‹ La pression barométriqueChapitre 92 sur 191 · MÉTHODES OPÉRATOIRES ET CRITIQDE EXPÉRIMENTAIS · texte numérisé non relu

MÉTHODES OPÉRATOIRES ET CRITIQDE EXPÉRIMENTAIS

Je crois devoir, au début de ce chapitre, décrire les appareils employés pour l’extraction du gaz du sang, et indiquer avec quelques détails la manière 'dont je les mets en usage. Je placerai ici également l’indication des expériences critiques que j’ai faites, pour étudier le degré de précision que peuvent atteindre de pareilles recherches.

Le premier des instruments indispensables est la seringue à l’aide de laquelle on prend dans le vaisseau pour le porter dans l’appareil à extraction une quantité mesurée de sang.

Le modèle auquel je me suis arrêté après bien des tâtonnements est représenté dans la figure ci-contre.

Son corps est en verra épais, rodé et calibré, car sans cette précaution le verre éclate spontanément au moindre changement de température. Ce corps est pris et solidement mastiqué dans deux armatures de buffle ou d’acier, reliées l’une à l’autre par 4 fortes tiges d’acier.

Le piston, disposé de manière à ne pas tourner sur luimême, est monté sur une tige munie d’un pas de vis particulier, qui, dans toute l’étendue de la course, fait seule-

Figri5r-=:r-SeitnCTiie-giaaîïPe- l’exiraclion du sang.

ment un tour et demi^. La pièce supérieure, fermée à’ vis, peul être enlevée et ouvrir la seringue de manière à permettre d’en extraire complètement le piston pour les nettoyages. Cette pièce est percée d’un petit orifice, par lequel on introduit un peu d’eau qui formera fermeture hydraulique au-dessus du piston. Enfin, sur l’un des côtés, une règle divisée sert à connaître la quantité de sang qui a été extraite.

A l’extrémité de la seringue, s’adapte à vis une pièce à robinet sur laquelle se peuvent monter des ajutages de formes diverses. La capacité totale est de 80 à 100 centimètres cubes.

Une semblable seringue, que j’ai décrite avec détails, parce que c’est le modèle auquel je me suis arrêté après bien des tâtonnements, comme étant le plus simple, le plus commode, le plus solide et le moins coûteux, tient parfaitement le vide.

Cependant, par excès peutêtre de précaution, je ne l’ai jamais employée qu’en introduisant de l’eau au-dessus du piston, et en immergeant dans l’eau jusqu’au-dessus de l’armature toute la partie inférieure :

pas une bulle d’air n’y peut ainsi entrer.

Une canule étant placée dans

A avec C (position 2) A avec J) (position 3).

EXPÉRIE>’CES.

l’artère de l’animal, on y ajuste la pièce F et, en ouvrant la serre-tine qui ferme l’artère, le sang se précipite dans la seringue dont sa pression suffit à soulever le piston; j’en prends d’ordinaire, pour chaque analyse, 53 centimètres cubes.

Le sang extrait et contenu dans la seringue est immédiatement porté dans l’appareil à extraction des gaz. Celui-ci est constitué, dans son organe le plus important, par la pompe à mercure dont la description a été donnée plus haut (Voy. p. 550).

Au tube latéral que je recommande de faire disposer obliquement, comme le montre la figure 24, est attaché par l’intermédiaire d’un tube de caoutchouc à parois épaisses un large tube de verre long d’environ 75 ccnt., dont l’extrémité inférieure, rodée, pénètre à frottement dans le goulot d’un ballon tubulé D, d’une capacité d’environ 1 litre. De la tubulure de ce ballon part un tube de verre de très-petit calibre, deux fois recourbé sur lui-même, dont le bout est fermé par un robinet r.

Pour obtenir dans tout cet appareil une fermeture parfaite, tous les points d’union des différentes pièces sont plongés dans l’eau, de fortes ligatures avec des bandes de caoutchouc interceptent complètement l’air, mais en outre un manchon de zinc plein d’eau forme à l’union du tube et du ballon une fermeture hydraulique. Le robinet r et le tube de caoutchouc qu’il porte à son extrémité sont également immergés.

Le manchon de zinc est parcouru par un courant d’eau allant de bas en haut, et destiné à refroidir le tube de verre. Cette disposition, due à M. Gréhant, a l’avantage considérable d’arrêter ou du moins de diminuer considérablement la mousse coagulable qui s’élève du sang, sous l’influence du vide, mousse qui peut arriver jusqu’à la chambre de la pompe, se mêler au gaz extrait, et dont le moindre inconvénient est de salir tout l’appareil.

