‹ La pression barométrique. Recherches de physiologie expérimentaleChapitre 10 sur 160 · CHAPITRE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

Les effets que produit sur Torganismc une grande et soudaine diminution dans la pression barométrique peuvent être observés dans trois cas différents : voyages sur les montagnes, ascensions en ballon, expériences sous les cloches pneumatiques.

Ces deux dernières circonstances étaient absolument inconnues aux anciens. Galilée, comme chacun le sait, eut, le premier, une idée nette de la pression de Tair ; c'est en 1640 seulement que Toricelli inventa le baromètre, et, en 1650, Otto de Guéricke, la machine pneumatique. En 1648, à Tinstigation de notre grand Pascal, IVrier lit, au Puy-de-Dôme, Texpérience mémorable dans laquelle il vil la hauteur de la colonne barométrique diminuer à mesure qu'augmentait l'altitude du lieu où elle était observée.

Pour les ballons, la découverte est plus récente encore. La preniière montgolfière qui emporta dans les airs Pilàtre du Rozier et le marquis d'Arlandes, s'éleva de Paris le 22 novembre 1783; peu de jours après, le 1*' décembre, Charles faisait une ascension avec le ballon à hydrogène qu'il venait d'inventer. Seul, ce ballon pouétre capable d emporter des observateurs assez haut pour que la

diminution de pression lit sentir sur eux son action. En effet, Texpérience a prouvé que celle-ci ne se manifeste pas nettement, en aérostatr avant 5 ou 6,000 mètres d'élévation. Il en résulte que, parmi les milliers d'ascensions qui ont suivi celle de Charles et Robert, un très-petit nombre peuvent nous présenter quelque intérêt au point de vue où nous sommes placés, et devront êtie rapportées dans cette revue historique.

Quant à la troisième condition, l'ascension des hautes montagnes, il parait au premier abord étonnant d'avoir à constater que les auteurs anciens ne nous ont laissé aucune indication précise permettant de croire qu'ils aient observé, pendant l'ascension des lieux élevés, quelques troubles physiologiques dignes d'attirer l'attention ^

En effet, sur l'étendue du monde connu des anciens se dressent des montagnes d'une hauteur considérable. A ses extrêmes limites orientales*, lemontArarat et les pics culminants du Caucase élèvent leurs tètes éternellement glacées à plus de 5000" au-dessus du niveau de la mer ; les chaînes du Liban et du Taurus contiennent beaucoup de sommets dépassant 2500" et même 5000" ; le fameux mont Argée atteint 58 iO""; parmi les collines de l'Hémus et du Rhodope, quelques-unes s'élèvent à 5000"; le mont Athos a 1975", le Parnasse, 2470", le Taygètc, 2400", et c'est à 2975"*, sur le front sourcilleux de l'Olympe, que les poètes plaçaient le séjour des Dieux. Le mont Etna (5510") menace depuis deux mille cinq cents ans les villes grecques établies à ses pieds. Les Phéniciens et les Carthaginois, dont l'audace avait été établir des colonies jusqu'aux Iles fortunées, connaissaient le sommet fumant du pic de Tènériffe (5715"). Enfin les Pyrénées et les Alpes n'ont servi que d'insuffisantes barrières contre les armées de Carthage et de Rome.

La raison du silence des auteurs est facile à trouver. Comme Ta très-justement remarqué de Humboldt, les anciens redoutaient la

* Voir cependant, au chapitre III, la citation de Bacon.

• Les hauteurs que je rapporte dans cette revue jçénérale ont été pour la plupart empruntées à la dernière édition du Slieler's Iland-Atias. Celles que je n'ai pas trouvées dans cet aUas ont été prises pour l'Europe, dans l'Orographie de Bruguière ; pour la France, dans la Géographie de M. Levasseur; pour T/ViTirrique du Sud, dans les ti-a- TBUX de Pentland et de M. Pissiz. J'ai utilisé aussi les renseignements fournis par le récent travail de Bcrghaus {HôhetUafel von 100 Gebirgsgruppen atu ailen Erdtheilen, Gcogr. Jahrbuch. 187i\ Le but que je me propose d'atteindre n'exige évidemment pas une précision absolue; aussi n'ai-je pas hésité à me servir de quelques documents un peu anciens; pour la même raison, j'ai supprimé les unités dans les cotes de hauteur.

