‹ La pression barométriqueChapitre 29 sur 191 · PORTES PRESSIONS : SCAPHANDRES · texte numérisé non relu

PORTES PRESSIONS : SCAPHANDRES

II avait quitté ses vêtements de plongeur, et allait se reposer sous le pont de son calque, lorsque la maladie débuta insidieusement par un malaise général, et bientôt il s’aperçut qu’il ne pouvait plus remuer ses jambes, et qu’elles étaient complètement insensibles.

Malheureusement, je me trouvais en ce moment à la Canée, c’est-à-dire à plus de cent milles de l’endroit où se trouvait ce malheureux plongeur. Sa barque vint au point le plus rapproclié, où l’on espérait trouver du secours; ce fut à Sitia. Il n’y avait là qu’un médecin italien complètement ignorant des accidents qui peuvent arriver aux plongeurs.

Ne trouvant pas de fièvre, pas de douleur, il ne sut à quoi attr ibuer la maladie et resta complètement inactif. Le certificat de décès qu’il délivra aux camarades du plongeur porte seulement qu’il est mort : Da stranguria et costipazione ventrale.

Quoique ces mots indiquent qu’il avait reconnu l’impossibilité où se trouvaille plongeur d’uriner et l’absence des selles, il ne s’occupa pas du tout de la première indication, ne sonda pas le malade, et se contenta de lui donner une purge; encore ne le fît-il que le huitième jour de la maladie, la veille de la mort.

La paralysie, qui avait été indolore au commencement, ne tarda pas à s’accompagner des symptômes ordinaires à la paralysie de la vessie et du rectum, quand on ne vide pas la première, et qu'on n’entretient pas la liberté du ventre.

Quand j’arrivais à Sitia, le 16 août, le malade était mort depuis deux jours après des souffrances atroces, siégeant dans l'abdomen, et accompagnées d’augmentation considérable du volume de cette partie du corps. Les renseignements que m’ont fournis ses camarades étaient assez récents, et je suis convaincu que Théodoros n’a succombé à la paraplégie que par défaut de soins. On verra par les observations que'je vais citer que, lorsque la paralysie n’atteint que les membres inférieurs, la guérison est assez fréquente, ou tout au moins, si les individus atteints conservent la paralysie des membres, ils ne meurent pas, ou tout au moins ne meurent qu’au bout de plusieurs mois. (P. 48.)

Dans les deux autres cas, la paraplégie s’est à moitié guérie :

J’ai vu à Symi deux plongeurs, FotiKazi Foti et Yanni, qui, pendant la campagne de 1867, ont été tous deux paralysés complètement de toute la partie inférieure du corps. Ils revinrent aussitôt l’un et l’autre à Symi, où ils furent soignés par un docteur qui avait fait ses études médicales à Paris, M. Migliorati. J’ai eu i’occasion de causer avec ce dernier ; malheureusement il était fort malade, dans la période ultime d’une tuberculisation pulmonaire, et il ne put me donner que peu de renseignements.

Les deux plongeurs sont restés trois mois sans pouvoir se servir de leurs membres inférieurs ; peu à peu, pourtant, il leur a été possible de faire quelques mouvements ; la paralysie de la vessie et du rectum a disparu la première. M. Migliorati a épuisé sur eux toutes les ressources de la thérapeutique : frictions, vésicatoires, ventouses scarifiées, teinture de noix vomique, soit en frictions, soit à l’iptérieur, etc. Il n’a pourtant pas essayé la cautérisation et la faradisation.

Au moment où je les vois, je constate que la lésion paralytique des membres inférieurs persiste toujours; il y a plus d’un an qu’ils ont été frappés. Pourtant la marche est possible, à condition qu’ils s’aideront de deux bâtons, mais ils n’ont pas besoin de béquilles. On voit qu’ils ne soulèvent les jambes qu’avec peine, et ils ne le font qu’ autant que c’est rigoureusement nécessaire.

niSTORKjüE.