Pour faire le vide dans le systèm.e ci-dessus décrit, j’adapte d’abord au caoutchouc ajusté sur le robinet r un autre tube qui se rend à une machine pneumatique ordinaire. J’abrège

GAZ DD SAIS'G : CRITIQUE EXPÉRIMENTALE. 617

ainsi considérablement la manœuvre; le vide est ensuite amené à l’état parfait à l’aide de la pompe à mercure, suivant les agissements précédemment décrits (page 532).

Cependant on n’arriverait pas au vide parfait, en laissant le système à la température ordinaire du laboratoire; je me suis assuré de cela par des expériences très-simples, mais sur le détail desquelles il est inutile d’insister ici. Or, la présence d’une petite quantité d’air au début de l’expérience peut avoir des inconvénients. Pour la chasser complètement, je laisse entrer dans le ballon Ü, en ouvrant le robinet quelques centimètres cubes d’eau ; puis je chauffe le ballon jusqu’à ce que le bain-marie entre en ébullition; en même temps, j’interromps lecourantd’eaufroidé qui circulait dans le manchon de zinc. De cette façon, la vapeur d’eau très-chauffée qui s’échappe du ballon chasse, lorsqu’on fait manœuvrer la pompe, tout ce qui restait de gaz, et lorsque- ensuite on diminue le feu et qu’on laisse passer le courant d’eau froide, on est arrivé au vide aussi parfait- qu’il est nécessaire.

C’est alors qu’adaptant la seringue chargée de sang au tube de caoutchouc du robinet r, immergeant sa partie inférieure dans l’eau, et ouvrant le robinet, l’aspiration due au vide fait entrer le sang dans le ballon D; je ferme alors le robinet et retire la seringue. Comme il reste une certaine quantité de sang dans le siphon et qu’il serait difficile d’en épuiser les gaz, je plonge le tube flexible dans un petit vase plein de mercure^ et laisse monter celui-ci jusqu’au point où le tube se recourbe pour entrer dans le ballon.

Le sang arrivé dans le ballon D s’y trouve soumis à la température du bain-marie, que j’ai portée successivement de 75“ à 100“. Actuellement, je fais toujours bouillir ce bainmarie ; je me suis trouvé très-bien de l’emploi de cette température élevée, et l’extraction des gaz a toujours été beaucoup plus rapide et plus complète que lorsque je me bornais, à l’exemple de mes devanciers, à maintenir le sang à la température du corps vivant, ou à peu près. Le seul inconvénient est d’augmenter ainsi la mousse ; mais, grâce à la Ion-

EXPÉRIENCES

gueur du tube de communication et au courant d’eau froide, il n’en entre que très-rarement dans la pompe : au reste, on évite aisément cette mousse par un jeu habile du robinet à trois voies ; mais ce sont là des tours de main qui ne se peuvent décrire aisément.

En introduisant de la sorte, comme je le faisais d’ordinaire, 33“ de sang, l’extraction des gaz se fait en moyenne en trois coups de pompe ; j’ai vu quelquefois tout venir du premier coup, et, dans d’autres cas, après le troisième coup qui amène à peine deux ou trois centimètres cubes, j’ai pu en obtenir encore un ou deux en continuant la manœuvre : mais c’est là l’exception.

J’ai assez souvent introduit à l’avance dans le ballon D, non plus seulement quelques gouttes d’eau, comme il a été dit plus haut, mais 30 ou 40 centimètres cubes d’eau, que, bien entendu, je faisais bouillir et dont j’extrayais tous les gaz, avant d’introduire le sang. Ce procédé a l’avantage , en délayant le sang, de diminuer sa coagulabilité et d’empêcher la mousse qui en sort d’être persistante et de faire bouchon, comme cela arrive quelquefois, dans le tube DR; mais cette mousse est alors plus facile à entraîner par le coup de pompe, et s’élance jusqu’au haut du tube : c’est pour cela que j’ai conseillé de donner à celui-ci une inclinaison très-prononcée, à partir même du robinet, afin qu’elle retombe aisément au lieu de rester à l’angle des tubes.

