‹ La pression barométriqueChapitre 174 sur 191 · MOI · texte numérisé non relu

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mométriques faites, avec toutes les précautions nécessaires, et pendant l’acte de l’ascension, sur des individus atteints au plus haut degré déjà du mal des montagnes; mais peutêtre nos montagnes européennes sont-elles trop peu élevées pour permettre de constater, même dans ces conditions, un abaissement de température.

Il est bien démontré, en tout cas, que le refroidissement du corps n’est point la cause du mal des montagnes, et que celui-ci survient sans que la température intérieure ait été modifiée.

Ce n’est pas à dire, ainsi que nous l’avons fait observer en parlant des aéronautes, que le froid extérieur ne joue aucun rôle dans la question du mal des montagnes. Son importance est grande, au contraire, puisqu’il vient augmenter les exigences oxygénées de l’organisme s’efforçant de conserver son équilibre. C’est même évidemment cette nécessité de lutter contre le froid, cause nouvelle de consommation d’oxygène, cause nouvelle d’appauvrissement du sang, qui explique pourquoi, dans nos Alpes glaciales, le mal des montagnes frappe la plupart des voyageurs à des hauteurs qui sont, dans les Cordillères, tout à fait inoffensives ; ici, la limite des neiges perpétuelles est par 4800 mètres; là, par 2700 seulement. 11 faut pourvoir au réchauffement du corps en même temps qu’aux efforts musculaires de la marche.

B. Durée de l' ascension. — La durée des voyages en montagne, beaucoup plus longue que celle des ascensions en ballon, est une condition favorable, ainsi que nous l’avons dit en parlant de ces dernières. Le voyageur astreint à gravir lentement les pentes évite l’effet fâcheux des brusques modifications dans la richesse oxygénée du sang ; il ne peut guère, dans sa journée, franchir une dénivellation de plus de 5000“, et il lui faut alors, si le sommet n’est pas atteint, se reposer, passer la nuit, s’habituer, en un mot, à l’état d’anoxyhémie dans lequel il se trouve. Cela est tellement vrai que nous avons pu, dans la première partie de ce livre, expliquer une partie des singularités que présente le mal des montagnes dans les diverses régions du globe par la forme du massif

montagneux, ou la situation plus ou moins isolée du pic à gravir.

Nous avons également montré comment s’expliquait, par un meilleur emploi des forces musculaires, dû à l’habitude de la gymnastique en montagne, la résistance beaucoup plus grande au mal que présentent les voyageurs après quelques ascensions préliminaires : la dépense de forces est ainsi réduite à son minimum..

Pour toutes ces questions, pour l’influence de la fatigue, du froid, etc., nous renvoyons au résumé déjà présenté des faits depuis longtemps connus (p. 527-540). Aujourd’hui que nous savons comment tout s’explique par la diminution de l’oxygène du sang, nous comprenons comment un excès inutile de contractions musculaires pourra amener plus rapidement l’anoxyhémiç à son degré asphyxique , et occasionner le mal.

Quant à la nourriture mauvaise ou insuffisante, il est clair que si les matériaux oxydables ne sont point fournis en quantité convenable, les difficultés que l’organisme a, dans l’air dilaté, à réaliser les combustions nécessaires, seront augmentées d’autant. Mais il n’y a rien là, sauf l’intensité, qui soit spécial aux lieux élevés; l’usure sur laquelle a justement insisté àî. Dufour aura lieu, au même degré, pour toute course ascendante, qu’elle s’opère au-dessous de 1000 mètres ou audessus de 4000, et cependant les phénomènes consécutifs seront bien différents.

Quant à l’analyse plus précise des causes et de la A^aleur de l’accoutumance, il me semble qu’elle sera mieux placée dans le paragraphe suivant, lorsque je parlerai des habitants des hauts lieux.

Prophylaxie. — Se prémunir contre le froid, se nourrir convenablement, réduire à leur minimum les efforts musculaires, s’exercer à des ascensions préliminaires et au séjour prolongé dans les régions élevées, aller camper la nuit qui précédera la grande ascension aussi haut que possible, ne point se hâter sur les pentes rapides, couper l’ascension par des haltes fréquentes, manger peu et souvent, telles sont les

DlMI>L'TiO>' DE PiîESSION.

précautions générales qui ressortent de tout ce que nous avons dit.

L’emploi de l’oxygène, du souverain protecteur contre les dangers de l’air raréfié, présente ici de bien plus grandes difficultés que pour les ascensions en ballon. Il ne peut être question, en effet, d’emporter en montagne des ballonnets d’oxygène contenant plusieurs mètres cubes. Deux moyens seulement se présentent à l’esprit : renfermer la provision nécessaire d’oxygène, comprimée à plusieurs atmosphères, dans des récipients solides ; ou encore, préparer extemporanément et sur place, de temps en temps, l’oxygène nécessaire.

