FAIBLES PRESSIONS
Les pressions dont il s’agit dans ce chapitre n’ont jamais attteint une atmosphère surajoutée à l’atmosphère normale. Les ouvriers employés à la fondation des piles de pont, les plongeurs à scaphandre sont eux aussi évidemment soumis fréquemment à ces pressions médiocres ; mais comme ils n’y éprouvent aucun malaise (sauf les douleurs d’oreilles du début) comme ils en sortent sans encombre, l’attention des ingénieurs ou des médecins n’a presque jamais été appelée sur les phénomènes qu’on aurait pu observer dans ces conditions.
Il en est tout autrement pour les pressions basses que, dans un but thérapeutique, les médecins emploient fréquemment aujourd’hui. Ici, au contraire, les observations délicates, d’ordre purement physiologique, ont été accumulées, et l’on a étudié l’action de l’air faiblement comprimé avec le même soin et suivant la même méthode que celle d’une substance médicamenteuse quelconque ; à savoir sur l’homme sain d’abord, puis dans divers cas pathologiques.
C’est à trois médecins français, Junod de Paris, Tabarié de Montpellier et Pravaz de Lyon, que revient l’honneur d’avoir introduit dans la thérapeutique un agent dont la puissance est chaque jour constatée par les praticiens et dont l’emploi deviendra, on peut l’affirmer, de plus en plus fréquent. Je ne veux pas prendre un parti dans la querelle qui s’est élevée enti e eux au sujet de la priorité de l’invention; autant qu’il me semble, elle appartient à M. Junod; c’est lui, du moins, qui fit à ce sujet les premières publications.
Fig- 9.
L’èlablissenieiit aêroth<’i’ape'^‘'‘ï*^® docteur Carlo Fornanini, à Mitafr; Cylindre hoi-izontal contenant chambres; la paroi antérieure de celle de droite
a été enlevée.
HISTORIQUE
Aujourd'hui, les appareils desiinés au Iraitement par l’air comprimé sont assez nombreux. On en trouve : en France, deux établissements à Paris, d’autres à Lyon, Montpellier, Nice; en Allemagne, à Hanovre, à Stuttgard, à tYiesbaden, à Johannisberg, à Reichenball, à Ems; en Danemark, à Altona ; en Suède, à Stockholm ; en Écosse, à Ren Rhydding; en Angleterre, à Londres; en Italie, à Milan. La figure ci-contre représente l’appareil que le D"" Fornanini a installé dans cette dernière ville.
Les divers directeurs de ces établissements diffèrent d’opinion quant à la pression qu’il convient d’employer ou plutôt quant au degré par lequel il faut débuter. Il eh est qui tiennent pour les pressions fortes, de 30 centimètres au moins; à Paris, M. Leval- Piquechef se trouve bien de débuter avec une grande prudence, par 10 cent, au plus. Il ne m’appartient pas de discuter ces divers points de pratique; je ne m’occuperai pas non plus des applications thérapeutiques de la méthode, me bornant à dire une fois pour toutes que son efficacité- a été reconnue très-puissante dans l’asthme emphysémateux, dans les bronchites chroniques, dans les chloroanémies, et les hémorrhagies passives; elle paraît être à la fois tonique et sédative, pour employer le langage de l’ÉcoleY
1 Voici la série des principaux travaux qui ont été publiés sur l’emploi tbérapeutique de l’air comprimé. Je n’y ai pas compris ceux que je cite et analyse dans le présent chapitre et dans le chapitre, suivant. Celte énuméi’ation montrera à quelle étonnante variété de maladies on a essayé d’appliquer la médication nouvelle ;
Pravaz, Æém. sur l'emploi du bain d'air comprimé dans le traitement des affections tuberculeuses, des hémorrhagies capillaires et des surdités catarrhales. — Acad, de Med. de Paris, 6 déc- 4857. — Cpt. R. Acad, des Sciences, t. VII, p. 283, 1838.
Id., De l’influence de la respiration sur la santé et la vigueur de l'homme. — Lyon,
Id-, Mémoire sur l'emploi de la compression au moyen de l'air condensé dans les hydarthroses, et sur la possibilité de réduire certaines luxations spontanées de la hanche.
— Lyon, 1843.
Dubreuil, Bains d’air comprimé. — Marseille, 1848.
De la Prade, Rapport sur le mémoire relatif aux bains d’air comprimé, in Essai sur l'emploi médical de l'air comprimé, par Pravaz. — Lyon, 1850.
Poyser, On the treatment of chronic and other diseases by baths of compressed air.
— Association Med. Journal, sept. 9, 1853.
Devay, Du bain d'air comprimé dans les affections graves des organes respiratoires.
— Gazette hebd., 1855.
Schütz, Briefliche Mittheilungen aus Nizza. — Deutsche Klinik, février 1857.
Bottîni, DeU'arta compressa corne agente terapeutico. — Gazz. med. italiana, Stati Sardi, 1 857 .
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Haughton, On the use of the compressed air baths. — Dublin, Hosp. Gaz., 1858.
Pravaz fils. Des effets physiologiques et des applications thérapeutiques de l'air com^ primé. — Lyon, 1859.
Gindrod, The compressed air-bath, a therapeutical agent in varions affections of the respirât -mj organs and other diseases. — London, 1860.
FAIBLES PRESSmS : APPAREILS MÉDICAUX. 431
Avant d'arriver à rénumération des témoignages recueillis
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Freud , Der 'pneupiatische apparat. Vvirkung und Ânwendung der comprimirten Luft in verschiedenen Krankheiten. — Wien, 1864.
Fischer, Errichtung eines Luft compression Apparates zu Hgnnover. — 1864.
Josephson , Die therapeutische Auwendung der comprimirten Luft. — Deutsche Klinik, 1864.
Levinstein , Grundzüge zur practischen Otiartie mit Berûcksichtigung der neuesten therapeutischen Technik, etc. — Berlin, 1865.
Smoler, Die Anwendung der comprimirten Luft in Krankheiten der Gehôrorganes, Osterr. Zeists. f.pract. Heilkunde. — Wien, 1865.
Storch, Jagttagelser over Virkningen af comprimiret Luft ved hehandlingen afBrysttidelser, meddelte fra Rasmussens medico-pneumatiske Austalt. — Hospitals-Tidende YIII. Aarg. — Kjôbenhavn, 1865.
Sandahl, Nyare undersôkningar ock iakttagelser rôrande de fysiologiska och terapeuliska verkningarne af bad i fôrtâtad luft. Ilygiea. — Stockholm, 1865.
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Freud, Vortrag ûber der pneumatisch Apparat, und seine Wirkungen im Wiener Doctoren colleg. — Zeitsch f. pract. Heilk., 1865.
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HlSTüRIQrE.
par les physiologistes et les médecins, je crois devoir rapporter, d’après Jæger% le récit d’ime catastrophe qui fît grand bruit en son temps, et dans laquelle ouvriers et médecins prétendirent que l’air comprimé avait contribué à augmenter les souffrances des victimes, ce qui, à mes yeux, n’est rien moins que démontré.
Les 28 février 1812, à 11 heures du matin, une fosse de la mine à charbon de Beaujeu, près Leodium, fut envahie par les eaux; 127 ouvriers se trouvaient à 270” de profondeur. 90 d’entre eux furent bloqués au fond d’une galerie, dans de l’air comprimé « capable de soutenir l’eau à 64 pieds dans un tube métallique, et dont la densité était par conséquent double de celle de l’atmosphère ». Ils restèrent 7 jours dans cette position critique; 70 seulement survécurent :
Comme il était impossible à ces malheureux de communiquer avec le reste de la fosse, ils restèrent confinés dans un étroit espace, privés d’air et de toutes choses. Mais leur chef Coffin et son fils montrèrent un courage héroïque . . .
