RÉSUMÉ, ET APPLICATIONS PRATIQUES
§ — Fortes pressions.
La découverte de l’action toxique de l’oxygène à haute tension constitue à coup sûr la partie la plus intéressante et la plus inattendue de ce long travail. Les expériences faites sur les animaux comme sur les végétaux, sur les êtres aériens comme sur lès êtres aquatiques, sur les êtres compliqués de structure comme sur les microscopiques monocellulaires et sur les éléments anatomiques séparés du corps, ont montré de la ma-
nière la plus nette qu’à partir d’une certaine tension oxygénée de l’atmosphère ambiante, la vie devient impossible, et que la mort peut survenir avec une remarquable rapidité.
Chez les animaux à sang chaud, les phénomènes convulsifs violents dont nous avons donné la description (p. 799) se manifestent de suite au-dessus de 20 atmosphères d’air ; la mort très-rapide a lieu au-dessus de 25 atmosphères ; mais les effets fâcheux se font sentir nettement dès 6 atmosphères, comme nous l’avons vu par une méthode indirecte (p. 768).
Nous avons surabondamment prouvé qu’ils sont la conséquence non de la pression barométrique en tant qu’agent physico-mécanique, mais de l’augmentation dans la tension de l’oxygène ambiant. Je renvoie pour tous ces faits au chapitre IV, sous-chapitre I, où ils ont été étudiés avec détail. On y verra non-seulement la description des symptômes de l’empoisonnement par l’oxygène, l’indication de la dose mortelle de l’oxygène extérieur,- exprimée en tensions, mais celle de la richesse oxygénée du sang qui correspond aux différents stades des phénomènes extérieurs : la mort arrive rapidement quand la proportion de ce gaz a augmenté d’un tiers dans le «ang artériel. On y trouvera en outre démontré ce résultat paradoxal en apparence, que sous l’influence d’une plus forte oxygénation du sang, les tissus s’oxydent moins, les combustions organiques diminuent d’énergie , la production d’acide carbonique, l’excrétion d’urée, la destruction intra-sanguine du sucre sont entravées, et que, par suite, la température diminue.
Ces faits perdent de leur étrangeté en se liant à ceux que révèle le chapitre VI. Tous les éléments anatomiques, y est-il en effet démontré, subissent la redoutable influence de l’oxygène comprimé (p. 914); les êtres microscopiques qui déterminent les fermentations vraies, sont tués par cet agent ^ ; la
‘ Les récents travaux de M. Pasteur et les miens sur l’agent virulent des maladies charboimeuses, semblent indiquer une exception à cette règle générale. Les corpuscules reproducteurs de certains vibrions qui conservent, comme je l’ai montré, leur vitalité pendant plusieurs mois dans l’alcool dilué, résistent en effet à des tensions oxygénées qui tuent les vibrions eux-mêmes. Mais il faudrait savoir si ce n’est pas là simplement ime question de dose dans la tension, ou de durée
AUGMEiSTÂTION DE PRESSION.
putréfaction est arrêtée, et la consommation d’oxygène qui lui est concomitante diminue jusqu’à pouvoir être réduite à zéro. Or les éléments anatomiques, en présence de l’oxygène en excès, se comportent comme les êtres élémentaires libres, et, périssant, cessent de consommer l’oxygène nécessaire à l'entretien de leurs actes vitaux.
Suivons ceci d’un peu plus près. Et d’abord, nous l’avons vu, pour les végétaux comme pour les animaux, la pression de 5 ou 6 atmosphères d’air (tension oxygénée 100 à 120) amène des troubles assez graves pour que des expériences de laboratoire, qui s’exécutent à bref délai, les signalent d’une manière manifeste. Ainsi la respiration d’oxygène pur, à la pression normale (tension 100), ne pourrait être longtemps supportée par les animaux à sang chaud. Vers 10 ou 12 atmosphères apparaissent des troubles assez rapidement mortels, et vers 20 atmosphères, les convulsions caractéristiques de l’empoisonnement oxygéné. Or, à 6 atmosphères, l’oxygène du sang artériel n’a augmenté que de 3 volumes; à 12 atmosphères, il a passé en moyenne de 20 à 25 volumes, et à
20 atmosphères, de 20 à 29 (voy. fig. 36, p. 664) ; quand il passe de 20 à 35 (exemple : expérience CCLXXXVII, 27 atmosphères), la mort arrive en quelques minutes. D’autre part, nous avons à plusieurs reprises insisté sur ce fait, que le sang artériel, dans les actes normaux de la respiration, ne se sature presque jamais d’oxygène. Quand on ouvre la trachée et qu’il s’ensuit, comme cela arrive souvent, une respiration tout à fait exagérée, ou quand on agite le sang dans un flacon plein d’air, on le voit gagner 3 ou 4 volumes en moyenne.
Ainsi, la pression de 6 atmosphères d’air environ a pour conséquence d’introduire dans le sang artériel à peu près la quantité d’oxygène qui serait nécessaire pour le saturer sous la pression normale. Et, nous l’avons vu, cette pression commence à être pernicieuse pour les organismes supérieurs. La
dans l’expérience. Je poursuis cette question, à laquelle je ne saurais encore donner une réponse. (Voy. les Comptes rendus de V Académie des sciences. Séances des
21 mai, 9 juillet, 30 juillet 1877.)
saturation du sang serait donc une condition fâcheuse, et par une heureuse harmonie, lorsqu’elle est atteinte, Vapnée qui intervient l’empêche aussitôt de persister.