J’avais fait un certain nombre d’expériences par ce procédé, et je m’étais, du reste, assuré, par voie comparative, qu’il ne présente, au point de vue de la qualité et de la quantité des gaz extraits, aucun inconvénient, lorsque je lus avec surprise; dans les comptes rendus de l’Académie des sciences S une note de MM. Estor et Saint-Pierre où la présence de l’eau est accusée d’apporter dans les extractions des différences d’une importance énorme.

Suivant les expérimentateurs de Montpellier, le mélange

* Note sur les analyses du gaz du sang; influence de l'eau. — Comptes-rendus, t. LXXr\", p. 530 ; 1872. Le mémoire est publié en entier dans le Journal de l'Anatomie et de la Physiologie, t. YUI, p. 187-200 ; 1872.

GAZ DU SANG ; CRITIQUE EXPÉRIMENTALE. 619

d’eau avec le sang aurait pour conséquence de faciliter l’extraction de l’oxygène, au point que la quantité moyenne de ce gaz serait augmentée de 4 à 6“ pour 100"" de sang. S’il en était ainsi, il faudrait, d’abord, employer toujours ce mélange, et ensuite ne jamais comparer entre eux les résultats obtenus avec ou sans eau.

Malheureusement, MM. Estor et Saint-Pierre, au lieu de faire eux-mêmes des analyses comparatives faites simultanément avec un même sang, ont préféré, suivant une méthode qui paraît leur être familière, comparer les unes aux autres des analyses faites sur du sang d’animaux différents et dans des conditions tout à fait différentes. Une seule des expériences rapportées dans leur mémoire (expérience XVI) est faite sur un même sang, divisé en deux parts : l’une, traitée par l’oxyde de carbone, a donné 6,66 d’oxygène pour 100 vol. de sang; l’autre, additionnée d’eau et portée à l’ébullition, a laissé dégager 27,72 volumes. Il suffit presque d’énoncer ces résultats pour prouver que l’une et l’autre analyse sont également mauvaises.

J’aurais pu me borner à renvoyer le lecteur aux expériences qui vont être citées et dans lesquelles souvent il a été ajouté de l’eau au sang, ce qui n’a rien changé au résultat. Mais, par excès de scrupule, je veux citer deux expériences qui ont été faites avec un soin scrupuleux, et dans le but de contrôler spécialement l’étrange assertion des physiologistes de Montpellier :

Expérience CLIV. — lo janvier. Chien de moyenne taille, épuisé par des suppurations à la suite d’opérations nombreuses.

Tiré à la carotide 35'='^ de sang qui sont immédiatement introduits dans la pompe . . . A.

Aussitôt après, tiré encore o5“ de sang ; mais dans la pompe avaient été introduits au préalable d’eau, dont on avait ensuite épuisé les

gaz par le vide et l'ébullition ^ . B

Le sang A contenait, pour dOO vol., 7,1 d’O.

Expérience CLV. — 18 janvier. Chien de grande taille, intact.

* Les nombres qui expriment les volumes des gaz du sang ont toujours été ramenés à la température 0“ et à la pression 76^.

EXPÉRIENCES

Deux pompes à extraction des gaz ont été préparées; dans l'une d’elles ont été introduits, puis épuisés, 33®® d’eau.

On tire à l’artére fémorale en-viron 70®® de sang ; 33®® sont introduits dans la pompe (A), 33®® dans la seconde où est l’eau (B).

Le, sang A contient, pour 100 vol., 19,7 d’O. et 43,0 de CO®.

B - 19,8 — et 44,2 —

On voit que,, soit qu’il s’agisse d’un sang extrêmement pauvre en oxygène, soit qu’il s’agisse d’un sang normal, l’addition d’eau n’a modifié en rien la quantité d’oxygène extraite du sang.

Au reste,. la prétendue constatation de cette différence avait pour but premier d’expliquer l’étrange persévérance apportée par MM. Ester et Saint-Pierre^ à soutenir qu’il y a, au point de vue de la composition en oxygène, une différence considérable entre le sang de la carotide et celui de la fémorale: différence énorme, selon eux, puisque le sang de la carotide contenant 21,06 vol. d’oxygène, celui de la fémorale n’en contiendrait, que 7,62 (p. 310). Cette différence leur sert à appuyer une théorie à eux appartenant sur la combustion presque instantanée des matériaux du sang au sortir du poumon. Je ne serais certes pas revenu sur ce sujet que je croyais avoir précédemment épuisé, sans les nouvelles communications de MM. Ester et Saint-Pierre. Mais il faut bien que j’en parle, puisqu’il m’est arrivé, dans quelques-unes des expériences qu’on trouvera ci-dessous rapportées , de comparer des analyses du sang de la carotide à des analyses du sang de la fémorale.