On ne parvint à eux que le septième jour. Ainsi, pendant sept jours et autant de nuits, ils furent privés de lumière et de nourriture, et épuisés par un travail continuel. 11 souffrirent incroyablement de la faim et de la soif ; la respi- .^ation était difficile, et les chandelles, par le manque d’air, s’éteignaient. Ils ressentaient une ardeur suffocante, la peau était sèche et brûlante. Ils assurèrent que
la pression énorme de l’air leur était fort pénible . Quelques-uns devinrent fous,
et les autres devaient les secourir et se protéger contre eux .
Dans mon opinion, la densité étomiante de l’air fut la cause de ces phénomènes. Il n’est pas douteux que l’air n’ait produit plus de chaleur par sa condensation,
car, on le sait, celle-ci peut arriver à produire du feu . Il arrive ainsi que les
processus de combustion se sont tellement accélérés dans les poumons, que la sensation de chaleur peut s’expliquer (p. 98).
La première publicalion relative aux symptômes éprouvés parles hommes placés dans l’air comprimé est due à M. Junod^. Il rend compte de ses observations dans les termes suivants :
Lorsqu’on augmente de moitié la pression naturelle de l'atmosphère sur le corps de l’homme placé dans le récipient, voici ce que l’on observe :
1° La membrane du tympan refoulée vers l’oreille interne devient le siège d’une pression assez incommode. Toutefois, elle se dissipe à mesure que l’équilibre se rétablit.
2° Le jeu de la respiration se fait avec une facilité nouvelle, la capacité des poumons pour l’air semble augmenter, les aspirations sont grandes et moins fréquentes; au bout de lo minutes, on éprouve à l’intérieur du thorax une chaleur agréable, on dirait que les aréoles pulmonaires, qui depuis longtemps étaient
* Tractatus physico-medicus de atmosphera et aere atmospherico. — Cologne, 1816.
* Loc. cit. : Arch. gén. de Méd.; 2' série, t. IX, p. 157-172, 1835.
devenues étrangères au contact de l’air, se dilatent de nouveau pour le recevoir, et toute l’économie puise dans chaque inspiration un surcroît de vie et de force.
5“ L’augmentation de la densité de l’air paraît modifier la circulation d’une manière notable, le pouls a une tendance à la fréquence; il est plein et se déprime difficilement; le calibre des vaisseaux veineux superficiels diminue et peut même s’effacer complètement; de sorte que le sang, dans son retour vers le cœur, suit la direction des veines profondes. Si le calibre des vaisseaux superficiels augmente ou diminue en raison de la tension du ressort atmosphérique, il doit en être de même dans les organes pulmonaires qui sont placés à cet égard dans les mêmes circonstances ; d’où il doit nécessairement résulter que, la pression de l’air étant augmentée, la quantité de sang veineux contenu dans les poumons doit diminuer ; c’est là sans doute ce qui permet d’introduire à chaque inspiration une quantité d’air beaucoup plus considérable qu’à la pression normale de l’atmosphère.
Si la densité croissante de l’air diminue le calibre des vaisseaux veineux, il doit nécessairement en résulter que le sang se portera en plus grande quantité dans le système artériel, ainsi que vers les principaux centres nerveux, notamment dans le cerveau, lequel est soustrait à la pression directe de l’atmosphère par la résistance de la boîte osseuse qui l’enveloppe. Ainsi les fonctions de l’encéphale sont activées, l'imagination est vive, les pensées s’accompagnent d’un charme particulier, et chez quelques personnes il se manifeste des symptômes d’ivresse. Ce surcroît d’innervation agit également sur le système musculaire, les mouvements sont plus faciles et plus assurés.
4“ Les fonctions du tube digestif sont activées : la soif est nulle;
5o Les glandes salivaires et rénales sécrètent leurs fluides avec abondance (p. 159).
Le rapport que fit Magendie sur le travail de M. Junod, rapport dont nous avons cité plus haut (p. 240) ce qui a trait à l’influence de la diminution atmosphérique, ne dit rien de nouveau sur le sujet, ni au point de vue symptomatique, ni au point de vue théorique.
C’est en 1838 seulement que Tabarié^ donna de la publicité à ses recherches, qui, dit-il alors, remontaient cependant à une époque déjà très-reculée.
Sa noie montre qu’il s’était proposé une série de problèmes trèscomplexes, puisque les procédés qu’il avait mis en usage comprenaient :
1° La condensation générale de l’air sur toute l’économie ;
2“ La condensation locale sur les membres ;
5* La raréfaction locale sur les membres ;
4° La condensation et la raréfaction alternatives et locales ou ondulation sur les membres ;
5° La raréfaction sur toute l’habitude du corps saufia tète;
* Recherches sur les effets des variations datis la pression atmosphérique à la surface du corps. — Cpt. R. Acad, des Sciences, t. VI, p. .'-9(3; 1858.
HISTORIQUE
iùi
6° Le jeu des condensations et des raréfactions alternatives sur toute l’habitude du corps sauf la bouche, d’où résulte une respiration artificielle et complète contre l’asphyxie.
Le reste de sa note ne contient qu’un très -court résumé des applications faites de ces diverses méthodes. On n’y trouve rien de net, ni au point de vue des phénomènes physiologiques, ni sur les idées théoriques qu’il se faisait du mode d’action de l’air comprimé.
Mais dans un travail postérieur^ il se montre un peu plus explicite quant à la description des phénomènes.
L’influence de l’air condensé, dit-il, est signalé par deux principaux traits ;
1“ L’air condensé réagit sur la circulation en la ralentissant; et en même temps qu’il diminue le nombre des battements du cœur, il en régularise le rhythme.
Ces phénomènes, qui sont peu sensibles dans un étal normal de santé et sous l’action d’expériences brèves ou imparfaites, deviennent très-marqués dans le cas de maladies inflammatoires ou fébriles, lorsque toutefois les conditions expérimentales sont convenablement remplies et suffisamment soutenues ....
2° L’air condensé n’influence pas la calorification générale comme le ferait un air plus riche en oxygène ; car bien loin d’exalter cette fonction, ainsi qu’on s’est plu à l’imaginer par analogie, il la modère et, dans certains cas, il va même jusqu'à l’affaiblir.
Ce fait, que j’annonçais en 1838, avec quelque timidité, s’est manifesté depuis lors avec une nouvelle évidence. Non-seulement l’usage du bain d’air comprimé ne développe aucune chaleur insolite à l'intérieur du thorax, mais, au contraire, il incline à produire une sensation générale de froid, alors même que la température des appareils est supérieure à celle qui règne au dehors; et chez quelques sujets où ce sentiment de réfrigération est plus marqué, on observe qu’il s’accroif avec la durée et l’élévation du degré des bains.
On obtient de meilleurs résultats à des pressions médiocres (2/3 d’atm.) qu’à des degrés plus élevés (2/3 d’atm.).
Du reste, la note de Tabarié ne contient aucune explication théorique.
Les premières tentatives de Pravaz pour appliquer les bains d’air comprimé à la thérapeutique remontent à 1850. Il commença à publier en 1837 le résultat de ses observations, il a résumé dans le travail que nous prenons pour guide® ses notes et mémoires antérieurs.
Son appareil mesurait 9“®. La pression employée était générale-
‘ Sur t action thérapeutique de Pair comprimé. — Cpt. R. Acad, des Sc,, t- XI, p. 26 ;
- Voir la note de la page 430.
- Essai sur l’empfoi médical de l’air comprimé. — Lyon-Paris; 1850.
FAIBLES PRESSIO^’S : APPAREILS MÉDICAUX. 45i>
ment de 30 à So*". Pravaz décrit ainsi les phénomènes présentés par les sujets de ses expériences :
Chez la plupart des sujets d’une bonne constitution et dans l’état de santé, la circulation artérielle n’éprouve pas de modifications considérables, sans doute parce que la respiration qui suffisait à l’hématose sous la pression ordinaire conserve à peu près le même rhythme dans l’air condensé; mais il n’en est pas de même lorsqu’il y a accélération morbide du pouls ; on le voit alors s’abaisser beaucoup, sauf dans quelques cas exceptionnels qui seront exposés plus lard.
