CHAPITRE IV
RÉSDMÉ ET critiques;
Je vais maintenant résumer, comme je l’ai fait pour la diminution de pression, d’abord les symptômes physiologiques qu’amène l’emploi de l’air comprimé et les accidents plus ou moins graves qui l’ont souvent suivi, puis les théories que les auteurs ont mises en avant pour expliquer tous ces phénomènes.
§ — Action physiologique de l’air comprimé.
Il résulte de la manière la plus nette des faits exposés dans le chapitre P” que les phénomènes qui doivent être rapportés ici se divisent en deux catégories bien diftérentes par leur origine, et que nous devons, sous peine de tout confondre, séparer dans l’exposition, bien que la distinction n’en ait pas toujours été faite par les auteurs. Les uns, en effet, se manifestent pendant la compression même, et sont la conséquence du séjour dans l’air condensé ; les autres ne surviennent qu’au moment du retour à la pression normale; ils sont le résultat de la décompression, et leur intensité est d’autant plus grande que celle-ci a été plus rapide, et que la compression était plus considérable. Cette distinction qui a été, pour la première fois, indiquée d’une manière encore assez confuse par Pol et Watelle, doit dominer notre résumé.
AIR COMPIimÉ : RÉSUMÉ ET CRITIQUES.
A. -7^' riIÉNOMÈNES DUS A LA COMPRESSIO.N.
Douleurs d'oreilles. — Les douleurs d’oreilles ont été signalées, pendant l’acte de la compression comme pendant celui delà décompression, partons les observateurs. Tous en ont aussi donné l’explication exacte; ils ont montré comment la trompe d’Eustache, obstruée par des causes diverses, ne laissant pas pénétrer l’air comprimé dans la caisse, la membrane tympanique refoulée, distendue , cause des douleurs qui peuvent être intolérables. Elle se rompt même parfois, comme il est arrivé à M. Cézanne, au pont de Sgedezin. Des accidents semblables, mais moins intenses, signalent la décompression. On les fait cesser en débouchant la trompe, soit par des mouvements de déglutition, soit, ce qui est plus sûr, en expirant fortement, la bouche et le nez fermés.
Ces manœuvres répétées ont pour conséquence de rétablir la perméabilité de la trompe, dont l’oblitération est une cause fréquente de surdité ; de là, sans doute, l’amélioration souvent observée de cette infirmité, et l’efficacité du traitement institué par Pravaz. Mais la question se complique de l’action directe de l’air comprimé sur les muqueuses, dont je parlerai tout à l’heure.
Voix. — La voix est altérée dans l’air comprimé : on parle du nez, dit Triger ; elle hausse de ton, et Vivenot a fait sur ce point l’observation précise d’une cantatrice qui gagnait un demi-ton dans l’appareil. L’acte de siffler devient impossible à partir de 3 atmosphères, comme l’avait déjà vu Triger; il faut même, selon Pol et Watelle, un certain effort pour parler. Tout cela est bien évidemment dû à la densité plus grande de l’air.
"''^.'Ëespiratiou. — Il est établi de la manière la plus nette que, pendant le séjour dans l’air comprimé, la capacité respiratoire maximum augmente notablement. Le diaphragme et la base du poumon s’abaissent; la respiration s’opère ainsi dans un certain état constant de gonflement du thorax. De là sans doute une des causes d’amélioration pour les asthmatiques, chez qui l’expansion pulmonaire se fait alors plus largement. Cette modification, qui s’accentue à chacun des premiers bains, persiste pendant plus ou moins longtemps après le retour à l’air libre.
La fréquence des mouvements respiratoires diminue notablement ; tout le monde est d’accord là-dessus ; leur amplitude augmente en sens inverse. Mais, en définitive, il passe à travers le poumon, en
niSTORIQL'E.
un temps donné, un moindre volume d’air sous pression que dans l’air ordinaire. Cela, du moins, semble résulter des chiffres de Vivenot et de Panum ; mais il faut dire qu’aucune expérience directe n’a été faite, et que ces conclusions ont été tirées de calculs où l’on a dû tenir compte de l’amplitude d’une ou plusieurs respirations et du nombre des mouvements respiratoires à la minute : calculs complexes et semés de causes d’erreurs d’ordre physiologique.