A partir de ce degré de pression, la combinaison oxy-hémoglobique est satisfaite, et l’oxygène qui s’ajoute au sang suivant une progression qui se rapproche de la loi de Dalton (p. 665, 700) n’est plus que de l’oxygène dissous, également réparti entre les globules et le plasma; et même, si le séjour dans l’air comprimé dure un temps suffisant, il doit se dissoudre aussi dans les tissus au même degré. Or, fait du plus haut intérêt, c’est en présence de cet oxygène simplement dissous, libre, que les oxydations intimes se ralentissent, puis s’arrêtent. Il semble que les tissus aient besoin, pour s’oxyder, de l’oxygène emprunté, enlevé à la combinaison oxyhémoglobique, si bien que, en présence de l’oxygène dissous apporté par la compression, ou les tissus deviennent incapables d’opérer cette dissociation, ou les globules ne peuvent plus céder leur oxygène, et demeurent condamnés à la saturation perpétuelle. Je ne connais rien, en chimie physiologique, de plus curieux que cette sorte à’action de présence de l’oxygène dissous, ayant pour conséquence non d’activer, mais d’arrêter une combinaison. Quoi qu’il en soit des explications possibles, il est certain que les oxydations organiques ne se font plus lorsque le globule sanguin, chargé cependant au maximum d’oxygène, est entouré de cette espèce d’atmosphère d’oxygène libre, dissous dans le plasma, dissous dans les tissus.
Nous avons vu, je le rappelle encore, que cette cessation de l’activité oxydante des tissus a lieu en présence de l’excès d’oxygène, non-seulement chez les animaux à globules rouges, mais chez tous les êtres vivants. Or, cette cessation des phénomènes vitaux n’est pas seulement momentanée, comme celle que, chez les êtres inférieurs, occasionne la diminution de pression, mais est une véritable mort, une mort définitive; ce qui montre que bien évidemment il ne s’agit pas ici d’une simple suspension, mais d’une déviation des phénomènes vitaux. Une graine maintenue dans le vide, germe lorsqu’on
AUGMENTATION DE PRESSION
laisse rentrer l’oxygène; un chien qui a des convulsions d’asphyxie revient à lui quand on lui rend l’air. Mais la graine maintenue sous compression ne germera plus ; le chien ramené de l’oxygène comprimé à la pression normale, peut, après vingt-quatre heures de convulsions consécutives, périr sans s’être amélioré (exp. CCLXXVIII, p. 777). Il semble qu’il se soit, sous l’influence de l’oxygène comprimé, formé dans les éléments anatomiques quelque produit toxique, qui ne peut pas toujours s’éliminer, et tue alors même que sa cause formatrice a disparu. Aller plus loin que cette hypothèse me paraîtrait une imprudence dans l’état actuel de la science.
Les travaux de M. Pasteur ont appris que les êtres vivants microscopiques peuvent être divisés en deux groupes, les uns ayant besoin pour vivre du contact de l’air, de l’oxygène libre (aérobies) , les autres (anaérobies) redoutant l’air, au contraire, et empruntant l’oxygène qu’ils consomment à des matières organiques qu’ils décomposent dans ce but. Or, ce que nous venons de dire montre que les éléments anatomiques groupés en tissus sont essentiellement anaérobies. Chez les animaux supérieurs, où il a été possible de pousser assez loin l’analyse des phénomènes, nous savons que c’est à l’oxy-hémoglobine qu’ils demandent leur oxygène ; mais quand celleci étant saturée, ce dernier gaz apparaît simplement dissous dans le plasma et les tissus, ils deviennent malades et meurent si l’expérience dure’^ssez longtemps, ou si la dose d’oxygène libre est assez forte, absolument comme font les vibrions de la fermentation butyrique^ en présence de l’air atmosphérique. Le globule rouge semble seul faire exception, car il paraît bien essentiellement aérobie; mais je penche à croire que ce n’est là qu’une illusion, car ce globule lui-même, lorsque son stroma constitutif, sa globuline, contient de l’oxygène libre après la saturation de la teinture (hématocristalline) avide d’oxygène qu’il porte en lui, périt comme les autres éléments anatomiques (V. p. 917). Aussi, dans l’état régulier des choses, ainsi que nous l’avons
*■ Voy. Pasteur, Études sur la Mère, p. 293. — Paris, 1876.
VU, jamais la combinaison oxy-hémoglobique n’est saturée d’oxygène. Il est à remarquer, du reste, que les micro-organismes aérobies, comme les bactéries, périssent également sous l’influence de l’oxygène comprimé; on peut dès lors faire l’bypothèse qu’elles portent en elle, comme le globule rouge, quelque matière avide d’oxygène et dont la combinaison oxygénée nourrit leur propre substance constituante. Dans cette hypothèse, tous les êtres vivants et toutes leurs parties prises isolément, seraient anaérobies. Quoi qu’il en soit, le parallélisme s’établit parfaitement entre les globules rouges et les bactéries d’une part, les éléments anatomiques et les vibrions d’autre part. Mais si différents qu’ils paraissent être, divisés ici deux à deux, tous se ressemblent par la mort qui les frappe rapidement en présence d’une dose suffisante d’oxygène dissous.
