GAZ DU SANG : PRESSION DIMINUÉE
et quitter suivant des circonstances dont on n’est pas le maître.
Je puis arriver ainsi à faire diminuer la pression de 20' en 5®, de 40' en 10“. J’atteins assez facilement, en 20“ , la pres¬
sion de 25 centimètres; mais j’ai eu la plus grande peine à descendre au-dessous, et je n’ai pu dépasser celle de il centimètres.
On voit sur la figure un cylindre indépendant B. Je m’en
EXPÉRIE^'GES.
servais comme d’un réservoir de vide, si l’on peut ainsi parler, dans certaines expériences. Enfin, le tube qui, dans la figure, communique avec une cloche de verre G, est celui que j’adaptai plus tard à la table à plaques pneumatiques représentée figure 15.
L’extraction du sang d’un chien placé dans un semblable appareil est une entreprise assez délicate.
L’animal est d’abord solidement attaché sur le dos, comme le montre la figure 28, aux montants d’une sorte de cage en bois solide, courbée de manière à pouvoir s’adapter exactement par son bord convexe à la concavité du cylindre, et pouvant y être fixée au moyen de trous qui s’emmanchent dans les crochets de forts pitons vissés aux flancs de ce cylindre. La tête de l’animal est prise dans une sorte de muselière mobile, qui permet de tendre son cou suivant les besoins de l’expérience, et de le maintenir parfaitement immobile. Les pattes antérieures sont attachées aux barreaux de la cage, et pour les pattes postérieures, deux barreaux montés sur des coulisses en arc de cercle peuvent être éloignés plus ou moins suivant la taille de l’animal.
Dans cette situation, on peut tirer le sang soit à l’une des artères carotides, soit à l’une des fémorales. Les carotides sont plus commodes et par leur calibre et par leur proximité de la paroi du cylindre, et c’est presque toujours d’elles que je me suis servi.
Cette paroi, en face de l’endroit où se trouve amenée et mise à découvert l’artère, est percée de plusieurs trous, à la façon d’une pomme d’arrosoir; c’est par l’un de ces trous que passera la sonde destinée à extraire du sang; les autres trous seront fermés à l’aide d’une poignée de cire à modeler fortement appliquée sur eux.
Et maintenant comment extraire le sang? Il est, dans l’artère, soumis à une pression équivalente à environ 15 à 18 centimètres de mercure, qui en rend la sortie très-facile quand on agit à la pression normale. Mais l’animal est placé dans un appareil où la pression va être diminuée, et nous allons faire communiquer son artère avec le dehors. Il est
GAZ Dü SANG ; PRESSION DIMINUÉE. 635
bien évident que, lorsque la pression sera abaissée de 15 à 18 centimètres, le sang n’aura plus aucune tendance à sortir
du vaisseau, et que lorsque la diminution sera plus forte encore, l’air du dehors tendra à se précipiter dans 1 artère
EXPÉRIENCES
de l’animal, et de là à se répandre dans tout l’appareil circulatoire.
C’est là qu’est le danger et là que gît la difficulté. Pour le conjurer et le résoudre, je me servis (fig. 29) d’abord d’une sonde A bifurquée à son extrémité libre, dans laquelle glissait un mandrin .terminé par une olive. Celle-ci était disposée de manière à pouvoir oblitérer exactement l’orifice de la sonde placée dans l’artère de l’animal. Lorsqu’on voulait extraire le sang, on tirait le mandrin jusqu’à ce que l’olive arrivât dans la région de la bifurcation. Pendant tout ce temps, la cavité de la sonde était parfaitement fermée, le mandrin glissant à frottement dur dans un bouchon percé de caoutchouc qu’une tête a assujettissait fortement. Alors, adaptant à l’orifice a', à l’aide' d’un tube de caoutchouc à parois épaisses, la seringue de la figure 25, et ouvrant le robinet, on pouvait sans danger aspirer le sang.
