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Maintenant se pose la question de savoir quelle est la raison de ces modifications dans les phénomènes circulatoires. Faut-il les attribuer à Faction du sang suroxygéné sur le cœur, sur le système nerveux qui commande à cet organe et aux mouvements de la respiration? Sont-elles, au contraire, la conséquence de la diminution de volume des intestins, réagissant sur le jeu des organes intra-thoraciques ?
On pourrait, sur ce point disserter longuement. Le plus sûr est d’expérimenter. Or, si l’on prend les tracés cardiaques d’un chien qui tantôt respire de l’air ordinaire, tantôt de l’air chargé d’oxygène à 55 p. 100 environ, ce qui correspond à peu près à la tension obtenue dans nos appareils à compression, on trouve que, malgré un certain ralentissement des mouvements respiratoires, lorsque l’animal respire l’air suroxygéné, la pression artérielle n’est point modifiée, et que le jeu du thorax l’influence également dans les deux cas.
Il devient donc évident, par la comparaison de ces résultats, que :
1“ La pression du sang (maxima, minima, moyenne) a augmenté dans l’air comprimé ;
2° L’oscillation due à l’influence respiratoire a notablement augmenté dans Fair comprimé, ce qui est contraire aux conclusions de Yivenot (p. 449), conclusions basées, du reste, sur des observations faites chez des emphysémateux;
5° Ces variations ont été concomitantes à un ralentissement de la respiration;
4“ Elles sont dues non à Faction de l’oxygène absorbé en plus grande quantité par le sang, mais à la pression, en tant qu’agent d’ordre mécanique.
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§ 2. — Séjour prolongé dans l’air comprimé.
Dans ce second paragraphe vont être énumérées des expériences qui ont eu pour but de chercher si une augmentation légère dans la tension de l’oxygène peut agir favorablement ou défavorablement sur la vie des animaux, sur leur développement, en un mot sur l’ensemble des phénomènes] de leur existence, et cela en dehors de toute analyse physiologique. Pour étudier cette question capitale, j’ai mis en expérience tantôt des œufs, tantôt des cocons, tantôt de petits animaux aériens ou aquatiques; j’ai employé parfois l’air comprimé, mais plus souvent, à cause de la facilité à disposer les expériences, de l’air dont la richesse en oxygène avait été augmentée.
Arrivons aux expériences :
Expérience CCCXXXVJI. — 31 juillet. Mis dans deux grands ballons, un certain nombre àexhrysalides de mouches du même âge,
A, le ballon est plein d’air.
B, le ballon est plein d’oxygène.
9 août. — 6 éclosions de mouches à A, rien à B.
10 août. — Tout éclos à A, presque tout à B.
Expérience CCdXXXVlll. — 25 juin. Cocons de vers à soie, du même jour (celte expérience a été faite en même temps que celle de la page 813).
A, 12 sont placés sous une cloche ouverte.
B, 12 dans un flacon de 5 litres, à la pression de 2 atmosphères.
G, 6 dans un récipient à eau de Seltz de un litre, à 5 atmosphères d’air.
On change tous les deux jours l’air de B et G.
^juillet. A, tout éclos.
B, toutes les chrysalides sont très vives ; 2 sont transformées mais restées dans leurs cocons.
G, les chrysalides sont immobiles ; mais en enlevant la peau à quelquesunes, on trouve le papillon presque complet, qui a quelques actions réflexes.
Je mets B et G à l’aT libre.
juillet. B, un papillon sorti du cocon et vivant; quelques autres transformés, mais restés dans le cocon, et morts ; sous la peau des chrysalides restantes, on trouve le papillon prêt à sortir, mais mort.
G, toutes les chrysalides sont mortes, sans avoir repris de mouvements à l’air libre ; sous la peau de la chrysalide, les papillons ont des poils, mais sont peu avancés.
EXPÉRIENCES
Expérience CCGXXXIX. — 15 avril. Œufs de grenouille un peu bilobés déjà, placés en nombres égaux dans quantité semblable d’eau ; de plus 5 têtards éclos depuis 4 jours.
, A et A', sous cloches fermées, air ordinaire.
B et B', sous cloches pleines d’oxygéne à 95 pour 100, récemment préparé par le chlorate de potasse, bien lavé sur la 'potasse et ayant séjourné deux heures sur de l’eau pure.
Ces 4 cloches étant renversées sur des assiettes pleines d’eau, je mets dans l’eau extérieure aux cloches quelques têtards qui devront servir de témoins.
25 avril. A et A', tous éclos et trés-vifs.
B et B', tous morts, après que les œufs se sont développés presque jusqu’à éclore.
Les témoins sont bien vivants.
Expérience CCCXL. — 28 avril. Têtards de grenouille éclos depuis 8 ou 10 jours en nombre égal :
A, A', cloches renversées sur eau, pleines d’air ordinaire.
B, B', cloches disposées de même, pleines d’oxygène bien lavé, à 95 pour 100.
Témoins hors des cloches comme à l’expérience précédente.
l«'f mai. Tous vivants.
5 mai. Les témoins et les têtards de A et A' sont vivants; ceux de B et B' sont tous morts.