Pour étudier la réalisation du premier moyen, je me suis adressé à M. Denayrouze, qui a mis à ma disposition un appareil composé de deux cylindres en tôle d’acier d’un millimètre d’épaisseur, capables de supporter la pression de 40 atmosphères, et qu’on peut porter sur le dos comme un sac de touriste : les deux cylindres réunis n’ayant que oO*" de hauteur sur 26*" de largeur, et pesant avec le régulateur Denayrouze seulement 13 kilogrammes. Le volume des cylindres étant de 11 litres, on aurait, à 50 atmosphères, charge qui ne présente aucun danger, 330 litres d’oxygène^, qu’il faudrait évidemment prendre aussi pur que possible, c’est-à-dire, dans la pratique, à 95 pour 100. Mais la respiration d’oxygène pur n’étant nullement nécessaire, j’ai fait construire un ajutage en forme d’Y, qui peut servira mêler, en proportion convenable, l’oxygène du récipient avec l’air extérieur : l’une des branches, qui débouche au dehors, est libre; l’autre, qui communique avec les cylindres, porte un verrou gradué, à l’aide duquel on rétrécit plus ou moins son calibre, suivant des indications calculées à l’avance, afin de maintenir la tension de l’oxygène à un degré suffisant.

En supposant qu’on respire en moyenne de l’air à 45 pour

En réduisant l’appareil à un seul cylindre, que porterait alors chaque voyageur, on pourrait obtenir 250 litres de capacité sous 30 atmosphères, avec un poids de 8 kilogr. ; en réunissant, au contraire, 5 cylindres, portés par un guide spécial pour de service de plusieurs voyageurs, on aurait une capacité de 510 litres avec un poids de 17 kilogr.

i lOi FAITS RÉCENTS, RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS.

100 d’oxygène, le volume disponible deviendrait 660 litres, ce qui pourrait suffire à la respiration continue d’un homme pendant plus d’une heure- Mais, dans la pratique, il ne serait pas nécessaire de respirer continuellement l’air suroxygéné. Au mont Blanc, la montagne d’Europe où les malaises sont à leur maximum, cette provision suffirait parfaitement pour le plus susceptible des voyageurs, et en moyenne pourrait éviter à deux ou trois voyageurs ce qu’il y a quelquefois de si pénible dans les angoisses du mal des montagnes; ils n’auraient qu’à venir de temps en temps, aux passages difficiles, respirer quelques bouffées de ce cordial gazeux, boire, suivant l’expression imagée de Sivel, quelques gorgées d’oxygène. Mais on voit que l’emploi de ce moyen ne serait pas sans difficultés, sans inconvénients dans les très-hautes régions, où la respiration suroxygénée devrait être à peu près continue, et même, il faut l’avouer, sans dangers, si une chute violente du porteur venait à faire crever l’appareil.

Il serait certainement bien préférable de pouvoir produire de place en place l’oxygène, aux haltes nécessaires, et au fur et à mesure des besoins, afin de l’emmagasiner dans de petits ballons. Mais jusqu’à présent je ne connais aucune réaction chimique qui puisse être opérée facilement sans le transport d’instruments fragiles ou pesants, dans des conditions pratiques, en un mot, pour les ascensions ordinaires. Mais les expéditions scientifiques de longue durée, comme celles qui séjournent pendant des semaines sur les hautes régions du Thibet, du Ladak, du Pamir, pourraient parfaitement et devraient même emporter l’outillage nécessaire pour se procurer de l’oxygène dans telle circonstance donnée. Il est rare, sans doute, qu’on meure exclusivement par l’effet de l’air raréfié, bien que nous ayons cité des exemples de ce genre de mort; mais son influence redoutable vient augmenter rapidement les dangers de toutes les maladies qui compromettent l’oxydation du sang. Je suis persuadé que si l’on eût pu faire respirer au D'' Stoliczka (Y. p. 1074) de temps en temps de l’oxygène, on ne l’aurait pas vu périr ainsi en deux jours.

DlMLNUTlOîl DE PRESSION.

Quoiqu’il en soit des difficultés de la réalisation pratique, il est certain que, par la respiration d’un air suroxygéné, le sommet du mont Everest, la plus élevée des montagnes du globe (8840”), n’est plus théoriquement inaccessible à l’homme, puisque j’ai pu moi-même atteindre sans encombre la pression de 248“”, qui correspond précisément à celle de cette prodigieuse hauteur. Or, à ce niveau, Glaisher est tombé inanimé au fond de sa nacelle, et 200” moins haut, Crocé- Spinelli et Sivel sont morts.

§ 5. — Habitants des hauts lieux.

Nous avons vu, dans la première partie de ce livre (p. 19), que les habitations humaines s’élèvent, dans l’Amérique du Sud et dans l’Himalaya, jusqu’au niveau de 4500”; au sommet du Pichincha (4860”), les oiseaux-mouches sont nombreux; la huppe « semble chez elle » à 5500” sur les hauts plateaux du Petit-ïhibet (p. 171). Ce sont là les limites extrêmes. Plus bas, entre 2 et 5000”, des millions d’hommes vivent groupés en cités, en nations, dans des conditions où les habitants des bords de la mer éprouvent presque toujours, quand ils s’y sont transportés brusquement, quelque influence pénible, parfois même impossible à supporter. Enfin, sur les collines de 1000” environ, non-seulement on trouve aussi des populations nombreuses, mais les habitants des bords de la mer s’y sentent d’ordinaire, au moins pendant un temps, plus actifs, plus dispos, plus forts que dans leur séjour naturel.