Mais, malgré toutes les précautions prises, il m’est arrivé des accidents consécutifs à l’entrée d’une certaine quantité d’air. Il suffit, en effet, d’un orifice microscopique pour laisser entrer quelques bulles, et celles-ci, arrivant au cœur gauche et lancées de là dans les artères, peuvent, comme on le verra, occasionner des troubles très-graves. Quelquefois même, la quantité d’air ainsi introduite a été suffisante pour entraîner une mort immédiate -
Je fis alors fabriquer une autre sonde, tout entière métallique, formée de deux pièces réunies en è, et dont la figure B donne une idée suffisante. J’eus encore des échecs, et j’en arrivai à une disposition figurée en G qui m’a donné d’excellents résultats, et qui, comme cela arrive souvent, est la plus simple de toutes.
L’expérience se fait de la manière suivante. La carotide de l’animal ayant été mise à découvert et liée à son extrémité supérieure, j'accroche aux parois de l’un des compartiments de l’appareil le cadre qui supporte le chien. L’opérateur entre en même temps dans le cylindre, fait passer par l’un des trous dont la paroi est criblée à cet endroit à la façon d’une pomme d’arrosoir la serre-fine D, dont le long manche d
EXPÉRIEÎÿCES.
reste à l’extérieur. Écartant alors les deux mors de la serrefine, de manière à faire sortir les petits tenons de leurs trous, il fait passer la carotide dans l’espace d", d’où elle ne peut plus sortir, grâce aux tenons; le levier mobile d, mù du dehors par le manche d, lui permet de serrer l’artère aussi bas que possible. Il ouvre alors celle-ci, y place la sonde métallique, dont il fait passer l’extrémité à travers l’un des trous de la paroi. On y fixe ensuite le caoutchouc et le robinet.
Les cylindres fermés, la dépression obtenue, lorsqu’on veut
tirer du sang, on dispose les choses comme le montre la figure 30. On ouvre la serrefine, on applique la seringue dont le piston a été surmonté d’une couche d’eau, et on aspire. Tous les raccords étant noyés dans l’eau, il ne peut arriver d’accidents.
4 Mais après l’extraction il reste dans la sonde un long caillot qui, le plus souvent, s’oppose à une extraction nouvelle. C’est pour parer à cet
Fig. 30 - Extraction du sang d’un animal placé inconvénient oue l’avais ima-
sous diminution de uression : A artère: P na- ^ ^
dans Peau).
nimal; seulement, ainsi que
je l’ai dit, je ne pouvais être sûr de l’oblitération. Je dois ajouter que, lorsque les extractions n’étaient pas trop éloignées l’une, de l’autre, il m’est arrivé de pouvoir aspirer d’un coup de seringue le caillot encore diffluent. D’autres fois, immédiatement après avoir tiré du sang, j’injectais dans la sonde un peu de solution de carbonate de soude, pour empêcher la coagulation.
Je tirais ainsi, comme je l’ai dit, à chaque fois, de 30 à 40"'" de sang. J’attendais que la dépression fût maintenue pendant quelques minutes pour faire l'extraction. Le sang de la près-
GAZ Dü SAIN'G : PRESSION DIMINUÉE.
sion normale était quelquefois pris à l’avance; mais la tendance à la coagulation, qui résultait de cette pratique, a fait que le plus souvent je l’ai pris au retour. J’avais soin alors d’attendre un temps assez long. Le récit des ‘expériences ainsi conduites indiquera du reste ces détails.
§ 2. — Expériences.
Expérience CLXIII. — 22 juin. Pression 76s4 ; temp. 25". Chien de grande taille, auquel on a fait la veille diverses opérations : ne paraît pas malade.
Tiré à l’artére fémorale 46"" de sang, à la pression normale ; sang assez rouge . A.
Mis dans le grand appareil ; amené en une derni-heuré à 45" de diminution; pression réelle 31", 4 ; après lO®, tiré à la carotide 46"", 5 de sang ; sang notablement moins rouge . B.
Le sang A (76", 4) contient, pour 100 vol. ; O 18,8 ; CO^ 39,7 — B (31", 4) — — 12,0; — 31,0
lia ainsi disparu, à 31",4 de pression, 36,2 pour 100 de l’oxygène qui existait à la pression normale, et 21,9 de l’acide carbonique.
Expérience CLXIV. — 24 juin. Pression 76"; temp. 21". Chien de grande taille.
Pression normale : Tiré à l’artère fémorale 46"" de sang, bien rouge. A.
