CHAPITRE II
ASCENSIONS EN BALLON
A la fin du dix-huitième siècle, l’admirable découverte des frères Montgolfier introduisit dans la question de la décompression un élément nouveau. Ici, le voyageur ne s’élève plus, avec grands efforts, et non sans une certaine lenteur, jusqu’aux régions où l’air raréfié peut agir sur son organisme ; il y est emporté sans fatigue et avec une grande rapidité.
Les montgolfières, ou ballons à air chaud, ne pouvant monter régulièrement qu’à une faible hauteur, nous n’avons point à nous en occuper. Nous rappellerons seulement pour mémoire que les premiers aéronautes, Pilâtre du Rozier et le marquis d’Arlandes, quittèrent le sol le 21 novembre 1785, et traversèrent Paris dans une montgolfière.
Mais l’histoire des ballons à gaz est riche en faits intéressants pour notre sujet.
Le 1®’" décembre de cette même année 1785, le physicien Charles, qui venait d’inventer le ballon à hydrogène, faisait l’épreuve de sa machine dans des conditions bien plus émouvantes et périlleuses encore que les deux intrépides aéronautes dont je viens de citer les noms. Cette ascension, comme l’on sait, s’opéra en deux temps : Charles, parti des Tuileries à une heure trois quarts, atterrit à trois heures et demie dans la plaine de Nesles ; il laissa descendre de la nacelle son compagnon Robert ; puis, délesté, son ballon s’élança de nouveau dans les airs avec une rapidité extra-
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ordinaire. Il dépassa ainsi, en moins de dix minutes, quinze cenls toises ; le baromètre s’arrêta à dix-huit pouces dix lignes.
Le récit ^ de l’habile physicien, plein d’un enthousiasme bien justifié, nous le montre « interrogeant ses sensations, s’écoutant vivre ^ et n’éprouvant rien de désagréable dans le premier moment ». Mais bientôt :
Au milieu du ravissement inexprimable de cette extase contemplative, je fus rappelé à moi-même par une douleur très-extraordinaire que je ressentis dans l’intérieur de l’oreille droite et dans les glandes maxillaires ; je l’attribuai à la dilatation de l’air contenu dans le tissu cellulaire de l’organisme, autant qu’au froid de l’air environnant.... Je me couvris d’un bonnet de laine qui était à mes pieds; mais la douleur ne se dissipa qu’à mesure que j’arrivai à terre.
Cette merveilleuse invention mit le monde entier en émoi ; on se berça, sur Futilité pratique des ballons, des plus ardentes illusions. Parmi les idées étranges que firent naître ces expériences par lesquelles l’homme prenait pour la première fois possession des airs,, l’une des plus curieuses est celle qui inspira, moins d’un an après la première ascension, une thèse soutenue en 1784 devant la Faculté de médecine de Montpellier. Louis Leullier-Duché ^ son auteur, eut la pensée d’appliquer au traitement' des maladies l’élévation en ballon.
« L’effet, dit-il, sera triple : mouvement, froid, changement de l’air. »
Il insiste surtout sur ce dernier point :
La partie essentielle de l’air, dit-il, est pour l’homme l’air déphlogistiqué (oxygène). Or, dans quelle proportion est-il uni avec le phlogistique aux diverses régions de l’atmosphère? Les chimistes ne l’ont pas déterminé. Mais comme le phlogistique est plus léger, il doit y en avoir davantage à une très-grande hauteur.... Le voisinage de la terre est la propre région de l’air déphlogistiqué. Mais on ne peut douter qu’il n’y soit vicié par diverses émanations de corps volatils.... Ainsi donc, dans cette partie de l’atmosphère qui est la région de l’air déphlogistiqué, celui-ci est d’autant plus pur qu'on s’éloigne davantage de la surface delà terre. De plus, comme il y fait plus froid, l’air déphlogistiqué y est accumulé et condensé.
Or, Leullier-Duché attribue les vertus curatives les plus énergi-
* Manuscrit conservé à la Bibliothèque de l’Institut, sous le titre de Second Mémoire de M. Charles sur V Aérostatique, 1784. Voir aussi VArt de voyager dans les airs ou les ballons, contenant les moyens de faire les globes aérostatiques, suivant la méthode de MM. de Monlgolfier, et suivant les procédés'de MM. Charles et Robert. — Paris, 4784, sans nom d’auteur (par Pirous, selon le Dictionnaire des Anonymes de Barbier\.
- De aerostatum usu medicinœ applicando. — Thèses de Montpellier, 1784.
ASCENSIONS EN BALLON
ques à l’oxygène, et le considère comme agissant même sur la génération et la mort :
Les naissances à Montpellier se rapportent aux mois de printemps et les morts aux mois d’automne : pendant le printemps, l’atmosphère est plus chargée d’air déphlogistiqué que fournit la végétation des plantes, et pendant l’automne leur putréfaction dégage une plus grande quantité d’air inflammable ou pblogistique (c’est l’azote qu’il désigne sous cette double dénomination).
Leullier-Duché propose donc d’employer les aérostats contre les fièvres intermittentes, pestilentielles, nerveuses, contre le rachitisme, le scorbut, l’hystérie, la chlorose, les mélancolies, les plaies indolentes, etc.
Nous avons vu que l’inventeur du ballon à hydrogène, dans lè\ premier, dans l’unique voyage qu’il fit, éprouva quelques sensations \ pénibles pour s’être élevé rapidement à une hauteur d’environ \ 5000“. 11 s’agissait simplement d’une dilatation des gaz contenus \ dans l’oreille moyenne, gaz qui, vu la rapidité de l’ascension, | n’avaient pas eu le temps de s’échapper par l’orifice de la trompe | d’Eustache. De plus sérieux accidents ne devaient pas tarder à êtra-* constatés.
Le 12 brumaire an Vil (Voir le Moniteur, p. 173), Testu-Brissy s’éleva, monté sur un cheval, à une assez grande hauteur.
Dans un petit livre ‘ « dédié à l’enfance », une curieuse gravure le représente à cheval sur une plate-forme que soutient un ballon cylindrique. Après quelques détails sur l’ascension de l’aventureux aéronaute, l’auteur, qui dit l’avoir connu, déclare que :
Le but du savant fut atteint ; il acquit la certitude qu’à un degré d’élévation dont il n’était nullement incommodé, le sang des grands quadrupèdes, apparemment moins fluide que celui de l’homme, s’extravasait dans les artères et coulait par Je nez et par les oreilles. Content d’avoir pris la nature sur le fait, il redescendit de la hauteur considérable à laquelle il s’était élevé, et rendit compte de son expédition à l’Institut, avec une modeste simplicité. (P. 95).
Il est difficille d’attacher beaucoup d’importance à ce récit.
Deux années après Charles, un aéronaute qui, après avoir joui d’une popularité prodigieuse, devait mourir pauvre et obscur. Blanchard, dont, il est vrai, la parole ne peut avoir une grande autorité, prétendit s’être élevé, le 20 novembre 1785, de Gand, jusqu’à la hauteur de 32000 pieds (10400“) :
' Mme B*** , née de Y*** , le Cirque olympique , etc. , suivi du Cheval aéronaute de M. Testu-Brissy. — Paris, 1817.
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Je m’élevai, dit-il avec une rupture d’équilibre de 55 livres . En moins de
deux minutes, je me vis éloigné de la terre de plus 4500 pieds . La dilatation de
l’air inflammable fut telle . que je montai à une hauteur incroyable, qui, selon
le rapport de mon instrument, était à 52000 pieds de terre .
Je voguais dans l’immensité des airs à la merci des vents, éprouvant un froid que jamais mortel n’a ressenti dans les climats les plus rigoureux. La nature languissait, j’éprouvais un engourdissement, prélude d’un sommeil dangereux, lorsque, me levant malgré le peu de force qui me restait, je m’armai de courage,
j’entrai dans mon ballon et à l’aide du manche de mon drapeau . je mis le pôle
inférieur en pièces. (P. 7.)
Le résultat de cette manœuYre fut une chute rapide, qui se termina heureusement, après une série d’incidents curieux.
Blanchard annonça brièvement son voyage dans une lettre® adressée au Journal de Paris. 11 est évident qu’il était monté très-haut ; mais son observation ou son calcul étaient certainement erronés.
L’astronome de Lalande, qui se piquait aussi d’aérostation, se montra fort peu crédule. 11 écrivit® aux éditeurs de ce singulier recueil pour réfuter les assertions du vaniteux aéronaute :
Paris, 7 décembre 1785.
Messieurs,
II s’est glissé probablèment une faute dans l’article que vous avez rapporté le 5 de ce mois au sujet du voyage aérien de M. Blanchard, fait le 21 novembre du côté de Gand ; on y lit qu’il s’est élevé à 52000 pieds, ce qui ferait 5555 toises ; la plus grande hauteur où l’on ait été jusqu’ici est de 2454 toises, et la grande dilatation, de l’air fait qu’il serait probablement impossible de s’élever ni de
respirer à une hauteur qui serait plus que double . A. 2450 toises de hauteur
le baromètre n’est plus qu’à 16 pouces. M. de la Condamine l’a observé à 15 pouces 1 1 lignes, mais aucun homme ne l’a vu plus bas. Si l’on pouvait s’élever à 5441 toises, le baromètre ne serait plus qu’à 8 pouces, et il est vraisemblable que l’hémorrhagie et la mort en seraient bientôt l’effet.
De Lalande.
Suit une table donnée par de Lalande, indiquant les rapports entre la pression barométrique et la hauteur ;
27 pouces 158 toises 12 pouces 5679 toises
* Relation du seizième voyage aérien de M. Blanchard, dédiée à S. A S. Mgr le prince de Ligne; br. in-4» de 17 p. — Gand, 1786.