Examinons successivement ces points divers.

Faibles hauteurs. — Nous plaçons leur limite supérieure aux environs de 2000”. L’impression qu’elles produisent sur le voyageur qui vient y séjourner pendant quelques semaines ou quelques mois est, comme nous venons de le dire, généralement favorable. Reportons-nous à ce que nous avons dit de l’aéronaute amené par son ballon à un niveau correspondant; les mêmes observations s’appliqueront à notre voyageur. Il doit y avoir d’abord une tendance à la diminution

de l’oxygène contenue dans le sang, diminution à laquelle l’accélération de la respiration et de la circulation vient, selon toute vraisemblance, apporter une compensation suffisante. Ces accélérations sont réelles, comme le prouvent les observations de M. Jaccoud (p. 510), de M. Vacher {p. 1057). La respiration devient même plus ample, « de manière à mettre en jeu certaines régions paresseuses du poumon qui, dans les conditions ordinaires, ne prennent qu’une très-faible part à l’expansion inspiratoire; ces régions sont les parties supérieures des organes » (p. 511). Selon le docteur Armieux (p. 514), la conséquence en est une augmentation notable de la capacité thoracique, dont la circonférence gagne en moyenne de 2 à 5 centimètres. Or, cette amplitude augmentée des mouvements respiratoires est de grande importance; non-seulement elle introduit dans un temps donné une plus grande quantité d’air dans les poumons, mais encore cet air se distribue mieux et plus utilement dans l’arbre respiratoire. M. Gréhant^ a fait voir, en effet, que le coefficient de ventilation étant 0,060 pour des inspirations de 500% il devient 0,159 pour des inspirations de 600“, c’est-à-dire de beaucoup plus du double, pour des inspirations doubles. Aussi, dit-il, et ce n’est pas le moins curieux parmi les résultats de ses belles études : « Trente-six inspirations de 500“ faites en une minute (10,8 litres) ne renouvelleront pas les gaz du poumon aussi bien que dix-huit inspirations d’un demi-litre chaque (9 litres) » (p. 557). C’est là une considération dont on n’a pas tenu compte jusqu’ici.

L’appareil circulatoire vient, lui aussi, à la rescousse. M. Mermod (p. 545) a vu son pouls monter de 62 pulsations à 66, puis à 68, en habitant successivement à 500, 600, 1100“ d’altitude. Or, ainsi que nous l’avons dit, la rapidité plus grande de l’irrigation des tissus par le sang doit, d’une part, compenser le léger déficit de l’oxygène, d’autre part, diminuer par une sorte de lavage la proportion des déchets organiques retenus dans les tissus.

1 Recherches physiques sur la respiration de Vhomme. — Journal de Robin, 1. 1, p. 525-555, 1864.

blMISUTION i)E PRÉSSIO.N.

Enfin, les substances volatiles étrangères doivent disparaître du sang, et l’acide carbonique y diminuer; cette diminution est légère sans doute, puisque à 1500“ {65‘) elle doit être environ de 3 vol. sur 40 (V. fig. 31, p. 645), en supposant toutes les autres conditions égales; mais personne ne saurait affirmer qu’elle soit absolument indifférente, et il est permis de penser qu’elle est favorable, au contraire, à l’énergie des propriétés vitales. D’abord, semblable diminution a lieu dans le sang veineux (V. fig. 40, p. 681) et par suite dans les tissus sur lesquels, ainsi que je l’ai démontré (V. p. 982-1019), cet acide agit comme un stupéfiant. On sait, de plus, que le fonctionnement des systèmes musculaire et nerveux a pour conséquence la formation d’acide lactique, et que l’accumulation de cet acide est des plus redoutables pour l’intégrité des fonctions organiques. Or, nous avons vu (V. p. 1039) que le sang artériel ne contient presque jamais de CO^ dissous et que presque toujours, au contraire, ses bases ne sont pas absolument satprées par l’acide carbonique. Si donc l’alcalinité du sang augmente, les effets de la formation de l’acide lactique peuvent être plus aisément compensés, et un sentiment de mieux être peut s’en montrer la conséquence.

Ajoutons que ces déplacements, déterminés le plus souvent par des raisons de santé ou d’agrément, enlèvent le voyageur aux conditions habituelles et mauvaises de sa vie, le contraignent aux bains d’air, à l’exercice, à une alimentation plus active, lui procurent des digestions plus faciles, le forcent au repos nerveux, l’excitent par la vue des splendides spectacles de la nature, toutes circonstances réalisées au plus haut degré par le séjour dans la montagne.