L’injection des capillaires de la peau et des membranes muqueuses est évidemment diminuée par l’accroissement de pression exercée sur la périphérie du corps. Cet effet devient très-apparent sur la surface des vésicatoires et de la conjonctive, lorsque celle-ci est rouge et enflammée.
L’excitation des organes digestifs, notée par MM. Colladon et Junod, ne se borne pas toujours à produire une simple augmentation de l’appétit; quelquefois cette excitation arrive, après un certain temps, au point de déterminer une véritable boulimie, qui oblige de suspendre ou de rendre moins fréquent l’usage du bain d’air comprimé.
Parmi les sécrétions dont l’accroissement a été mentionné par les auteurs que je viens de citer, celle de l’urine éprouve, pour la quantité et la nature, des changements qui m’ont paru les plus remarquables; et cela doit résulter rationnellement de la plus grande activité imprimée à la métamorphose des tissus par une absorption plus grande d’oxygène.
Le sentiment d’une respiration plus facile, plus large, n’est pas éprouvé au même degré par tous les sujets qui sont placés dans l’air comprimé. Ceux qui respirent habituellement avec ampleur s’en aperçoivent à peine, mais il n’est pas de même des malades ou des valétudinaires atteints de dyspnée plus ou moins prononcée, soit par une affection des organes thoraciques, soit par un état de pléthore veineuse ; ils éprouvent en général uçe sensation de bien-être extraordinaire qui leur persuaderait qu’ils sont guéris, si elle se prolongeait hors du bain. (P. 112.)
Un autre médecin de Lyon, MillietS qui avait fondé l’établissement de Nice, a publié quelques années après des observations qui concordent en partie avec celles de Pravaz ;
Un des phénomènes les plus remarquables produits par l’augmentation de la pression de l’air respiré, c’est le notable ralentissement imprimé à la circulation chez la plupart des sujets. Le rhythme circulatoire s’abaisse de 10, 15 et même de 45 pulsations...,. Chez une femme âgée de 74 ans, souffrante d’une affection catarrhale subaiguë, le pouls qui s’était élevé à 120 pulsations, tomba à 60 et s’y maintint. (P. 15.) . .
Dans l’air condensé, les mouvements d’inspiration se ralentissent ; ils se répè-^ tent avec moins de fréquence dans un même espace de tempsdonné pour effectuer régulièrement l’alimentation pulmonaire. (P. 15.)
Cependant la nouvelle méthode de traitement avait fait des pro-
‘ Üc l’air comprimé comme agent thérapeutique. ^ Lyon, 1851.
HISTORIQUE
grès ; des appareils avaient été installés à Stockholm, par le Sandahl^ qui, dès 1862, signalait les phénomènes physiologiques qu’il avait observés.
Après l’indication, Fétude détaillée et l’explication des douleurs d’oreilles habituelles, Sandahl arrive aux phénomènes respiratoires et circulatoires :
Dans 1454 observations, portant sur 75 personnes, les mouvements respiratoires ont été ralentis dans 1562 cas, comprenant 64 personnes; chez 11 personnes seulement, qui ont pris en tout 102 bains, la respiration a été plus rapide qu’auparavant .
En général, on trouve que la diminution du nombre des mouvements respiratoires non-seulement arrive pendant le bain, mais dure après le bain ....
Les battements du cœur deviennent également plus lents . Ainsi le pouls,
dans le bain où l’air était comprimé d’une demi-atmosphère, a diminué en moyenne de 9,94 battements.
Des observations semblables étaient faites à Nice. Tutschek® déclare que l’effet de l’air comprimé se manifeste par :
1“ Agrandissement des cellules pulmonaires ; 2“ diminution du nombre des respirations; 3“ ralentissement de la circulation artérielle; 4“ accélération de la circulation veineuse et capillaire ; 5° excitation des dépenses organiques et de l’assimilation, se manifestant par une excrétion plus considérable de l’acide carbonique et de l’urée, et par une faim allant jusqu’à la gloutonnerie; 6“ excitation plus grande du système nerveux par un sang plus riche en oxygène, se manifestant par l’activité d’esprit et une sensation de légèreté des mouvements.
Il ne dit pas la pression employée. Tout fait penser, du reste, que ce résumé symptomatique est simplement emprunté aux auteurs antérieurs ; Tutschek n’a fait d’observation que sur 3 personnes saines et 6 malades. Chez les premières, le nombre des respirations diminuait de 3 à 5 et celui des pulsations de 0 à 10 ; les changements étaient plus grands chez les malades.
En Allemagne, le D'' G. Lange, médecin des eaux de Johannisberg, avait installé dans cet établissement un appareil à air .comprimé. Il y fit, en commun avec Rudolph von Vivenot, de nombreuses observations dont nous allons parler, et publia sur les résultats de sa pratique un mémoire que traduisit en français M. Thierry-
i Om verhningarne af fortâtad luftpae denmenskliga organismen,i fysiologiskt och terapeutiskt hânseende. — Medicinskt Archiv utgivet af Lârare vid Carolinska Institut et in Stockholm. Bdl. Hft I; p. 1-205; 1862. N'ayant pas pu me procurer le mémoire original, je cite d'après l’analyse étendue qu’en donne Von der Busch dans le Schmidt' s Jahrbucher der Gesaminten Medicin, t. CXX, p. 172-180; 1863.
- Die comprimirte Luft als Heilmittel. — Aerztl. Intell. Bl. 18,19. — Ext. in Canstatt’s Jahr., 1865; t. Y, p. 155.
Mieg. Les extraits intéressants de ce mémoire seront mieux à leur place au chapitre consacré à l’étude des explications théoriques.
Je citerai seulement ici le résumé qu’il donne des phénomènes observés sur les personnes soumises à Faction de Fair comprimé :
Ralentissement de la respiration et de la circulation ; très-probablement, absorption plus considérable d’oxygène par la peau et les poumons ; augmentation de l’exhalation d’acide carbonique ; diminution • de la transpiration cutanée ef de l’exhalation pulmonaire ; augmentation de la sécrétion urinaire, qui élimine plus d’acide urique et moins de phosphates ; amélioration de l’hématose et de la nutrition ; augmentation de l’énergie de l’appareil musculaire et de la capacité vitale des poumons. (P. 55.)
C’est en 1860 que von Yivenot commença la série de ses publications sur Faction physiologique et thérapeutique de Fair comprimé. Ses notes et mémoires nombreux^ le conduisirent à la rédaction d’un ouvrage considérable®, qui parut en 1868; c’est, de beaucoup, le travail .le plus important qui ait été publié sur ce sujet.
La plus grande partie de ses recherches furent faites à l’établissement des bains de Johannisberg. L’altitude étant assez grande, la pression barométrique moyenne n’était que de 741“'“, 1 7 ; la compression employée s’élevant à 318““,07, on avait, pour la pression totale, 1060““, 24. On atteignait dans l’appareil cette pression en 20 minu-
* Ueber den Einfluss der verâmlerten Luftdruckes auf den menschlichen Organismus.
— Virchow s Archiv fur pathol. Anat. und Physiol. und Klin. Medicin, Bd xix. — Berlin,
Ueber die therap. Anwendung der verdichteten Luft, und die Errichtung eines Ijufl Compressions Apparates in Wien. — Wochenblatt der Zeits, der K. K. Gesellschaft der Aerzte zu Wien. des 9, 16 et 23 juillet 1862.
Ueber die Aufstellung eines pneumatischen Apparates in Wien. — Allgemeine Wiener Medic. Zeit. — du 13 et 10 Février 186-3.
Ueber der Einfluss der verstârkten und verminderten Lujtdruckes auf der Meckanismus und Chemismus der Respiration. — Medic. Jahrb. der Zeitsch. der K. K. Gesellschaft der' Aerzte zu Wien. — Mai 1865. Traduit en partie par Thierry-Mieg ; Gaz. Med. de Paris, 1868.
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Ueber die V erânderungen im arteriellen Stromgebiete untér den Einfluss des verstârkten Luftdruckes. — Virchov's Archiv. Bd. XXXIV; Berlin, 1865; p. 315-591. Traduit par Lorain; Le Pouls, Paris, 1870.