® Journal de Paris, 5 décembre 1785.
3 Ibid., 20 décembre 1785 ; p. 1466.
ASCE^'SIONS Eîî BALLOX.
Pour le dire en passant, Lalande reproduit cette table dans Y Annuaire du bureau de longitudes pour l’année 1805, puis il ajoute :
Ces derniers nombres seront probablement éternellement inutiles; l’espèce humaine ne verra jamais le baromètre à H pouces, à moins que, par des moyens artificiels, on ne parvienne à donner de l’air aux poumons et à diminuer l’effort de l’air intérieur. (P. 94.)
Dans l’Annuaire de 1806,1a réflexion sur l’impossibilité d’atteindre 11 pouces est supprimée. Il est dit seulement :
Les derniers nombres seront probablement inutiles : M. Gay-Lussac n’a pu aller qu’à 3584 toises. (P. 99.)
Rectification prudente, car 11 pouces correspondent d’après Lalande à 4057 toises (7907 métrés), hauteur de beaucoup dépassée depuis, comme on le xerra, par Glaisher et Coxwell et par Gaston Tissandier.
Mais revenons à Blanchard ; il ne se tint pas pour baltu, et répondit assez fièrement dans le Journal de Paris ^ :
Messieurs,
Si je n’ai point répondu plus tôt à la lettre que vous a adressée M. de Lalande sur une prétendue erreur au sujet de mon voyage à Gand, dans lequel je dis m’être élevé à la hauteur de 52000 pieds, ce n’est point faute de moyens; je ne le ferai pas même aujourd’hui, me réservant de discuter son opinion d’une manière plus étendue dans la collection des journaux de mes voyages que je me propose de donner au public. La nature de votre journal, Messieurs, ne me permettrait point une aussi longue discussion.
M. de la Condamine, dit mon illustre antagoniste, est le seul homme qui ait observé le baromètre au degré le plus bas, et il l’a observé, ajoute-t-il, à 15 pouces 11 lignes. Il ne servirait de rien de lui rappeler que j’ai dit l’avoir vu à 14 pouces dans mon voyage de Lille avec le chevalier de l’Epinard, et plus bas encore en Angleterre, parce que, des paroles n’étant pas des preuves, il conserverait à cet égard la même incrédulité. Connaissant toute la supériorité de M. de Lalande, je n’ai garde de lutter avec lui qu’avec des armes victorieuses ; et comme des faits démentent quelquefois les calculs les plus sûrs, je me borne dans ce moment -ci à l'inviter, ainsi que je viens de le flaire par une lettre particulière, à me faire l’honneur de m’accompagner dans ma prochaine ascension ; il sera pour lors convaincu que les raisonnements les mieux fondés ne sont rien contre la certituded’un fait.
J’ai l’honneur d’être, etc.
Bianchard.
Citoyen de Calais, pensionnaire du roi.
On sait que de Lalande répondit au défi.
* 5 janvier 1786, p. 18.
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Il faut lire dans le Journal de Paris'^ sa curieuse correspondance avec Blanchard à ce propos. Le 8 thermidor an VII, ils s’élevèrent tous deux avec la fameuse flottille de cinq ballons inventée par le célèbre aéronaute. Ils espéraient, en se servant des courants, s’en aller jusqu’à Gotha « voir, avec délices, disait Lalande, un prince et une princesse qui, par leurs connaissances et leur zèle pour les sciences, donnent l’exemple à tous les autres » ; mais, hélas! l’un des ballons creva, l’astronome et le citoyen de Calais retombèrent sans gloire au bois de Boulogne.
Mais laissons là des récits manquant de précision et peut-être de véracité. Nous rentrons dans le domaine des tentatives scientifiques avec les remarquables ascensions de Robertson et, bientôt après, de Gay-Lussac.
La plus importante ascension du physicien français Robertson^ eut lieu à Hambourg, le 18 juillet 1803. Il partit à neuf heures du matin, accompagné de M. Lhoëst, son condisciple et compatriote; le baromètre marquait 28 pouces, le thermomètre de Rèaumur 16“ :
Pendant les différents essais dont nous nous occupions, nous éprouvions une anxiété, un malaise général ; le bourdonnement d’oreilles dont nous souffrions depuis longtemps augmentait d’autant plus que le baromètre dépassait les treize pouces. La douleur que nous éprouvions avait quelque chose de semblable à celle que l’on ressent lorsque l’on plonge la tête dans l’eau. Nos poitrines paraissaient dilatées et manquaient 9e ressort, mon pouls était précipité; celui de M. Lhoëst l’était moins : il avait, ainsi que moi, les lèvres grosses, les yeux saignants ; toutes les veines étaient arrondies et se dessinaient en relief sur mes mains. Le sang se portait tellement à la tête, qu’il me fit remarquer que son chapeau lui paraissait trop étroit. Le froid augmenta d’une manière sensible ; le thermomètre descendit alors assez brusquement jusqu'à 2° et vint se fixer à 5* 4/2 au-dessous de glace, tandis que le baromètre était à 12 pouces 4/400. A peine me trouvais-je dans cette atmosphère, que le malaise augmenta : j’étais dans une apathie morale et physique ; nous pouvions à peine nous défendre du sommeil que nous redoutions comme la mort. Me défiant de mes forces, et craignant que mon compagnon de voyage ne succombât au sommeil, j’avais attaché une corde à ma cuisse, ainsi qu’à la sienne ; l’extrémité de cette corde passait dans nos mains. C’est dans cet état, peu propre à des expériences délicates, qu’il fallut commencer les observations que je me proposais. (T. I, p. 70.) .
A ce point élevé, l’état où nous nous trouvions était celui de l’indifférence : là, le physicien n’est plus sensible à la gloire et à la passion des découvertes; le danger même qui résulte dans ce voyage de la plus légère négligence ne l’occupe guère ; ce n’est qu’à l’aide d’un peu de vin fortifiant qu'il parvient à retrouver des intervalles de lumière et de volonté.
‘ 46 et 20 messidor et 40 thermidor an VH.
® Robertson, Relation adressée au président de V Acad. imp. de Saint-Peter sb., dans ses Mémoires récréatifs, scietitifiques et anecdotiques, 2 vol. — Paris, 4840.
ASCE5SI05S E-X BALLON.
Comme je ne veux rien omettre de ce qui peut jeter quelque jour sur les fonctions de l’économie animale et les opérations de la nature à cette élévation, je dois faire remarquer que, lorsque le baromètre était encore à 12 pouces, mon compagnon m'offrit du pain : je fis de vains efforts pour l’avaler, et je ne pus jamais y parvenir. Si l’on considère attentivement l’état de l’atmosphère où j’étais, et dont la grande rareté n’offrait qu’une légère résistance à ma poitrine qui se dilatait; si l’on considère la petite quantité d’oxygène que doit contenir le fluide dans lequel je nageais, on pourra croire que mon estomac, déjà plein d’un air plus dense et appauvri par la perte de l’oxygène, n’était point propre à recevoir des aliments solides et encore moins à les digérer. Je dois ajouter que les sécrétions naturelles ont été suspendues chez mon ami et chez moi pendant les cinq heures de voyage, et qu’elles n’ont eu lieu que trois heures après notre retour sur la terre .
Septième expérience. J’avais emporté deux oiseaux : au moment de l’expérience j’en trouvai un mort, sans doute par la raréfaction de l’air ; l’autre paraissait assoupi. Après l’avoir placé sur le hord de la gondole, je cherchai à l’effrayer pour lui faire prendre la fuite : il agita ses ailes, mais ne changea pas de place; alors je l’ahandonnai à lui-même, et il tomba perpendiculairement avec une extrême vitesse. Il n’y a point de doute que les oiseaux ne pourraient se maintenir à cette élévation. (P. 76.). .
On peut évaluer l’élévation de l’aérostat, en tenant compte de toutes les corrections, à 5679 toises (7170 mètres)’. (P. 83.)
Le numéro du 16 mars 1876 du journal Les Mondes dit à ce propos :
Si, à un certain passage de sa relation, Robertson dit être monté à 7170 mètres, dans un autre il ne dit plus que 7075; en calculant à l’aide des tables actuelles de V Annuaire du Bureau des longitudes sur les données de température et de pression enregistrées par Robertson, on trouve seulement 6881“ pour la hauteur maxima (Ch. Boissay).
Robertson envoya le récit de son ascension et des expériences de physique qu’il y avait exécutées, à la Société galvanique; un rapport fut fait^, duquel nous extrayons le passage suivant :
Nous savons depuis longtemps qu’un animal ne peut passer impunément d’un air auquel il est habitué dans un air beaucoup plus dense ou beaucoup plus rare. Dans le premier cas, il a à souffrir de l’effort de l’air extérieur, qui le presse outre mesure ; dans le second cas, ce sont les liquides ou fluides élastiques faisant partie de son système, qui, moins pressés qu’ils ne doivent l’être, se dilatent et agissent -contre leur enveloppe. Dans i’un et l’autre cas, ce sont à peu près les mêmes effets, anxiété, malaise général, bourdonnement d’oreilles et souvent des hémorrhagies ; l’expérience de la cloche du plongeur nous avait depuis longtemps indiqué ce qui arriverait aux aéronautes. Notre collègue et son compagnon de voyage ont éprouvé «es effets dans une grande intensité; ils avaient les lèvres gonflées, les yeux saignants ; les veines arrondies se dessinaient en relief sur leurs mains, «et, ce
* C’est donc par erreur que tous les auteurs, sans exception, ont attribué à l’ascension <Je Robertson une élévation de 7470“.
- Par Izarn (Voir le 3Ionüeiir universel, 2a janvier 1804).