Amené en trois quarts d’heure environ à 54" de diminution (22" de pression). Tiré à la même artère 40"" de sang, très-noir . B.
Le sang A (76") contient, pour 100 vol. : O 21,5; CO^ 41,9 — B (22") — — 10,7; — 22,0
Il a disparu 50 peur 100 de l’oxygène, et 47,5 de l’acide carbonique primitif.
Expérience CLXV. — 28 juin. Pression 76"; temp. 21", 8. Chien de l’expérience précédente, bien remis, vigoureux.
En liant, par les préparatifs, la carotide gauche, la fémorale liée trois jours avant s’ouvre, et le sang en sort : l’animal perd ainsi environ 50"" de sang.
Mis ensuite dans l’appareil, la pression est amenée en 5“ à 19" de diminution (pression réelle 57") ; elle y demeure pendant une demi-heure. On tire alors à la carotide gauche 42"", 3 de sang, pas très-rouge . A.
L’animal, ramené à la pression normale, y respire tranquillement pendant une heure. On lui tire alors 42"", 5 de sang à la même carotide ; évi¬
demment, plus rouge que le précédent . B.
Le sang A (57") contient, pour 100 vol. : O 18,6; CO^ 55,4 B (76") — — 21,6; —36,5
658 EXPÉRIE>'CES.
Expérience CLXYI. — ^4 juillet. Pression temp. 22°. Chienne de moyenne taille.
A 3**, tiré par une fémorale 4o'®,3 de sang peu rouge . A.
Mis l’animal dans l’appareil ; crie et s’agite beaucoup ; on arrive à 52® de diminution pour recfescendre à 47® et remonter à 50®, le tout pendant envi¬
ron un quart d’heure. La pression réelle est 26®. On lire alors 45®®, 1 de
sang très-noir, à la même artère . *....... B.
Le sang A (76®) contient, pour 100 vol. : O 18,5; CO® 52,8 B (26®) — — 9,8 ; — 24,5
Expérience CLXYII. — 6 juillet. Pression 76®; temp. 24®,5. Chienne de l’expérience précédente, bien portante.
Mise dans le grand appareil ; amenée en un quart d’heure à 44® de pression réelle ; s’agite beaucoup ; maintenue à celte pression pendant 20“, et on tire alors à la carotide gauche 32®®, 6 de sang assez noir . A.
L’animal étant ramené à la pression normale, ce qui met environ 5 minutes, on prend aussitôt à la même artère 42®®,5 d’un sang évidemment plus rouge . . : . . B.
Le sang A (44®) contient, pour 100 vol. : O 16,5; CO® 25,3 — B (76®) — — 19,8; — 29,1
Expériekce CLXYIll. — 8 juillet. Pression 75®,9 ; temp. 25®. Chien de très-grande taille.
Mis dans l’appareil ; a dans la carotide gauche une sonde neuve du modèle A (fig. 29). On l’amène en un quart d’heure à 20® de diminution, et on l’y laisse un quart d’heure. On tire alors 59®® de sang, avec difficulté. A.
On pousse le chien à 30® de diminution, et on essaie d’extraire le sang ; mais cela est impossible, la sonde est tordue.
Ramené à la pression normale, le chien continue à crier et à respirer très-vite et très-bruyamment, comme depuis qu’on a tiré le sang A. On prend alors 48®® d’un sang très-rouge . . . B.
L’animal, délié, est incapable de marcher ; il n’est paralysé d’aucun membre, et ne peut cependant se tenir sur ses quatre pattes.
Le lendemain, même état, sauf que la respiration est calme.
11 meurt au bout de quelques jours, ayant toujours été somnolent et incapable de marcher. On trouve à l’autopsie uh ramollissement gris. Il est évidemment entré dans l’appareil circulatoire des bulles dont quelquesunes ont pénétré dans les centres nerveux et intercepté la circulation.
Le sang A (56®) contient, pour 100 vol. : O 20,9 ; CO® 35,5 — B (76®) — — 26,4; — 22,7
Je ne ferai pas entrer dans la discussion générale des expériences le curieux résultat qui précède; mais j’ai cru ne pas devoir Tomettre. J’appelle l’attention du lecteur sur le ramollissement cérébral localisé dû à la pénétration de l’air.