Avant de quitter ce sujet, appelons encore l’attention sur cette application nouvelle de la règle générale, que lorsqu’un poison frappe tout l’organisme, c’est le système nerveux qui réagit le premier. Le chien dans l’air comprimé a d’abord des convulsions ; et celles-ci, troublant les mécanismes dont l’harmonie est nécessaire à l’entretien de la vie, le tuent avant que les autres éléments anatomiques soient frappés à mort; mais c’est pour ces derniers une question de temps. Son sang est encore capable de rappeler à la vie un autre chien exsangue ; mais si on l’agite pendant quelques heures sous pression oxygénée, il tuera l’animal sain auquel on l’injectera, bien loin de pouvoir sauver l’exsangue mourant. De même, la queue du rat mort par l’oxygène se peut parfaitement greffer; mais une plus longue e^^position dans l’oxygène comprimé en tuera les éléments et la greffe se résorbera sans suppuration (p. 944).
§ 2. — Faibles pressions.
Je désigne sous ce titre, ainsi que je l’ai fait dans le souschapitre II du chapitre IV (p. 816-844), les pressions intermé-
AUGME^•TATION DE PRESSION
diaires entre une et cinq atmosphères d’air, dans lesquelles la tension de l’oxygène varie entre celle de l’air (20,9) et les 100 de l’oxygène pur. Avec ces tensions, comme je viens de le faire remarquer, le sang artériel n’est pas complètement saturé d’oxygène, bien qu’il en soit de plus en plus riche à mesure que l’on s’éloigne de la pression normale.
Ces pressions faibles sont fort importantes à étudier pour le médecin et pour l’hygiéniste, puisque ce sont celles qu’on emploie dans la thérapeutique d’une part et de l’autre dans l’industrie. Mais au point de vue où j’étais placé, ce qui m’y paraissait le plus intéressant, c’était de chercher à quelle pression se trouvait réalisé le maximum d’oxydation intra-organique. Nous avons vu, d’une part, que depuis les plus faibles pressions jusqu’à une atmosphère, et d’autre part que, à partir de cinq ou six atmosphères et au-dessus, ces oxydations s’en vont en diminuant : où serait placé le sommet de la courbe qui représenterait ces phénomènes?
Or, mes analyses directes de la quantité d’acide carbonique exhalé, d’oxygène absorbé, d’urée sécrétée dans un temps donné, et mes recherches indirectes sur la rapidité des putréfactions, tendent à démontrer que c’est aux environs de trois atmosphères, vers la tension de 60 d’oxygène que se trouve le maximum cherché. Les récentes expériences de G. Liebig (p. 1150) déposent dans le même sens.
Mais je suis le premier à reconnaître que rien n’est plus difficile que de semblables expériences, et que les conclusions sont toujours périlleuses. Relativement à la production de l’urée, par exemple, ou bien nous maintiendrons le sujet en expérience à une nourriture bien régulière, et alors l’excès d’oxydation, s’il y en a un, s’exerçant sur les matériaux de l’organisme lui-même, cessera en les épuisant de se manifester; ou bien nous augmenterons la nourriture, et alors l’augmentation d’urée produite n’aura plus de mesure possible, puisque nous ne connaissons pas l’équivalent en urée des divers aliments : j’ai commencé sur ce dernier point des recherches encore incomplètes. Mais malgré toutes ces causes d’erreur, je suis frappé de la concordance des analyses
de Vivenot, Panum, G. Liebig, J. Pravaz, avec les miennes, et aussi du témoignage unanime des médecins et des ingénieurs sur l’augmentation de l’appétit des malades ou des ouvriers soumis à Pair comprimé. Mes conclusions me semblent donc pour le moins très-vraisemblables.
Il en résulterait, si nous considérons les animaux supérieurs, que les oxydations organiques augmenteront d’intensité quand on se rapprochera de la saturation de la combinaison oxy-hémoglobique. On peut imaginer que ce sera là le point maximum, celui où l’oxydation se fera le plus facilement, les dernières molécules d’oxygène étant pour ainsi dire hésitantes, à peine retenues par l’hémoglobine, prêtes à la quitter pour se combiner aux tissus; au delà, comme nous l’avons vu plus haut, les oxydations diminuent.
Mais d’autre part, la manière d’être, la rapidité de développement des animaux inférieurs, têtards de grenouilles, larves d’insectes, maintenus pendant longtemps sous les tensions d’oxygène comprises entre 21 et 100, démontrent d’une manière fort nette que s’il y a augmentation de nutrition, il n’y a pas, tant s’en faut, meilleur état général. A partir de 80 même, l’influence funeste de l’oxygène se fait évidemment sentir. Il en va de même, et avec une bien plus grande intensité encore, pour les germinations, qui ne s’opèrent jamais mieux que sous la pression normale.