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qui esf très-remarquable, ils conservèrent Tun et l’autre un teint brun rougeâtre qui étonnait ceux qui les avaient vus avant leur ascension.
Cette distension des vaisseaux, dans leurs ramifications extrêmes, doit nécessairement produire un embarras, une gène dans tous les mouvements musculaires ; et c’est principalement à cette cause que je crois qu’il faut attribuer les vains efforts que fit notre collègue pour avaler le pain que son compagnon de voyage lui présenta lorsqu’ils étaient encore à une hauteur marquée par 12 pouces du baromètre. (Mém., t. I,p. 106.)
Un aéronaute qui se rendit célèbre en descendant le premier (29 octobre 1797) de ballon en paracliule, Jacques Garnerin, voulut enlever à son rival Robertson le mérite de l’ascension la plus élevée. Il prétendit, comme le prouve l’extrait suivant du Journal de Paris^, être monté jusqu’à 4200 toises (8186“) :
M. Garnerin écrit de Saint-Pétersbourg, pour Vintérêt des sciences et des arts, que des barbares ont mutilé, à Paris, la relation du voyage aérien qu’il a entrepris à Moscou le 3 octobre dernier, et dans lequel il s’éleva tout juste à la hauteur de 4200 toises, sans avoir éprouvé d’autre accident qu’une hémorrhagie par les narines, et un peu de malaise par le froid. Heureuse occasion d’entretenir le public de ses querelles avec M. Robertson, qu’il appelle V aéronaute de Hambourg, et dont il conteste l’esprit d’observation et la véracité ! % Je me suis élevé, dit M. Garnerin, 521 toises plus haut que l’aéronaute de Hambourg, et je ne me suis pas aperçu que la matière fût diminuée de pesanteur, je n’ai pas vu le soleil sans éclat, ni le ciel sans azur. Je n’ai senti ni apathie extraordinaire, ni difficulté d’avaler, ni envie de dormir, etc . »
Rien ne semble moins authentique que l’assertion de Garnerin ; les faits que nous rapporterons tout à l’heure montrent qu’à la hauteur où il dit être parvenu il aurait éprouvé des troubles physiologiques très-graves.
Dans celte même année, une ascension des plus émouvantes avait lieu à Bologne.
Le comte Fr. Zambeccari, de Bologne, le docteur Grassetti, de Rome, et Pascal Andreoli, d’Ancône, partirent dans la nuit du 7 au 8 octobre 1803. Ils avaient passé la journée à gonfler leur ballon qui mesurait 14000 pieds cubes, et voulaient ne partir que le lendemain ; mais ils durent se hâter, devant le désordre et les cris de la populace de Bologne. Le ballon s’éleva avec une rapidité extrême, et ils arrivèrent bientôt à une telle hauteur, que Zambeccari et Grassetti, saisis par le froid et épuisés par une série de vomissements, tombèrent dans une espèce de défaillance accompagnée d’un profond sommeil. Le récit sommaire, inséré dans les
20 janvier 1804; an XII, 1. 1, p. 75
ASCENSIO>-S EA BALLON. 187
Annales de Gilbert^, raconte comme suit leurs souffrances èt leur malheur :
-Andreoli, qui avait conservé l’usage de ses sens, ne put pas lire le baromètre, parce que la bougie qu’ils avaient emportée dans une lanterne s’était éteinte. Vers
2 heiures 1/2 du malin, le ballon commença à descendre, et Andreoli entendit
distinctement le bruit des vagues qui se brisaient sur les côtes de la Romagne. 11 réveilla ses compagnons . La nacelle et le ballon tombèrent dans la mer Adria¬
tique, et cela avec une telle violence, que l’eau jaillit autour d’eux à la hauteur d’un homme. Les aéronautes, couverts d’eau, jetèrent en grande hâte un sac de sable, leurs instruments, et tout ce que contenait leur nacelle.
Alors le ballon s’élança une seconde fois rapidement dans les airs. Ils traversèrent trois couches de nuages, et leurs vêtements se couvrirent d’une couche épaisse de glace ; l’air était si raréfié, qu’ils pouvaient à peine s’entendre l’un l’autre. Vers
3 heures leballon descendit de nouveau.
Le triste pamphlétaire allemand Kotzebue®, pendant son voyage en Italie, rendit visite à Zambeccari, cet homme « dont les yeux sont des pensées » . L’intrépide aéronaute lui fit un récit détaillé de cette terrible ascension du 7-8 octobre, dans laquelle il faillit périr :
Je m’enlevai à minuit, dit-il . Soudain nous montâmes avec une rapidité inconcevable .
Nous ne pouvions observer l’état du baromètre qu’à la lueur d’une lanterne, et très-imparfaitement. Le froid insupportable qui régnait dans la région où nous nous trouvions, l’épuisement où m’avait mis le défaut de nourriture depuis 24 heures, le chagrin qui accablait mon âme, tout cela réuni m’occasionna une défaillance totale, et je tombai sur le bas de la galerie dans une espèce de sommeil semblable à la mort. Il en arriva autant à mon compagnon Grassetti. .Andreoli fut le seul qui resta éveillé et bien portant, sans doute parce quhl avait l’estomac bien garni et qu’il avait bu du rhum en abondance. A la vérité, il souffrait aussi beaucoup du froid, qui était excessif, et fit pendant longtemps de vains efforts pour me réveiller. Enfin, il réussit à me remettre sur les pieds, mais mes idées étaient confuses; je lui demandai, comme si je fusse sorti d’un rêve : Qu’y a-t-il de nouveau? où allons-nous? quelle heure est-il? d’où vient le vent?
11 était deux heures. La boussole était à bas, par conséquent elle nous devenait inutile ; la bougie qui était dans notre lanterne ne pouvait brûler dans un air aussi raréfié, sa lumière s’affaiblissait de plus en plus, et finit par s’éteindre. (T. IV, p. 501-503.)
Ils tombèrent alors dans la mer; puis, ayant jeté tout ce que contenait leur nacelle, ils s’élevèrent de nouveau ;
Avec une telle rapidité, à une si prodigieuse élévation, que nous avions de la peine à nous entendre même en criant ; je me trouvai mal, et il me prit un vo-
‘ Abeutener des Grafen Z... bei einer nachtlichen Luftfahrt. — Gilbert' s Ânnalen der Physik, vol. XVI, p. 205-209; 1804.
* Souvenirs d'un voyage en Livonie, à Rome et à Naples, faisant suite aux Souvenirs de Paris. Traduit de l’allemand. ~ Paris, 4 vol., 1806.
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missement considérable. Grassetti saigna du nez nous avions tous deux la respiration courte et la poitrine oppressée. Conune nous étions trempés jusqu’aux os au moment où la machine nous avait transportés dans ces hautes régions, le froid nous saisit rapidement, et nous fûmes couverts en un instant d’une couche de glace. Je n’ai pu me rendre compte de la raison pour laquelle la lune, qui était dans son dernier quartier, se trouva en ligne parallèle avec nous, et nous parut rouge comme du sang. Après avoir parcouru pendant une demi-heure ces régions immenses, et avoir été portée à une hauteur incommensurable, la machine recommença à descendre lentement, et nous retombâmes encore une fois dans la mer ; il était environ quatre heures du matin. (T. IV, p. 305.)
Les malheureux aéronautes tomés dans l’Adriatique y restèrent, jouets des vents et des flots, jusqu’à huit heures, où une barque les sauva, non sans grandes difficultés. Ils avaient les pieds et les mains gelés, et Zambeccari dut se faire amputer trois doigts.
L’année suivante, Robertson ‘ fit, le 30 juin, une nouvelle ascension, accompagné du physicien russe Sacharoff ; mais ils ne virent s’abaisser le baromètre qu’à 22 pouces, et n’éprouvèrent rien de notable.
Cette même année 1804, deux jeunes physiciens, Biot et Gay- Lussac®, furent chargés par l’Institut de France d’une mission scientifique dans les airs. Ils devaient tout particulièrement s’occuper des variations dans la puissance magnétique, que de Saussure croyait avoir constatées sur le col du Géant.
Les deux savants partirent le 6 fructidor, à dix heures du matin, du jardin du Conservatoire des Arts. Comme ils ne s’élevèrent pas au-dessus de 4000“ par une température de -i- 10°, ils ne devaient éprouver aucun trouble physiologique sérieux. Aussi ne disent-ils que quelques mots de cet ordre de faits :
Nous observâmes les animaux que nous avions emportés ; ils ne paraissaient pas souffrir de la rareté de l’air ; cependant le baromètre était à 20 pouces 8 lignes, ce qui donne une hauteur de 2622 mètres. Une abeille violette, à qui nous avions donné la liberté, s’envola très-vite et nous quitta en bourdonnant .
Notre pouls était fort accéléré ; celui de M. Gay-Lussac, qui bat ordinairement 62 pulsations par minute, en battait 80 ; le mien, qui donne ordinairement 89 pulsations, en donnait 111. Cette accélération se faisait donc sentir pour nous deux à peu près dans la même proportion. Cependant notre respiration n’était nullement gênée ; nous n’éprouvions aucun malaise, et notre situation nous semblait extrêmement agréable .
Nous avons observé nos animaux à toutes les hauteurs ; ils ne paraissaient souffrir en aucune manière. Pour nous, nous n’éprouvions aucim effet, si ce n’est cette accélération du pouls dont j’ai déjà parlé.
* Ascension de Robertsoti et Sacharoff, le 30 juin 1804. — Annales de Chimie, 1804, vol. LU, p. 121 (Récit de Robertson). — Philosophical Magazine, 1805; t. XXI, p. 195 (Récit de Sacharoff).