Grandes hauteurs. — Mais supposons notre voyageur transporté soudain des bords de la mer non à Ghamounix (1020“ ; 67") ou à Davos (1650“ ; 62"), mais à la Paz (3720“ ; 48"), ou surtout à Cerro de Pasco (4350“ ; 44";. S’il avait, suivant notre hypothèse habituelle, 20 vol. d’oxygène dans son sang artériel et 12 dans son sang veineux, et que rien d’autre ne soit changé en lui, il n’en aura plus que 16 ou 14 volumes environ dans le sang artériel, avec 8 ou 6 dans le sang veineux. On a \u, dans

nos FAITS RECENTS, RÉSUMÉ ET COISCLUSIOAS.

la première partie que, inconteslablement, il sera à Gerro de Pasco, surtout si Faction du froid intervient, frappé du soroche, dont la gravité augmentera quand il voudra marcher, grimper, ou, comme d’Orbigny, valser. Les calculs que nous avons faits dans le paragraphe précédent, à propos des voyageurs en montagne, nous rendent un compte suffisant de ces malaises.

Mais, très-probablement, il semblera s’habituer progressivement à cet état de choses, surtout à la Paz (V. p. 41, 47, 58 etc.) ; au bout de quelque temps, il ne ressentira plus le soroche dans l’état de repos, et n’en éprouvera les désastreux effets que s’il se livre à un exercice violent. Il pourra meme arriver qu’il y échappe complètement (Y. p. 49); il est, ou il paraît être, comme on dit, acclimaté. Y" a-t-il donc en lui quelque chose de changé?

On pourrait se demander d’abord si, par une compensation harmonique dont l’histoire naturelle générale nous offre bien des exemples, son sang serait devenu apte, soit par une modification dans la nature ou la quantité de l’hémoglobine, soit par une augmentation du nombre des globules rouges, à absorber plus d’oxygène sous un même volume, et à revenir ainsi à la norme habituelle des bords de la mer? La couleur noire du sang observée jadis par le docteur Jourdanet pendant les opérations chirurgicales, ne serait point une objection absolue à cette hypothèse, puisque nous avons vu (p. 1052) que la couleur rouge du sang dépend non de la quantité d’oxygène qu’il contient, mais du rapport entre cette quantité et celle de l’hémoglobine. Mais il est bien certain que pareil changement, s’il a lieu, ne peut s’opérer qu’à la longue; vraisemblablement même, il ne peut être le fait que de dispositions transmises héréditairement, et ne doit arriver à son complet développement qu’au bout de générations successives, en telle sorte qu’il expliquerait non l’acclimatement de l’individu, mais celui de la race. Mais même pour ce dernier cas, il n’est rien moins que démontré ; ajoutons qu’il serait désirable et très-facile^ défaire juger par l’expérience directe

* L’analyse sur place des gaz du sang artériel chez les animaux bien acclimatés ouïes animaux sauvages des hautes régions (yacks, lamas, condors surtout) ne

DIMINUTION DE PRESSION

l’hypothèse que je mets en avant sans y attacher grande confiance.

Mais enfin, l’acclimatation au moins apparente, non-seulement des natifs, mais des simples résidents, est chose avérée, lorsque l’élévation ne dépasse pas certaines limites. Comment se peut-elle faire? Dire que c’est parce qu’ils ont pris l’habitude de ces conditions nouvelles, n’est rien expliquer, bien que, le plus souvent, nous soyons obligés d’user de cette expression vague pour désigner des faits d’observation journalière. Comment se fait-il que tel jour d’une température moyenne nous semble chaud en hiver, glacial en été? que telle chambre aux volets fermés est obscure au premier aspect, tandis que ses moindres détails s’éclairent après quelques minutes? Dans le cas particulier qui nous occupe, nous comprenons bien d’une part que des organes, habitués à être irrigués par un sang artériel à 20 pour 100 d’oxygène, habitués à vivre en empruntant à ce sang 8 volumes d’oxygène faciles à dissocier, se plaignent et se révoltent quand le sang artériel ne leur apporte plus que 16 volumes, d’où les 8 volumes nécessaires à la consommation intime deviennent plus difficiles à extraire, et d’autre part, qu’au bout de quelques jours, de quelques semaines de transitions plus ou moins pénibles, ils reviennent progressivement sur leur impression première, fassent effort et soient plus aptes à opérer la dissociation un peu plus difficile à laquelle ils sont obligés. Mais tout ceci, à vrai dire, n’est qu’une paraphrase de l’expression habitude, et n’explique pas grand’chose ; il faudrait savoir en quoi consiste cette modification intime des tissus, et nous sommes incapables aujourd’hui de nous en former la moin dre idée.

pourra être faite de longtemps. Mais les travaux de M, Jolyet ( Comptes rendus de la Société de biologie, 1874) ayant montré que la capacité absorbante du sang pour l’oxygène ne change pas après la putréfaction, rien ne serait plus facile que de recueillir du sang veineux d’homme sain et vigoureux (Européen acclimaté et Indien), ou du sang d’animal, de le défibriner, et de l’envoyer dans un flacon bien bouché; il suffirait ensuite de l'agiter vigoureusement à l’air pour juger de sa capacité d’absorption sur le vivant. 50 centimètres cubes sont bien assez pour chaque analyse.