Ueber die V erânderungen der Kôrperw arme unter den Einflusse der verstârkten Luftdruckes. — Medicinische Jahrb. der Zeitsch. dei- K. K. Gesellsch. der Aerzte zu Wien.
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Ueber Luftdruckcuren. — Der Cursalon. Wien, 1867, n“* 6 et 7.
Beitràge zur pneumatischen Respirationstherapie ; Allgem. Wien. med. Zeitung. — Wien, 1868.
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45g HISTORIQUE.
tes ; elle y restait permanente pendant 1 heure ; 40 minutes étaient employées pour revenir à la pression normale.
Respiration. — Le plus important des mémoires de Vivenot est celui qu’il a consacré à l’étude des modifications des actes mécaniques et chimiques de la respiration. Comme il n’y a ajouté, dans son grand ouvrage, que des détails d’observation d’un médiocre intérêt, je ne puis mieux faire que de reproduire les principaux passages du travail primitif, publié en 1865; c’est en quelque sorte une analyse de Vivenot par Vivenot lui-même.
Nous nous bornerons cependant ici à rapporter les observations relatives aux changements du rhythme respiratoire et de la capacité pulmonaire ; la partie chimique, étant beaucoup plus intimement liée aux questions de théorie, sera mieux à sa place dans le chapitre suivant :
Si l’on examine un individu d’abord sous la pression normale , puis sous l’air comprimé , on peut constater par la percussion , V auscultation et la palpation des changements de grandeur et de situation de divers organes , correspondant aux nouvelles conditions de pression. .4.-t-on marqué, sous la pression normale, la position du diaphragme et la limite supérieure du foie correspondantes à une inspiration et à une expiration aussi profondes que possible, ainsi que les limites de la matité du cœur , on trouve que , dans les deux cas , sous l’air comprimé , le diaphragme et le foie sont situés plus bas ; l’abaissement est de 1 1/2 à 2 centimètres sous une augmentation de pression de 5/7 d’atmosphère ; la matité du cœur est devenue moins étendue et a pris une autre forme (celle d’une faucille dont la convexité est tournée vers le sternum). En même temps l’impulsion cardiaque semble au doigt qui palpe moins vigoureuse , et l’oreille qui ausculte perçoit les bruits du cœur plus faibles, comme s’ils étaient plus éloignés. 11 se produit quelquefois dans l’air comprimé une dilatation mécanique des poumons, à la suite de laquelle le diaphragme et le foie sont repoussés en bas, pendant que le lobe antérieur du poumon gauclie vient se placer par-dessus la moitié correspondante du cœur. C’est pour cette raison que la matité du cœur diminue, que la forme en est changée, et que Uimpulsion et les bruits du même organe paraissent affaiblis.
L'augmentation de capacité des poumons, démontrée par ces faits, se démontre encore d’une autre manière. .4insi, dans l’air comprimé, le spiromètre permet de constater une augmentation assez notable de la capacité respiratoire. La moyenne d’un grand nombre d’expériences, faites pendant un séjour d’une heure et demie sous la pression de 1 3/7 d’atmosphère , a donné chez moi une augmentation de 108,07 centimètres cubes, chez le docteur G. Lange 133,5, chez le docteur Mittermaier (après une seule expérience) 121,0 et chez M. H.. ..y 99,2“. Or, ma capacité pulmonaire étant en moyenne 342o“, celle du docteur Lange 5950", celle du docteur Mittermaier 4159“ et celle deM. H - y 2910“, il s’ensuit que l’aug¬
mentation de la capacité des poumons a été, chez moi, de 1/31,7, chez le docteur Lange de 1/29,7, chez le docteur Mittermaier de 1/35,4 et chez M. H.. ..y de 1/29,5.
On voit que ces résultats ne diffèrent pas sensiblement les uns des autres et ils indiquent une moyenne d’augmentation de la capacité pulmonaire égaleàijM,b du volume des poumons soit 5,3 pour cent. Comme maximum de cette augmenta-
FAIBLES PRESSm’S ; APPAREILS MÉDICAUX. 459
tion, j’ai obtenu chez moi 254'% chez le docteur Lange 200'% chez M. H. ...y 225'% chez M. R. 270" et même 500; 686 chez un emphysémateux, M. G., dont la capacité respiratoire moyenne était de 2268", c’est-à-dire environ 2/9 à 2/7 de la capacité respiratoire totale.
L’effet obtenu est, comme on le voit, doublé : d’une part, nous avons sous e même volume plus d’air atmosphérique, et d’autre part, nos poumons agrandis sont capables de recevoir un plus grand volume de cet air condensé. Si donc ma capacité respiratoire moyenne est de 3425" sous la pression normale , le même volume d’air comprimé à l'‘’“,37 représenterait à lui seul 4895" d’air normal. Et comme, sous une pression augmentée, mes poumons inspirent en moyenne 408'%! de plus, ce qui équivaut à 154'%5 d’air normal, que j’inspire, donc 5425-1-108", 1 =5d35'%1 d’air comprimé, il en résulte que le volume d’air introduit par la plus forte inspiration sous l’influence de la compression équivaut à 5047", 5 d’air à la pression normale . .
L’expérience a prouvé qu’après un séjour de 2 heures dans l’air comprimé , la capacité pulmonaire, même sous la pression normale, ne revient pas à son volume primitif, mais conserve un agrandissement qui, chez moi, s’élevait en moyenne à 30'%53,au maximum, à 183"; chez M. H. ..y en moyenne à 57", 6, au maximum à 124". Elle a donné ensuite ce résultat intéressant, étonnant, que l’effet consécutif nest pas un effet passager, mais qu’il est en partie permanent, de sorte qu’à la faveur de l’emploi de l’air comprimé pendant 2 heures tous les jours, on entre sous l’appareil pneumatique avec une capacité pulmonaire qui, en négligeant naturellement les variations physiologiques, dépasse tous les jours de 20 à 30" ce qu’elle était la veille. C’est ainsi que du 50 avril jusqu’au 19 septembre inclusivement, c’est-à-dire dans l’espace de 143 jours, après 122 bains d’air comprimé pris pendant ce temps, ma capacité pulmonaire sous la pression normale était montée successivement de 5051 à 5794" (sous l’air comprimé même jusqu’à 3981"), hauteur qu’elle avait déjà atteinte le 12 août après 91 bains d’air, et à laquelle elle s’est ensuite maintenue d’une façon presque constante. La capacité vitale des poumons avait donc éprouvé chez moi dans l’espace de trois mois et demi wie augmentation progressive de 743", c’est-à-dire de près du quart de sa grandeur primitive (de 24 pour cent). Un résultat semblable a été observé chez d’autres personnes. Chez M. H. ...y, la capacité respiratoire était montée après 11 jours d’emploi de l’air comprimé de 2900" à 5085" ; chez M. de K., en 4 jours, de 5252“ à 5664" ; chez M. G., emphysémateux, en 17 jours, de 2202" à 2550"; la capacité respiratoire de ce dernier avait même atteint dans l’air comprimé 2836".
üjie suspension, même de plusieurs jours, ne laissait pa.s apercevoir d’effet rétrograde, et, trois semaines après mon dernier séjour daî.^ ’ii v^omprimé, le spiromètre démontra que ma capacité respiratoire s’était maimenae a 5800". De même aussi, la percussion permit de constater après 5 semaines , ce qui fut fait par le professeur Duchek, que le refoulement de haut en bas du diaphragme et du foie, de 2 centimètres, et la diminution de la matité du cœur, caractères dont il a été question plus haut, se maintenaient.
Il est bien évident que de pareils changements dans la capacité pulmonaire ne peuvent être sans influence sur l’ensemble des fonctions respiratoires, et notamment sur le nombre, la profondeur et le rhylhme des respirations.
Le nombre d’abord :
UISTORIQUE.