Expérience CCCXLI. — 8 mai. Têtards : expérience disposée comme les deux précédentes, avec le même oxygène conservé sur eau bien propre.
Dès le 10, il y a deux têtards morts dans l’oxygène.
H mai, tous sont morts dans l’oxygène, et vivants dans l’air.
Expérience CGCXLII. — 26 avril. Œufs de grenouille non encore bilobés. En nombre égal, dans même quantité d’eau, sous cloches fermées.
A dans air ordinaire.
B dans air contenant 24 p. 100 d’oxygène.
E devait contenir au moins 80 p. 100 d’oxygène; mais l’analyse n’a pu être faite par suite d’un accident.
4 mai. A, grand nombre de têtards éclos.
B, presque autant qu’à A.
G, beaucoup moins.
D, 5 ou 6 seulement.
E, 2 seulement.
Plus tard (la cloche E ayant été renversée), le développement s’égalise.
21 mai, tous les têtards sont partout bien portants et semblables.
Expérience CGGXLTII. 28 mai. — Têtards de grenouille ; eau.
A, dans flacon plein d’oxygène probablement à 90 p. 100.
D, dans appareil en verre à 5 atmosphères d’air ordinaire.
Les têtards de B meurent le 50 mai.
Ceux de A, le 51 . •
Expérience CCCXLIV. — 2 juin. Petites anguilles de la montée ; placées 5 par 5.
A, sous cloche pleine d’air.
B, — d’oxygène à plus de 90 p. 100.
C, dans l’appareil en verre, à 5 atmosphères d’air ordinaire.
A juin. A, tout vivant.
B, 1 morte, 2 fort malades.
C, 2 mortes, la 5" fort malade.
Expérience CCCXLV. — 7 avril. Œufs de grenouille en quantités à peu près égales, dans eau.
A, sous cloche pleine d’air,
B, — d’air à environ oo p. 100 d’oxygène.
C, — d’air à environ 65 p. 100 d’oxygène.
D, — d’oxygène pur 90 à 95 p. 100.
10 avril. Les jeunes têtards remuent en A et en B; quelques-uns sont libres en A.
20 avril. Tout est mort en G et en D ; les têtards vivent et sont libres en A et B.
1®’’ mai. Id.
4 mai. Gomme on n’a pas changé l’air ni l’eau, il commence à y avoir un peu de putréfaction des œufs à A et à B; cependant les têtards vivent encore.
1 0 mai. Tout mort ; odeur infecte à A ; un peu moindre à B ; pas d’odeur de putréfaction, mais une sorte d’odeur de marée à G et à D.
Expérience CGCXLVl. — 13 avril. Têtards.
A, air libre.
B, 5 atmosphères d’air.
20 avril. Tout vivant.
1*' mai. A, vivants; B, morts.
Expérience CCCXLVU. - — 26 juin. Cyprins et larves de chironomus, en grand nombre, dans eau avec conferves.
A, sous cloche pleine d’air.
B, — d’oxygène à 85 p. 100.
5 juillet. Les animaux de B sont moins vifs que ceux de A ; les conferves ont l’air malades.
11 juillet. Tout, conferves, cyprins, larves, est mort à B ; tout, au contraire, est parfaitement vivant à A, dont l’air contient encore tout son oxygène.
844 EXPÉRIE>'CES.
Expérience CCCXEVIII. — 4 octobre. Larves de cousins, en grand nombre, dans eau.
A, sous cloche pleine d’air ordinaire.
B, — d'air à 52 p. 100 d’oxygène.
- 8 novembre. Toutes les larves sont vivantes sous hs diverses cloches; en A il s’en est transformé un grand nombre, aucune en B, C et D.
Les expériences qui viennent d’être rapportées ont été faites, on l’a vu, sur des vertébrés (poissons, têtards et œufs de grenouille) et sur des invertébrés (chrysalides, larves d’insectes aquatiques, petits crustacés aquatiques) ; ellesont donné des résultats semblables, ce qui permet, je pense, de généraliser les conséquences qu’on en peut déduire.
Or, elles me semblent prouver d’abord que la compression à 4 ou 5 atmosphères, ou, pour parler avec plus de précision, l’oxygène à la tension de 80 et au-dessus, a une action funeste sur les animaux, action qui se manifeste en quelques jours sur les animaux à sang froid, et qui donnerait sans doute beaucoup plus rapidement des résultats funestes sur des animaux à sang chaud.
La seconde conclusion qu’on en peut tirer, c’est que l’augmentation de la tension de l’oxygène au-dessus de sa valeur normale dans l’air ordinaire n’a paru présenter aucun avantage, tant s’en faut. Quand il se manifeste quelque différence, elle est en faveur de l’air normal : la vie s’y conserve plus longtemps ; le développement des têtards ou des larves d’insectes s’y fait plus vite.
Il paraît donc démontré que, pour des animaux sains, la pression atmosphérique ordinaire réalise la meilleure condition de vie, et qu’une augmentation, pour peu qu’elle soit notable, est plus à craindre qu’à souhaiter.