J’interroge la sensibilité, et je trouve un affaiblissement marqué et, des deux côtés, de la sensibilité tactile, de la sensibilité à la chaleur et au froid, de la sensibilité à la douleur.

Tous les autres appareils, toutes les autres fondions sont à l’état normal. Je constate pourtant un peu d’anémie chez Yanni, mais elle ne tient pas à la paralysie; il a eu, pendant l’année 1868, des fièvres intermittentes rebelles, guéries depuis peu de temps, quand je le vis.

- Les muscles des membres inférieurs ne sont pas manifestement atrophiés. Ces deux hommes continuent à se servir Ou scaphandre. Ils ont repris leurs travaux, l’un au mois d’octobre 1868, l’autre au mois de mai 186!), et trouvent que lu marche est plus facile dans l’eau qu’à l’air libre.

- Au mois de janvier 1870, ils étaient dans le même état. (P. 50.)

Vient ensuite une série de 9 observations, dans lesquelles 2 plongeurs sont rrsorls très-rapidement, l’un après vingt-quai re heures, l’autre après trois mois, des suites de la paraplégie. Les 5 derniers ont guéri plus ou moins complètement. Je reproduis intégralement ces observations, fort succinctes, du reste ;

I. Le 23 juin 1868, à Navarin, Jorgieos Koutchouraki, descendu par une profondeur de 40 à 45“, est resté un quart d’heure au fond. Selon la coutume des plongeurs grecs, il s’est fait hisser après ce temps; il est arrivé sur le pont du bateau en parfaite santé ; quelques minutes après, il s’est plaint de tournoiements de tète, et il est tombé sur le pont. Perte de la parole et de l’intelligence; face rouge : mort subite.

II. Le 10 juillet 1868, dans l’Archipel grec, Manolis Couloumaris, descendu par une profondeur de vingt-cinq brasses, c'est-à-dire à peu près de 40“, est resté environ trois quarts d’heure au fond. Au bout de ce temps, il a fait le signal convenu, et il a été hissé. Il était sur le pont depuis un quart d’heure à peu près, et, au dire de ses camarades, il pressait les éponges qu’il avait remontées, lorsqu'il fut brusquement saisi par de fortes douleurs, et presque aussitôt, perte de connaissance absolue. Il succomba rapidement.

• 111. Le 15 juin 1869, sur la côte de Bengasi, le nommé Joanni> Xippas descendit par vingt brasses de fond, c’est-à-dire de 50 à 55”. Ce plongeur était descendu pendant cinq jours de suite, et à plusieurs reprises chaque Jour, par des profondeurs tonjours supérieures à 30”, et jusqu’alors il n’avait rien éprouvé de fâcheux, sauf un peu de douleur dans le bras gauche.Le 15 juin il en était à sa seconde descente, lorsque l’accident lui arriva. Remonté après un séjour de plus d’une demi-heure. Une parut tout d’abord rien éprouver de fâcheux, et descendit sous le pont de son caïque pour se reposer. Ce ne fut qu’une heure après qu'un de ses camarades, descendant auprès de lui, le trouva sans connaissance, la figure rouge, les membres complètement inertes et couverts de sueur froide. On essaya de le réchauffer, sans pouvoir y parvenir.

On mit à la voile pour se rendre à Alexandrie, où l’on espérait trouver du secours; mais la mort arriva au bout de vingt-quatre heures. Le malade était resté tout ce temps dans l'immobilité la plus absolue. Il n'y avait pas eu de selle ni de mixtion. Ceux qui ont assisté à sa mort assurent qu’un peu avant de mourir, il aurait donné quelques signes d’intelligence et de souffrance; mais la paralysie des membres est restée complète.