^ Relation d’un voyage aérostatique fait par MM. Gay-Lussac et Biot; lue à la classe
ASCENSIONS EN BALLON
Suit le récit de ce qui arriva à un verdier et à un pigeon, lâchés à 3400 métrés ; le pigeon ouvrit les ailes et se laissa tomber en décrivant des cercles, comme les grands oiseaux de proie.
Gay-Lussac^ repartit seul, quelques jours après, et s’éleva beaucoup plus haut que la première fois. Les accidents d’ordre physiologiques furent très-supportables; il s’en exprime ainsi :
Parvenu au point le plus haut de mon ascension, à 7016 mètres au-dessus du niveau de la mer, ma respiration était sensiblement gênée ; mais j’étais encore bien loin d’éprouver un malaise assez désagréable pour m’engager à descendre. Mon pouls et ma respiration étaient très-accélérés : ainsi, respirant trèsfréquemment dans un air très-sec, je ne dois pas être surpris d’avoir eu le gosier si sec, qu’il m’était pénible d’avaler du pain. . .
Ce sont là toutes les incommodités que j’ai éprouvées. (P. 89.)
Robertson fait à propos de ce récit une observation intéressante, parce qu’elle montre quelle cause il assigne aux phénomènes qu’il a éprouvés lui-même :
Je ne pense pas qu’il y ait professeur de physique qui n’ait parlé à ses auditeurs du poids de la colonne d’air qui correspond à la surface du corps d’un homme, et qui n’ait démontré que ce poids énorme est rendu insensible à ce corps par l’équilibre établi entre la pression de l’air extérieur et la réaction des fluides élastiques qui font partie de son système intérieur. 11 n’en est pas qui n’ait démontré quels doivent être les effets de la rupture de cet équilibre. {Mém., t. I, p. 107.)
Mais rien n’autorisait Robertson à tirer de ces réflexions l’étrange conclusion qui suit :
Je ne pense pas que M. Biot ait changé tout cela. On ne peut donc se refuser à conclure que les effets éprouvés par M. Lhoëst et par moi, puis par M. Sacharoff, n’ont rien que de très-rationnel ; tandis que ceux éprouvés par MM. Biot et 6ay- Lussac y dérogent au point qu’ils ont besoin d’être expliqués. Or, la seule explication possible, c’est que ces aéronautes ne sont pas montés assez haut, ou bien qu’ils sont montés si lentement, qu’il n’y a pas eu pour eux rupture d’équilibre, sans quoi l’on ne voit pas ce qui aurait pu les préserver d’éprouver les effets qui en sont la suite inévitable. (Ibid., p. 108.)
Ce doute jeté si gratuitement sur la véracité des observations de savants comme Biot et Gay-Lussac, a dû appeler de justes représailles, et il n’est pas pour peu de chose dans le discrédit immérité qui depuis a frappé les assertions de Robertson.
des sciences mathématiques et physiques de TInstitut national, le 9 fructidor an XII. — Moniteur universel du l‘2 fructidor an XII (30 août 1804).
*■ Relation d’un voyage aérostatique fait par M. Gay-Lussac le ^fructidor an XII. — Ann. de Chimie, t. LII, p. 75-94, an XIII.
190 HISTORIOrE.
L’ascension de Gay-Lussac eut un retentissement mérité. Mais on alla trop loin en passant complètement sous silence celles qui l’avaient précédée. Robertson se plaignit, non sans raison, qu’on eût méconnu le rôle qu’il avait antérieurement joué :
M. Biot, dit-il, a imprimé dans son traité de physique, et ne manque pas de répéter dans ses cours au Collège de France, que M. Gay-Lussac s’est élevé à la plus grande hauteur où l’homme soit parvenu jusqu’à ce jour. Cette assertion, toute fausse qu’elle est, s’accrédite parmi la jeunesse, parce que je n’ai personne qui puisse dire chaque année à quelques centaines d’auditeurs que, plus d’un an avant l’ascension de M. Gay-Lussac, je m’étais élevé à 5650 toises ; et viendra bientôt le temps où personne ne saura ou ne se souviendra qu’avant l’ascension de MM. Biot et Gay-Lussac, j’en avais fait une semblable, et, comme la leur, dans l’intérêt de la science, mais pendant laquelle l’air de ces hautes régions s’était montré pour moi moins hospitalier que pour ces messieurs. (Mém.,t. 1, p. 117.)
Peu d’années après, en août 1808, un des compagnons de l’infortuné Zambeccari, Andreoli, s’éleva de Padoue, et atteignit, s’il faut l’en croire, une hauteur bien supérieure à celle où étaient parvenus ses prédécesseurs. Le correspondant du Journal de Paris^^ qui raconte le fait, paraît attacher peu de foi au récit de l’aéronaute italien, récit bien extraordinaire en effet, et dans lequel on ne sait ce dont il faut le plus s’étonner, ou de la montée ou de la descente des imprudents et heureux aéronautes :
Italie. Padoue, 23 avril 1808.
M. Andreoli entreprit hier dans cette ville un voyage aérostatique, qui n’a pas été très-heureux, et sur la relation duquel tous les gens instruits élèvent .des doutes injurieux à la véracité du physicien. Suivant cette relation vraiment curieuse, et dont on se moquera peut-être à Paris, M. Andreoli, accompagné de M. Brioschi, s’éleva à 5 heures 1/2 de l’après-midi, en présence d’un grand nombre de spectateurs. Le baromètre étant descendu à 15 pouces (à 15 pouces ! eston bien sùr de ce qu’on dit, et sait-on qu’à ce degré l’air doit être et est en effet prodigieusement raréfié ? Et dans ce cas, comment les deux voyageurs eussent-ils respiré ?) à cette élévation, Brioschi commença à sentir des battements de cœur extraordinaires, sans cependant s’apercevoir d’aucune altération pénible dans la respiration : le baromètre s’abaissant ensuite à 12% il se sentit accablé d’un doux sommeil, qui devint bientôt une véritable léthargie (on ne dit pas ce qu’éprouva 51. Andreoli, et comment il résista au puissant narcotique qui accablait son compagnon). La machine montait toujours et quand le baromètre fut environ à 9 pouces (c’est-à-dire à une hauteur beaucoup plus grande que celle de la plus élevée des Cordillères), Andreoli s’aperçut qu’elle était totalement gonflée et qu’il ne pouvait faire aucun mouvement de sa main gauche. Le mercure, continuant à descendre, marqua 8 pouces 1/2. Alors le globe fit entendre une forte détonation ; fendant l’air avec un grand bruit, il commença à descendre ra-
9 septembre 1808.
ASCE^•SIO^•S EA BALLOA.
pidement (je le crois), et alors M. Brioschi s’éveilla (non sans frayeur). La chute eut lieu sur le château d’Engança, non loin du tombeau de Pétrarque et de la ville d’Âcqua, à 12 milles de Padoue; et ce qu’il y a de plus merveilleux dans ce récit si merveilleux d’un bout à l’autre, c’est que les vcryageurs, protégés sans doute par im génie échappé des Mille et une nuits, n’ont pas éprouvé le plus petit mal, la plus petite égratignure. Voilà certes un miracle qui doit déconcerter tous les calculs des physiciens ordinaires. Quoi qu’il en soit les voyageurs prirent des chevaux de poste, et vinrent à 8 heures 1 /2 recevoir à Padoue des félicitations que méritait, de toutes manières, un si prodigieux succès.
Je dois noter ici que le célèbre aéronaute anglais M. Glaisher^ paraît disposé à ajouter foi à ces faits extraordinaires; il fait remarquer qu’Àndreoli, habitué aux ascensions, a beaucoup moins souffert que son compagnon. Et, quant à la possibilité de survivre à une aussi effroyable chute, il la discute avec autorité et l’admet sans grande hésitation. (P. 161.)
Le 29 août 1811, deux Anglais, Beaufoy et Sadler *, exécutèrent une ascension, dans laquelle ils ne dépassèrent pas six mille pieds, et qui ne présente d’intéressant pour nous que la sensation éprouvée par Beaufoy « d’une légère pression dans les oreilles et d’un peu de surdité », et surtout l’explication bizarre qu’en donna le voyageur : il attribua cet effet à « l’humidité reçue sans chapeau pendant le voyage.» (P. 296.)
Le 26 avril 1812, la veuve de Blanchard, qui devait si misérablement périr, le 6 juillet 1819, sur un toit de la rue de Provence, fit à Turin une ascension dans laquelle elle prétendit s’être élevée à une très-grande hauteur. Le Journal de Paris ® en rendit compte dans les termes suivants :
Elle avait emporté avec elle un baromètre . A 15 pouces 6 lignes, le froid
était glacial ; à 14 pouces 1 ligne, Mme Blanchard dit avoir éprouvé une diminution de froid ; à 12 pouces 11 lignes, elle ressentit un battement de l’artère près de l’angle extérieur de l’œil gauche et une espèce de tremblement de la paupière inférieure du même œil. A 12 pouces 3 lignes,, elle eut une forte hémorrhagie au nez.
Peu de minutes après, le baromètre marqua 10 pouces 3 lignes, qui est son plus grand abaissement.... Cette indication porte la plus grande élévation de Mme Blanchard à 3900 toises (7600”) ; à cette hauteur le froid était insupportable, le thermomètre de Béaumur était à 1 7° au-dessous de la glace .
La couleur du ciel paraissait presque noire . Le soleil n’avait pas ses rayons
ordinaires et présentait un diamètre beaucoup plus petit que celui qu’il offre
Travels in the Air, by Glaisher, Flamarion, W. de Fonvielle and G. Ttssandier, 2« éd. — London, 1871.
® Biblioih. britann , t. LVII, p. 286-300; 1814.
