration à l’airi L’oiseau est très-vigoureux et fort méchant. Suffusions crâniennes rouges, en moucheté abondant.

L’oiseau marche, court, grimpe dans sa cage, mais il ne vole pas. Si on le jette en l’air, il a les plus grandes peines à se soutenir, et retombe bientôt ; il refuse alors de s’envoler de terre.

Survit ; le lendemain, vole très-bien ; les suffusions persistent plusieurs jours.

Expérience CGLXII. — 2 mars. — Moineau à 5 atmosphères, dont 4 d’oxygène.

AIR COMPRIMÉ : 0XYGÈ5E SOUS FORTE TEXSION.

Après 5 ou 7“, les convulsions commencent; à la première apparition, j’ouvre le petit robinet. La température rectale monte à 41®, mais avec une très-grande lenteur à partir de 58°.

Petites suffusions sanguines.

Expériekce CCLXIII. — 25 mai. — A 4**, moineau porté à 5 atmosphères, dont 4 d’oxygène. Pression d’à peu près 400.

Après 15 minutes, petites convulsions; à 20“, grandes convulsions, deux ou trois attaques. A 50“, retiré.

Température rectale 55®.

A 0° 4o“, temp. rectale 55° ; encore tremblotant, tout malade.

A 7^, mort; contractions musculaires singulièrement lentes.

Expérience CGLXIV. — 12 février. — Moineau: appareil cylindrique.

A la pression normale, 155 respir. Poussé à 5 atmosphères d’air, 115 respir.

A 4^* 20“, je fais passer dans l’appareil un courant d’oxygène, et je pousse la pression à 2 atmosphères suroxygénées.

A 4** 50“, ventilation nouvelle, et pression montée à 5 atmosphères.

A 4** 40“, id. ; pression à 4 atmosphères.

A 4^ 55“, id., 5 J atmosphères; il commence à apparaître de petites convulsions.

A h** 6“, nouvelle ventilation poussée à 6 atmosphères. Les convulsions reviennent, par crises ;

Mort vers 6** 50“ .

L’air contenait alors 75 p. 100 d’oxygène et 0,5 p. 100 d’acide carbonique :

La tension de l’oxygène P x O — 458 correspond à 21 atm. d’air.

Sang très-rouge dans la jugulaire. Suffusions sanguines étendues sur tout le crâne.

Expérience CCLXV. — 29 mars. — Moineau mis dans petit appareil à eau de Seltz.

On commence, à 2“ 50“, à fouler de l’oxygène, jusqu’à 8 atmosphères ; le robinet capillaire étant ouvert, la compression que l’on maintient se fait au milieu d’un courant d’air débitant plus d’un litre par minute.

A 5^ 15“, arrivent les grandes convulsions ; je laisse deux crises se succéder, à trois minutes d’intervalle. Puis, décompression rapide. L’oiseau mord le doigt que je lui présente, et paraît intelligent.

Sa température rectale est de 52°. Il a, hors de l’appareil, une troisième crise, et meurt à 5'* 22“. Le sang de la veine jugulaire est noirj et ne contient pas de gaz libres.

Expérience CCLXVI. — 9 juillet. — Moineau poussé à 7 atmosphères d*air suroxygéné.

■ Après 10“, est pris de convulsions toniques. Retiré après 15“ ; lés convulsions continuent, ou plutôt l’oiseau est en opisthotonos constant. De

EXPÉRIENCES

temps à autre, la raideur augmente ; l’oiseau crie, écarte les ailes et s’en enveloppe; les plumes de la queue s’étaleut. Reste sensible et paraît intelligent. Les crises de raideur sont les unes spontanées, les autres nettement provocables par les excitations.

11 meurt 20 minutes après.

Expérience CCLXVII. — 18 juillet. — Moineau poussé à 5 atmosphères d’air suroxygéné.

Après 5“, vomit, et paraît fort mal en point. Mais les convulsions ne surviennent qu’ après 20“ environ, et elles sont violentes.

Retiré 5“ après, il continue à avoir des convulsions et des raideurs avec opislholonos. Mord le doigt qu’on approche. Sa température rectale est de 37“.

Deux heures après, est parfaitement remis; sa température est remontée à 41“.

Expérience CGLXYIII. — 24 mai 1874. Expérience faite devant une Commission de l’Académie des sciences.

Moineau poussé à 6 atmosphères suroxygénées. 11 est 4*".

Après 15“ environ, les petites convulsions surviennent, bientôt suivies de grandes crises.

On retire l’oiseau ; il a de fortes ecchymoses au crâne. Sa température rectale n’est que de 30°.

Reste fort malade, et meurt dans la nuit.

Les faits qui viennent d’être énumérés nous permettent dès maintenant de tracer une description des accidents violents dus à Fair comprimé, à la trop forte tension de l’oxygène, et de préparer l’analyse physiologique de cet empoisonnement.

La première question que nous devions nous poser est celle-ci : avec quelle tension d’oxygène surviennent les phénomènes convulsifs? Rassemblons en un tableau (tableau XIV) les expériences du chapitre et celles qui précèdent.

Il ressort de l’examen de ce tableau que les convulsions commencent à apparaître avec une tension d’oxygène exprimée par le chiffre oOO, et qui, si l’on employait l’air pur, correspondrait à 15 atmosphères environ.

Les effets fâcheux se faisaient sentir beaucoup plus tôt, comme le montre le tracé A de la figure 22 (p. 608), qui exprime la proportion d’oxygène qui reste dans l’air comprimé où sont morts des oiseaux, lorsqu’on a pris soin d’éli-

T.4BLEAÜ XIT.

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