montagne bien plus qu'ils ne Tadmiraient. Ils n'en parlent qu'avec crainte, avec une secrète horreur; les magniflques spectacles qu'elle offre au regard ne les touchaient nullement; les émotions qu'elle suscite, les nobles idées qu'elle in^ire, leur étaient inconnues. L amour du pittoresque est un sentiment tout moderne; les anciens, et même nos aïeux jusqu'au siècle dernier, eussent considéré avec un étonnement mêlé de dédain nos intrépides grimpeurs des Alpes. Polybe, le premier, parcourut les vallées alpestres ; les masses montagneuses les plus énormes, le mont Blanc, le mont Rose, la Tungfrau, n'ont pas de noms dans. les langues classiques.

La seule montagne dont les anciens aient fait l'ascension sans y être forcés est l'Etna. Sénèque engage son ami Lucilius Junior à monter en son honneur au sommet du volcan (Lettre 79) ; ces excursions étaient fréquentes au temps de Strabon*, et d'après un poème attribué aujourd'hui à ce môme Lucilius, des prêtres s'occupaient à brûler l'encens sur les bords du cratère pour apaiser les immoilels ; l'empereur Adrien , grand voyageur, eut la fantaisie de monter au sommet de l'Etna , pour voir lever le soleil. Aucun de ces récits ne parle d'accidents physiologiques ; mais nous verrons qu'à la hauteur de ce volcan ils sont faibles, ne frappent qu'une partie des voyageurs et ont pu être confondus avec les effets ordinaires de la fatigue. 11 en est de même pour les traversées des Pyrénées et des Alpes. Les cols pyrénéens par lesquels s'établissaient les communications régulières entre la Gaule et Tllispanie, atteignent à \mne 1,500°*. Quelque opinion qu'on adopte pour le lieu du passage d'Annibal, qu'on le place au petit Saint-Bernard, (2160°) au col du mont Viso (2700 "*), au mont Cenis, (2080 "), à la vallée de Beaufort entre Albert-Ville et Chamounix, on voit que les hauteurs atteintes n'étaient pas extrêmement considérables. Auguste fit établir deux routes, par les cols du grand Saint-Bernard (2490™) et du petit Saint-Bernard% et le roi Cottus, son contemporain, perça celle du mont Cenis. Au moyen âge, le Simplon (2020") et le grand Saint-Bernard furent très- fréquen tés ; les chroniqueurs nous ont gardé de ces voyages ou de ces expéditions des descriptions où les difficultés terribles des chemins, les fatigues excessives, le froid, expliquent suffisamment le lamentable état des voyageurs, dont beaucoup, comme Elfrige, archevêque de Cantorbéry, périssaient dans les neiges.

■ Strabon, Géographie, liv. VI, chap. m, g ix. ' Ibid., Ut. IV, chap. ti, g it.

II fallait, pour forcer l'attention, que les voyageurs fussent amenés à faire des ascensions plus élevées, et que des malaises évidemment inexplicables parles causes ordinaires fussent venus les frapper. Les hauts sommets des Alpes présentaient, comme nous le verrons, les conditions nécessaires; seulement, leurs ascensions n'offrent aucun intérêt pratique, n'eurent lieu qu'à la fin du siècle dernier. Mais, vingt ans après la découverte de l'Amérique, la conquête du Mexique et du Pérou, les expéditions militaires à travers les Cordillères, amenèrent les Espagnols dans les conditions où se manifestent nettement les accidents de la décompression. Aussi l'attention fut- elle bientôt éveillée sur eux, et l'on arriva à les constater dans des ascensions où ils ne sont ni considérables ni constants, comme celles de l'Etna et du Pic de Ténériffe. Cependant nos Alpes restèrent longtemps encore inexplorées ; si les villes importantes, les riches vallées de Suisse attiraient d'assez nombreux voyageurs, il ne venait à la pensée d'aucun d'eux de gravir ces sommets redoutables, couverts de neiges, peuplés d'êtres étranges*, et sur lesquels on se répétait les plus sombres légendes. C'est dans la seconde moitié du dix-huitième siècle seulement que l'on se résolut à les admirer^ et que l'idée d'en atteindre la cime germa dans quelques esprits. Encore est-ce le point de vue scientifique qui dirigea les premières ascensions. Celles de de Saussure signalèrent avec une vivacité saisissante les accidents amenés par le séjour dans un air raréfié. Depuis, de semblables observations se sont multipliées. Enfin, plus récemment encore, les officiers, les savants, les voyageurs anglais ont poussé leurs explorations jusque dans les plus hautes régions de l'Himalaya. Leurs récits, joints à ceux des ascensionnistes des Alpes, à ceux des voyageurs en Amérique devenus plus nombreux, ont familiarisé les médecins avec les symptômes du mal des montagnes.