IV. Le 1er juillet 1869, sur la côte de Rhodes, le nommé Nicolas Roditis, qui

FOl’.TES PREsSlÜ-NS : SCAPHANDRES.

plongeait à la machine depuis trois mois environ, remonta d’une profondeur de 35 à 40 mètres. Au bout d’une demi-heure, il est pris de fortes douleurs dans la région épigastrique, et en même temps s’aperçoit qu’il ne peut plus se tenir sur ses jambes. On le ramène à Rhodes, où il s’adresse d’abord à un charlatan, qui le fait mettre dans un four. Il n’est pas soulagé, comme on le pense bien ; les .douleurs d’estomac persistent; la paralysie de la partie inférieure du corps était complète, et portait sur les jambes, les cuisses, la vessie et le rectum. Aux douleurs de la région épigastrique s’ajoutait la tension du ventre ; il y avait trois jours qu’il n’avait pas uriné et qu’il n’avait pas eu de selles, quand il fit appeler un médecin italien, qui para au plus pressé en le sondant, et qui essaya ensuite de guérir sa paraplégie. On lui donna divers remèdes et on lui fit des frictions; mais il a été impossible de savoir au juste quel traitement on lui fit suivre.

Un mois après l’accident, il arrive à Calymnos, où le voit le docteur Pélicanos. A ce moment, il est complètement paralysé de toute la moitié intérieure du corps, aussi bien du côté de la motilité que de celui de la sensibilité. La vessie et le rectum participent à la paralysie.

De plus, il porte à la partie postérieure et inférieure du tronc une large eschare de 14 centimètres sur 15. Toutes les parties molles sont ulcérées et le sacrum est à nu. -A la hauteur des deux grands trochanters, on voit aussi deux plaies; l’une a amené la destruction de la peau ; dans l’autre, l'os est à nu. Eschare au calcanéum droit. Eschare à la partie inférieure et externe du cinquième métartasien gauche et à la plante du même pied. Douleurs atroces dans la région de l’estomac; constipation constante. Le malade est très-anémié.

On lui donne d’abord du sirop de lactate de fer, du quinquina, du vin vieux de Chypre et une alimentation aussi réparatrice que possible. On lave les plaies avec une décoction de camomille et de quinquina ; on le panse avec du vin aromatique. De temps en temps un purgatif avec l’huile de ricin ou la poudre de jalap.

Pas d’amélioration ; les eschares s’agrandissent ; une fièvre* à type intermittent quotidien, à exacerbations revenant tous les soirs, se déclare. C’était évidemment de la fièvre hectique.

L’appétit est presque nul, l’état général s’aggrave encore ; une eschare gangréneuse envahit le prépuce, .et enfin le malade succombe dans le marasme trois mois après son accident.

Il y avait un mois que la paralysie de la vessie avait cessé ; mais il n’y avait eu aucune amélioration du côté de la motilité et de la sensibilité des membres inférieurs.

V. Au commencement de septembre 1868, le nommé Nicolas Kardachi est pris, sur la côte de Bengazi, de paralysie des membres inférieurs, de la vessie et du rectum. 11 y avait chez lui paralysie complète des mouvements, hypéresthésie de la peau et vives douleurs depuis la hauteur des reins jusqu’à l’extrémité des doigts des pieds.

L’affection s’était déclarée fort peu de temps après qu’il fut remonté sur le pont de son caïque.

On le ramène aussi vite que possible à Calymnos, où il arrive cinq jour.s après le début de la maladie. Il n’avait pas uriné et n’avait pas eu de selles ; la vessie, fort distendue, lui causait de vives souffrances. Le cathétérisme, l’emploi des purgatifs et l’application d’un large vésicatoire sur le racliis, à la hauteur des lombes, furent les premiers moyens employés par M. le docteur Pélicanos.

Le malade était tout à fait sans fièvre ; l’appétit était bon ; le régime fut tonique dès le début.

Le vésicatoire de la r(^ion lombaire fut renouvelé, et les mouvements revinrent

peu à peu, en même temps que la sensibilité normale. La paralysie de la vessie fut la première à céder, et au bout d’un mois et demi le malade put marcher un peu en traînant les jambes. On lui fait d’abord des frictions le long de la colonne vertébrale avec de la teinture de noix vomique, puis ensuite avec le liniment suivant :

Huile d’olive . 250 grammes.