Je répéterai donc ici ce que j’ai déjà dit ailleurs^ : MM. Estor et Saint-Pierre n’ont fait aucune expérience comparative directe ; s’ils en avaient fait une seule, ils auraient vu combien leur assertion est erronée. Ils ont préféré chercher dans les livres, et comparer des résultats obtenus par M. Claude Bernard à différentes époques, sur des chiens placés dans les conditions générales les plus variées, en employant l’oxyde de car-

*■ Du siège des combustions respiratoires. — Journal de l’Anatomie et de la Physiologie, t. Il, p. 502-522 ; 1865.

- Leçons, etc., p. 119.

GAZ DU SANG ; CRITIQUE EXPÉRIMENTALE

bone comme moyen d’extraire l’oxygène, avec d’autres dus à jilusieurs physiologistes allemands qui'se servaient de pompes à mercure de divers modèles, et opéraient tantôt sur des chiens, tantôt sur des moutons. J’ai montré avec détails, dans l’ouvrage plus haut cité, ce qu’une pareille méthode a de profondément vicieux, si tant est qu’on puisse donner le nom de méthode à cette façon de procéder. Je pourrais aujourd’hui mettre en avant le résultat de mes propres expériences, faites simultanément sur le même animal et avec le même appareil. Mais je préfère invoquer l’appui de deux expérimentateurs qui ont étudié ces questions avec une tendance à la précision que je considère comme exagérée, mais qui est un sûr garant du soin apporté dans les expériences. Or, MM. Mathieu et Urbains cherchant s’il existe des différences entre le sang des diverses artères, sont arrivés aux résultats suivants, relativement à la carotide et à la fémorale (p. 192) :

Carotide. . 20,45 — 20,99 — 15,06 — 13,25 — 12,75 — 18,25 — 15,00 — 15,75 — 14,93 Fémorale . 18,03 — 17,69 — 13,81 — 13,25 — 13,50 — 18,00— 15,75 — 15,75 — 14,48

On voit, comme les auteurs le disent avec raison, que s’il y a une légère différence en faveur du sang de la carotide, elle est infiniment moins forte que ne l’affirmaient MM. Ester et Saint-Pierre. Ajoutons que, d’après les expériences de MM. Mathieu et Urbain, la différence s’accentuerait beaucoup lorsque, au lieu de prendre des artères qui ont à peu près le même calibre, on examine comparativement le sang de la carotide et celui d’une artère de petites dimensions, qu’elle soit voisine ou éloignée du cœur. Mais nous ne pouvons insister sur ces faits ; il nous suffit, pour notre but actuel, de conclure que, s’il est préférable de tirer toujours le sang à la même artère, il n’y a pas d’inconvénient sérieux' à prendre successivement la carotide et la fémorale, chez le même animal, lorsqu’on s’y trouve forcé.

Du reste, avant de nous prononcer sur l’importance des diverses causes d’erreurs qui peuvent provenir des causes phy-

Des gaz du sang. Archives de Physiologie, t. IV', p. 5-26, 190-203, 504^518, 447-469, 375-587, 710-751 ; 1871.

siologiques, il serait bon de nous faire d’abord une juste idée de l’exactitude à laquelle on peut espérer d’arriver en employant l’appareil que nous avons décrit. Voici le vide fait, et nous apportons au robinet r la seringue contenant, par exemple, 50“ de sang. Disons d’abord qu’il est impossible, vu le calibre de la seringue, de déterminer très-exactement cette quantité ; nous serons au-dessous de la vérité en prenant comme erreurs possibles, soit 49“,8, soit 50“,2. De plus, il restera dans le caoutchouc et le robinet r au moins 0“,5 de sang qui échappera à l’analyse : la vérité est donc que, lorsque nous disons avoir opéré sur o0“, nous avons réellement introduit dans l’appareil 49“,3 ou 49“,7. Faisons maintenant l’extraction, et supposons-la parfaitement complète : au moins nous n’avons aucun moyen de mesurer le résidu très-faible, à coup sûr, qui peut rester dans l’appareil. Nous obtiendrons en moyenne 30“ de gaz qui devront être recueillis dans deux tubes différents, si nous voulons employer des tubes étroits pour que la visée n’entraîne pas une trop forte cause d’erreur. Dans la pompe, en même temps que les gaz, il a pénétré de la vapeur d’eau qui s’est condensée, et chacun de nos tubes en contient toujours 1 ou 2 cent, cubes. Combien cette eau a-t-elle absorbé d’acide carbonique en dissolution? Nous ne le savons pas. Ce n’est pas tout : le gaz étant à une température élevée, il faut, avant de le mesurer, immerger complètement les tubes dans de petites cuves à mercure en verre, étroites et profondes, construites exprès (fig. 25) ; pendant ce temps, et sous cuvé î mesure, prossiou, il doit se dissoudre une nouvelle quantité d’acide carbonique. Peut-être pouvons-nous, pour chaque tube, estimer à 0“,2 ou 0“,3 la quantité totale de ce gaz dont il ne pourra être tenu compte.