Déjà , dans mes premières expériences publiées il y a plusieurs années , j’avais trouvé le nombre des inspirations diminué ; ma longue série actuelle d’expériences a confirmé ce résultat, comme étant, on peut presque dire, constant. La diminution du nombre des inspirations varie selon les individualités. Elle est, en moyenne, d’autant plus grande que le nombre des respirations est lui-même plus considérable ; elle est en général de 5, 2, 1 à 1/2 respirations par minute. Comme maximum, j’ai constaté chez 2 emphysémateux, dont les inspirations s’élevaient à 35 par minute, une diminution qui était respectivement de 16 et de 11 inspirations.
Au retour sous la pression normale.^ le nombre des inspirations augmente de nouveau un peu, mais sans atteindre son chiffre primitif. En cela également, l’effet de l’air comprimé n’est pas seulement passager, mais il a quelque chose de permanent: Cela est d’autant plus évident que l’on considère la fréquence de la respiration dans une plus longue série d’observation. On constate alors que la respiration est toujours moins fré(piente le lendemain que la veille. Comme elle éprouve une nouvelle diminution par l’elfet de chaque nouvelle séance sous l’air comprimé, il en résulte ce fait certain et constant que Vusage continu de l'air comprimé fait diminuei journellement, jusqu' à une certaine limite, la fréquence des mouvements respiratoires.
Ma propre respiration , après trois mois d’usage journalier de l’air comprimé pendant 2 heures par jour, était tombée, de 20-16 par minute, à 4, 5 sous la pression normale et même à 5, 4 dans l’air comprimé.
Arrivée à ce degré de ralentissement , elle resta stationnaire pendant les expériences subséquentes (se ralentissant toujours un peu sous l’influence de la pression) et maintenant encore , au moment où j’écris ces lignes , bien que 5 mois se soient écoulés depuis lors , ma respiration ne dépasse pas le chiffre remarquable de 5,4 inspirations par minute. Le même résultat , moins éclatant , parce que la série des expériences a été plus courte, fut constaté par les observations faites sur d’autres personnes. Chez M. H....y, le nombre des inspirations était descendu en 12 jours de 21 successivement à 16 et dans l’air comprimé jusqu'à 13 par minute. Chez le docteur Lange, après 4 séances prises en 11 jours (nonobstant des interruptions de plusieurs jours) de 19 à 16, et sous l’air comprimé de 14 à 6 ; chez M. G., emphysémateux, après 14 séances prises en 19 jours, de 20,5 à 15,5 ; chez le docteur D., également emphysémateux, de 33, le second jour déjà, à 18, en 5 jours à 10,4.
C’est pendant les premiers jours que la fréquence respiratoire diminue de la façon la plus remarquable et la plus prompte ; plus tard, la diminution devient plus lente et les différences moins considérables.
Si nous comparons le résultat obtenu , quant à la fréquence de la respiration avec celui que nous donne la spirométrie, il sera difficile de ne pas remarquer qu’il y a entre les deux une relation motivée, que la fréquence des inspirations est en raison inverse de leur amplitude, de sorte qu’à mesure que cette amplitude augmente, la fréquence de la respiration diminue. L’augmentation de la capacité des poumons, sous l’influence de l’air comprimé, est la cause du ralentissement de la respiration ; ou, en d’autres termes , le ralentissement de la respiration est une conséquence nécessaire de l’augmentation de la capacité pulmonaire, puisque l’inspiration et l’expiration d’un volume d’air plus considérable demandent nécessairement plus de temps.
Puis, ia profondeur :
On pouvait concevoir trois modes différents comme possibles. Ainsi, il pouvait s’établir entre ia fréquence et la profondeur des inspirations une compensation,
par le fait que l’amplitude de la respiration pouvait être moindre que sous la pression normale, puisqu’il entre une quantité plus considérable d’air sous le même volume, et la fréquence de la respiration pouvait néanmoins être réduite aussi; ou bien, en second lieu, la compensation pouvait s’établir, par les mêmes causes, avec des inspirations moins nombreuses, mais conservant la même amplitude. Enfin, en troisième lieu, il pouvait y avoir, nonobstant l’apport d’une quantité d’air plus considérable, comme conséquence de la compression, un ralentissement et une augmentation de profondeur des inspirations. C’est cette dernière condition qui paraissait à priori la plus vraisemblable si l’on tenait compte de l’augmentation d’amplitude de la respiration, telle que nous l’avions constatée, et elle devait se réaliser surtout cliez les personnes dont la capacité pulmonaire avait été pathologiquement diminuée.
Pour éclaircir ces difficultés, j’employai un appareil construit tout exprès, qui pouvait être fixé autour du thorax, et en suivait les mouvements d’inspiration et d’expiration, l’augmentation de la circonférence du thorax étant indiquée en millimètres par l’écartement de deux aiguilles mobiles. Cette augmentation plus ou moins considérable de la circonférence thoracique servait à mesurer la pro.^ondeur plus ou moins grande des inspirations. Dans chacune des trente-neuf expériences faites avec ce thoracomètre, la profondeur et le nombre des inspirations . furent notés pendant quinze minutes consécutives, temps suffisant pour que l’influence de la volonté ou d’une petite erreur d’observation pût être négligée. Les expériences étaient toujours faites comparativement dans l’air atmosphérique et dans l’air comprimé ; et comme la fréquence de mes inspirations était alors de 7,67 à 4,40 par minute, il fallait de œnt quinze à soixante-six observations dans chaque expérience, faisant un total d’environ trois mille nombres concernant la mobilité du thorax.
La mensuration faite, comme il a été dit ci-dessus, permet de constater que chez moi, le premier jour d’expérience, l’expansion thoracique, c’est-à-dire l’augmentation de la circonférence thoracique produite par une inspiration ordinaire était, sous la pression normale 'de au commencement de la pression
maximum 15,68; après une heure de cette même pression 17,22; et au retour, sous la pression normale 18,14, tandis que la fréquence des inspirations avait été en diminuant de 7,67 à 6,07, 5,80, et jusqu’à 5,60; il s’était donc produit sous l’influence de l’air comprimé une diminution progressive de la fréquence en même temps qu'une augmentation progressive de la profondeur des inspirations, laquelle continuait même au retour de la pression ordinaire. Le lendemain, l’expansion thoracique sous la pression normale était de 14,92 ; le troisième jour, de 17,84; le cinquième jour, de 18,98; quinze jours plus tard elle était montée à 21,86, pendant que le nombre des inspirations sous la pression atmosphérique était descendue respectivement de 7,67 à 7,07 ; 6,40; 6,53; 5,00 par minute, et que la capacité respiratoire s’était au contraire élevée de 3550"’ à 3400, 5474, 3498,
Les expériences faites sur MM. de K... et le docteur M... donnèrent le même résultat. Chez ce dernier, la fréquence des inspirations était tombée pendant une seule expérience dans l’air comprimé de 7,6 à 6,5 par minute, tandis que son expansion thoracique était montée de 19,28 à 23,02““, et sa capacité respiratoire était également montée de 4159 à 4280". Ce résultat prouve que sous l'influence de l'air comprimé la profondeur des inspirations ainsi que la capacité des poumons augmentent, tandis que, davis un rapport inverse, la fréquence des inspirations diminue.
L'expansibilité du thorax, telle qu’elle a été examinée jusqu’ici, n’est que celle
HISTORIQUE
qui correspond à une inspiration ordinaire, non modifiée par la volonté, et telle qu’elle se produit comme effet de l'influence prolongée de Vair comprimé.
Toutefois, les modifications déjà signalées faisaient prévoir aussi un changement dans les conditions des inspirations volontaires, changement à constater par l'augmentation de la circonférence totale et de l’expansion volontaire du thorax avant et après l’action prolongée de l’air comprimé. Si la capacité des poumons avait réellement augmenté, les dernières mensurations devaient indiquer une augmentation dans la circonférence du thorax, non-seulement lors des plus grandes expirations, mais aussi lors des inspirations les plus profondes ; et si par un séjour prolongé dans l’air comprimé on avait acquis la facilité d’une respiration habituellement plus vigoureuse, l’expansibilité maximum du thorax devait aussi avoir augmenté. Ce résultat aussi est constaté par des chiffres. Ma circonférence thoracique ayant été, le 30 avril, après la plus profonde inspiration, de 8a centimètres, était le 1" septembre de 86,5 ; et après la plus forte expiration, elle était le 30 avril de 77% et le 1" septembre, de 78°; de sorte que mon expansion pulmonaire était, le 30 avril, de 8 centimètres, le P' septembre de 8°, 5.
