C. — Charbon et sang de rate
Les recherches de M. Davaine ont attiré Fattention sur le rôle que pourraient jouer, dans l’infection par le virus charbonneux, les êtres microscopiques, les bactéridies., dont il a découvert l’existence et la présence constante dans les liquides virulents. Les expériences faites par la méthode des dilutions, des filtrations, des précipitations, ont amené ce savant médecin à déclarer que ces bactéridies étaient vraiment les agents de la virulence, et que, introduites dans le sang d’un animal sain, elles amènent la mort par leur développement prodigieusement rapide. Si bien que le charbon serait, en définitive, une véritable maladie parasitaire.
Mais toutes ces méthodes laissent prise à une objection. Ces êtres microscopiques, dont la nature est encore mal déterminée, pourraient n’être que le véhicule et non la cause créatrice de l’agent virulent dont ils seraient simplement imprégnés.
J’ai donc dû instituer des expériences suivant la nouvelle méthode, mais en prenant les plus grandes précautions : 1“ pour que la couche de sang soit assez mince et se laisse pénétrer par l’oxygène ; 2“ pour qu’il ne reste pas, sur les limites du liquide sanguin, d’îlots isolés qui se dessécheraient et résisteraient alors parfaitement à l’action de l’oxygène :
Expériesce CCCCXCn. — 6 octobre. Sang provenant d’un mouton chai’-
FERMEXTS, ETC. RÉSUMÉ.
bonneux (envoi du professeur Trasbot). Ce sang inoculé à des cochons d’Inde a été suivi jusqu’à la quatrième génération virulente.
Soumis en couche mince à 20 atmosphères suroxygénées.
9 octobre. Décomprimé ; inoculé à un cochon d’Inde.
10 octobre. L’animal meurt à 1 heure après midi.
Expérience CCCCXCIII. — ■ 20 novembre. M. le professeur Trasbot m’envoie de la sérosité prise sur un mouton qui avait été inoculé avec le sang d’un cheval mort de fièvre charbonneuse : beaucoup de bactéridies.
J’en inocule 1/2®®, sous la peau d’un cochon d’Inde.
21 novembre. L’animal est trouvé mort le matin.
Je prends un peu de son sang, qui contient des bactéridies, le mêle à de la sérosité épanchée au lieu d’inoculation, et le soumets, en couche mince (3““. environ), à l’action de 20 atmosphères d’un air suroxygéné.
30 novembre. Décompression; le sang est rouge jusqu’au fond. Injection à deux cochons d’Inde.
l®"^ décembre. Tous deux sont trouvés morts le matin.
J’inocule avec leur sang un cochon d’Inde et un chien sous la peau.
2 décembre. Le cochon et le chien sont morts.
Voilà des expériences dans lesquelles les bactéridies ont dû être tuées par l’oxygène comprimé, et où cependant le sang a conservé toute sa virulence; la dernière est surtout concluante, car pour l’expérience CCCCXCII la durée de la compression n’avait peut-être pas été suffisante. Elles prouvent donc que cette propriété redoutable n’était pas due, au moins dans le sang que j’ai employé, à l’existence de ces petits êtres. Elles ont été corroborées à mes yeux par des expériences dont le récit ne saurait trouver place ici, et dans lesquelles j’ai vu la matière virulente être précipitée du même sang par l’alcool, filtrée, puis desséchée, sans perdre son activité redoutable, qu’elle pouvait encore transmettre comme auparavant, de génération en génération.
Cependant, je crois qu’il serait imprudent d’appliquer cette conclusion à tous les sangs dits charbonneux, et qu’il faudrait auparavant multiplier les expériences, en employant des sangs de provenances diverses, car il serait possible que plusieurs maladies soient confondues sous la dénomination commune de charbon h
* Voir ies discussions de MM. Davaine, Jaillarl et Leplat ; Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LXI, 1865.
EXPÉRIEÎSCES.
SOÜS-CHâPITRE V
Nous sommes donc maintenant, grâce à ces expériences multiples, en situation de formuler la raison première de la mort des animaux et des végétaux soumis à une tension d’oxygène assez forte. Laissons là l’appareil des convulsions violentes que présentent les animaux supérieurs et allons au fond des phénomènes.
La vie n’est que le résultat d’un ensemble complexe et harmonique de modifications chimiques appartenant au groupe des fermentations : les unes sont dues à l’intervention directe des éléments figurés du corps ; les autres sont la conséquence de l’action de substances instables, solubles, analogues à la diastase, préalablement formées par Faction des éléments figurés. Dans l’intérieur même de chacun des éléments anatomiques, le mouvement vital ne s’entretient que par Faction de ces substances qui y naissent, y agissent, s’y transforment, s’y détruisent.
Mais, pour que la vie s’entretienne, il est nécessaire que les phénomènes multiples s’exécutent avec une régularité, ou mieux une harmonie constante. Quand leur intensité seule est modifiée, sans que leurs rapports soient altérés, l’activité vitale diminue, se suspend même parfois, et pendant un long temps, pour reparaître lorsque des conditions plus favorables se présentent. C’est ce qui arrive par le froid, par la dessiccation, et, pour rentrer dans notre sujet, parla diminution de pression. Les graines, conservées intactes dans le videj germent lorsqu’on les ramène à l’air ; la viande, restée fraîche dans le vide, pourrit lorsque l’oxygène vient rendre l’activité à ses vibrions.
Lorsque, au contraire, ce n’est plus seulement la quantité^ mais la qualité même des modifications chimiques qui se trouve altérée, des troubles surviennent, dont le détail est loin d’être connu et qui ont de telles conséquences, qu’en