Maintenant nous avons deux tubes, dont l’un contient, je suppose, 20“, l’autre 10“ ; si nous nous reportons à ce qui a été dit page 546 sur les erreurs possibles d’analyse par la potasse et l’acide pyrogallique, nous verrons que nous ne

GAZ DU SANG : CRITIQUE EXPÉRIMENTALE

pouvons affirmer l’exactitude de la composition qu’entre des limites analogues à celles-ci :

PEEMIER IDEE SECOSB IDEE

Acide carbonique. .

Oxygène .

i soit. . .

j soit. . • j soit. .

( soit, . .

12 I soit. .

11,9 { soit. .

6,9 i soit. .

7 J soit. .

Ce qui peut, suivant les combinaisons, nous donner les résultats totaux extrêmes que voici :

Acide carbonique . 19 ou 18,8

Oxygène. . . . 9,6 ou 9,4

Ajoutons à ceci la quantité d’acide carbonique dissimulée dans l’eau de condensation, et la mesure directe peut, pour ce gaz, nous donner un résultat au-dessous de la vérité, de 0“,4 à 0“,6.

Il faut maintenant, pour avoir la quantité totale du gaz contenu dans 100“ de sang, nombre dont on se sert usuellement, doubler tous ces chiffres ; en telle sorte que, malgré les plus grandes précautions, et en supposant l’extraction des gaz parfaite, il est impossible d’affirmer que le nombre obtenu n’est pas trop fort ou trop faible pour l’oxygène et l’azote de 2 ou 3 dixièmes, et pour l’acide carbonique de près d’une unité.

On peut juger d’après cela de la valeur de ces deuxièmes et troisièmes décimales, que les tableaux d’analyses étalent presque toujours à la suite de leurs nombres entiers. Je me porte fort de cette vérité que, si les décimales sont exactes au point de vue arithmétique, le chiffre même des unités est faux au point de vue chimique, car aux diverses causes d’erreur énumérées plus haut, il convient d’ajouter l’imperfection des appareils dont se sont servis la plupart des opérateurs.

Et que dire maintenant du point de vue physiologique? L’analyse dont nous venons de parler nous donne, pour un cas déterminé, un résultat absolu, sauf erreur. Mais combien les choses vont se compliquer, si nous voulons la comparer à unë autre analyse faite par le même expérimentateur, avec le

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même instrument, sur un autre animal appartenant cependant à la même espèce! J’ai indiqué autrefois ‘ les différences que peut, au point de vue de la richesse en oxygène, présenter le sang d’un animal placé dans des conditions différentes, comme en digestion et à jeun, etc. Depuis, MM. Mathieu et Urbain, reprenant avec la pompe à gaz des expériences que j’avais faites simplement avec l’oxyde de carbone, et qui, par conséquent, ne touchaient qu’à l’oxygène, ont multiplié et varié les conditions dans lesquelles peuvent être placées les animaux. Leur travail qui développe, confirme ou rectifie mes anciens essais, a montré que la proportion absolue et relative des gaz du sang est sujette à de nombreuses variations.

Mais je veux me borner pour le moment à l’étude de celles de ces variations qui peuvent être importantes à considérer pour le sujet dont je m’occupe actuellement.

Or, il s’agit ici d’expériences se faisant dans le laps de deux ou trois heures au plus. Les seules influences qui puissent agir dans ce cas sont : 1® les saignées antérieures; 2° le nombre des respirations de l’animal ; 3° son état de repos ou d’agitation.