Essence de térébentlnue . 30 —

Camphre . 4 —

Teinture de cantharides . 4 —

Ammoniaque liquide . 20 —

Le docteur Pélicanos se loue beaucoup de l’emploi de ce dernier médicament ; les mouvements revinrent peu à peu, et au bout de trois mois le malade était parfaitement guéri.

YI. Septembre 1868. — L’histoire de ce malade, nommé Nomikas Sissoïs, est tou^ à fait la même que celle du précédent. Il fut pris comme lui en pêchant à Bengaz, à la fin de la saison de pêche, par des fonds de 55 à 45 mètres; il mit plus de temps pour se rendre à Calymnos, et l’affection a duré plus longtemps, quo' qu’il ait pu marcher, en se traînant, au bout d’un mois.

Le traitement a été le même, la durée de la maladie six mois ; et en janvier 1870, c’est-à-dire quinze mois après le début, il ne lui reste qu’une légère hési tation dans la démarche. On a essayé sur lui l’injection dans la vessie d’une faibk dose de sulfate de strychnine ; mais ce moyen n’a pas donné de résultats satisfaisants.

Yll. Au mois d’août 1869, sur les côtes de Crète, le nommé Philippe KaraKtoni est paralysé des membres inférieurs après avoir plongé à 35 ou 40 mètres de profondeur. La vessie et le rectum sont épargnés. On n’a employé comma traitement que le liniment excitant déjà indiqué, et la guérison a eu lieu en quinze jours.

VIII. Au mois de septembre 1869, dans l’Archipel grec, le nommé Georges Ervloïa est paralysé de toute la portion inférieure du-corps ; la vessie et le rectum sont pris; le malade éprouve aussi de violentes douleurs dans tout le corps. II arrive à Calymnos le lendemain du début de son affection.

Le cathétérisme, un purgatif et l’emploi du liniment excitant amènent la guérison radicale en vingt jours.

IX. Au mois de septembre 1809, le nomm Georgios Baboris plongeait à Candie; il fut atteint légèrement de paralysie. Traité à Mégalo-Castro, il fut trèsrapidement sur pied, et il ne lui resta qu’un peu de faiblesse des membres inférieurs.

Après cette énumération intéressante, M. Gai ajoute :

Ce que nous venons de montrer par ces observations, la fréquence des lésions fonctionnelles de la moelle s’est aussi rencontrée pour les dix plongeurs qui sont morts en 1867. Trois seulement moururent subitement; les sept autres traînèrent plus ou moins longtemps. Ces derniers étaient tous paraplégiques. J’ai eu un autre but en citant ces observations, c’est de faire constater qu’avec dès précautions, ou peut arriver à diminuer sensiblement le nombre des accidents.

.Ainsi, en 1867, il y avait en Grèce 12 scaphandres montés par 24 plongeurs ; il y eut dix morts. Les Grecs descendaient par des profondeurs de plus de 45 mètres.

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se faisaient hisser rapidement quand ils voulaient remonter, faisaient un nombre considérable de plonges pendant la journée.

En 1868, il y avait au moins dix machines à Calymnos seulement. Elles employaient trente plongeurs ; il y eut deux morts, et deux paraplégies suivies de guérison.

En 1869, plus de quinze machines, occupant plus de quarante-cinq plongeurs. Trois morts et trois paraplégies-

Je n*ai pu faire cette statistique que pour l’île de Calymnos ; mais on voit combien le nombre et la gravité des accidents ont diminué. La mesure de prendre trois plongeurs par machine, pour diminuer. le travail journalier de chacun d’eux, et un peu plus de prudence pour ce qui regarde la profondeur, ont suffi pour amener ce résultat. Un petit li^Te publié en grec par M. Denayrouse et répandu à profusion parmi les pêcheurs, a contribué sans doute pour sa part à cette amélioration. (P. 56.)