Je vais, dans les pages suivantes, rapporter la plupart des faits intéressants recueillis ainsi par les témoins oculaires, et souvent dans leur observation personnelle. Mais je voudrais, dans ce chapitre préliminaire, rappeler à la mémoire du lecteur les diverses régions montagneuses sur lesquelles le voyageur est exposé à souffrir par suite de la diminution de pression. Cette simple énumération lui montrera l'importance pratique de la question dont nous nous occuperons ici, c'est-à-dire de l'influence de la diminution

* Voir Scheucbzer, oMptat^otmç llelTeticus. Lugd. Bat., 1723.

LES RÉGIONS flEYÉES DU GLOBE. 7

de pression se manirestant par des accidents aigus et violents.

Le mal des montagnes n'apparatt que rarement avec une certaine intensité dans nos régions tempérées, au-dessous de 3500^ d'altitude. Entre les tropiques, il faut, pour l'éprouver nettement dans les conditions ordinaires, s'élever jusqu'à plus de iOOQT. Nous aurons à revenir sur ces limites et à tenir compte des circonstances diverses qui accélèrent ou retardent les accidents, je veux dire les font survenir ou plus bas ou plus haut. Pour le moment, ces hauteurs approximatives suffisent pour servir de base à la revue que nous nous proposons de faire.

EoBOPE. — Prenons l'Europe, d'abord; la chaîne des Alpes, celle des Pyrénées, celle du Caucase, nous offrent presque seules des pics suffisamment élevés pour que leur ascension occasionne d'autres inconvénients que la fatigue et les dangers habituels des montagnes.

Examinons en premier lieu les Alpes. Cet énorme massif montagneux, qui présente sur une ligne courbe de deux cents lieues de longueur d'innombrables sommets chargés de neiges étemelles, descend rapidement, du côté du sud, vers les basses plaines de la Lombardie, tandis qu'au nord, il s'incline plus lentement vers les plateaux élevés du Wurtemberg, de la Bavière, de la Bohème, entrecoupés de montagnes secondaires.

Le nœud du système est formé par le massif du Saint-Gothard, dont les eaux s'écoulent à la fois par le Rhin dans la mer du Nord, par le Rhône dans la Méditerranée, par le Tessin dans l'Adriatique; et cependant cette région est une des moins élevées des Alpes centrales. Elle est immédiatement dominée au nord par le Galenstock (5800") et le Tôdi (3600") ; à l'Est, par le groupe qui entoure le petit Saint-Bernard, entre autres le Rheinwaldhorn (3400""); à l'Ouest, par la masse énorme des glaciers des Alpes bernoises, au milieu desquek se dressent la Yungfrau (4170"), TAletschborn (4200"), le Schreckhom (4080»), le Bietsch (3950"), le Mônch(4100"), le Finsteraarhorn (4270"). En s'avançant vers l'orient, on voit le mont Bwnin (4050") et le mont délia Disgrazia (3680") séparer la vallée de la Yalteline, où coule TAdda, de celle de TEngadine, où l'Inn eonduit par le Danube à la mer Noire les eaux que lui amènent de nombreux sommets dépassant 3000", comme ceux du Piz d'Err (5590-), du Piz Linard (3410»), du Piz Languard (3270"), etc. Sur l'aalre rive de TAdda, les Alpes Tiroliennes montrent des cimes plus aevées encore ; c'est l'Adamello (3560"), la Wildspitze (3770"), le

Venediger (3675"), le Gros-Glockner (SagO") et surtout l'Orleler (5920").