Ce qui est bien certain, c’est que ce voyageur devenu habitant de la haute montagne n’essaye même pas de lutter contre la diminution d’oxygène de son sang artériel en activant outre mesure ses respirations, comme on l’avait d’abord supposé. Les observations deM. le docteur Jourdanet sont concluantes (V.p. 268). Et cela se comprend. D’abord la gymnastique à laquelle il faudrait se livrer pour faire circuler dans ses poumons la même quantité d’air en poids à 48" qu’à 76", est évidemment impossible à soutenir, même pendant quelques minutes. En second lieu, elle ne serait guère efficace, puisque nos expériences ontmontré(V. fig. 45, graph. B. et G., p. 691) qu’à cette pression la saturation du sang par une agitation parfaite n’y pourrait guère ajouter plus d’un volume et demi d’oxygène, et que, d’autre part, à la pression normale, il y a le plus souvent le même écart moyen entre la richesse du sang artériel et sa capacité maximum. Cependant une légère augmentation dans ce sens ne serait pas inutile, et elle pourrait se produire soit par une accélération, soit par une amplitude plus considérable des mouvements. Le premier phénomène n’a pas lieu, suivant M. Jourdanet; l’étude du second présenterait de grandes difficultés : il faudrait, en effet, placer un compteur à gaz sur le trajet de l’air inspiré ou expiré, observer la respiration pendant un temps très-long afin d’éliminer les modifications intercurrentes, et faire les observations soit, ce qui serait le meilleur mais le moins réalisable, sur une même personne alternativement aux bords de la mer et aux grandes altitudes, soit sur un très-grand nombre de personnes, afin de pouvoir prendre des moyennes.

Si nous supposons, comme cela est probable, que la ventilation pulmonaire a peu ou point changé et si, d’autre part, les consommations organiques sont restées au même degré, il en résultera évidemment que la proportion centésimale, en volume, de l’acide carbonique dans l’air expiré devra avoir augmenté dans le rapport inverse des pressions. A demi-atmosphère, dans cette hypothèse, elle devra avoir doublé ; à deux tiers d’atmosphère (50" de pression, 3300“, à peu près la hauteur de Cuzco) elle devra avoir augmenté d’un tiers, et

DMI>UTION DE PRESSION.

im

de 4,0 pour 100, moyenne au niveau des mers, être devenue 6,5; à Mexico (58'"), où ont été faites les expériences malheureusement milles et non avenues de Coindet (p. 275-281 et 289-291), elle devrait être 58 : 76 =4,5 : 'X= 5,6, Ce sont là des faits qu’il serait facile d’étudier sur place ; un flacon de 200 centimètres cubes dans lequel on ferait une vingtaine d’expirations, de manière à y renouveler totalement l’air, pourrait même, bien bouché avec du caoutchouc chauffé, servir à des analyses à grande distance : je me permets de recommander cette constatation aux voyageurs qui séjourneront sur les hautes régions ou même aux simples ascensionnistes en montagne.

Mais très-probablement, la proportion pour les individus acclimatés sera inférieure à ce que le calcul exige ; très-probablement, en d’autres termes, l’intensité des combustions respiratoires aura diminué. Et en ceci consiste probablement ce qu’on appelle l’acclimatation sur les hauts lieux; je m’imagine qu’elle à simplement pour cause une moindre consommation d’oxygène dans un temps donné, une économie dans les combustions, économie qui, dans de certaines limites, n’empêche pas l’intégrité des fonctions organiques. Je reconnais que je quitte ici le sol résistant des conséquences expérimentales directes, pour entreprendre un hasardeux voyage dans la région mobile des hypothèses; mais qu’importe, si l’hypothèse nous conduit non à d’imprudentes conclusions, mais à des recherches nouvelles et fécondes? En ceci comme en tant d’autres matières, qui ne risque rien n’a rien.

Voyons donc.

Or, je suis persuadé qu’à la pression normale, nous consommons beaucoup plus d’oxygène dans un temps donné qu’il n’est nécessaire pour entretenir notre température à son degré normal et constant, et pour satisfaire à la dépense de forces exigées pour les actes musculaires et nerveux. Examinons les chiffres, tels que nous les donne l’état actuel de la science, mais en faisant toutes réserves ‘ sur l’exactitude des

* Voir à ce propos les judicieuses réflexions de M. Gavarret : De la chaleur vro-

\m FAITS RÉCENTS. RÉSÜMÉ ET CONCLUSIONS.

valeurs que nous sommes obligés d’employer : au moins nous donnent-elles une approximation.

Admettons qu’un homme pesant 60 kilogrammes produit en vingt-quatre heures 2800 calories de kilogramme \ et considérons d’abord la dépense de chaleur qui lui serait nécessaire pour entretenir au degré normal (en moyenne 38“) la masse de son corps dans un air dont la température serait de 19“.