3 8 mai 1812.
HISTORIQUE
lorsqu’on le regarde de la surface de la terre. Un moment après ces observations, le thermomètre baissa encore d’un degré, et Mme Blanchard, presque engourdie, se décida à descendre.
Robertson éleva quelques doutes sur rexactitude des observations barométriques de Mme Blanchard. La note qu’il envoya au Journal deParis^ contient, sur les souffrances que Lhoëst et lui avaient éprouvées dans leur ascension de juillet 1803, des faits qui ne sont point insérés dans le récit détaillé que nous avons reproduit plus haut :
L’élévation à laquelle vous annoncez que Mme Blanchard s’est élevée dernièrement à Turin doit d’autant plus étonner vos lecteurs qu’elle doit être regardée
comme le dernier degré de la témérité de l’homme . D’abord je dois avouer
que je crois impossible à l’homme, avec un aérostat de 20 pieds de diamètre, dont se sert ordinairement Mme Blanchard, de s’élever assez haut pour faire descendre le mercure à 10 pouces .
Lorsqu’on arrive à l’élévation de 5600 toises, l’homme succombe par degré et d’une manière insensible à un sommeil léthargique : ses facultés morales s’éteignent longtemps avant ses facultés physiques. D’abord on n’a ni mémoire, ni soucis pour le présent et pour l’avenir ; on oublie la surveillance qu’exige l’aérostat ; bientôt un sommeil lent et doux, auquel on sent l’impossibilité de résister, assoupit tous les membres et tient l’aéronaute dans une asphyxie complète, et sans doute mortelle si elle est prolongée .
En juillet 1805 . jeme suis élevé àflambourg avecM. Lhoëst.... Le baromètre
descendit à 12 pouces et quelques lignes (lorsque nous jouissions encore de nos facultés). Le ciel nous parut brun; le soleil était sans éclat; on pouvait le fixer sans être ébloui; nous eûmes une légère hémorrhagie, et enfin nous éprouvâmes tout ce que Mme Blanchard vient de nous annoncer. Nous succombâmes dans cette ascension au sommeil ; mais la partie inférieure du ballon.... donna la liberté au gaz chassé par la dilatation. Nous sortîmes de cet assoupissement tous les deux à la fois et subitement, sans pouvoir dire ce qui s’était passé, sinon qu’il y avait eu ime solution de continuité dans nos idées.
Eugène Robertson®, l’un des fils du célèbre aéroiiaute, s’éleva le 16 octobre 4826, de Castle-Garden à New-York, jusqu’à 21000 pieds (6400“)®, dans un ballon de 16000 pieds cubes, gonflé à l’hydrogène :
La respiration était laborieuse et pénible, les facultés étaient émoussées, le froid insupportable, surtout aux mains. (Therm. à 21“ F.)
Le 12 février 1835, ce même aéronaute * partit de Mexico et alla
* 16 mai 1812.
® SilUman's American journal, vol. XII, p. 161-168; 1827.
“ L’ouvrage de Roch {Essai sur les Voyages aériens d’Eug. Robertson; Paris, 1831), dit 5533 toises (6886'”).
* Relation du premier voyage aérostatique exécuté dans la République mexicaine. — Paris, 1835.
ASCENSIONS EN BALLON
jusqu’à 5928“. Il examina de près le cratère de l’ancien volcan la Chide, et s’éleva « au-dessus d’une pépinière de monts. »
Le fameux aéronaute anglais Green, qui a fait, au témoignage de GlaisherS plus de quatorze cents ascensions, est très-certainement monté plusieurs fois à de grandes hauteurs ; mais il paraît s’être très-peu préoccupé de mesures exactes, et ses chiffres portent l’empreinte d’une grande exagération.
L’une de ses ascensions, qui eut lieu en 1821, est curieuse par la nature du gaz avec lequel il gonfla son ballon ; il employa l’oxyde de carbone, qui le porta à 11000 pieds ^ Mais ceci ne touche pas à notre sujet.
Le 20 avril 1831, le docteur Forster^ exécuta avec Green un voyage aérostatique qui ne dépassa pas 6000 pieds, hauteur à laquelle ils demeurèrent pendant quatre heures. Leurs observations physiologiques n’ont guère porté que sur les phénomènes de surdité qui atteignent les voyageurs en montagne et les aéronautes. Forster les considère comme ayant dans les deux cas des causes très-différentes, et dus, dans le premier, à un sentiment de plénitude dans les oreilles, dans le second à un véritable affaiblissement de l’ouïe.
L’exagération extravagante des affirmations de Green commence à se manifester dans une note du rédacteur du Froriep’s Notizen *, qui rapporte naïvement que Green avait fait deux cent vingt-six ascensions, dans lesquelles plusieurs fois il avait, assurait-il, dépassé 6000 toises, sans éprouver de difficultés à respirer.
Le récit que Green® donna lui-même de la catastrophe par laquelle, le 27 septembre 1836, son compagnon de route Cocking perdit la vie, indique une hauteur qu’il ne faudrait peut-être pas accepter de confiance. On sait que Green joua dans cette folle aventure un fort triste rôle. Cocking avait fabriqué un parachute à V envers sur l’absurdité duquel personne ne pouvait concevoir de doute; Green consentit cependant à l’emmener. Le malheureux Cocking détacha son parachute au moment où le ballon dépassait 5000 pieds ; il tomba comme une pierre. En même temps, le ballon, délesté, bondit à de grandes hauteurs :
‘ Les Voyages aériens. — Paris, 1870, p. 27.
- Einiges ûber die Luftreize des H. Green in London am Krônungstage des Kônigs. Froriep’s Notizen, vol. I, p. 71 ; 1822. — Yoy. encore ; Ibid, vol. V, p. 202; 1823,
5 Bericht über eine Luftschiffarht. Ibid, vol. XXXII, p. 49; 1831.
^ Neue Froriep’s Notizen, t. I, p. 8 ; 1837.
® Lettre au Standard, juillet 1857.
mSTOWQüE.
Nous nous élevâmes alors avec une telle rapidité que nous fûmes presque suffoqués ; j’avais beaucoup de peine à reprendre mes sens et à examiner le baromètre: mais 31. Spencer observa que le mercure s’arrêta à 13,20 ce qui donne une élévation de 24384 pieds (7430”), ou environ 4 milles 1/4.
Mais cela n’est rien à côté de ce qu’il raconta d’une ascension faite avec Rusch ; le pathologiste Renie ^ rapporte cette assertion prodigieuse comme une chose toute simple, et sans faire d’observation :
Dans ses ascensions en ballon, Green dit n’avoir éprouvé aucune accélération du pouls, ni de la respiration, excepté lorsqu’il s’élevait rapidement en jetant du lest.
En 1838 il s’éleva avec Rusch à la hauteur de 27,136 pieds (8268 mètres), où il vit ie baromètre s’abaisser à 10 pouces 32; les premiers 11000 pieds (3350 mètres) furent franchis en 7 minutes, sans autres incommodités que celles qui ont été signalées plus haut. (P. 386.)
A beau mentir qui vient de haut ! Un aéronaute italien prétendit avoir encore dépassé la fabuleuse hauteur que disait avoir atteinte l’aéronaute anglais. On lit en effet, dans les comptes-rendus de l’Académie des sciences de Paris ® :
31. Bonafoux écrit qu’à l’occasion des fêtes de mariage du prince héréditaire de Savoie, 31. Comaschi a fait à Turin une ascension aérostatique, dans laquelle, s’il n’y a pas eu erreur dans l’observation du baromètre, 31. Comaschi se serait élevé à 9474 mètres au-dessus du niveau de la mer; mais la différence de température semblerait indiquer une moindre hauteur.
Le récit de Hobard, s’il ne donne pas de renseignements d’une grande précision, paraît du moins véridique; il est inséré dhns le Courrier^ français du 9 octobre 1835 :
Le 17 août 1855, un aéronaute, 31. Hobard, avait couru les plus grands dangers dans une ascension qu’il avait faite à Lynchburg, enYirginie ; il s’était enlevé à sept heures du soir, et, en moins d'une heure, il avait pris terre à environ treize lieues de la ville. 31. Hobard, dans sa relation, dit que peu de minutes après son départ il perdit entièrement la terre de vue. A sept heures et demie, il fit sa dernière observation et s’estima à plus d'une lieue de hauteur. Il aperçut alors deux météores, l’un dans le nord et l’autre dans l’ouest ; ce dernier semblait s’approcher rapidement, mais il disparut tout d’un coup, à la grande satisfaction de M. Hobard, qui craignait qu'il n’embrasât son aérostat. Peu de temps après, une bourrasque emporta le ballon et l’enleva en tourbillonnant à une hauteur que l’aéronaule ne jugea pas moindre de 26000 pieds (7925”), d’après la difficulté qu’il éprouvait à respirer et la perte entière de l’ou'ie. Il voulut laisser échapper du gaz et manoeuvrer la soupape ; mais, n’entendant plus, il ne put juger, comme à l’ordinaire, de la fuite du gaz par le bruit qu’il fait en s’échappant. H voyait néan-
* Handbiich der rationnellen Pathologie. Bd. II, 2' abth; 1851.
