‹ La pression barométriqueChapitre 23 sur 191 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

dans l’air comprimé : faculté qui, du reste, ne se perd que lorsque l’on arrive à cette pression.

Dans l’air comprimé, tout le monde parle du nez, ce qui devient d’autant plus sensible que-la pression est plus grande.

Les ouvriers ont remarqué qu’en montant dans les échelles, ils se trouvaient moins essoufflés dans l’air comprimé qu’à l’air libre.

Enfin, je terminerai par une observation assez curieuse, que j’ai été à même de bien constater ; c’est qu’un ouvrier mineur, le nommé FIoc, sourd depuis le siège d’Anvers, a constamment entendu plus distinctement dans l’air comprimé que tous ses autres camarades. (P. 892.)

M. le professeur TrouessartS chargé parla Société industrielle d’Angers d’examiner les résultats pratiques de l’appareil de M. Triger, rendit compte de ses recherches dans un intéressant Mémoire.

Il y est peu question dé physiologie ; on y trouve cependant quelques observations qui méritent d’être rapportées ici, par cette raison surtout qu’elles ont été les premières faites sur l’homme à des pressions de 5 atmosphères en sus de l’atmosphère normale :

Ce n’est pas sans une certaine appréhension, nous l’avouons, que l’on descend la première fois dans l’appareil pour y être soumis à une pression de trois atmosphères. Ces 32 000 kilogrammes en sus de la pression antérieure, qu’il va vous falloir supporter, ont bien de quoi effrayer les épaules les plus robustes.

Yient d’abord la description des douleurs d’oreilles, qui sont parfaitement étudiées et expliquées :

Un phénomène plus difficile à comprendre, c’est que^ les personnes sourdes entendent non-seulement dans l’air comprimé mieux qu’à l'air libre, mais qu’elles entendent mieux que les personnes dont l’organe est sain. . . . . .

Un des résultats les plus singuliers, c’est qu’on perde subitement la faculté de siffler sous la pression de 2 atmosphères 5/4 à 5 atmosphères.

Les fonctions de nutrition, de respiration et de circulation ne paraissent pas sensiblement modifiées dans l’air comprimé. Nous avions cru trouver, lors de notre première visite, une accélération dans les battements du pouls de toutes les personnes soumises à l’expérience; mais, à notre seconde visite, le résultat d’une observation plus exacte, faite par un membre très-exercé à toucher le pouls, fut complètement négatif .

La respiration n’est ni plus lente ni plus rapide. 11 ne paraît pas non plus qu’elle soit plus active et que la chaleur animale soit augmentée. Le sang jaillit aussi dans les conditions normales. En un mot, et c’est ce qui surprend le plus, il y a très peu de modifications dans les fonctions vitales. Les ouvriers assurent monter plus facilement à l’échelle et être moins essoufflés en arrivant en haut. Cela ne peut tenir à la perte assez faible qu'ils font de leur poids. Peut-être peuvent-ils retenir plus longtemps leur respiration, à cause de la densité plus

‘ Rapport sur les puits à air comprimé de M. Triger. — Bull, de la Soc. indust. d’Angers et du départ, de Maine-et-Loire, — 1845.

grande du gaz amené par cliaque respiration ? D’un autre côté, ils prétendent fatiguer beaucoup plus en travaillant dans l’air comprimé que dans l’air libre, Nous croyons que cela lient à l’humidité très-grande de l’atmosphère des puits, humidité qui gêne la transpiration insensible et provoque plus rapidement la sécrétion de la sueur chez ceux qui, dans un semblable milieu, ont à développer leur puissance musculaire. C’est cette humidité qui expliquerait aussi peut-être les douleurs assez vives dans les articulations qu’ont éprouvées quelques ouvriers, peu d’heures après la sortie du puits .

Nous pouvons conclure qu’il n’y a aucun danger sérieux à séjourner plusieurs heures de suite, et pendant plusieurs jours, dans un air comprimé à 5 atmosphères.

Notre auteur ne dit rien de la durée de la décompression ; il paraît du reste, se préoccuper davantage du « passage d’une faible à une forte pression » : il dit seulement qu’on ouvrait peu à peu le robinet.

Dans une seconde communication à l’Académie des sciences, M. Triger^ reproduit ses anciennes observations. Il y ajoute les faits suivants :

Tout le monde parle du nez et perd la faculté de siffler à 5 atmosphères. Afin de m’assurer de l’effet dé l’air comprimé sur un instrument à cordes, j’ai fait descendre un violon dans le puits et l’on a trouvé qu’à la pression ci-dessus le son pérdait au moins la moitié de son intensité.