Nous arrivons ainsi à la seconde catégorie de maladies observées chez les plongeurs. M. Gai les désigne sous le nom de Maladies à début insidieux : elles sont, selon lui, les manifestations multiples (amaigrissement, pertes de force) d’une anémie particulière :

Comme l’a fait Foleÿ, nous attribuons l’amaigrissement à l'action même de l’air comprimé et ce que nous avons constaté maintes fois, qu’ après plusieurs jours de travail, tous les plongeurs sans exception offraient des symptômes évidents d’anémie, et une prédisposition beaucoup plus marquée à être atteints par les affections à début brusque. C’était à ce moment-là que presque tous éprouvaient des douleurs musculaires plus ou moins vives, et que la prudence nous faisait une loi de leur faire prendre un repos réparateur. (P. 57.)

Je dois à M. le D’’ Sampadarios, d’Égine, une série d’observations curieuses et inédites que je transcris, sans en rien retrancher ; je suis heureux de pouvoir le remercier ici de ses intéressantes communications :

Observation. 1. — Pendant l’été de l’année 1866 on m’a appelé pour visiter le sieur L. Cet homme plongeait en scaphandre depuis quelque temps pour pêcher l’éponge, il avait quarante ans. La veille, étant retiré du fond de la mer, il était tombé dans un état comateux; lorsque je l’ai vu, il était aux derniers moments, la face bouffie, bleuâtre, comme mort d’asphyxie.

Observation. H. — En 1867, j’ai observé un autre malade ; il était descendu, dit-il, trois fois dans la même journée pour pêcher; à la troisième il avait senti au fond de la mer une gêne de la poitrine, et à peine avait-il eu le temps d’avertir en donnant le signe de le retirer. Ramené dans le bateau, il était tombé dans un état comateux, tout à fait insensible, dont il s’était remis après trois heures. Il avait alors dyspnée, paralysie complète des membres inlérieurs et de la vessie, constipation, paralysie incomplète (parésie) des membres supérieurs, d’un côté surtout. La dyspnée avait bientôt disparu, on a été obligé de vider la vessie par la sonde. On a suivi le malade pendant un mois, il y a eu une améboration, puis on l’a perdu de vue.

Observation. III. — N. B., visité par un autre confrère; il a depuis quelque.s

HISTOHIQUE.

mois une paralysie des membres inférieurs et de la vessie, avec constipation, les m ines sont vidées toujours au moyen de la sonde. On remarque seulement une faible flexion dans l’articulation coxofémorale et dans celle du genou : paralysie de la sensibilité plus ou moins avancée. Le malade retiré du fond de la mer était resté pendant quelques heures dans un état comateux ; lorsqu'il s’éta-t remis, il avait de la dyspnée, et les membres étaient paralysés.

ÜBSERVATio.N. IV. — V. A. jeune homme robuste, de l’âge de vingt-cinq ans, bien portant jusqu'à présent; depuis quelque temps il était attaché à une compagnie de pêcheurs d’éponge, et il plongeait à scaphandre. J’ai été appelé pour le visiter le 20 juillet 1870, il m’a laconlé que deux jours avant il avait trop travaillé, parce qu’il était resté cinq heures, dit-il, au fond de la rner pour ramasser des éponges, et par conséquent il avait senti une espèce de défaillance. Cependant il avait plongé de nouveau pour travailler; mais après une demi-heure de travail, il a senti qu’il se trouvait mal, il a donné le signe de le retirer, et on l’a retiré, dit-il, bien vite, comme on a l’habitude, lorsqu’on voit qu’on se trouve en danger; on lui a ôté bien vite aussi le scaphandre, après quoi il est tombé dans un état d’insensibilité. Il avait senti un engourdissement des membres, du tournoiement de la tête, et de sa bouche, dit-il, sortait de l’écume. On n’avait pas appelé un médecin, parce que de pareils symptômes s’étaient présentés plusieurs fois aux plongeurs, et qu’au moyen de frictions et de révulsifs aux extrémités, ils étaient remis après quelques heures. Lui aussi s’était remis de cet état comateux après cinq heures, après qu’il eût vomi plusieurs fois; mais pendant vingtquatre heures il avait des tournoiements de tête, lorsqu’il ouvrait les yeux ; les membres inférieurs et la vessie étaient paralysés. Il y avait encore au commencement une espèce de parésie des membres supérieurs, qui disparut vite, mais la rétention de l’urine complète persista, et c’est pour cela qu’on m’a appelé le troisième jour.