2 T. XIY, p. 921 ; 1842.
ASCENSIONS EN BALLON
moins que le ballon ne se dé^'onflait pas sensiblement, et il appréhendait de le voir crever ; il craignait aussi que quelqu’une de ses veines ne vînt à se rompre, tant la raréfaction de l’air les avait fait se dilater. La première de ses craintes ne tarda pas à se réaliser. Sans crever entièrement, le ballon s’était fendu par le haut, et se dégonflant rapidement descendit avec une très-grande vitesse. Fort heureusement pour M. Hobard, la chute de l’aérostat fut amortie par un jeune sapin dont la tige flexible le protégea du choc terrible qu'il aurait éprouvé. Il fut néanmoins jeté hors de la nacelle et considérablement froissé, mais qu’était-ce que quelques contusions auprès de la mort cruelle à laquelle il s’attendait ! En évaluant sa plus grande élévation à 26000 pieds, M. Hobard s’est basé sur ce que l’air raréfié avait affecté ses organes d’une manière plus pénible que ne l’avaient éprouvé des aéronautes qui s’étaient élevés à 25000 pieds, maximum de la hauteur à laquelle on était parvenu jusqu’alors dans les ascensions aérostatiques.
Il faut arriver à la mémorable ascension accomplie le 27 juillet 1850, par MM. Barrai et Bixio, pour retrouver la certitude et la précision scientifiques. Mais, à notre point de vue, ce voyage, si utile à la météorologie, n’offre qu’un médiocre intérêt. En effet, sous lïnfluence d’une pression barométrique de 515““, correspondant à une hauteur de 7016“, et malgré un froid de 39“ au-dessous de zéro, les deux intrépides voyageurs n’éprouvèrent aucun accident physiologique qui ait attiré leur attention : « Notre respiration, disent-ils seulement, n’était nullement gênée »
Deux ans plus tard, des ascensions non moins importantes au point de vue scientifique étaient faites en Angleterre par M. Welsh® :
En juillet 1852, le Comité de l’observatoire de Kew résolut d’instituer une série d’ascensions en ballon pour l’étude des phénomènes mélèorologiques et physiques qui exigent la présence d’un observateur dans les hautes régions de l’atmosphère. (l\311.)
J. Welsh, qui s’adjoignit Nicklin, fut chargé de la partie scientifique ; la direction du ballon fut confiée au célèbre aéronaute Green. La première ascension eut lieu le 17 août, les aéronautes allèrent jusqu’à 19510 pieds (5945“); dans la seconde (26 août), ils n’allèrent qu’à 19100 pieds (5820“); et, dans la troisième, à 12640 pieds (3850“) seulement. Mais le 10 novembre ils atteignirent en une heure 22930 pieds (698 7“) et demeurèrent plus de 10 minutes
1 Journal d'un voyage aéronautique fait le 27 juillet 1850. — Cpt. R. Abad: des sc., t. XXXI, p. 126; 1850.
® An Account of Meteorological Observations in four Balloon Ascents, niade under the direction of the Kew Observatory Committee of the British Association for the advancement of science, by John Welsh. — Philosophical Transactions, t. CXLIII. p. 511-547 ;
au-dessus de 20000 pieds; la descente s’opéra avec une rapidité extraordinaire ;
1 cette hauteur, bien plus grande que toutes celles que nous avions précédemment atteintes, les effets de la diminution de pression se firent davantage sentir. M. Green et moi nous éprouvâmes à un très-haut degré la difficulté de respirer, avec plus d’essoufflement et de fatigue après le moindre exercice. (P. 520.)
A de bien moindres élévations encore, un célèbre météorologiste anglais, M. Glaisher, observa des modifications importantes de la respiration et de la circulation.
Les ascensions de M. Glaisher constituent la plus belle série de voyages aériens qui aient été entrepris dans un but scientifique. Un certain nombre d’entre elles l’entraînèrent à de très-grandes hauteurs, et il en est une qui demeurera éternellement célèbre, dans laquelle il faillit périr par suite de la décompression. J’extrais de la publication des Voyages aériens ^ les faits suivants, qui intéressent notre thèse.
La première ascension eut lieu le oO juin 1862; Glaisher et son conducteur de ballon Coxwell atteignirent 8000 mètres :
Entre les hauteurs de 4700“ et 5900“, le thermomètre marque 6“ au-dessus de
zéro . Les palpitations de mon cœur commencent à devenir sensibles, et ma
respiration n’est pas moins perturbée, mes mains bleuissent, et mon pouls, devenant fébrile, bat 100 pulsations à la minute.
A 61 68“, nous nous trouvons dans une couche à zéro degré.... ; mon pouls s’accélère encore, et c’est avec une difficulté croissante que je parviens à lire les instruments; j’éprouve un malaise général, analogue au mal de mer, quoiqu’il n’y ait ni roulis ni tangage dans le ballon.... Le bleu du ciel est devenu plus pur. (P. 47.)
L’édition anglaise que publia en 1871 M. Glaisher de l’ouvrage précité^ donne un récit assez différent des symptômes éprouvés par le savant aéronaute. Tout d’abord, la date de cette ascension est indiquée au 17 juillet et non au 30 juin :
A la hauteur de 18?'44 pieds (5740“), mon pouls battait iOO fois par minute; à 19455 pieds (5920“), je percevais les battements de mon cœur; le tic-tac du chronomètre semblait très-bruyant et ma respiration commença à être affectée; mon pouls était encore plus accéléré, et c’est avec une difficulté croissante que je lisais mes instruments ; les palpitations du cœur se faisaient violemment sentir. Mes mains et mes lèvres prenaient une teinte bleuâtre foncée, mais non la
face . A 21792 pieds (66 10“), j’éprouvais une sorte de mal de mer, bien qu’il
n’y ait ni roulis ni tangage à bord du ballon; j’étais si malade que j’étais incapable de surveiller les instruments . Le ciel paraissait bleu très-foncé. (P. 44.)
‘ Glaisher, Flammarion, de Fonvielle, G. Tissandier, Voyages aériens. — Paris, 1870.
- Travels in the Air, 2' éd. — London, 1871.
ASCENSI05S EN BALLON.
2® Ascension^ Ze 18 août 1862. Les voyageurs ont atteint 7100 mètres, point culminant de l’ascension :
Je lâtai le pouls de M. Coxwell*, qui ne donnait que 90 pulsations à la minute, tandis que le mien s’éleva rapidement. De 100 il passa à 107 et de là à 110, sans
que celui de mon compagnon fût sensiblement modifié . En descendant, nous
entendons un nouveau coup de tonnerre gronder dans les nuages dont nous nous rapprochons rapidement. Est-ce la vitesse croissante de notre mouvement descendant qui m’oppresse? Est-ce la tension électrique qui en grandissant porte le
trouble dans les sources cachées de la vie? . Je l’ignore, mais j’éprouve un
malaise soudain, une espèce de tremblement nerveux. Heureusement, après une minute d’angoisses, un admirable spectacle vient m’aider à triompher de cette défaillance passagère. [Voyages aéi'iens, p. 57.)
Vient enfin la célèbre ascension du 5 septembre 1862; c’est la troisième. Le départ de Wolverhamplon eut lieu à une heure trois minutes par une température de -{- 15°. A une heure trente-quatre minutes, les aéronautes sont arrivés à 5200 mètres environ; la température est de — 9°; il n’y a plus de vapeur d’eau dans l’air. Les premiers troubles physiologiques se manifestent alors :
A l’'54, je m’aperçus que M. Coxwell commençait à être essoufflé, ce qui n’est pas étonnant, puisqu’il était sans relâche occupé aux manœuvres du ballon. . .
A f’SO, nous atteignîmes la hauteur de 6437”* [c’est celle du Ghimborazo] .
Nous jetons le sable...., dix minutes nous suffisent pour bondir à la hauteur du Dawalagiri : la température était tombée à — 18", 9. . . . .
Jusqu'à ce moment, j’avais pris mes observations sans difficultés, tandis que M. Coxwell, qui était obligé de se donner des mouvements pour la manœuvre, semblait fatigué. A 1 heure 51 minutes, le baromètre marquait 11,05 pouces. On s’aperçut plus tard, par une comparaison avec le baromètre étalon de lord Wrottesley, qu’il fallait diminuer ce chiffre de un quart de pouce. J’ai lu ensuite sur le thermomètre à boule sèche — 5 degrés, vers 1 heure 52 minutes environ. Bientôt il me fut impossible d’apercevoir la colonne de mercure dans le thermomètre à boule humide, ni les aiguilles d’une montre, ni les divisions fixes d’aucun de mes instruments. Je demandai à M. Coxwell de m’aider à prendre les chiffres qui m’échappaient, mais, par suite du mouvement de rotation du ballon, qui n’avait point cessé depuis que nous avions quitté la terre, la corde de la soupape s’était entortillée. M. Coxwell dut donc sortir de la nacelle et monter sur le cercle pour l’arranger. Je tournai mon attention vers le baromètre; je vis qu’il marquait 1 0 pouces, et qu’il descendait rapidement. Sa vraie hauteur, en tenant compte de la correction soustractive d’un quart de pouce, était 9 pouces trois quarts, ce qui indiquait une hauteur de 29000 pieds (8838”*). Peu après, je m’appuyai sur la table avec le bras droit, qui jouissait de toute sa vigueur un instant auparavant; mais, quand je voulus m’en servir, je m’aperçus qu’il n’était plus en état de me rendre aucun service. II doit avoir perdu sa puissance instantanément. J’essayai de me servir du bras gauche, et je vis qu’il était également paralysé. Alors je
‘ M. Coxwell était un aéronaute de profession ; l’ascension du 50 juin était la première de M. Glaisher.
198 HISTORIQUE
cherchai à remuer le corps, et je réussis jusqu’à un certain point; mais il me semblait que je n’avais plus de membres; j’essayai encore une fois de lire le baromètre, et pendant que je me livrais à cette tentative, ma tête tomba sur mon épaule gauche. Je remuai, et j’agitai de nouveau mon corps; mais je ne pus parvenir à soulever mes bras. Je relevai la tête, mais ce fut seulement pour un instant ; elle retomba de nouveau.