Si nous admettons que cet homme fasse passer en 24 heures dans ses poumons 12“ d’air, qui s’échaufferont ainsi de 19®, nous trouverons, la capacité calorifique de l’air étant 0,26, qu’il y aura eu de dépensé ainsi en calories 12x19x0,26 = 59,28 calories. L’évaporation pulmonaire de hOO^" d’eau (quantité probablement maximum) nécessitera une perte de 292 calories (la chaleur de vaporisation étant 0,582).

L’échauffement des boissons et des aliments, le rejet des urines et des excréments fait perdre une quantité de chaleur qu’Helmholtz estime à 2,6 pour 100 de la perte totale, soit ici 65 calories.

Voici donc une dépense connue, que j’admets comme nécessaire, de 59-1-292-1-65= 516 calories. Restent environ 2500 calories perdues i° par le rayonnement cutané et le contact de l’air 2° par l’évaporation cutanée : celle-ci est en moyenne estimée à 1“, consommant ainsi 582 calories. Ces pertes sont-elles justifiées, dans les circonstances où nous nous trouvons placés, parles nécessités physiques d’entretien à la température de 58® d’un corps pesant 60“, ayant environ 15000®‘ï de surface, avec une capacité calorifique à peu près égale à celle de l’eau, et plongé dans de l’air à 19®? C’est ce que je voudrais bien pouvoir examiner ici. Malheureusement, les données actuelles de la science ne nous permet-

duite dans les êtres vivants. — Paris, 1855, p. 277. Elles sont encore, après vingt ans, applicables aux connaissances actuelles.

‘ Lavoisier avait trouvé, pâr kilogramme et par heure, une production de 22,9 calories, Barrai une moyenne de 23 calories, ce qui ferait pour 60 kilog. et 24 heures, 5500 calories. M. Béclard admet 2500. (Traité élémentaire de physiologie humaine, §166.)

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tent pas de résoudre ce problème S et il faudrait entreprendre -sur ce point des recherches spéciales.

 priori, je ne puis m’empêcher de croire qu’il est superflu de perdre par simple évaporation cutanée un kilogramme d’eau par jour, et par suite 582 calories ; cette dépense ne peut se motiver que par un excès de chaleur produite, que le rayonnement et le contact ne peuvent rejeter au dehors. Comment comprendre que de la chaleur soit produite dans le seul but de la perdre consécutivement?

Cet excès paraît bien plus fort encore lorsque l’on considère le corps humain produisant du travail ; la chaleur non utilisée devient telle alors qu’une sueur abondante vient

1 Péclet s’en est occupé sous sa forme la plus générale. (Voir son Traité de la chaleur considérée dans ses applications. 5' éd., t. III, p. 418-455. Paris, 1861.) Deux causes concourent à enlever au corps en expérience la chaleur qu’il faut lui restituer : le rayonnement et le contact de l’air. Péclet a trouvé que, dans les limites de température dont nous nous occupons, la valeur du refroidissement par rayonnement dans une heure et pour un mètre carré de surface s’exprime par la formule kt{\ + 0,0056 i) et celle de la perte d’air au contact par k't (1 -4- 0,0075 <), t désignant l’excès de la température initiale du corps sur celle du milieu ambiant. Or, le coefficient k varie singulièrement suivant îa nature de la surface rayonnante, puisqu’il vaut 0,26 pour le cuivre jaune poli et 4,01 pour le noir de fumée; nous ne pouvons soupçonner quel il est pour la peau humaine, quel il est pour les vêtements. D’autre part, le cofficient kf dépend de la forme et de la grandeur du corps; on -peut approximativement, d’après Péclet, en assimilant le corps humain à un cylindre de 1“,70 de hauteur et de 0’“,12 de diamètre (surface 12 823‘q, le tirer de la formule

Encore cette valeur ne serait-elle « qh’une appréciation peu précise. »

On voit que les éléments nécessairês pour résoudre le problème que nous nous sommes posé nous font absolum^t défaut. Il faudrait, pour déterminer la valeur des coefficients k et k', faire app^il’expérience directe, en se basant sur les principes indiqués par Péclet. On y sffrîverait en recouvrant de peau humaine fraîchement enlevée et maintenue humide un cylindre creux de métal, affectant à peu près la forme et les dimensions du corps, en remplissant ce cylindre d’eau à 38°, avec un système d’agitateur et de thermomètres destinés à bien brasser l’eau et en suivant alors la marche décroissante de la température.

On aurait ainsi la quantité de chaleur nécessaire pour maintenir notre température à son degré normal pendant l’état de repos, dans la station verticale et l’état de nudité (notons qu’on pourrait par la même méthode étudier l’influence des divers vêtements). Si le chiffre obtenu était notablement inférieur à 2500 calories, on en conclurait que notre hypothèse est vraisemblable.

Tenlever par son évaporation. Or il se peut très-bien que les habitants des montagnes aient une machine mieux réglée, qui, au lieu de ne leur donner en travail que 18 à 20 pour 100 de la force dégagée, soit d’un rendement plus considérable, et par suite n’exige, pour une même dépense dynamique, qu’une absorption moindre d’oxygène et aussi d’aliments.