L'augmentation générale de la capacité des poumons, telle qu’elle a été constatée par le spiromètre et l’augmentation du diamètre vertical des poumons, telle que la percussion a permis de la déterminer, reçoivent un complément de démonstration par l'augmentation de la circonférence thoracique.
Enfin, les rapports des temps respiratoires :
L'inspiration se fait plus facilement, étant favorisée par l’augmentation de pression, par l’extensibilité du tissu pulmonaire et par la compressibilité des intestins, tandis qu’il faut plus de force pour l’expiration afin de contracter les poumons plus distendus et de chasser la quantité plus considérable d’air expiré. C’est pourquoi l'expiration se fait avec plus de peine et plus lentement que dans l’état normal. Pendant que sous la pression atmosphérique, la durée de l’inspiration est à celle de l’expiration à peu près comme 4:3, ce rapport devient dans l’air comprimé à peu près comme 4:6 4:7, même 4:8 et 4 : 11.
Cependant la résistance à l’expiration se trouve en partie compensée par la contraction plus puissante des muscles abdominaux que la compression soutient dans leur action. Par l’effet de cette contraction, la première moitié de l’expiration se fait vite et avec énergie; mais la seconde moitié se fait si lentement et d’une manière si peu perceptible qu’il en résulte une espèce de pause entre l’inspiration et l’expiration. Cette pause qui doit en tous cas être ajoutée à l’expirationet dont la durée a été, selon mes observations, de deux à six secondes, est d'autant plus longue que les inspirations sont plus rares.
Yivenot a essayé d’exprimer ces diverses modifications du rhytbme respiratoire par le graphique schématique suivant (fîg. 9), que j’emprunte à son grand ouvrage (p. 251), et dans lequel la ligne pleine indique les respirations normales, el la ligne pointillée la respiration sous l’air comprimé, le tout pendant cinquante et quelques secondes.
Circulation. — Le mémoire publié par Yivenot en 1865 dans les archives de Yirchow contient des indications détaillées sur les modifications qu’a présentées son pouls sous l’influence de la com-
pression. Ces explications sont accompagnées de nombreux gra* phiques obtenus à l’aide du sphygmographe de M. Marey ; je reproduirai les plus caractéristiques :
Un regard rapide, jeté sur les courbes exposées ci-après, montre que celles-ci, sous l’influence d’un air comprimé subissent de remarquables modifications dans leurs figures primitives; une attention plus profonde montre que toutes les par-
Fig. 9.
ties de la courbe sont si essentiellement changées que leur analyse demande une dissection pénétrante des segments isolés de la courbe.
Nous -voyons que dans toutes les ondulations sans exception, sous l’action de l’air comprimé, la hauteur de la courbe décroît. La ligne d’ascension, plus ou moins abrupte primitivement, devient plus oblique; le sommet paraît plus arrondi, et, par suite de l’amoindrissement de l’amplitude, la ligne de descente, encore moins abrupte, à la fin s’infléchit en forme d’onde qui se transforme en une droite plus ou moins convexe. Par suite de la diminution de la hauteur de l’ondulation, l angle figuré par la rencontre de la ligne ascendante et de la ligne descendante de la pulsation écrite et qui sous la pression atmosphérique normale mesure environ 45° est notablement émoussé ; comme aussi, par suite de la direc-
Fig. iO.
tion plus oblique de la ligne d’ascension, la pointe au sommet de^la courbe se prolonge plus en arrière... de sorte que la courbe dans son entier affecte la forme d’un segment de sphère.
Les changements que nous venons de décrire sont proportionnels à la force de la pression de l’air et à la durée du séjour dans l’air comprimé et par conséquent d’autant plus marqués et plus intenses que la pression de l’air a été portée plus
* Dans ces quatre figures la lettre a désigné le tracé sphygmographique obtenu sous la pression normale; b est le tracé pendant que la pression augmente dans l’appareil ; c, pendant le stade de compression constante; d, après le retour de la pression normale. Fig. 11, «1, est pris pendant que la pression augmente; c^, pendant qu’elle diminue.
HISTORIQUE
haut, et le séjour dans l’appareil plus prolongé. Nous trouvons donc que les signes produits après vingt minutes de pression maximum, c’est-à-dire l’obliquité visiblement apparente de la ligne d’ascension, le rapetissement de l’ondulation, l’aplatissement arrondi du sommet, et la transformation de la ligne onduleuse de descente en une ligne droite ou en une simple ligne convexe prennent après une heure et demie, c’est-à-dire après une heure d’exposition à la
pression maximum constante, un caractère encore plus accusé, si bien que le tracé du pouls finit par ne plus présenter pour ainsi dire qu’une ligne droite.
Par le retour à la pression atmosphérique normale, immédiatement après la séance, la courbe reprend son intégrité, ou ne revient que partiellement à l’état primitif, ou, ce qui n’est pas rare, le changement, une fois commencé dans l’apparence de l’ondée sanguine, subit un mouvement de descente. La figure 6 exprime toutes ces diverses phases.
Dans aucun cas, il ne m’est arrivé de trouver durable ce changement de la courbe, mais cette action, d’accord avec les résultats obtenus par nous pour la
Fig. 12.
fréquence du pouls, se prolonge dans les cas favorables pendant un petit nombre d’heures. La courbe d, de la figure ci-dessus fournit un exemple d’une courbe se relevant et regagnant sa forme primitive non pas immédiatement, mais vingt minutes après le retour à la pression normale.
Pour établir la vérité de l’assertion-que nous avons acceptée déjà, que la trace restante après la séance d une action sur le tracé s’éteint déjà après une durée de plusieurs heures, on peut se servir de courbes obtenues sur moi-même le 26 mai, jour où j’avais accompli deux séances d’expériences dans l’air comprimé. Si nous comparons la courbe obtenue ce jour-là avant la première séance, à huit heures du matin (fig. 12, a), avec la courbe correspondante de la deuxième séance,
c’est-à-dire prise à deux heures et demie de l’après-midi (fig. 15, a), on ne peut reconnaître aucune différence essentielle entre ces deux tracés du pouls. 11 ne reste plus de trace sensible après cet espace de quatre heures et demie de l’influence encore remarquable à dix heures sur la courbe h de la figure 7 ; à plus forte raison ne faut-il pas chercher la persistance de cette action d’un jour sur l’autre.
Maintenant, pour pouvoir saisir la valeur des différences trouvées jusqu’ici nous devons nous représenter les divers éléments des courbes comme l’expression de ces changements.
Le choc à ligne ascendante qui coïncide avec la systole du cœur est produit par l’ondée sanguine chassée en avant par la contraction du cœur, ondée qui, tendant à fuir dans toutes les directions, va presser en partie le sang du courant et exerce en partie une pression excentrique sur les parois des vaisseaux qu’èlle’ élargit. La partie ascendante de la courbe (ligne d’ascension) correspond donc à la diastole artérielle. Plus l’écoulement du sang se fait facilement dans les capillaires, plus celui-ci est transporté vite dans les artères, et plus le cœur revient facilement sur lui-même, puisque la pression du sang représentant la résistance opposée à la systole du cœur en devient plus faible. 11 est connu que tout muscle se contracte d’autant plus facilement et plus vite que l’exécution de ce mouvement demande^moins de dépense de force. Par conséquent, en pareil cas, l’ex-
Fig. 15.
pansion artérielle se fera en d’autant moins de temps ; et si le temps à partir du moment de la montée de la pression du sang jusqu’à son maximum d’élévation est très-petit, cela trouvera son expression dans l’escarpement de .la ligne ascendante de la courbe ; et même si la durée du temps est si courte qu’elle ne peut être mesurée, alors la ligne d’ascension paraîtra complètement verticale, comme c’est presque toujours le cas dans l’état normal.