Mon dos était appuyé sur le bordage de la nacelle et ma tête sur un des angles. Dans cette position, j’avais les yeux fixés sur M. Coxivell qui se trouvait dans le cercle. Quand je parvins à me soulever sur mon siège, j’étais tout à fait maître des mouvements de l’épine dorsale, et je possédais incontestablement encore un grand pouvoir sur ceux du cou, quoique j’eusse perdu le contrôle de mes bras et de mes jambes ; mais la paralysie avait fait de nouveaux progrès. Tout à coup, je me sentis incapable de faire aucun mouvement. Je voyais vaguement M. Coxwell dans le cercle, et j’essayais de lui parler, mais sans parvenir à remuer ma langue impuissante. En un instant, des ténèbres épaisses m’envahirent ; le nerf optique avait subitement perdu sa puissance. J’avais encore toute ma connaissance et mon cerveau était aussi actif qu’en écrivant ces lignes. Je pensai que j’élais asphyxié, que je ne ferais plus d’expériences et que la mort allait me saisir, à moins que nous ne descendions rapidement. D’autres pensées se précipitaient dans mon esprit, quand je perdis soudainement toute connaissance, comme lorsque l’on s’endort.
Ma dernière observation eut lieu à 1 heure b4 minutes, à 29000 pieds. Je suppose que 1 ou 2 minutes s’écoulèrent avant que mes yeux cessassent de voir les petites divisions des thermomètres, et qu’un même laps de temps se passa encore avant mon évanouissement. Tout porte à croire que je m’endormis à 1 heure 57 minutes d’un sommeil qui pouvait être éternel. Je ne pouvais pas bouger, quand j’entendis les mots température et observation. Je sentis que M. Coxwell me parlait et qu’il essayait de me réveiller ; l’ouïe et la conscience m’étaient donc revenues. Je l’entendis alors parler plus fort, mais je ne pouvais le voir; il m’était bien plus impossible de lui répondre ou de me mouvoir. Il me disait : « Essayez maintenant, essayez. » Alors je vis vaguement les instruments, et bientôt après les objets environnants. Je me levai et regardai autour de moi, dans l’état où je serais en sortant d’un sommeil fiévreux, qui épuise au lieu de reposer. « Je me suis évanoui, » dis-je à M. Coxwell. « Certainement, me répondit-il, et il s’en est peu fallu que je m’évanouisse aussi. » Je ramenai alors mes jambes, qui étaient étendues droites, et je repris un crayon pour continuer les observations. M. Coxwell me raconta qu’il avait perdu l’usage de ses mains, qui étaient devenues noires et sur lesquelles je versai de l’eau-de-vie.
Il ajouta que, pendant qu’il avait été dans le cercle, il avait été saisi par un froid extrême et que des glaçons étaient suspendus autour de l’orifice du ballon, comme une effrayante girandole, digne des mers polaires. En essayant de descendre du cercle, il ne pouvait plus se servir de ses mains, et il fut obligé de se laisser glisser sur ses coudes pour revenir dans la nacelle, où j’étais étendu. 11 pensa, en me voyant sur le dos, que je me reposais, et il me parla sans obtenir de réponse. Ma contenance était sereine et tranquille, sans cette anxiété qu’il avait remarquée avant de monter dans le cercle.
Voyant que mes bras et ma tête pendaient, M. Coxwell comprit que j’étais évanoui. Il chercha à m’approcher, mais ne put y parvenir, sentant que l’insensibilité le gagnait lui-même. Alors il voulut ouvrir la soupape, mais, ayant perdu l’usage de la main, il ne put y réussir . Il ne serait point parvenu à tempérer notre
ASCESSIO'S E:!î BALL0>*. 199
course, s’il n’avait eu l’idée de saisir la corde entre ses dents * et de lui imprimer deux ou trois mouvements en secouant violemment la tête.
Je repris mes observations à 2 heures 7 minutes, et les premiers chiffres que j’enregistrai furent 292 millimètres pour le baromètre et 18 degrés pour le thermomètre. Je suppose que 3 ou 4 minutes s’écoulèrent depuis le moment où j’entendis les premiers mots de M. Coxwell jusqu'au moment où je recommençai à lire mon chronomètre et mes autres instruments. S’il en est ainsi, je revins à la vie à deux heures 4 minutes et je suis resté tout à fait évanoui pendant 7 minutes. (P. 59-64.) .
Je n’éprouvai aucune suite fâcheuse de mon évanouissement . Je fis à terre
huit ou neuf milles aussi aisément que si rien ne m’était arrivé .
Je fis ma dernière observation à 8838 mètres-. [C’est à 2 mètres près la hauteur du pic le plus élevé de la surface de la terre, le Gaourichuaka du Népaul, au pied duquel viennent mourir les pèlerins brahminiques qui cherchent le Nirvana ; on peut dire que jamais être humain ne pourrait se tramer à cette hauteur en suivant les aspérités de l’enveloppe terrestre, et malgré leur courage les frères Schlagintweit n’ont pas eu la prétention de s’y élever. Cependant j’aurais pu y continuer mes observations, si le mouvement ascendant du ballon ne m’eùt entraîné plus haut, ià où la vie est encore plus difficile®.] Quand je m’évanouis, nous faisions notre ascension avec une vitesse énorme de 305 mètres par minute, et quand je repris mes observations, nous étions en descente avec une vitesse de 610 mètres, double de notre vitesse d’ascension ; cette circonstance me permit de calculer avec une certaine exactitude la hauteur à laquelle nous avions réellement pénétré. {Voyages aériens^ p. 65.)
Des calculs basés à la fois sur la vitesse ascensionnelle du ballon et sur la température marquée par un thermomètre à minima^ ont conduit M. Glaisher à estimer que le ballon avait atteint la hauteur de 11000 mètres environ. Les résultats de ce calcul sont, il faut le dire, évidemment erronés. On est étonné de voir un savant de cette valeur supposer que le ballon avait en montant et en descendant une vitesse uniforme, et résoudre ainsi par des équations du premier degré un problème qui dépend évidemment du second.
Tout porte à croire que le ballon s’est bientôt arrêté et a plané quelques minutes avant que de descendre.
* La possibilité d’ouvi'ir ainsi une soupape de ballon, même pour un homme en pleine possession de ses forces, a été absolument niée par un aéronaute de profession, M. Duté- Poitevin [Y Aéronaute d’avril 1876, p. 105). Il est bon de faire remarquer que M. Glaisher n’a jamais considéré M. Coxwell comme un collaborateur scientifique.
- Dans le diagramme qui accompagne ce récit, diagrammedont j’ai eu en main l’original dessiné par M. Glaisher lui-même, la dernière observation certaine de hauteur est à 8100“ environ ; la température était de — 200,6.
ô Les passages entre crochets [ ] n’existent pas dans le texte anglais. Auraient -ils «té ajoutés par un traducteur fantaisiste? Traduttore, traditore.
200 HISTORIQUE
II me reste à mentionner une petite expérience qui n’est pas sans intérêt :
Nous avions emporlé-avec nous six pigeons pour les lancer successivement dans l’air quand nous nous serions élevés à des hauteurs assez grandes. Nous jetâmes le premier à 4807 métrés : il étendit ses ailes, mais ne put se soutenir et tomba comme une feuille de papier.
Le second, qui fut jeté à 6457 mètres, ne se laissa point entraîner si facilement; il tourbillonna en volant avec vigueur. Probablement il tournait sur luimême chaque fois qu’il plongeait malgré lui. Peut-être en se livrant à cette valse étrange trouvait-il le moyen de résister à l’effrayante aspiration.
Le troisième fut jeté avant d’arriver au niveau de 8048 mètres. 11 tomba comme une pierre et disparut rapidement. Nous gardâmes les trois pigeons qui nous restaient pour la descente, mais nous trouvâmes qu’un d’eùx était mort dans sa cage, et qu’un autre ne valait guère mieux. Quand je le tirai de sa cage, il refusa de s'envoler. Ce n’est qu’après un quart d’heure de repos qu’il commença à donner des coups de bec sur un morceau de ruban rose qu’il portait autour du cou. C’était un pigeon voyageur qui, une fois remis, vola avec grande rapidité dans la direction de Wolverhampton. (P. 67.) .
De tous les pigeons lancés pendant le voyage, un seul revint à Wolverhampton dans le courant de la journée du dimanche (le 5 septembre était un vendredi).
M. Glaisher fit encore plusieurs ascensions dans lesquelles il dépassa 7000“ (10 avril 1863, à 7300“^; 26 juin 1863, 7100“); dans ses récits il ne parle nullement des troubles physiologiques.
Mais il résume, dans un paragraphe spécial, les observations de cet ordre qu’il a pu faire dans ces diverses courses; je le prends dans l’édition anglaise où il est beaucoup plus complet et plus intéressant que dans les Voyages aériens :
Le nombre des pulsations par minute augmente avec l’altitude, ainsi que le nombre des inspirations: le nombre de mes pulsations était généralement de 76 avant de partir, à peu près de 90 à 10000 pieds, de 100 à 20000 pieds, et de 116 à de plus grandes hauteurs ; mais l’augmentation de la hauteur n’est pas le seul élément duquel dépend le nombre des pulsations ; l’état de santé y est pour beaucoup, ainsi que le tempérament des diverses personnes.
Il en est de même pour la coloration de la face ; à 10,000 pieds, certaines personnes sont d’un rouge violacé flamboyant, tandis que d’autres sont à peine affectées. A 17000 pieds, mes lèvres étaient bleues; à 19000 pieds, mes mains et mes lèvres étaient d'un bleu foncé ; à 4 milles de hauteur, on entendait les battements de mon cœur, ma respiration était trés-affectée ; à 29000 pieds je devins insensible. De toutes les observations on peut conclure que les effets des grandes hauteurs se font sentir sur tout le monde, mais diffèrent chez le même individu suivant les circonstances. (P. 92.)