Puis vient la première indication des accidents assez graves de la décompression :

Je dois déclarer ici que deux ouvriers, après avoir passé 7 heures de suite dans l’air comprimé, ont éprouvé des douleurs assez vives dans les articulations, une demi-heure après être sortis du puits. Le premier se plaignait d’une douleur extrêmement vive dans le bras gauche, et le second éprouvait une douleur semblable dans les genoux et dans l’épaule gauche; quelques frictions faites avec de l’esprit-de-vin ont bientôt fait disparaître cette douleur chez les deux individus ; ils n’en ont pas moins continué leur travail les jours suivants.

En 1846, M. de laGournerie®, s’inspirant, dit-il, d’un appareil proposé en 1778 et approuvé par l’Académie des sciences en 1779, employa à l’extraction de rochers dans le chenal du port du Croisic un bateau portant une chambre en métal ouverte par en bas, et de laquelle on chassait l’eau par de l’air comprimé.

11 ne l’immergea que de 5 ou 4 mètres ; il ne faut donc pas s’étonner de voir que

Lettre à M. Arago. — Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XX, p. 445- 449; 1845.

- Mémoire sur l'extraction des roches de la passe d'entrée du port du Croisic. — Ann. des ponts el chaussées, 1848, 1®*’ semestre, p. 261-515.

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Les ouvriers n’ont jamais trouvé que la pression de l’air les incommodât. C’est à peine si elle fait éprouver pendant quelques secondes une gêne légère aux oreilles.

Le nombre des pulsations du pouls n’est pas sensiblement augmenté. (P. 308.)

C’est dans les mines de Douchy (Nord), que fut imitée d’abord la méthode employée par M. Triger sur les bords de la Loire. Les difficultés étaient plus grandes, puisqu’il s’agissait non plus de traverser des sables perméables avec un lube en tôle de l^SO de diamètre, mais de creuser à travers des calcaires un puits de 3 mètres de diamètre.

Nous citerons dans un moment le Mémoire important que les docteurs Pol et Watelle ont consacré à l’étude des accidents qui ont, dans cette exploitation, frappé de nombreux ouvriers. La première connaissance en fut apportée par un rapport de l’ingénieur Biavier S envoyé pour examiner cette invention nouvelle.

Il indique d’abord les douleurs d’oreilles, l’impossibilité de siffler. • Pour parler il faut faire un certain effort :

Il nous a semblé aussi que dans l’échelle diatonique la voix perdait un ton ou un ton et demi dans les notes aigûes sans les regagner par le bas.

Il n’a trouvé aucune différence dans le nombre des pulsations ‘ avant d’entrer et dans l’appareil :

Si les effets de l’air comprimé ne se manifestent pas sur l’économie animale tout le temps qu’on y est plongé, du moins dans la durée d’une pose d’ouvriers, il n’en est pas tout-à-fait de même si l’on cherche à envisager ces effets, abstraction faite du moment.... La plupart des ouvriers, quoique choisis parmi les plus robustes et les plus sains, ont ressenti fréquemment, quelques heures après en être sortis, soit des pesanteurs de tête, soit des douleurs dans les jambes. Un d’eux seulement a éprouvé une perclusion absolue des bras et des jambes pendant 12 heures. Le directeur de la mine nous a affirmé que les effets ressentis coïncidaient presque toujours avec quelques excès commis dans l’intervalle des poses. (P. 361.)

Cependant lui-même, après avoir été soumis à la pression totale de 2-6 à 3 atmosphères, fut frappé d’un accident assez sérieux ;

Le lendemain de notre visite du 5 décembre, des douleurs vives sont survenues dans le côté gauche, et nous avons ressenti une gêne douloureuse assez grande pendant plusieurs jours de suite. Comme un refroidissement ou quelque autre cause étrangère à l’air comprimé pouvait avoir agi, lorsque nous avons été

Rapport sur le procédé suivi, à Douchy, pour traverser des nappes d’eau considérables, — Ann. des mines, 4® série, t. IX, p. 349-364; 1846.

FORTES PRESSIOXS : APPAREILS TRIGER.

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complètement délivré de ces douleurs, le 28 décembre, nous avons tenu à recommencer l’expérience, et nous avons pris à la sortie du puits les plus grandes précautions pour nous mettre à l’abri de tout refroidissement. Malgré ces précautions, le lendemain, très-sensiblement à la même heure, à savoir 20 heures après notre sortie du milieu d’air comprimé, nous avons ressenti dkns le côté droit des douleurs tout à fait semblables aux premières, et qui nous ont tenu engourdi pendant quatre à cinq jours. (P. 362.)