J’ai trouvé la vessie montant jusqu’à l’ombilic : il y a de la constipation, les membres inférieurs sont paralysés : à droite paralysie complète de la sensibilité et du mouvement, à gauche la sensibilité se conserve en partie avec mouvement de flexion faible à l’articulation coxo-fémorale ; il n’y a aucun autre dérangement, pas de douleur à la colonne vertébrale. Nous avons vidé la vessie par la sonde ; le l endemain un purgatif d’huile de ricin a donné des évacuations. Nous avons continué à sonder le malade; enfin, après vingt et un jours, le malade a pu vider la vessie tout seul. Il faut noter qu’après le huitième cathétérisme est survenu un accès très-fort de fièvre intermittente, contre lequel nous avons donné la quinine, et qui ne s’est pas répété.

La paralysie des membres cède aussi aux frictions irritantes, et le quarantième jour le malade a pu marcher avec des béquilles. Nous lui avons administré l’extrait de noix vomique, des douleurs se sont présentées le long des membres, mais sans aucune amélioration perçue. Ne connaissant pas la nature de la maladie, nous avons fait un traitement symptomatique; nous lui avons donné intérieurement l’iodure de potassium.

24 octobre. — Les membres inférieurs sont encore faibles, surtout à gauche, où l’on remarque en même temps, à la jambe et au pied, manque de sensibilité de la douleur et du contact, sensation modérée du froid. A droite, où il y avait au commencement paralysie complète du sentiment et du mouvement, persiste seulement de l’insensibilité à la partie externe du dos du pied. Les mouvements actifs se font bien, excepté vme faiblesse à gauche à l’articulation tibio-tarsienne, surtout à la flexion. Les mouvements passifs sont naturels.

L’examen par l’électricité (appareil d’induction) rencontre à droite la conlrac-

FORTES PRESSlOîiS : SCAPHANDRES.

tilité électrique diminuée des muscles qui dépendent du nerf péronier. Â gauche non-seulement ceux-ci, mais encore les jambiers ont la contractilité électrique diminuée. Les autres muscles réagissent bien, comme ceux du ventre.

Nous avons continué à faradiser la peau et les muscles des membres et du ventre. Il y a eu une amélioration. Pendant deux heures après la faradisation le malade sentait ses mouvements libres, comme s’il était tout à fait bien portant.

28 novembre. — Insensibilité de la douleur, du contact et du froid à gauche jusqu’à la moitié de la cuisse, même la moitié du pénis, à droite seulement insensibilité de la douleur et du contact au pied ; faiblesse des membres, pourtant l’extension du pied à droite est très-incomplète. Si le malade ferme les yeux, il chancèle et il va tomber. Incoordination ou irrégularité des mouvements pendant la marche, contractions involontaires, convulsives, par action réflexe des membres inférieurs, par exemple de la morsure d’une puce aux fesses ou aux lombes. Quelquefois rétention de l’urine, d’autrefois incontinence. Nous lui avons appliqué deux cautères à la colonne vertébrale, et nous lui avons donné à l’intérieur l’iodure de potassium.

10 décembre. — Amélioration, il veut s’en aller.

Après mes publications que j’ai faites à propos de cette question, en 1871, au mois de septembre, M. le docteur Cotsonopoulos, de Nauplie de la Morée, a publié une observation suivie d’autopsie dans le journal grec Asclépios (Esculape), où sont publiées aussi mes observations. Je vous en fais la traduction.