M. Glaisher affirme qu’on s’accoutume assez vile à l’influence de l’air raréfié-, et il invoque à ce propos son expérience personnelle.
‘ C’est le chiffre de l’édition et du diagramme anglais. Les Voyages aériens donnent 7800».
ASCE5SI0SS ES’ BALLON
Il témoigne à ce propos d’espérances qui indiquent à la fois une vive imagination et un grand sens scientifique :
La diminution de la pression . doit agir d’une façon toute particulière sur les
personnes qui voyagent dans l’air pour la première fois. Je peux affirmer ce fait par suite de mon expérience personnelle, qui a certainement quelque valeur, car je n’ai pas toujours été capable de m’élever sans inconvénient à une hauteur qui produit ordinairement un grand malaise, qui amène le plus souvent la décoloration des mains et de la face. Je me rappelle avoir plongé dans la plus vive surprise une assemblée de savants en affirmant que je m’étais habitué à pénétrer dans des régions très-élevées sans tourner au bleu. Je suis réellement persuadé que je me suis acclimaté aux effets de l’air raréfié qui se trouve à six kilomètres de la siu’face de la terre, et je me flatte de pouvoir respirer librement dans ces couches éloignées des rivages océaniques. Je n’ai même aucun doute que cette acclimatation ne puisse se développer assez pour exercer une influence notable sur l'usage scientifique des ballons. A huit ou dix kilomètres j’ai expérimenté sur moi et sur M. Coxwell les limites de notre faculté de" vivre dans un air raréfié. Des expériences fréquentes augmenteraient cette hauteur, et je suis certain qu’on pourrait la prolonger encore si l'on venait en aide à la respiration par des moyens artificiels. Certainement les poitrines humaines doivent trouver là-haut leurs colonnes d’Hercule, mais je n’hésite pas à déclarer que ces frontières infranchissables sont encore très-éloignées de celles que j’ai atteintes. [Voyages aériens, p. 9.)
Le savant météorologiste de Greenwich revient encore, dans un autre passage de son travail, sur l’avenir qu’il prédit aux ascensions à grande hauteur; il exprime avec une singulière force sa confiance illimitée dans les efforts fructueux de la science. Nous montrerons dans la suite de cet ouvrage que ces espérances n’ont point été déçues :
Comme je l’ai déjà expliqué dans l’introduction, je ne doute pas qu’on ne parvienne à faire des observations dans ces régions où je n’ai pu arriver sans m’évanouir. Je suis persuadé qu’un jour viendra où des aéronautes me dépasseront, de la même manière que j’ai excédé la hauteur de Barrai et Bixio, cpai avaient à leur tour atteint des altitudes plus élevées que Sakaroff et Gay-Lussac. Ce n’est pas moi qui me chargerai de déterminer les limites de l’activité humaine, et d’indiquer le point, s’il existe, où la nature dit aux aéronautes : « Vous n'irez pas plus loin. » [Ibid., p. 67.)
Pendant une dizaine d’années, il ne se fit plus d’ascension à grande hauteur, et, dans les ascensions scientifiques à médiocre hauteur, les aéronautes, préoccupés d’importants problèmes de météorologie et de physique, négligèrent tout à fait les phénomènes physiologiques dont les modifications, fort légères, n’auraient pu être constatées qu’en fixant sur elles une observation très-attentive.
Il faut arriver aux ascensions organisées par la Société de navigation aérienne pour trouver des faits qui puissent nous intéresser. La première d’entre elles, bien qu’elle n’ait pas dépassé 4600“, a
HISTORIQrE.
fourni à M. le docleur Pétard, l’un des voyageurs, des constatations physiologiques fort intéressantes. 11 commence par indiquer sommairement le tempérament de ses compagnons de route :
M. Crocé-Spinelli est blond, d’un tempérament lymphatique, nerveux, il est ordinairement disposé aux bronchites.
M. Penaud est châtain, d’un tempérament lymphatique, et il est disposé au rhumatisme.
31. Jobert est très-brun, d’une constitution athlétique à disposition bilioso-sanguine.
31. Sivel est brun, d’un tempérament sanguin ; il est très-vigoureux et, de plus, peu sensible aux influences aéronautiques, par suite du grand nombre d’ascensions qu’il a faites.
Enfin, je suis brun et d’un tempérament sanguin. (P. 118.)
Le ballon s’éleva à une 'hauteur de 4600“ (429 millim.), où les aéronautes trouvèrent une température de-'^— 7® après avoir passé par une couche à — 20° ;
J’ai pu, dit M. Pétard, observer la sensation optique de cuvette, et cette illusion, qui fait que les collines paraissent fort peu saillantes, et les ravins peu profonds.
Le second phénomène que j’ai eu à observer est l’oppression qui s’est manifestée chez 31. Crocé-Spinelli, à environ 3500 mètres. Je rappellerai que 31. Crocé- Spinelli est prédisposé aux bronchites. 31. Pénaud a éprouvé aussi de l’oppression, mais à un degré bien moindre que 31. Crocé-Spinelli. Les autres passagers n’en ont pas ressenti.
Nous observâmes ensuite des bourdonnements dans les oreilles qu’a.ccusa le premier M. Pénaud à une altitude d’environ 2700 mètres.
Nous avons tous été, ^ peu près en même temps, affectés de la même manière, mais avec des différences très-marquées dans l’intensité de l’impression. Elle a passé, pour 51. Crocé-Spinelli, à l’état d’une douleur vive, et tellement persistante que dans le chemin de fer, pendant notre retour, il se plaignait encore de douleurs dans les oreilles.
' 31. Crocé-Spinelli dit que, chez lui, les bourdonnements et plus tard l’exacerba¬
tion de la douleur, ne se sont produits que dans les descentes rapides, c’est-àdire quand la pression extérieure surpassait celle de l’oreille. Chez moi, ces bourdonnements se sont fait sentir chaque fois que nous avons eu une ascension ou une descente rapides de quelque étendue, c’est-à-dire chaque fois que l’équilibre,
entre la pression interne et la pression externe dans l’oreille, a été rompu .
Les sons semblaient non-seulement affaiblis, mais paraissaient venir de loin.
Les observations suivantes ont été faites au-dessus de 4000“ :
J’ai, à l’aide du thermomètre buccal de 31. Sainte-Claire Deville et de celui de Celsius, constaté un léger abaissement dans la température animale, laquelle a
Observations physiologiques faites à bord de l’aérostat l’Étoile polaire, le 26 avril 1873. — V Aéronaute, n® de juin 1873.
ASCEXSIOSS EX BALLOX.
varié, dans les expériences faites, de 55° 02 à 55° 07. L’accélération du rhythme respiratoire et celle de la circulation artérielle, très-sensible chez tous, étaient dans des rapports très-variés chez les différents sujets. M. Jobert, qui n’a normalement que 10 inspirations par minute, en a eu jusqu’à 20; son pouls, normal à 100, n’a atteint qu’un maximum de 150. — Celui de M. Pénaud a monté de 68 à 104, la respiration de 25 à 45. — M. Crocé-Spinelli : pouls normal, 72 ; pouls maximum, 116, à une altitude de 5500 mètres. A 500 mètres il n’était plus que 86. Le nombre d’inspirations a passé de 40 à 64. — M. Sivel : pouls normal. 80 ; maximum, 108 ; la respiration a passé de 25 à 40. — Docteur Pétard : pouls normal, 87 ; maximum, 110; respiration normale, 26 ; maximum 55.
Il résulte de ces faits que l’augmentation dans les inspirations a atteint en moyenne les 8/5 de la valeur normale, mais que l’augmentation dans le nombre des pulsations a varié suivant les tempéraments. Pendant que cette augmentation était de 7 à 11 pour les tempéraments lymphatiques, elle était de 10 à 15 pour les tempéraments sanguins.
Je n’ai pu constater, par le pneumo-dynamomètre, de différence bien appréciable dans l’ampliation des poumons.
Le pouls était généralement plein et régulier ; mais il n’a pas été possible d’en prendre de dessins graphiques, ne pouvant faire usage des sphygmographés à cause de l’abaissement de la température qui rendait douloureuse l’exposition de la peau à l’air. (P. 120.) . . . .
Nous éprouvions un sentiment de bien-être particulier impossible à décrire; <luoique accusé par les paroles et les allures.
Les deux célèbres ascensions à grande hauteur (7300“ et 8600“) exécutées par mes collègues tant regrettés Crocé-Spinelli et Sivel, ayant été entreprises après la publication première dés résultats de mes recherches, leur récit trouvera naturellement place dans la troisième partie de ce livre.
Je ne trouve plus à citer, en terminant, qu’un récit dû à un aéronaute anglais, Simons, qui, le 9 juillet 1874, partit de Cremorne- Garden, à Londres, emportant, suspendu sous sa nacelle, Groof, VHomme volant, avec son appareil compliqué.
Le ballon contenait 27000 pieds cubes; à 1000 pieds, Groof se détacha, et, tombant la tête la première, se brisa sur le sol. Groof et sa machine pesaient 130 kil. :
Je regardai par-dessus la nacelle, dit Simons, mais je m’élevais avec tant de rapidité que je perdis connaissance jusqu’à mon arrivée au-dessus de Victoria-Park*.
Mais je me hâte d’ajouter qu’il ne faut pas avoir une trop grande confiance dans les ascensions de Simons, qui s’est très-certainement écarté de la vérité dans ses réponses pendant l’enquête faite sur ce pénible événement.
i Journal V Aéronaule, n° d’août 1874.