Ce point étudié, je ne pouvais me désintéresser complètement des modifications apportées par l’air comprimé à la circulation et la respiration, modifications tant de fois analysées par les médecins. J’ai constaté après bien d’autres observateurs la diminution du nombre des pulsations et l’augmentation de la capacité pulmonaire maxima : j’ai trouvé que la quantité d’air (en volume) qui traverse le poumon pendant un temps donné ne change pas sensiblement dans l’air comprimé : ce point n’avait pas été directement examiné avant moi; je dois dire que, selon G. Liebig, elle diminuerait un peu (dans le rapport de 118 à 100).
Le fait le plus intéressant que m’ait fourni cette partie de mes recherches, est la preuve que l’amplitude plus grande
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du poumon est due à l’action mécanique de la compression sur les gaz intestinaux (p. 835). Elle a encore pour conséquence de diminuer les variations de la pression aérienne intrathoracique pendant les actes d’inspiration et d’expiration. Enfin j’ai, le premier, mesuré directement la pression artérielle sous compression, et montré qu’elle est notablement augmentée encore par raction-mécanique de la pression.
J’ai été jusqu’ici assez sévère contre les explications qui ont invoqué le côté mécanique de la pression pour insister sur ces constatations nouvelles. Mais, ainsi que je l’ai souvent dit, la pression ne peut à ce point de vue agir que sur des réservoirs gazeux; c’est ce qu’elle fait pour l’intestin, vessie close, dont le volume diminue suivant la loi de Mariette, le poumon devant suivre alors le diaphragme qui s’abaisse davantage ; c’est ce qu’elle fait pour le thorax, qui serait écrasé si l’ouverture trachéale n’existait pas, et qui ne serait nullement impressionné si cette ouverture était, ce qu’elle n’est pas, suffisamment large.
Mais l’intensité relative de cette action de la pression va en diminuant avec la valeur de la compression ; et cela se comprend, car si l’intestin perd, en passant de une à deux atmosphères, la moitié de son volume, il ne diminue que d’un quart en sus en passant de deux à quatre. De plus, l’augmentation de la capacité thoracique ne peut représenter qu’une partie de la réduction de volume de l’intestin, parce que les parois de l’abdomen en comblent une proportion qui doit aller en croissant avec la pression, le diaphragme rencontrant dans sa descente des obstacles de plus en plus forts.
§ 5. — Décompression brusque.
Je crois avoir élucidé, dans le chapitre VII, tout ce qui a rapport à cette question, relativement assez simple, puisqu’elle est purement d’ordre physique. J’ai montré que tous les accidents, depuis les plus faibles jusqu’à ceux qui entraînent une mort soudaine, sont la conséquence du déga-
gement de bulles d’azote dans le sang et même dans les tissus quand la compression avait duré une temps suffisant.
Ces quelques lignes suffisent pour résumer cette partie de notre étude, sur laquelle nous allons revenir dans le paragraphe suivant.
§ 4. — Applications pratiques. Thérapeutique et hygiène.
A. Thérapeutique. — Je me garderai, observant en ceci la même prudence que lorsqu’il s’est agi de l’air raréfié, d’exposer et de juger les applications qu’on a faites depuis Junod, Pravaz et Tabarié, de l’air faiblement comprimé au traitement de diverses maladies. Je pourrais cependant affirmer, après tant d’autres, l’utilité de cette médication dans certains asthmes et dans l’anémie. Mais j’aime mieux, ayant cité ces deux maladies, dire que le séjour dans les appareils à air comprimé me paraît agir sur elles d’une manière différente ; pour l’asthme, je crois que c’est l’action mécanique dont j’ai plus haut parlé qui l’emporte ; pour l’anémie, je crois que c’est l’action chimique, la saturation plus parfaite de l’oxy-hémoglobine.
L’intérêt de cette distinction gît en ceci, que dans les cas où l’action chimique devra être recherchée, et ce sont trèsprobablement ceux où il s’agira de modifier la nutrition, on pourrait parfaitement remplacer le séjour dans les cylindres à compression par la respiration d’air suroxygéné : grand avantage, on le comprend, dans la pratique thérapeutique, car jamais les coûteux appareils à air comprimé ne pourront fonctionner hors des grandes villes ou des villes d’eau, tandis que rien n’est plus facile que de se procurer de l’oxygène à domicile.
Mais il faut bien s’entendre sur l’emploi des inhalations d’oxygène. Depuis le jour où Priestley disputa à deux souris « l’Wineur d’avoir le premier respiré l’air déphlogistiqué ^ » jusqu’à l’époque actuelle, bien des tentatives ont été
Priestley, Expériences et observations sur Vair, etc. Trad. Gibelin, t. II, p. 125.
AUGMENTATION DE PRESSION
faites pour introduire les respirations d’oxygène dans le domaine de la thérapeutique ^ L’enthousiasme des auteurs de la fin du dernier siècle et du commencement de celui-ci pour les vertus curatives de l’air vital, n’était tempéré que par une crainte : l’action irritante de l’oxygène sur le tissu des poumons, et surtout l’activité dévorante qu’il devrait imprimer aux oxydations vitales. Brizé-Fradin® s’exprime sur ce point avec une grande énergie :
L’air vital ou l’oxygène pur userait bientôt la vie au lieu de l’entretenir... Le flambeau de la vie, brûlant avec précipitation, s’éteindrait bientôt... La fièvre emporterait bientôt celui qui ferait un usage immodéré de l’air vital.