Mais c'est du côlé de l'ouest et sur la rive gauche du Rhône que s'élèvent les géants des Alpes. C'est d'abord, autour du Simplon (3200"), leMonle-Leone (3560"), le Fletschhorn (4020'»), le Weïsmies (4030"); puis le massif du mont Rose, avec ses trois points culminants : le dôme du Mischabel (4550™), le Matterhorn ou mont Cervin (4480"), et le mont Rose proprement dit, dont le pic le plus élevé, la pointe de Dufour, monte à 4640". Viennent ensuite la Dent- Blanche (4360"), le Weisshorn (4510"), le grand Combin (4320"), et plus à l'ouest le mont Blanc (4810'"), qui, entouré de nombreuses aiguilles presque inaccessibles, domine toutes les autres montagnes d'Europe.

Au delà, la chaîne s'abaisse rapidement, bien qu'elle présente encore quelques sommets élevés, comme le mont Iseran (4045"), lemontCenis (3620"), la Vanoise(3860"), dans les Alpes Graïes ; le mont Viso (3840"), le mont Olan (4215"), dans les Alpes Cottiennes; le mont Pelvoux (3955"), la pointe des Écrins (4100"), les grandes Rousses (347.5"), dans les Alpes du Dauphiné. Les Alpes maritimes sont moins élevées encore ; viennent enfm les Apennins, dont la plus haute cime, le Monte-Corvo, dans les Abruzzes, n'atteint que 2910". Mais quelle figure fait, à côté de ces géants, le Capitole, avec ses 47" au-dessus du niveau de la mer !

A l'extrémité de la chaine, une montagne assez élevée, le mont Alto (1080") fait face à la Sicile, dont le sol monlueux, pas plus que celui de la Sardaigne, ne présente de sommets atteignant 2000". Au-dessus de toutes ces montagnes secondaires se dresse à 3310" le cratère de l'Etna.

Entre ces hauts sommets, ces aiguilles abruptes, qu'escaladent ceux-là seuls qu'entraîne l'amour de la science, le goût des grands spectacles, ou simplement la vanité, des dépressions, des cols, permettent à des voyageurs très-nombreux sur certains points de franchir la chaine principale pour aller de Suisse ou de France en Italie. Ces cols sont pour la plupart très-élevés. Les plus connus et les plus hauts sont : dans les Alpes maritime-s, les cols de Tende (1870"), de Longet(3150"),de l'Argentière (1905"), de Maurin (2980") ; dans les Alpes cottiennes, les cols de Traversette (2995"), dell Agnello (2700"), de Sayse (3360"), du mont Genèvre (1850") ; dans les Alpes Graïes, le passage du mont Cenis (2080"), celui du petit Saint-Bernard (2160"); dans les Alpes Penninnes, le col du

jrrand Saint-Bernard (2490™), celui du G'îant (3360»), celui de la Seigne (2550"), le col de Balmc (2200"), le col de Saint-Théodule (5.V20"); dans les Alpes helvétiques, le passage du Simplon (2020-), le col de Gemmi (2300"), le passage du Grimsel (216.0"), celui de la Fourca (2460"), du Sainl-Gothard (2H0"), du Bernardin (2060"), etc. La roule de la Valleline, la plus haute roule carrossable d'Europe, franchit le col de Stelvio à 2810", pour passer du bassin du Pô dans celui du Danube.

Le long de l'Adriatique, les Alpes se continuent par les montagnes de la Croatie, du Monténégro et de la Serbie, avec les Balkans au nord, au sud les roonts Rhodope et la chaîne du Pinde qui donne naissance aux collines de Grèce. Nous n'avons guère à citer dans ces régions très-montueuses, mais dont les sommets sont peu élevés, que le Dorrailor (2260") en Herzégovine, le Kom (2290") au Monténégro, le Kriwosta (2440") en Roumélie; puis le géant des monts Rhodope, le Rilo Dagh (2815"), et enfin les montagnes de Grèce dont nous avons déjà parlé.