On voit que nous faisons très-probablement, dans les conditions habituelles de notre vie, des excès d’oxygénation comme des excès de nourriture, deux sortes d’excès corrélatifs l’un à l’autre. Et de même que les paysans, qui se nourrissent beaucoup moins que nous, arrivent, utilisant tout ce qu’ils absorbent, à produire en chaleur et en travail un effet utile égal sinon supérieur à celui des citadins; de même qu’un montagnard basque muni d’un morceau de pain et de quelques oignons accomplit des excursions qui exigent du membre de VAJpineClub qui l’accompagne l’absorption d’une livre de viande, de même il se peut faire que les habitants des hauts lieux arrivent à restreindre la consommation d’oxygène de leur organisme, tout en conservant à leur disposition, soit pour l’équilibre de température, soit pour la production de travail, une même quantité de forces vives. Ainsi s’expliquerait l’acclimatement des individus, des générations, des races.

Mais il convient de considérer non-seulement les actes de nutrition eux-mêmes, mais l’excitation, peut-être moindre, qu’un sang peu oxygéné détermine dans les muscles, les nerfs, les centres nerveux. Nous n’avons aucune mesure de ces faits, mais il est probable qu’il n’est point indifférent pour ces organes délicats, en dehors des questions d’oxydation, de recevoir un sang artériel contenant 20 ou seulement 16 volumes d’oxygène, et il nous est permis de penser que, dans cette dernière condition, ils tendront à être moins actifs dans leur état moyen.

La considération des modifications apportées à la richesse du sang en acide carbonique, que nous avons un peu négligée jusqu’ici, doit, ce semble, nous arrêter davantage, maintenant qu’il s’agit d’un séjour à longue portée. Dans les villes

DIMINUTION DE PRESSION

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OÙ nous supposons transporté notre voyageur, par 4000™ environ, l’acide carbonique aura diminué de 6 à 7 volumes, en admettant les 40 volumes moyens du niveau de la mer. Le sang, et par suite les tissus deviendront donc ainsi notablement alcalins, et cette modification doit avoir des conséquences dont on devine l’importance, sans pouvoir aujourd’hui en préciser la nature.

En fait, d’après les observations de M. Jourdanet, les habitants des hauteurs, même les natifs Européens, sont, malgré les apparences de la santé, presque tous anémiques L Les maladies, quelles qu’elles soient, celles surtout qui attaquent les organes respiratoires, viennent entraver l’absorption de l’oxygène, et rendent manifeste cette espèce d’anémie latente, due non à la diminution du nombre des globules, mais à leur moindre oxygénation, cette anoxyhémie^ suivant l’heureuse expression de mon savant confrère et ami. La saignée, à laquelle on pourrait, en souvenir de la médication des bas niveaux, se laisser entraîner, est pernicieuse, et les toniques au contraire rendent de vrais services.

A leur tête il conviendrait de placer la respiration d’un air légèrement suroxygéné, ou encore d’un air comprimé de manière à rétablir la tension normale. J’ai la persuasion que des établissements du genre de ceux de Junod, de Pravaz et de Tabarié rendraient de grands services à Mexico, à la Paz, à Cuzco, à Cerro de Pasco, surtout aux nouveaux arrivés et aux malades.

Mais Je m’arrête en me gardant bien de conclure. 11 a dû me suffire de montrer dans quelles conditions physiologi-

* A l’appui de la thèse de M. Jourdanet sur les dangers réels de l’habitation continue des hauteurs, sujet que je ne fais qu’effleurer, renvoyant à son beau livre pour une étude complète, je citerai l’assertion suivante de Reissacher {Chemische Briefe, t. R, p. 481), que j’emprunte du reste à George von Liebig, p. 450 (Deutch. Archiv. f. Klin. Med. 1871) :

« D’après les déclarations des directeurs des mines du Bôckstein, sur le haut du Goldherg, dans le Rauris (2453“, P 56^), les mineurs ne peuvent plus travailler après 40 ans, et à Rathhausberg, sur le Bôckstein (de 1996“, P 59^ à 2166“, P 58»'), ils sont hors de service dans la 50“ année... Les chiens et les chats ne peuvent vivre au Goldherg ; ils succombent à la paralysie des extrémités et aux troubles respiratoires, »

ques doivent se trouver les habitants des hauts lieux, et comment on comprend qu’ils se puissent accoutumer à ces graves perturbations. Pour la réalité et la solidité de cette accoutumance chez les individus, sa transmission de génération en génération, l’immunité apparente de certaines races humaines ou espèces animales, ce sont là questions dont je comprends toute l’importance, mais qui incombent à l’hygiéniste ou au naturaliste, et dont la solution, du reste, ne peut ressortir d’expériences de laboratoire. Or, c’est sur le terrain expérimental, qui m’est familier et où je suis sûr de mes pas, que je me veux obstinément maintenir.

§ 4. — Vie animale et végétale sur les hautes régions.

Les animaux sauvages ou importés qui habitent les hautes régions des Cordillères et de l’Himalaya nous présentent le même problème que les humains dont nous venons de parler. Pour ceux-là comme pour ceux-ci, les indigènes, espèces ou races, résistent infiniment plus que ceux qui sont venus leur faire concurrence. Les yacks indiens, les lamas américains peuvent servir de bêtes de somme sans souffrir aucunement, là où les mulets et les chevaux périssent souvent de la décompression.