D. N. à l’àge de 50 ans, marin bien constitué, fort, travaillant depuis une année avec le scaphandre anglais, a été transporté le ± mai à l’hôpital de Nauplie. .Avant 6 jours il travaillait au bord du golfe argolique, à la profondeur de 50 mètres sur un sol boueux. Lorsqu’on l’a retiré, il a senti une douleur aux lombes et un fort engourdissement des membres inférieurs, dont les mouvements après une heure étaient tout à fait impossibles. Les camarades lui ont lait des frictions et ils lui ont cautérisé le pénis. Un médecin l’a saigné avant son entrée à Hiopital et il lui a appliqué sur les lombes plusieurs fois des ventouses, un vésicatoire qu’il a saupoudré avec la strychnine, et des cautères avec le cautère actuel. A son entrée à l’hôpital la paraplégie était complète ; aucun mouvement des membres inférieurs ; aucune contraction, même par l’électricité, dit-on ; perte de la sensibilité et même de la sensibilité électrique. Le tiers supérieur de la cuisse un peu sensible ; le malade avait quelquefois spontanément un sentiment de brûlure aux jambes; paralysie de la vessie, paresse du tube digestif, le ventre gonflé : on vidait la vessie deux fois par jour. La pression à la colonne vertébrale n’était pas douloureuse. Un érythème douloureux existe à la région sacrée, c’est le commencement de la gangrène du décubitus, qui se développe plus tard. Pas de fièvre. En présence de pareilles symptômes survenus subitement avec douleur aux lombes, on a admis une hémorrhagie dans la colonne vertébrale et on a ordonné de nouveau des ventouses et des sangsues à l’anus, des purgatifs et des lavements vinaigrés, les purgatifs n’ayant, rien fait. Il y a eu une petite amélioration : la sensibilité a augmenté un peu à la partie supérieure des cuisses, mais bientôt le mal a fait des progrès ; une cystite se développe avec gangrène de dubitus, fièvre, frissons, incontinence avec rétention, évacuations involontaires; enfin, par suite des progrès de la gangrène, le sacrum est tout à fait dénudé. .Aux derniers jours de la maladie des eschares s’étaient présentées aux talons.

La mort survient le quarantième jour du commencement de la maladie. Le malade avait conservé ses facultés intellectuelles intactes jusqu’à la fin.

4‘26 HISTORIQUE

Autopsie. — C’est avec difficulté que les parents ont permis de faire l’autopsie. Le docteur Jéanopoulos était présent. On a ouvert le canal dorsal, et on a trouvé du sang en quantité demi-coagulé, rouge-noir, situé entre la dure-mère et le canal osseux et s’étendant de la première vertèbre lombaire jusqn’à la fin du sac méningien. La surface extérieure de la dure-mère, qui était mouillée par le sang, était d’une couleur rouge-noire et infiltrée de sang extravasé. Sa surface interne après la section était trouvée blanchâtre et un peu injectée. A la partie inférieure de la cavité sous-arachnoidienne existait aussi un épanchement de sang rouge foncé, demi-coagulé en quantité assez grande autour des nerfs formant la queue du cheval. Ayant fait des incisions dans différents endroits de la moelle épinière, nous avons trouvé que sa portion lombaire en grande partie et le tiers supérieur de la portion thoracique avaient subi le ramollissement blanc à un degré considérable, parce que à peine la pie-mère était coupée ou déchirée, la substance de la moelle coulait, pour ainsi dire, dehors. Les autres portions de la moelle, celles mêmes qui étaient situées entre les portions ramollies, avaient la consistance naturelle ; pas de congestion ni dans la moelle ni dans la pie-mère. Les parents du malade étant venus, on n’a pas fait l’examen des autres cavités ; on a ouvert seulement l’hypogastre pour voir la vessie, dont les parois étaient très-hypertrophiées.