Il est impossible de respirer l'oxygène seul au delà de deux minutes ; les pulsations du pouls sont alors plus vives, plus fréquentes; on éprouve un état de gêne insupportable. (P. 133.)
Il est à peine besoin de dire que la violence des sensations et des troubles éprouvés est purement imaginaire, à moins cependant que le gaz oxygène ne fût mal préparé.
Après être complètement tombé dans l’oubli, l’oxygène tend à reprendre faveur depuis plusieurs années. Mais je me permets de penser qu’on s’y prend fort mal dans son application, et que, s’il est possible d’espérer quelque utilité de son emploi , c’est à la condition de changer totalement de méthode.
On fait, en effet, respirer aux malades l’oxygène presque pur, et comme alors il n’est pas possible d’en avoir une grande quantité, on en administre quelques litres (généralement 50 au maximum en France), qui sont absorbés en 5 ou 6 minutes au plus. Cette manière de procéder offre deux inconvénients : d’abord on ne peut espérer quelque action durable d’une légère augmentation pendant dix minutes au plus, dans l’oxygène du sang ; en second lieu, comme on s’efforce d’employer de l’oxygène aussi pur que possible, il est possible
* Voy. pour Thistorique de la question, Demarquay : Essai de pneumatologie médicale; Paris, 1866. — Voy. aussi l’intéressante brochure du D' Andrew Smith : Oxygcn gas as a remedy in diseuse; New York, 1870.
® La chimie pneumatique appliquée aux travaux soiis Veau. — Paris, 1808.
qu’on aille à l’encontre du but qu’on se propose d’atteindre en dépassant le maximum d’oxygénation véritablement utile aux oxydations. Ainsi, choc violent et de peu de durée, agissant peut-être en sens inverse de ce qu’on désire, tel est le résumé de la méthode, qui ne me paraît pas devoir être conservée dans la grande majorité des cas.
Je ne voudrais la voir désormais appliquée que dans les cas menaçants d’asphyxie % d’empoisonnement par l’oxyde de carbone® ou le gaz des égouts, là où l’on a peu de temps pour agir. Encore faudrait-il employer seulement de l’air à environ 60 pour 100 d’oxygène, et continuer les inhalations pendant au moins une heure.
Les attaques d’asthmes pourraient aussi être favorablement modifiées par ces inhalations, mais beaucoup moins, sans doute, que par l’air comprimé, où l’action mécanique s’ajoute à l’action chimique.
Mais s’il s’agit de combattre une affection lente, comme l’anémie, mon avis est d’essayer de faire respirer au malade, tous les jours, pendant deux heures environ, un mélange à 25 ou 50 pour 100 d’oxygène seulement, ce qui correspondrait à une compression de 20 à 55 centimètres. Pour ce temps, il faudrait au plus une quantité totale d’un mètre cube de mélange gazeux, contenant de 50 à 100 litres d’oxygène ajouté; des ballonnets de baudruche, avec flacons laveurs odoriférants, suffiraient dans la pratique, et les manipulations nécessaires deviendraient bientôt familières aux malades. J’ai la profonde persuasion qu’on éprouverait d’une semblable médication d’aussi bons résultats que de l’emploi de l’air comprimé.
Je trouve qu’on a été jusqu’ici un peu trop timoré dans l’emploi thérapeutique de l’air comprimé. Jamais, en effet, on n’a, dans les appareils médicaux, dépassé 2 atmosphères,
1 Voy. Constantin Paul, De l'emploi de l'oxygène en thérapeutique [Bull. gén. de thérap., 15 août 1868, observ. 1 et III), et Limousin, Note sur le traitement de l'asphyxie par le gaz oxygène ; Bull, des travaux de la Soc. de méd. pratique de Paris, 1871.
* Voy. Linas et Limousin , Asphyxie par le charbon ; traitement et guérison par l'oxygène. — Société de thérapeutique; 17 Juillet 1868.
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pression totale ; rarement même on les atteint. Je crois qu’on pourrait pousser sans inconvénient jusqu’à 3 atmosphères ; c’est vers ce niveau, en effet, que se trouve le maximum des oxydations intra-organiques, et si c’est en augmentant les oxydations que l’air comprimé agit favorablement sur les malades, on peut aller jusque-là logiquement. *
Pravaz, on l’a vu, a fait quelques tentatives pour l’emploi chirurgical de l’air comprimé. Je suis étonné qu’il n’ait pas songé à le préconiser dans les cas de hernies étranglées où l’intestin contient beaucoup de gaz qui empêchent la réduction; à 2 atmosphères, le volume de ces gaz aurait diminué de moitié, des deux tiers à 5 atmosphères, ce qui ne serait pas indifférent. On devrait, bien entendu, recommencer le taxis dans l’appareil même.
Enfin, dans certaines tympanites suffocantes, si l’on soumettait le malade à l’air comprimé, on verrait aussitôt cesser les menaces d’étouffement. Peut-être reparaîtraient-elles si aucune médication ne pouvait enrayer la maladie; mais il vaut la peine d’essayer. En tout cas, il faudrait garder les malades dans les cylindres jusqu’à guérison complète.