MM. Mathieu et Urbain {loc. cit., p. 14 et suiv.) attachent beaucoup d’importance aux saignées antérieures. Selon eux, il suffirait d’extraire à un chien 20“ de sang artériel pour trouver dans la nouvelle saignée de 20“ notablement moins d’O et de CO^; les saignées successives augmenteraient ces différences. En moyenne, pour les saignées de 20“ faites à une heure et demie d’intervalle, on aurait des diminutions totales de 1“,25; — 2“,25; — o“,00; — 5“,50; — o“,7d. Après une saignée de 60“, la différence serait en moyenne de 2“,50, et de 5“,91, après une saignée de lo0“.

Ces modifications seraient dues principalement, selon eux, à la diminution dans la tension vasculaire ; elles ne se remarqueraient pas, en effet, lorsqu’après la première saignée on a injecté dans les vaisseaux une quantité d’eau égale à la quantité de sang enlevée.

Leçons, elc., p. 150 et suiv.

GAZ JDD SANG : CRITIQUE EXPÉRIMENTALE

L’acide carbonique Avarierait, sous l’influence des saignées successives, dans le même sens et suivant une proportion plus considérable que l’oxygène.

Quant à moi, je n’ai jamais remarqué d’aussi importantes différences entre la richesse gazeuse du sang tiré en plusieurs fois des vaisseaux. Souvent même les nombres obtenus sont restés absolument identiques, lorsque l’animal est demeuré au repos. C’est ce qui est arrivé, par exemple, dans l’expérience suivante :

Expérience CLVI. — 18 juillet. Grand chien de berger.

A 2**, tiré 44®= de sang à la fémorale; animal parfaitement tranquille(A).

Tiré ensuite 43=® de sang à la même artère . (B).

A 3** et demie, tiré 42®®, 5 à la même artère . (G'.

Le sang A contient, pour 100 vol. : 0 21,4; C0^3y,5.

Les nombreuses expériences dont le récit sera fait dans le présent chapitre montrent fréquemment que les saignées successives ne donnent pas des résultats aussi dissemblables qu’on pourrait le croire d’après les conclusions de MM. Urbain et Mathieu.

Pour étudier l’influence du nombre des respirations en l’isolant de celle des mouvements généraux du corps, qui s’y mêle toujours, j’ai empoisonné des aniiriaux parle curare, et, lorsqu’ils étaient complètement paralysés, j’ai pratiqué la respiration artificielle, à l’aide d’un soufflet introduit dans la trachée.

Ce soufflet (fig. 26) porte une bonne soupape aspiratrice A, munie d’une douille permettant d’insuffler dans les poumons un gaz quelconque; une crémaillère graduée, portant un curseur contre lequel vient s’arrêter le mou\vement de la valve mobile. La position variable du curseur détermine

fig. 26. — Soufflet pourla respiration artificielle (A, douille à soupape qui permet d’employer un gaz quelconque).

EXPÉRIE-NCES.

la quantité d’air que l’on iujecte. Rien de plus facile, avec cet instrument, que de mesurer exactement l’amplitude et le nombre des respirations artificielles. La buse étant introduite dans la trachée, qu’elle n’oblitère qu’imparfaitement, il suffit du petit espace qu’elle laisse entre elle et les parois pour que l’expiration se fasse aisément; au reste, sous ce rapport, les conditions sont toujours semblables.

J’ai également employé l’appareil construit sur les indications de M. Gréhant, et que met en mouvement, dans mon laboratoire, une petite machine à eau.

Or, voici ce qu’a donné une expérience , prise comme exemple :

Expériekce GLVII. — 19 février. Chien pesant 18 kilog.

A -4^ 5“, dose mortelle de curare sous la peau ; tombe à 4** 25“ ; ouvert la trachée et fait la respiration artificielle, le soufflet débitant 350='.

A 4’^ 40“, on régularise la respiration artificielle à 16 par minute; le pouls est à 90. A 4^ 50™, on tire à l’artère fémorale 72" de sang. . (A).

Aussitôt après, porté la respiration à 70 par minute ; le pouls monte à 140 ; la température rectale est 38®, 5. Au bout de 10“, on prend 72" de sang à la même artère . (B).

On ajuste la douille du soufflet à un sac plein d’acide carbonique ; après 15“ de respiration artificielle, le cœur s’arrête. On prend aussitôt 53" de sang dans le cœur gauche avec une sonde enfoncée par la carotide gauche . . . (G).

La température rectale est alors 36®.