Nous arrivons maintenant à l’important Mémoire, le premier qui fut sur ces accidents écrit par des médecins, dans lequel MM. Pol et Watelle ^ exposent les effets de la compression de l’air sur les mineurs pendant le creusement de l’Avaleresse-la-Naville, à Lourches, dans la concession de Douchy (Nord).

Les auteurs ont pris soin d’avertir que leurs notes ayant été prises sans intention de publicité, ils ont observé sans plan, sans programme, et par conséquent sans ordre. Mais ils pensent, et avec grande raison, que leur travail présentera cependant quelque intérêt et quelque utilité.

Pendant l’exploitation, la pression totale s’est élevée à 4 atmosphères 1/4. La compression se faisait en un quart d’heure, la décompression en une demi-heure ; 64 ouvriers ont pris part aux travaux ; ils restaient ordinairement quatre heures de suite dans l’appareil, et cela deux fois par jour.

Les auteurs ont décrit à part les effets physiologiques qu’ils ont observés sur eux-mêmes et les effets pathologiques éprouvés par les ouvriers :

i" Effets physiologiques : Douleurs des membranes tympaniques ; ralentissement de la respiration et surtout diminution d’amplitude de l’expansion thoracique, devenue à peine perceptible; ralentissement du pouls, (tombé de 70 à 55 ;) augmentation de la sécrétion urinaire.

Les auteurs accusent encore un « sentiment musculaire d’une résistance à vaincre, la densité insolite de l’atmosphère ambiante embarrassant la progression » ; l’im^possibilité de siffler, éprouvée au-dessus de 5 atmosphères, est également attribuée à une résistance inattendue, éprouvée par les muscles de la langue en présence d’un air condensé.

Au retour et pendant la décompression, ils éprouvèrent une vive

* Mémoire sur les effets de la comjtression de Vair appliquée au creusement des puits à houille. — Ann. d'hygiène publique et de médecine légale. 2° série, t. I, p. 241-279; 1854. — Mémoire écrit à la fin de l’année 1847, et présenté, peu de temps après, à la Société de Dôuchy.

IIISTURIUÜE.

sensation de froid, une certaine anhclalion ; le pouls remonta à 85.

Effets pathologiques. —En prenant en bloc les observations, on voit que, sur 64 hommes, 47 ont supporté plus ou moins bien les travaux ; 25 ont dû être réformés ; 2 sont morts. En les relevant par le détail, on voit que 14 ont éprouvé des accidents légers, 16 des accidents plus ou moins graves, pouvant aller jusqu’à menacer la vie ; 2 sont morts.

En revanche, 2 ont bénéficié d’une certaine amélioration. L’un (l’’® catégorie, obs. I), était asthmatique, et respirait mieux dans le puits ; l’autre (S"'® catég., pbs. 3), chloro-anémique, ayant eu des hémoptysies fréquentes, vit son oppression disparaître, ses muqueuses devenir plus rouges ;

Nous voyons poindre, disent à ce propos MU. Pot et Watelle, sans nous dissimuler les difficultés d’application, une nouvelle ressource de thérapeutique palliative contre la plupart des dyspnées.

Les accidents, règle universelle et sans exceptions, avaient lieu au moment de la décompression :

Le danger n’est pas de pénétrer dans un puits comprimé ; il n’est pas davantage d'y séjourner plus ou moins longtemps ; la décompression seule est à craindre : on ne paie qu'en sortant.

Examinons maintenant en quoi consistent ces accidents plus ou moins graves.

Ce sont d’abord les douleurs du tympan, plus ou moins vives et durables, et M. Pol conslate qu’on les fait cesser beaucoup plus vite en se mouchant qu’en faisant des efforts de déglutition.

Pour les autres symptômes, comme MM. Pol et Watelle ont eu le bon esprit de donner les observations complètes, je crois ne pouvoir mieux faire que de les résumer chacune en quelques mots, suivant l’ordre dans lequel ils les ont présentées :

Première catégorie. — Ouvriers ayant pris les travaux à l'origine.

Observations. — I. Asllimatique, respire mieux dans le puits. A la décompression, \ioIentes oppressions avec réaction circulatoire exagérée. Réformé.

II. A été jusqu’à quatre atmosphères et demie. Embarras de la respiration, diminution d’appétit, digestions pénibles, douleurs dans les membres. Selles noires. A beaucoup maigri.

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