Lorsque, au contrairê, sur les tracés obtenues dans l’air comprimé, nous observons que la ligne d’ascension devient oblique, il en résulte pour nous que la résistance qui s’oppose au flot sanguin poussé par la systole du cœur, a augmenté en même temps que l’écoulement du sang est arrêté dans les capillaires; que par suite la systole du cœur est moins rapide, que le flot sanguin arrive lentement aux artères, et que par suite aussi la dilatation des artères ne se fait pas brusquement, mais progressivement.
Le sommet de la courbe que nous ne voulons pas considérer comme un point mathématique, mais comme la convergence des bgnes ascendante et descendante, nous montre le moment où l'artère, parvenue au maximum de sa dilatation par le sang qui la distend, résiste en vertu de sa contractilité propre à la pression du sang qui agit sur elle, et par son retrait imprime au sang une nouvelle impulsion.
Maintenant la résistance que le flot sanguin éprouve dans les troncs artériels éloignés du cœur, vient-elle à décroître un peu, alors l'écoulement du sang dans
446 HISTORIQUE
le sens du courant, du cœur à la périphérie, devient facile et rapide, la pression du sang dans les artères s’abaisse rapidement ; et celles-ci peuvent se resserrer rapidement. Plus cette disposition est marquée, et plus aigu se montre le sommet du tracé comme on peut le voir par exemple sur le pouls normal.
Le contraire a lieu dans l’air comprimé, et l’angle aigu primitif se change, comme nous avons vu, en un angle plus ou moins émoussé, et même eu cintre, lequel cas a lieu, si par la notable obliquité de la ligne d’ascension, le point culminant suivant la verticale en arrive à couper juste au milieu de la courbe.
Par conséquent l’augmentation de résistance exprimée déjà dans la partie ascendante de la courbe, par son obliquité sous l’influence de l’air comprimé, s’esl communiquée ou transmise aussi au sommet de la courbe (p. 557-560). .
Le flot descendant de la courbe du pouls, qui correspond à la diastole du cœur, nous montre la décroissance de la pression du sang dans les artères, coïncidant avec la clôture des valvules semi-lunaires, et avec l’écoulement simultané des grosses artères dans les capillaires, c’est-à-dire les artères sortant victorieuses de leur combat contre la pression du sang, et grâce à leur élasticité, par la transformation de leur force d’expansion en force vive, pouvant se rétracter jusqu’à la limite minimum de leur calibre. L’apparence si différente de la ligne de descente, suivant qu’elle s’infléchit, qu’elle devient rectiligne, ou oblique, ou convexe, ou qu’elle tombe à pic, nous donne la mesure du plus ou moins de facilité avec laquelle le cours du sang s’effectue dans les capillaires. Les tracés de pouls obtenus à la pression atmosphérique normale, avant l’entrée dans l’air comprimé {tracés 1-XVII de Yivenot) montrent ce caractère d’oscillation plus ou moins accentué que le doigt ne ressent que dans les cas les plus prononcés e qu’on appelle dicrotisme et qui consiste en deux, et plus souvent trois oscillations de l’ondée. (P. 562.) .
Tandis que nous avons trouvé le policrotisme comme particularité plus ou moins marquée du pouls normal à la pression ordinaire, il ressort de nos courbes comme effet de l’air comprimé que cette compression a pour effet de produire upe disparition du policrotisme et une transformation de la ligne de descente ondulée en une ligne presque droite ou plus ou moins convexe.
Ainsi nous trouvons la preuve d’un tassement du sang dans les vaisseaux et d’un embarras de la circulation capillaire, aussi bien dans la ligne descendante de la Courbe, que nous l’avions trouvée dans sa partie ascendante et son sommet.
Tandis que, comme Marey l’a montré et en a fourni u» exemple par un tracé recueilli dans un cas de maladie du cœur (fig. 86 de Marey), le dicrotisme est d’autant plus grand que l’ondée envoyée par le ventricule est plus petite par rapport au calibre de l’artère, nous confirmons, de notre côté, cette proposition par rapport au dicrotisme, puisque, comme il appert de ce qui précède, les artères rapetissées par la pression extérieure, et par ainsi charriant très-peu de sang, se montrent néanmoins fortement rempbes de sang relativement à leur calibre amoindri.
Avec le retour à la pression normale, reparaît aussitôt la figure primitive de la ligne de descente et la ligne simplement convexe reprend son précédent policrotisme ou bien la forme qui s’est produite se maintient encore quelque temps, pendant une ou deux heures, pour céder et reprendre peu à peu son apparence
originelle (Voy. plus haut, fig. 6). . . • .
Dans notre analyse des tracés du pouls nous avons laissé de côté jusqu’ici une circonstance, nous voulons parler du changement qui n’est pas sans importance que subit l’amplitude de 1 coimbe sous l’influence de l’air comprimé.
Pour la clarté de la description, nous en avons reculé l’analyse jusqu’au chapitre de la force du pouls, plus justement désignée sous le nom de grandeur du pouls, qui se rapporte à la hauteur verticale de l’ondée sanguine, c’est-à-dire au maximum de la hauteur, et qui, d’après Marey, est proportionnelle à l’énergie de la pulsation. Comme nous l’avons conclu de l’accord du tracé des courbes que nous avons réunies jusqu’ici, l’amplitude du pouls est rendue plus petite par le séjour dans l’air comprimé, et perd souvent de 4/5 à 5/6 de sa hauteur primitive, de sorte que toute la série de pulsations tracées est changée souvent en une ligne où les ondes isolées sont à peine perceptibles.
Cet abaissement de l’amplitude est proportionnel à la compression de l’air et à la longueur du séjour dans l’air comprimé, aussi observe-t-on surtout le mim'mum d’amplitude à la fin du séjour dans l’air comprimé; il arrive exceptionnellement qu’après le retour à la pression normale, l’amplitude reste stationnaire, pour revenir à l’état normal, après un long séjoür sous la pression ordinaire. Il est également exceptionnel de voir l’amplitude, après avoir atteint son minimum, commencer à s’élever peu à peu pendant le stade de la pression maximum constante, sans toutefois atteindre à sa hauteur primitive.
Les changements que le pouls subit ici s’expliquent du reste et sont sensibles au tact, puisque dans la majorité des cas le pouls étant trouvé normal, avant l’entrée dans l’appareil pneumatique, se montre dans l’air comprimé presque insensible au toucher du doigt ; il est véritablement le pulsus debilis. Il est utile de faire observer à propos de ce dernier point, que les transformations décrites plus haut du pouls en un pulsus longue, comme nous en avons vu quelques-unes se produire dans l’appareil pneumatique, et qui sont observées du reste à la pression normale de l’air dans certains procès susmorbides, tels que les anévrysmes, les embolies, donnent une sensation trompeuse au doigt, de sorte que même alors que la hauteur verticale du pouls reste identique, comme Marey l’a observé (p. 243), le pouls paraîtra d’autant plus fort que Fondée sanguine sera plus graduelle, ce qui est exprimé par la montée et la descente de la pression du sang dans les vaisseaux; mais puisque dans notre cas, dans l’air comprimé, l’abaissement de la force du pouls perçu par le tact est confirmé encore par l’amoindrissement de la hauteur verticale du tracé, il faut tenir pour certain l’amoindrissement de la force du pouls en soi.