Le sang A contient, pour 100 vol. : O 19,7 ; GO® 36,7.

On voit que la rapidité des mouvements respiratoires, ou plus généralement, que le passage par les poumons, dans un temps donné, d’une plus grande quantité d’air, a pour double résultat : d’augmenter la proportion de l’oxygène du sang, de diminuer la proportion d’acide carbonique, l’augmentation de l’oxygène étant beaucoup moins considérable que la diminution de l’acide carbonique.

Afin d’étudier l’influence de l’état de repos ou des contractions musculaires de l’animal, et de l’isoler de toutes les circonstances d’un autre ordre j je tuais un chien par section du

GAZ DU SAKG : CRITIQUE EXPÉRIMENTALE. 627

bulbe, et pratiquais ensuite la respiration artificielle d’une manière régulière. Au bout de quelque temps, l’animal étant naturellement dans l’immobilité complète, je tirais du sang ; puis, à l’aide d’un fort courant induit traversant le corps de la bouche à l’anus, j’obtenais des mouvements généraux énergiques plus ou moins nombreux, après lesquels je tirais à nouveau du sang.

Voici les résultats d’une expérience ainsi conduite :

Expérience CLYIII. — 12 novembre. Chien vigoureux pesant 15 kil. Bulbe coupé; respiration artificielle réglée à 15 par minute, pendant 5 minutes. Tiré alors 25“ de sang à la carotide. . . (A).

On excite alors la moëlle épinière, du bulbe à l’anus, par de forts courants induits, qui déterminent des convulsions générales, surtout dans les membres postérieurs. La respiration artificielle est continuée avec le même rhythme. Après 5 minutes d’excitation, on tire 25“ de sang carotidien.. . . (B).

Le sang A contient, pour 100 vol. 0 26,6; CO® 51,2.

Mais il faut bien reconnaître que, dans l’état ordinaire et naturel des choses, les deux phénomènes que nous avons artificiellement séparés se combinent, se mêlent et surajoutent leurs effets qui alors se contrebalancent. Dans l’immense majorité des cas, en effet, un animal qui s’agite respire avec plus de fréquence et d’ampleur, et, inversement, le repos s’accompagne d’une respiration plus calme et plus lente :

Expérience CLIX. — 24 janvier. Grand chien de chasse. Fémorale gauche.

On prend 75“ de sang ; l’analyse est perdue, par suite d’accident.

On reprend alors 74“ ; l’animal, attaché depuis longtemps, est resté parfaitement tranquille (A); au bout d’une heure, l’animal, excité, s’agite violemment, en poussant de grands cris, et cela pendant quelques minutes, après lesquelles on reprend 76“ de sang (B).

Le sang A contient pour 100 vol. : O 18,6; CO* 37,0.

Expérience CLX. — 5 mars. Chien de petite taille, ayant les récurrents coupés depuis le 1**' mars, mais allant bien. Artère fémorale.

EXPÉR1E>^CES.

L’animal étant très-calme, on tire 40'® de sang (A); puis on le fait agiter en lui plaçant un peu d’ammoniaque sous le nez, et on tire même quantité de sang (B).

Le sang A contient, pour 100 vol. ; O 11,7; CO® 55,6.

On l’empoisonne alors par le curare ; l’excitation d’un sciatique fait monter la pression cardiaque de 2 à 4=, même après la section des deux pneumogastriques. Le bout périphérique de ceux-ci n’agissant plus sur le cœur, le bout central, excité, augmente la pression du sang. Après avoir coupé transversalement la moitié droite delà moelle lombaire, on obtient une augmentation de pression par l’excition du sciatique droit; le gauche donne un résultat douteux.

Voilà deux expériences qui indiquent que, dans la plupart des cas, il n’y a pas à se préoccuper beaucoup des modifications dans la manière d’être de l’animal aux divers moments de l’expérience. Les analyses comparatives montrent que pour l’oxygène les causes d’erreur arrivent à peine à l’unité, et que pour l’acide carbonique elles ne dépassent guère deuxunités.

Mais dans certaines circonstances exceptionnelles, les différences peuvent atteindre des valeurs beaucoup plus élevées. Cela arrive quelquefois, par exemple, lorsqu’on ouvre la trachée d’un animal et qu’on y place une canule. Tous les physiologistes ont remarqué que, dans ces conditions, les animaux sont souvent pris d’une anhélation extraordinaire, qui cesse habituellement au bout de quelques minutes. Or, si pendant cette période on tire du sang, on trouve que sa composition gazeuse est fort différente de celle qu’il présentait auparavant.