Qu’adviendrait-il de l’emploi médical de très-hautes pressions, 3 atmosphères et plus? La diminution des combustions ferait, certes, de cette médication, un antiphlogistique; mais n’y aurait-il pas quelque autre élément en jeu? Il est probable que l’essai ne sera pas fait de longtemps, du moins par les médecins des hôpitaux. Ceux qui soignent les ouvriers tubistes et les plongeurs ont eu déjà, nous l’avons vu, l’occasion de constater que l’oxygène à haute tension exerce une action favorable sur les phénomènes inflammatoires.
B. Hygiène. — Les ouvriers qui travaillent aux piles de pont, les plongeurs à scaphandre, n’ont pas encore atteint le degré où la respiration de l’air comprimé devient, d’après nos expériences, évidemment dangereuse : la pression la plus forte qui ait été obtenue jusqu’ici a été de 4®*“-,25 à Douchy et de 4,45 à Saint-Louis U. S. Et cependant déjà, certains accidents d’anémie pouvaient être mis au compte de ces fortes pressions. Seulement, les phénomènes de la dépression
viennent tellement compliquer les choses qu’il est impossible de rien affirmer.
Mais si les nécessités de l’industrie entraînent l’emploi de pressions dépassant 5 atmosphères, on peut s’attendre à voir survenir chez les ouvriers des accidents dont la gravité augmeiftera rapidement; à 10 atmosphères, je ne mets pas en doute que la mort ne soit fréquente, et je ne parle, bien entendu, ici, que du stade décompression.
Si l’importance de ces travaux est suffisante pour motiver de grandes dépenses, et le cas pourra se présenter, par exemple, pour les pêcheurs de perles, d’éponges et surtout de corail, pour les scaphandriers dans quelque sauvetage précieux, il sera possible de tourner la difficulté : l’augmentation dans la tension de l’oxygène ambiant constituant le danger, il faudra la diminuer en telle sorte qu’elle oscille toujours à peu près entre la valeur normale de 21 et celle de 60, qui semble inoffensive. Pour y arriver, il faudra refouler dans les tubes non de l’air ordinaire, mais de Pair pauvre en oxygène. L’appareil à l’aide duquel M. Tessié du Motay prépare l’oxygène pourrait être ici utilisé; on pourrait en obtenir, en effet, de l’azote ne contenant que très-peu d’oxygène. En mêlant dans des proportions convenables cet azote avec l’air ordinaire, on réaliserait aisément les proportions voulues : à 8 atmosphères, par exemple, pour ramener la tension de l’oxygène à 40, il faudrait envoyer de l’air contenant 5 pour 100 seulement d’oxygène. L’hydrogène pourrait également être employé, et l’on sait que M. Giffard le prépare aujourd’hui à des prix extrêmement modérés.
Mais si l’on suppose ces graves difficultés vaincues, on se trouvera en présence des dangers de la décompression, singulièrement aggravés par l’énorme proportion d’azote qui se sera dissoute dans le sang. Déjà, comme nous l’avons vu, les accidents sont fréquents, même avec l’air ordinaire. Mais pour ce dernier cas, le seul qui se soit jusqu’ici présenté, nos recherches nous ont amené à des conséquences pratiques trèsimportantes et très-applicables.
Dès que la pression employée atteindra 2 atmosphères en
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pression totale, il sera bon de surveiller de près ; il n’y a pas encore de danger véritable, mais déjà les douleurs locales apparaissent, et il est utile, du reste, d’habituer de bonne heure les ouvriers aux précautions. Or, la grande précaution, c’est la lenteur dans la décompression.
Je pense qu’entre 2 et 5 atmosphères, il faudra consacrer, pour être complètement à l’abri, une demi-heure à la décompression; de 5 à 4, une heure, et la lenteur de la décompression devra être assurée par le degré d’ouverture possible du robinet d’équilibre. Mais ici intervient l’inconvénient grave, le danger même, du refroidissement concomitant au travail de dilatation de l’air, avec la rosée qui en est la conséquence. Il faudra, pour le conjurer^ non-seulement donner à l’ouvrier des vêtements secs et chauds, mais disposer dans la chambre à décompression des cylindres de réchauffement, ayant de doubles parois creuses, que traverseraient des jets de vapeur, et que l’ouvrier pourrait embrasser, contre lesquels il pourrait s’appuyer. Je crois que des agencements très-simples et peu coûteux permettraient de résoudre le problème.
On pourrait, du reste, disposer deux chambres de décompression, toutes deux chauffées, si bien qu’on passerait, par exemple, d’une chambre de 3 atmosphères à une de 2, pour séjourner là pendant un quart d'heure au plus et sortir ensuite au dehors; ces éclusées doubles gêneraient moins le service.
Plus les ouvriers seront restés longtemps dans les tubes, plus lentement ils devront se décomprimer, car il faudra laisser le temps non-seulement à l’azote du sang de sortir, mais à l’azote des tissus de repasser dans le sang. Et, comme c’est ce dernier point qui est le plus difficile à obtenir, il faudra ne pas imposer aux ouvriers des stades de travail trop longs, et ne les laisser descendre qu’une fois par jour dans les tubes.