Les oiseaux peuvent s’élever plus haut encore que les mammifères, le condor surtout, qui monte en volant jusqu’à 7000“, et plane pendant des heures à ces hauteurs où l’aéronaute immobile commence à ressentir d’importants malaises, où les frères Schlagintweit ne sont arrivés sur le flanc des montagnes qu’au prix de vives souffrances dues à l’air raréfié. Or, dans mes cloches à dépression, les oiseaux se sont montrés plus sensibles que les mammifères, et les oiseaux de proie que nous avons mis en expérience étaient presque aussitôt malades que les passereaux. Comment se rendre compte de cette double contradiction entre des faits également certains?

Nous avons vu que les explications proposées ne pouvaient nous satisfaire, et j’avoue que je n’en ai pas d’autre à propo-

DIMISÜTIOX DE PRESSION.

ser. lime faudrait, pour en tenter une, être d’abord maître de faits expérimentaux qui me sont absolument inconnus. Tout d’abord il faudrait, en vases clos, essayer sur des condors les effets de la décompression, et cela non sur des animaux de ménagerie, acclimatés peut-être à la forte pression barométrique de nos contrées, mais sur des condors saisis vigoureux dans leur habitat ordinaire : conditions difficiles à réaliser. 11 faudrait encore connaître la richesse en oxygène de leur sang, et surtout, ce qui est facile à constater, comme je l’ai indiqué plus haut (p. 1108), sa capacité pour l’oxygène. La quantité de sang qu’ils contiennent serait encore un élément intéressant. Rien ne serait plus curieux, enfin, que de tâcher d’établir par des analyses d’air, des pesées alimentaires, des mesures calorimétriques, leur équation respiratoire et nutritive.

Peut-être, tout ceci constaté, serait-il possible de se rendre compte de la résistance étrange qu’ils présentent, même en développant le travail considérable de l’ascension au vol, à l’influence de Pair raréfié.

Je rappellerai, en terminant ce chapitre, que les végétaux sont, au m-ême titre que les animaux, impressionnables par la moindre tension de l’oxygène qu’ils respirent sur les hauts lieux. Cet élément a été jusqu’ici négligé par les botanistes, préoccupés justement dans l’étude de la distribution géographique sur les montagnes des influences de la température, de l’intensité des rayons solaires, de l’état hygrométrique. D’ordinaire, ils n’en parlent pas, ou bien ils en dénient l’importance. C’est ainsi que M. Radau^, signalant ce fait que certaines plantes des altitudes ne peuvent vivre dans nos contrées avec des températures analogues à celles de leur pays natal, dit expressément : « La pression atmosphérique n’est probablement pour rien dans les faits de cet ordre. » Mais mes expériences montrent que la végétation, que la germination plus encore peut-être, sont ralenties singulièrement dans l’air raréfié. Elles mettent aussi en lumière une

i Les derniers progrès de la science. — Paris, 1868, p. 108.

Iil8 FAITS RÉCENTS, RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS.

certaine inégalité de résistance entre divers types végétaux, les crucifères paraissant moins susceptibles que les graminées. Enfin, coïncidence qui a de Fintérêt, nous avons vu que les phénomènes de la vie végétale s’arrêtent précisément à la pression de T de mercure, qui est funeste à tous les animaux. C’est donc avec cette faible tension de l’oxygène (2,5) que les oxydations organiques arrivent chez tous les êtres vivants à se ralentir tellement qu’elles ne suffisent plus à l’entretien de l’équilibre vital.

§ 5. — Applications médicales.

Je me hâte de déclarer que je ne fais qu’indiquer ce point, qui sort du cadre de mes études. M. le docteur Jourdanet a eu, le premier, l’idée d’appliquer l’air artificiellement raréfié au traitement de diverses maladies , et notamment de l’anémie et de la phthisie. Je renvoie à ses livres pour l’étude des résultats obtenus. Avant lui et depuis lui, l’habitation des hauteurs a été et est recommandée surtout aux phthisiques; ce mode de traitement date, dans les Andes, de la conquête espagnole, et suivant Tschudi, les médecins en font un tel abus que « souvent les malades laissent leur vie dans la Cordillère » (p. 49). En Europe, le séjour sur les hauts lieux et particulièrement dans l’Engadine, n’est conseillé que depuis peu de temps; mais déjà il s’est mis fort à la mode, ce qui prouve qu’il est utile à beaucoup de monde et probablement aussi aux malades.

Je ne voudrais qu’appeler l’attention des médecins sur l’avantage qu’on pourrait peut-être retirer dans certains cas (fièvres ou inflammations), d’une décompression assez forte pour enlever au sang une notable partie de son oxygène, et peut-être même pour abaisser la température du corps. Il y aurait là, ce me semble, une médication altérante d’une grande puissance ; mais je m’arrête en déclinant ma compétence sur ces matières difficiles.

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