Je citerai comme exemples les deux faits suivants, les plus remarquables que j’aie rencontrés :

Expébiexce CLXI. — 20 décembre. Chien vigoureux, pesant 16^ o.

A 5** 55“, je tire à la carotide 55'='= de sang, qui est assez noir. . . (A).

A4**, je place dans la trachée un tube; les respirations deviennent extrêmement accélérées pendant 5 minutes ; puis le calme revient et peu après accélération nouvelle, qui cesse à 4** 10“, au moment même où l’on tire de nouveau 55'='= de sang, qui est évidenunent moins noir . (B).

Le sang A contient, pour 100 vol. : O 15,1 ; CO® 40,8 — B — — 20,5 ; — 24,0

GAZ DD SANG : CRITIQDE EXPÉRIMENTALE

Expérience CLXII. — 24 janvier. Chien boule-dogue.

A 2*^ 50“, j’extrais à la carotide 52“ de sang, l’animal respirant par les voies naturelles . (A).

J’ouvre la trachée, pour y placer un tube; les respirations deviennent extraordinairement précipitées; au bout de cinq à six minutes de ce rhythme, je tire 35“ de sang, notablement plus rouge . (B).

Le sang A contient, pour 100 vol. : O 16,0; CO® 41,5 — B — — 23,4 ; — 15,2

Mais, je le répète, ceci est un extrême; rien de comparable, à beaucoup près, ne s’est présenté chez des animaux respirant par les voies naturelles. Un grand nombre d’expériences me permettent d’affirmer que les circonstances dépendantes de la manière d’être de l’animal, sans être négligeables, ne sont pas telles qu’on ne puisse conclure. Sans doute, je n’ai pu toujours me mettre à l’abri de leur intervention ; mais lorsque celle-ci était très manifeste, j’ai abandonné l’expérience.

En dernier lieu, sans insister sur les différences que peut présenter le sang d’un chien, suivant que l’animal est à jeun ou en digestion de telle ou telle espèce d’aliments, je dirai que tous mes chiens avaient mangé vers huit heures du matin de la pâtée peu riche en viande; les expériences étaient faites généralement de deux à six heures.

On voit que, en définitive, les causes d’erreur que renferment nos analyses, et qui tiennent tant aux causes d’ordre chimique qu’à celles d’ordre physiologique, sont, environ, de une unité pour l’oxygène, de trois ou quatre unités pour l’acide carbonique. Je maintiens qu’on ne peut aller, dans la pratique, plus loin comme exactitude, à moins de prendre un véritable leurre pour la réalité.

EXPÉRIE>'CES.

SOüS-CHâPITRE II

DES GAZ Dü SANG SOUS DES PRESSIONS INFÉRIEURES A CEIXE

d’une atmosphère.

§ 1er. — Dispositif des expériences.

L’extraction du sang des vaisseaux d’un animal soumis à l’influence de la diminution de pression n’était pas un problème sans difficultés.

L’appareil dont je disposais, et dont je me suis servi dans mes recherches pour la diminution de pression, est composé de deux vastes chambres cylindriques (fig. 27) qui peuvent être isolées l’une de l’autre par une porte de communication. Ces chambres mesurent 2 mètres de hauteur et 1 mètre de diamètre, ce qui leur donne une capacité d’environ 1“%550 : je dis environ à cause du dôme convexe qui les revêt. Elles sont convenablement éclairées au moyen de hublots de verre qu’on voit dans la figure. Les portes s’ouvrant en dehors et reposant sur des bourrelets de caoutchouc déterminent une fermeture assez exacte, la pression atmosphérique tendant à les appliquer d’autant plus fortement sur ces bourrelets que la diminution de pression est plus considérable en dedans. Un manomètre extérieur, sorte de tube barométrique dont la chambre communique avec l’un des deux grands réservoirs, indique immédiatement la valeur de la dépression intérieure : des thermomètres traversent la paroi .

La diminution de pression est obtenue au moyen d’une pompe qui était mue, dans le principe, par une petite machine à vapeur, comme l’indique la figure. J’ai remplacé celle-ci par un moteur à gaz du système Lenoir, machine infiniment plus commode à manier dans un laboratoire, et plus avantageuse pour les travaux qu’il faut entreprendre

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