Pour les plongeurs à scaphandres, comme on ne peut les réchauffer, il serait peut-être difficile de les décomprimer très-lentement à l’aide de quelque treuil mécanique et gradué. Mais cependant, quand ils reviendront de grands fonds, par 30 mètres par exemple, il faut absolument, ou les remonter sur quelque siège qui permette de les retenir au
H48 FAITS RÉCENTS, RÊSüMÉ ET CONCLUSIONS.
moins un bon quart d’heure à moitié chemin, ou les contraindre à stationner pendant un temps suffisant sur quelque haut-fonds, lorsqu’il s’en trouve dans l’étendue de leur terrain de pêche.
Si, enfin, malgré ces diverses précautions, un accident survenait, que faire? Mes recherches ont déjà répondu pour nous (chap. Vll,s.-chap. IV). Si l’auscultation dévoile quelques gargouillements gazeux dans la région du cœur, se hâter de faire respirer de l’oxygène aussi pur que possible, qu’on devra toujours avoir dans un ballon de caoutchouc, ou mieux, comprimé en quantité dans quelque réservoir en acier. Puis, lorsque les gaz auront disparu du cœur, et que la mort ne sera plus imminente , soumettre .aussitôt le malade à une pression supérieure à celle d’où il sortait, pour le décomprimer ensuite avec une lenteur extrême. Du reste, quand la pression atteint 4 atmosphères, il serait prudent de faire respirer l’oxygène, surtout aux plongeurs, aussitôt après le retour à l’air libre, et sans attendre l’apparition d’aucun accident. Lorsque la dépression manifestera ses effets par la paraplégie, il faudra immédiatement recomprimer, sans perdre son temps à faire respirer l’oxygène, surtout quand l’accident n’est arrivé que quelque temps après le retour à l’air normal, car il ne s’agit plus là d’obstruction générale de la circulation pulmonaire, mais de quelque bulle de gaz arrêtée dans les vaisseaux de la moelle, et dont il faut réduire aussitôt le volume pour que le sang puisse l’entraîner.
Les ouvriers employés dans l’air comprimé doivent en outre souffrir d’inconvénients qui pour être moins graves ne sont pas cependant à négliger complètement. Ainsi les gonflements soudains des gaz intestinaux, la mousse formée dans les liquides du tube digestif, peuvent avoir des conséquences fâcheuses au point de vue de la digestion, et contribuer à ces troubles de l’appétit qu’on a souvent signalés.
Déplus, l’air dans lequel ils séjournent n’est rien moins que sain. Dans les tubes du pont de Rehl, M. Bucquoy a trouvé 2,37 pour 100 d’acide carbonique (p. 391), et la pression s’élevant à 3 atmosphères et demie, les ouvriers étaient, ainsi
AUGMENTATION DE PRESSION
que nous l’avons prouvé, dans la même condition que si, à la pression normale, ils avaient respiré de l’air contenant 2,37 X 3,5 = 8,5 pour 100 deCO^; et à coup sûr, une pareille respiration ne serait pas sans danger. De même d’autres gaz, l’oxyde de carbone des combustions incomplètes, les gaz produits par les explosions des mines qu’on fait quelquefois jouer, ceux qui se dégagent du sol qu’on traverse, agissent dans le double rapport de leur proportion centésimale et dè la pression manométrique ; nous avons vu (p. 774) combien vite quelques gouttes d’éther anesthésient dans l’air comprimé. On voit qu’une énergique ventilation est de rigueur, et l’on n’a pas assez insisté sur ce point, parce qu’on ne connaissait pas les effets multiplicateurs de la pression sur l’action des gaz toxiques.
§ 5. — Conséquences au point de vue de l’histoire naturelle générale.
Nous avons eu, en parlant de la diminution de pression, à montrer succinctement le rôle qu’elle joue dans les conditions générales de la vie sur le globe et la distribution géographique des animaux ou des plantes.
L’étude de la nature actuelle ne nous présente rien de comparable au point de vue de l’augmentation de pression, du moins si nous considérons les êtres vivants aériens : les régions si restreintes qui se trouvent un peu au-dessous du niveau de la mer (vallées de la mer Morte et de la Caspienne) sont à peine peuplées. Mais il en est, ou du moins il paraît en être tout autrement, pour les êtres qui vivent dans les eaux de la mer à des profondeurs qui atteignent 4 et 5000 mètres.
Tout d’abord, si nous considérons en place même les êtres des profondeurs maxima, y compris le Célèbre Bathybius, qui, après avoir joué un rôle si considérable dans les nouvelles philosophies de la nature, semble devoir être relégué parmi les matières minérales S il est clair qu’ils ne subissent
‘ Voy. G. Vogt, L'origine de l'homme. {Revue scientifique, u* du 12 mai 1877, p. 1090.)