Nous aurions maintenant à montrer la cause de cet amoindrissement de la force du pouls dans l’aîr comprimé, ainsi que cela résulte de nos recherches ; en première ligne, on pouvait jjien penser à l’affaiblissement de l’action du cœur luimême , comme à la circonstance occasionnelle de l’abaissement de la force du pouls dans l’air comprimé, affaiblissement peut-être produit par l’élévation de la résistance, que l’accroissement de la pression atmosphérique qui exerce une compression sur l’ensemble des vaisseaux périphériques, amène dans le système artériel ; à l’appui de cette supposition, on pourrait citer des faits qui ont été rapportés par moi dans une autre circonstance et dans un autre lieu ; en effet, l’inspection et la palpation du cœur en montrent l’impulsion plus faible ; l’auscultation du cœur donne un résultat identique, et le son paraît, pour ainsi dire, plus lointain.
Cependant ces faits ne démontrent et ne prouvent en aucune façon qu’un changement ait lieu dans la force d’impulsion du cœurj car, d’un côté, pour avoir une preuve presque certaine et démontrée du changement d’intensité de la contraction du cœur, nous éprouvons les plus grandes difficultés, et, d’un autre côté, l’affaiblissement de l’impulsion du cœur et des bruits du cœur, constaté dans le séjour dans l’air comprimé par la vue, la main et Foreille, peut n’être qu’apparent; et
HISTORIQUE
comme je l’ai déjà montré dans la dissertation susdite, n’être qu’un simple effet d'un déplacement du cœur, produit par la compression de l’air et lié à l’agrandissement de la capacité des poumons et au passage, au-devant du cœur , de la lame antérieure du poumon gauche. (P. 564-567.) .
Nous ne nous sommes occupés jusqu’ici que de la figure de l’ondée isolée, sans tenir compte de l’ensemble des ondées successives, et cependant ce phénomène complexe demande quelques explications.
Tirons du commencement à la fin, à la base de fondée ou à travers son sommet une ligne, alors que nous avons ce que Marey a appelé ligne d'ensemble (gemeinsame linie),qui peut nous donner des éclaircissements sur certains changements dans la pression du sang, et dans la distension des vaisseaux. Cette ligne qui, ainsi que nous l’avons dit, se comporte différemment suivant certains changements d’attitude du corps, peut présenter un changement total ou partiel dans sa figure et dans sa direction. Le premier cas se présente à la suite d’un changement de longue durée dans la pression du sang et dans la distension du vaisseau, et se reconnaît à une modification considérable de toute la ligne par rapport à la figure primitive du pouls , tandis qu’un changement fréquent de la pression du sang et de la distension vasculaire, comme cela a lieu par exemple sous l’influence d’une respiration irrégulière, trouve une expression dans des incurvations plus ou moins marquées et plus ou moins fréquentes, dans une série d’élévations et d’abaissements de la ligne du pouls. Maintenant, comme cette hgne, d’après Marey, indique qu’un obstacle à l’écoulerqent du sang augmente la distension dans le système artériel en un point quelconque, nous avions à rechercher si cela se produisait dans fair comprimé par suite de la compression des vaisseaux superficiels, et si l’obstacle ou la gêne reconnus par nous dans la circulation artérielle au changement de la ligne d’ascension, produisait aussi un changement dans notre ligne d’ ensemble, et trouvait son expression dans son élévation (ascension oblique de toute la ligne), dans l’air comprimé.
Après avoir dans ce but assujetti l’instrument, d’après les régies établies dans nos précédentes expériences faites àl’aidedusphygmographe, et disposé les choses de telle façon que le stylet enregistreur fût placé juste au milieu de la bande de papier, à une distance égale du bord supérieur et du bord inférieur, et je recueillis ainsi à l’air libre, après avoir lâché le mouvement d’horlogerie, un tracé du pouls juste au milieu du papier ; mais je ne trouvai plus la même chose en opérant dans fair comprimé. Quoique l’instrument n’eût pas été enlevé, et qu’aucun changement ne se fût produit ni dans f attitude du bras, ni dans la position de finstrument, le stylet enregistreur, sous l’influence de l’air comprimé, subit un mouvement par rapport à sa situation primitive, et monta ; il monta même si haut, qu’il passa par-dessus le bord supérieur de la bande de papier, et qu’il fallut, par un léger mouvement de la main , l’abaisser au niveau du papier, pour prendre un tracé. D’après cette expérience, nous avons démontré : pour V artère radiale une élévation générale de la tension du sang et de la distension vasculaire indépendante de celle que l’on peut observer sur une pulsation isolée.
Enfin quant à ce qui concerne l’influence des mouvements respiratoires dénoncée par les incurvations en arcades de la ligne du pouls, elle est assez insensible et assez peu apparente pour passer inaperçue aux yeux d’un observateur superficiel. Elle n’est très-apparente que lorsqu’on fait de profondes inspirations, et qu’il y a une gêne dans la respiration.
Par suite de changements survenus dans la grandeur du thorax par les inspirations et les expirations d’une part , d’autre part, par suite des mouvements
d’élévation et d’abaissement du diaphragme, qui rétrécit on agrandit alternativement la cavité abdominale et la cavité thoracique , et par suite du changement de distension qui en résulte pour l’abdomen , il se produit alternativement dans l’aorte thoracique et dans l’aorte abdominale une pression plus forte ; il en résulte pour ces vaisseaux une distension variable qui se communique consécutivement aux artères éloignées.
Par là, ainsi que je l’ai montré ailleurs, sous l’influence de l’air comprimé, on observe un ralentissement de la fréquence de la respiration qui, entretenu par la continuation journalière de cette même influence de la pression de l’air, s’accroît de jour en jour jusqu’à un certain chiffre ; du reste, la respiration est plus facile dans Pair comprimé ; elle devient plus tranquille et plus complète ; et l’on calme ainsi quelques troubles respiratoires. Ainsi, là où, à l’air libre, l’influence de la respiration se faisait sentir sur la courbe du pouls, cette influence devait s’affaiblir dans l’air comprimé, c’est-à-dire que les courbures et les cintrages de la ligne du pouls devaient, sous celte influence, diminuer de fréquence et d’intensité, comme du reste on peut le voir à la figure 9, qui, prise le 1" mai sur un emphysématique âgé de 44 ans, en a à la pression normale, montre de remarquables inflexions aux courbures dans lesquelles s’inscrivent les pulsations, et qui trahissent
Fig. 14.
une forte gêne de la respiration, tandis que sous l’influence de l’air comprimé en h, l’intensité de l’ondulation a baissé si notablement, que la ligne du pouls se rapproche presque de l’horizontale, et que en même temps il y a un plus, grand nombre de pulsations, pour une respiration qu’en a, par quoi se marque l’apaisement de la précédente gêne respiratoire.
L’existence de ce changement dans la courbe respiratoire sous l’influence de l’air comprimé peut être considéré comme étant la règle, et l’on trouve rarement l’état contraire. (P. 578-580.)
Quant au nombre des pulsations, Vivenot résume dans les termes suivants 423 observations faites sur lui-même :
Le matin, entre 6 et 7 heures, en me réveillant, j’avais 65,22 pulsations. Après avoir déjeuné dans le lit, ce nornbre s’élevait à son maximum, 81,20; au moment d’entrer dans l’appareil pneumatique, il n’était plus que de 79,03. Sous l’influence de l’air comprimé, il s’abaissait entre 75,43 et 71,66; au retour à la pression normale, j’avais encore 72,41, et dans le cours de la journée mon pouls ne remontait pas au chiffre antérieur à l’entrée dans les appareils.
Cet abaissement du pouls dans l’air comprimé a été constaté 375 fois dans mes 423 observations ; 18 fois il n’y a eu aucun changement ; 30 fois, un accélération du pouls. (P. 532.)
Vivenot a vu l’injection des vaisseaux de la conjonctive disparaî-
HISTORIQUE
tre totalement ou partiellement par la compression. L’examen de la rétine lui a aussi montré, chez un individu soumis à l’atropine, que les vaisseaux de l’œil se vident de sang dans l’air comprimé.
Il a fait, en outre, sur un lapin blanc apprivoisé, cinq observations directes relativement aux modifications de la circulation dans les oreilles et la conjonctive. Je reproduis les détails qu’il a donnés à ce sujet, parce qu’ils ne me semblent pas justifier les conséquences qu’il en a tirées, et qu’on a acceptées d’après lui.