Quant au rhythme lui-même, Vivenot et Panum sont en contradiction complète dans leurs assertions ; mais le point est du reste de peu d’importance^
Circulation. — ESmminution des battements du cœur est aussi un fait d’observation générale; seul, M. Bucquoy (p. 391) a avancé une assertion contraire. Dans l’air fortement comprimé, Pol et Watelle ont vu tomber les pulsations de 80 à 50 ; le changement est surtout très-considérable lorsqu’il y avait une accélération anormale. .4u retour à la pression ordinaire, la fréquence habituelle reparaît.
Le pouls subit d’autres modifications encore, sur lesquelles les tracés de Yivenot nous renseignent clairement (fig. 10-13, p. 442, 443) ; son amplitude est très-diminuée, et il porte tous les caractères de la tension artérielle exagérée.
Aucune expérience directe n’a été faite pour mesurer sur des animaux les changements dans la pression du cœur et dans la rapidité du cours du sang.
La circulation capillaire est évidemment trés-modifiée. La peau et les muqueuses pâlissent, surtout lorsqu’elles étaient le siège de congestion ou d’inflammation ; les observations des médecins sont, sur ce fait capital en thérapeutique, plus probantes que les expériences faites par Yivenot sur les oreilles des lapins blancs.
La couleur du sang présente, et cela a surtout été observé chez les ouvriers des tubes, une rutilance extraordinaire. Le sang veineux de la saignée du bras, comme l’ont remarqué les premiers Pol et Watelle (p. 384), a l’aspect artériel, indice certain de la plus graitde proportion d’oxygène qu’il contient : cette rougeur du sang persiste, selon ces auteurs, pendant un temps assez long.
Séci'étions. — La seule remarque importante qui ait été faite porte sur l’augmentation de la sécrétion urinaire; mais aucune mesure exacte n’a été prise, et on n’a fait aucune analyse de l’urine.
Quelques observateurs ont parlé de la sécheresse de la peau, mais ce point est difficilement susceptible d’appréciations exactes.
Nutrition. — Les variations du poids du corps ont été estimées fort différemment par les divers auteurs. Les médecins des ouvriers tubistes et des plongeurs déclarent qu’il y a amaigrissement ; ceux qui ont employé l’air comprimé dans un but thérapeutique concluent à l’engraissement. Outre qu’il peut y avoir une grande différence à ce point de vue entre l’action d’une pression de 5 atmosphères et celle d’une pression de quelques centimètres de mercure, on ne peut guère comparer les ouvriers tubistes, gens que leur dur travail épuise, qui cherchent dans les alcooliques un secours périlleux, et qui se nourrissent fort insuffisamment en général, avec les expérimentateurs placés dans d’excellentes conditions hygiéniques et pouvant satisfaire largement au surcroît d’appétit que paraît amener le séjour dans les cloches. De ce chef donc, il ne paraît guère possible d’arriver à une conclusion quelconque.
Les observations de Vivenot sur une augmentation de la température du corps, allant de 0°,1 à 0“,4, ne me paraissent en aucune façon convaincantes.
Quant à la production d’acide carbonique dans un temps donné, nous en parlerons dans le prochain paragraphe.
Innervation. — 11 est très-difficile d’y voir clair parmi les récits des auteurs, pour ce qui a rapport aux fonctions sensorielles. L’odorat et le goût sont impressionnés désagréablement dans les tubes par les impuretés de l’air, et l’oreille est rendue malade par la distension de la membrane du tympan.
Ils ne sont pas plus d’accord pour les fonctions intellectuelles. Colladon (p. 373) accuse une excitabilité qui ressemble à l’ivresse; M. Junod (p. 432) affirme que « les fonctions de l’encéphale sont activées » ; M. Foleÿ, en sortant des tubes, il est vrai, était atteint d’une surexcitation cérébrale qui le faisait « se surprendre en flagrant délit de bavardage, en dépit de tous ses efforts. » J. Lange (p. 496) prétend que constamment, dans l’appareil même, « on éprouve une élasticité et une fraîcheur d’esprit qui n’existait pas auparavant ». En sens inverse, le D'' François dit qu’on ressent surtout au début une certaine somnolence, et suivant G. Lange, le seul phénomène qu’on puisse constater est « un sentiment de calme 'auquel succède généralement une tendance au sommeil. »
HISTORIQUE