aucune influence immédiate et mécanique de Fénorme pression à laquelle ils sont constamment soumis et avec laquelle ils sont parfaitement équilibrés. Il en serait tout autrement si l’on immergeait à 4000 mètres, par exemple, un animal habitué à vivre par 2000 mètres ; l’excès de pression produirait une diminution du volume de son corps, qui très-probablement ne serait pas sans influence fâcheuse sur son organisme. Réciproquement, un animal amené de 4000 mètres à la surface se dilatera d’une quantité notable (environ 15 millièmes de son volume primitif), et cette espèce de distension des tissus est probablement pour beaucoup dans la mort des animaux pêchés dans les dragages profonds ^
L’influence mécanique de la compression ou de la décompression s’exerce d’une manière très-efficace et très-énergique sur les animaux munis de vessies aériennes, surtout lorsqu’elles sont closes, comme chez les poissons marins. Dans ce cas, ainsi que l’a surabondamment démontré M. A. Moreau ^ toute variation brusque de pression qui, agissant sur le volume de leur vessie, peut assez modifier leur densité moyenne pour les amener de quelques mètres audessus ou au-dessous de leur lieu d’équilibre, aura pour conséquence, pour le premier cas, de les entraîner jusqu’à la surface, leur vessie se dilatant toujours jusqu’à éclater; pour le second cas, de les faire sonder indéfiniment dans les profondeurs de l’Océan, la vessie se contractant toujours, et la densité de leur propre corps augmentant dans le même rapport que celle de l’eau. Remarquons que les variations naturelles de la pression barométrique ne dépassant pas deux centimètres de mercure (26'^ d’eau) par jour, et les oscillations extrêmes n’étant que de 5 centimètres (65*= d’eau) au plus, les poissons n’en sont pas sérieusement impressionnés. Du reste, ainsi que l’ont montré les remarquables expériences de M. Moreau, ils peuvent, avec du temps, com-
t Voy. Wyville Thomson, Les abîmes de la mer. Trad. Lortet. — Paris, 1875, p. 27.
2 Recherches expérimentales sur les fonctions de la vessie natatoire. — Biblioth. de V École des hautes études, t. XV, 1876.
AUGMENTATION DE PRESSION
Hol
penser cette influence, tantôt en sécrétant de l’oxygène dans leur vessie natatoire, tantôt en absorbant au contraire l’oxygène qu elle contient, et faire ainsi varier à la fois son volume et leur densité.
Nous avons vu que les animaux aquatiques périssent tués par l’oxygène lorsque la compression en introduit dans l’eau une quantité suffisante (V. p. 814). Mais cet effet redoutable ne peut évidemment avoir lieu que si la compression s’exerce d’abord sur l’air et fait alors pénétrer dans l’eau l’oxygène en proportion croissante, suivant la loi de Dalton; mais la pression exercée par la colonne d’eau elle-même sur ses parties profondes ne modifie en rien la tension réelle de l’oxygène. Du reste, les analyses directes de l’eau de mer puisée dans les profondeurs ont montré qu’elle contenait moins d’oxygène que l’eau de la surface. D’après Lant Carpenter‘, l’eau de mer contiendrait en moyenne, quelle que soit la profondeur, 2,8 volumes de gaz pour 100 volumes d’eau ; ce gaz serait ainsi constitué :
A la surface. Au fond.
Oxygène . 25,00 19,55
Azote . 54,21 52,60
Ainsi, moins d’oxygène et un peu moins d’azote. De ceci, découlent deux conséquences :
D’abord, le séjour dans les profondeurs ne soumet les animaux à aucun péril venant de l’oxygène en tension . En secon 1 lieu, la décompression brusque ne devra produire aucun effet fâcheux sur les animaux des profondeurs, puisqu’ils n’auront pas d’excès d’azote dissous dans leurs tissus ; ainsi en va-t-il, du reste, et l’on n’a jamais trouvé de gaz libres dans les tissus d’un poisson ou d’un invertébré ramené par la drague.
Les choses changeraient singulièrement si tout à coup quelque source d’air venait à jaillir du fond de la mer. Il
In W. Thompson, Les abîmes, etc., Appendice.
suffirait qu’elle vînt de 100 mètres, fût-elle chimiquement pure, pour tuer rapidement tous les êtres (fu’elle rencontrerait sur son passage.
Enfin si, pour les animaux aériens comme pour les animaux aquatiques, nous considérons non plus l’époque actuelle, mais les âges géologiques, tout nous donne à penser que la pression barométrique a dû jouer un rôle important dans l’apparition et dans la modification de la vie à la surface du globe. Aux premiers âges de notre planète, en effet, la tension de l’oxygène devait être beaucoup plus forte qu’aujourd’hui pour deux raisons : l’atmosphère était plus haute, et sa richesse oxygénée plus forte, les roches n’étant point encore refroidies et oxydées sur une aussi grande épaisseur. Les époques qui nous suivront verront sans doute l’air rentrer de plus en plus dans les profondeurs du sol et l’oxygène y diminuer en proportion croissante. Ainsi, il est permis d’imaginer qu’il y a eu un temps où les êtres actuels n’auraient pu vivre sur le sol, à cause de la trop grande tension de l’oxygène, et qu’un temps viendra où ils ne pourront plus vivre à cause de sa trop faible tension. Aller au delà de cette première hypothèse plausible serait s’aventurer dans le pur domaine de la fantaisie : nous laisserons à d’autres ce rôle séduisant et facile.
Peut-être cependant me pardonnera-t-on de faire remarquer que les trois ennemis de la vie telle que nous la connaissons aujourd’hui, étant, aux premiers âges géologiques, la chaleur, la tension de l’oxygène et celle de l’acide carbonique, les êtres qui résistent le plus à cette triple et funeste influence appartiennent au groupe des vibrioniens. Ce sont eux, également, qui demeurent le plus longtemps actifs dans l’air raréfié. Vraisemblablement donc c’est par eux que la vie a apparu, c’est par eux qu’elle finira à la surface de notre planète.