LES RÉGIONS ÉLEVÉES DD GLOBE
Amériqlt:. — Le système orograpliique de rAmérique forme avec celui de l’Asie un contraste frappant. Il ne s’agit plus ici d’un massif central duquel s’étendent, comme autant de bras gigantesques, des chaînes divergentes. Tout au contraire, une arête, dont certains sommets ne sont dominés que par ceux de l’Himalaya, longe, de la Patagonie à l’Alaska, les rives de l’océan Pacifique. Dans sa partie la plus méridionale, la Cordillère est simple et d’une médiocre hauteur; mais en se dirigeant vers le nord, on voit graduellement grandir son élévation moyenne qui atteint deux maxiina : en Bolivie et sous l’équateur. En môme temps, pendant que son versant occidental reste toujours abrupte, à ce point que des • montagnes de 6000“ sont parfois à moins de 20 lieues de la mer, apparaissent sur son flanc oriental des contre-forts dont l’importance va toujours grandissant, jusqu’à constituer en Bolivie un véritable massif de 100 à 150 lieues de largeur sur une hauteur moyenne de 4000“, où se distinguent surtout deux chaînes parallèles déterminant la haute vallée du lac de Titicaca {3915“). Ces deux chaînes, avec leur vallée intermédiaire entrecoupée de nœuds, où prennent naissance le Marafion et PUcayali, où sont bâties la Paz, Puno, Cuzco, Quito et d’autres villes, s’abaissent d’abord en s’étalant jusqu’au nœud de Pasco, puis se relèvent et atteignent leur point culminant juste sous l’équateur. Ici, l’arête orientale se bifurque à son tour et se termine à la mer, par la chaîne de Venezuela et la Nevada de Santa-.Marta, dont le principal sommet, la Horqueta (5500“), se dresse pi'esque sur le bord de la mer des Antilles.
La Cordillère occidentale, singulièrement réduite en hauteur, forme ensuite l’isthme de Panama, longe le Pacifique dans l’Amérique centrale, se relève et s’étale au Mexique. De là partent, comme dans l’Amérique du Sud, deux grandes chaînes parallèles, mais cette fois beaucoup plus éloignées l’une de l’autre, et du reste beaucoup moins élevées. A l’est, la ligne de faîte des monts du Nouveau-Mexique, des montagnes Rocheuses, des monts des Chipways, sépare les eaux de l’Atlantique de ceux du Pacifique. La chaîne occidentale demeure voisine de l’Océan, et est interrompue dans son parcours pour le libre passage du Colorado et de la Columbia.
Sur l’immense étendue de cette arête montagneuse se dressent des montagnes, pour la plupart volcaniques, d’une prodigieuse hauteur. L’impertinence du chanoine Bourrit nous paraît grande d’avoir prétendu que « comparées aux Alpes suisses, ces montagnes de l’Amérique méridionale ne sont que des nains montés sur de
HISTORIQUE
grands piédestaux^ » ; ü y a cependant un fonds de vérité dans son dire, et il n’est pas sans intérêt pour notre sujet.
Précisément sous l’équateur, des terrasses de la ville de Quito, l’œil étonné contemple onze montagnes volcaniques couvertes de neiges éternelles. Les unes, comme le Cayambe (5950“), l’Iliniza (5250“), le Chimborazo (6420“), sont aujourd’hui éteintes; d’autres, comme le Pichincha (4860“), l’Antisana (5880“), le Cotopaxi (5945“), lancent encore des fumées ou des flammes. On a pendant longtemps considéré le Chimborazo comme la cime la plus haute des Andes; c’est une erreur. Plus élevé encore est l’Aconcagua (6855“), dans les Andes du Chili, et surtout l’Illimani (7310“) et le Sorate (7560“) qui bordent le lac de Titicaca.
Une foule de montagnes, comme le Tolima (5525“), le Puracé (5180“) en Colombie; le Cotocachi (4950“), le Sangay (5044“), le Sinchalagua (o200“), le Tunguragua (5020“), le Llanganati (5395“), l’Altar (5240“), le Sara-urcu (5140“), dans la République de l’Equateur; le Misli (6100“), le Chipicani (6180”), le Jachura (5180”), le Tacora (5700”), le Parinacota (6330”), le Nevado Vilcanota (5360”), le Lirima (7470”), au Pérou ; le Sahama (7015”), le pic Farinacobo (6714”), le Gualatiéri (6690”), le Cerro de Potosi (6620®), l’Atacama (5300”), le Coolo (6870”), le Soololo (6795”), le Quenuta (6870”), le Pomarape (6580”), en Bolivie; la Nevada de Famatina (5820”) dans la République Argentine ; le Cerro del Plomo (5435”), la Cima del Mercedario (6800”), le Juncal (5960”), le Tupungato (6180”), le Maypu (5385”), le San-José (6100”), au Chili, dépassent de beaucoup les Alpes et même le Caucase*.
Les passages qu’ont à franchir les voyageurs qui se rendent des côtes du Pacifique aux grandes villes de la Cordillère ou directement aux bassins de l’Orénoque, de l’Amazone ou de la Plata, atteignent toujours à leurs points culminants des hauteurs capables d’impressionner l’organisme. La grande route que les Incas avaient construite, de Cuzco à Quito, traverse le passage du nœud de l’Assuay à 4735” ; de Potosi à la Paz, le voyageur reste sans cesse à des hauteurs de 4000” et plus ; le poste de Talapolco est à 4190”. Dans la République de l’Equateur, les passages par lesquels on peut aller de Quito à la mer sont par-delà 4000“ ; la route de Lima à Pasco
^ Nouvelle description des glacières et des glaciers des Alpes, 2® éd., t. II, p, 87. — Genève, 178o.
* Outi’e les sourœs indiquées plus haut en note (page 4), j’ai fait pour ces hauteui s de nombreux emprunts à Klôden, Handbuch der Erdkunde, Berlin, 1869, et à Stein, édition de Wappens : Handbuch der Géographie, Leipzig, 4863-70.