Telles sont les observations qu’on a publiées chez nous jusqu’à présent concernant cette question.

Si nous analysons ces divers faits, nous voyons que la mort est arrivée de deiix^ manières : ou tout de suite ou par lésion de la moelle épinière. Lorsqu’on précisera la nature de cette maladie, on pourra savoir si ce sont deux causes différentes qui produisent ces deux sortes de manifestations morbides, où si ce sont des différents degrés d’une affection.

Je dois remarquer seulement que si on voulait e.xpliquer ces accidents seulement par le changement de la pression atmosphérique, cela ne suffirait pas ; parce que bien certainement le dérangement de la santé commence au fond de la mer. Le pêcheur sent qu’il se trouve mal, et il donne le signe de le retirer. M. Cotsonopoulos cite un cas où l’on a retiré le plongeur presque mort, et il a été mort après quelques mouvements. Le malade que j’ai soigné m’a raconté aussi un pareil accident. Je ne suis pas sûr si la mort est arrivée de la même manière à mon malade (observation I). Ces gens racontent qu’ils se trouvent mal lorsqu’ils travaillent à une grande profondeur pendant quatre ou cinq heures, lorsqu’il y a du vent et des vagues, et peut-être alors on ne peut pas régler la pression de la machine, enfin lorsqu’ils se fatiguent trop. Il faut noter que lorsque le plongeur donne le signe qu’il se trouve mal, on s’empresse de le retirer bien vite, et au premier dérangement s’ajoute peut-être celui de la décompression brusque. Lorsqu’ils descendent à une profondeur plus grande que 30 mètres, ils ne peuvent pas y travailler longtemps ; plus ils descendent profondément moins ils resteraient. Du reste quelquefois la pression de la machine n’est pas assez forte ou régulière, et le plongeur sent la colonne de l’eau qui commence de lui presser l’hahit autour des mains et des pieds, alors il fait le signe convenu et on lui envoie de l’air. Il paraît qu’on travaillait chez nous, au commencement au moins, avec le scaphandre anglais.

Quant à la paraplégie qui persiste, on voit qu’elle se présente comme un reste d’un dérangement qui a agi sur tout l’organisme (observations 2, 4), mais qui n’ayant pas causé la mort, ne laisse de dérangement matériel que dans la moelle épinière, parce qu’on ne peut pas accepter que cette affection de la moelle

seulement a causé la mort ou cet état général qu’on observe au coramencemen!. Mais quelle est la nature de cette affection ? M. Le Roy de Méricourt pense qu’il se fait des hémorrhagies capillaires dans la moelle pendant la décompression. Chez notre malade (observ. 4), nous avons vu au commencement une paraplégie, une abolition complète des fonctions de la moelle ; une amélioration très-grande est survenue après quelques jours, et plus tard nous avons eu le tableau d’une myélite. Le siège de l’affection devait être dans la portion thoracique, pour que nous ayons la vessie et le rectum plus ou moins paralysés, car, lorsque la région lombaire souffre, il y a seulement paralysie des extrémités inférieures.

L’autopsie de l’autre malade nous a donné un ramollissement diffus de la moelle et une hémorrhagie. Mais c’est le ramollissement de la moelle, qui occupait même la portion thoracique, qui peut expliquer les symptômes de la paralysie de la vessie et du rectum et non pas l’hémorrhagie qui occupait la portion lombaire. Quant à nous, nous pensons que les ecchymoses des -membranes sont en relation avec la gangrène du sacrum. Disons de plus que notre malade n’avait senti aucune douleur, et il s’en serait produit dans une hémorrhagie des membranes de la moelle.

Mais comment se produisit celte inflammation de la moelle? Est-ce par des hémorrhagies capillaires ? Est-ce par dilatation des capillaires par tes gaz et de suite par altération de nutrition (ramollissement) ?

Les examens microscopiques sur des hommes ou sur des animaux pourront élu cider cette question.

Samsoun (Turquie d’.Asie), C juin 1875.

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