Le Danube, qui reçoit les eaux du versant nord des Alpes, prend naissance dans le massif montagneux de la Forêt-Noire, où se voient quelques sommets moyennement élevés; après avoir couru vers Test, il se heurte à la chaîne des Karpathes, dans laquelle se trouvent des cimes comme le Tatra (2655"), le Gailuripi (2925"), le Ruska-Poyana (3020"), et qui le rejette au sud.

Les montagnes de l'intérieur de la France n'ont pas de quoi nous arrêter, au point de vue où nous sommes placés, puisque la plus élevée, le mont Dore, ne va qu'à 1890"; la petite chaîne qui traverse la Corse est plus intéressante : son point culminant, le monte Cinto, s'élève à 2710".

Mais les Pyrénées, sur une longueur de 1 50''" et une largeur maximum de 120^", présentent un grand nombre de sommets qui, pour ne pas atteindre à la masse imposante ni à la hauteur des massifs alpins, sont cependant importants à considérer pour notre sujet. Ce sont d'abord, dans les Pyrénées orientales, le Canigou (2785"), puis le Puigmal (2910") et le pic Corlitte (2920"), dominant de chaque côté le col de la Perche (1620"); enfin de ce col au val d\Aran, sur une crête fort élevée, une série de pics atteignent 2800", dont le plus élevé est le Montcalm (5090").

Au delà du val, les Pyrénées occidentales commencent par le massif de la Maladetta, qui contient leur point culminant : le pic deNethou (5405"). C'est ici le centre du massif pyrénéen, qui sur

10 HISTORIQI'E.

une longueur d*unc centaine de kilomètres présente un grand nombre de sommets dépassant 3000" : le pic Perdighera (3220"), le cylindre du Marborù (3530"), le mont Perdu (3350"), le Vignemale (3300"), le Marmuré (2950"), le pic du midi d'Ossau (2885") ; et, au nord de la chaîne principale, le pic Campvieil (3175") et le pic du midi de Bigorre (2880") sur lequel vient d'être établi un observatoire météorologique. I.es passages ou ports de cette région présentent également une altitude considérable : port de Viella (2455"), port de Vénasque (2420"); le plus bas est le port de Gavamie (2280"), le plus élevé,Jle Portillon (3045").

\ En se dirigeant vers Touest, la chaîne s'abaisse rapidement ; puis,

aux Pyrénées proprement dites font suite les monts Cantabriques, qui s'étendent jusqu'à la pointe de Galice. Sur toute cette étendue, à peine voit-on quelques sommets dépasser 2000". Dans le reste de TEspagne, la sierra Guadarrama et la sierra de Gredos, qui dominent Madrid, et déversent sur elle le vent si redouté de la montagne, s'élèvent sur certains points à plus de 3000"; enfin le long de la mer, au point culminant de la sierra Nevada, les deux sommets jumeaux du pic de Velela (3470") et du Cerro de Mulhacen (3555"), dépassent les plus hautes montagnes pyrénéennes.

Il n y a plus, dans le reste de l'Europe, de montagnes qui puissent attirer notre attention. Le Ben-nevis, le plus haut sommet des lies britanniques, ne va qu'à 1330"; en Islande, TOrâfa JôkuU a 1950"; dans les Alpes Scandinaves, les montagnes les plus élevées sont le Sneehàtten (2300"), le Skagstôlstinder (2450"), et le Ymes-

1^ Feldj (2600"); dans l'Oural, on ne voit pas de sommets atteignant

2000" : le plus élevé, le Tôll-pos-Is, n'a que 1680".

Asie. — Mais, sur les limites de l'Europe et de TAsie, une chaîne considérable, s'étendant de la Caspienne à la mer Noire, confinant au nord à des plaines, au sud aux régions montagneuses xie l'Arménie dont nous suivrons tout à l'heure les ramifications, le Caucase, se couronne de sommets qui laissent bien au-dessous d'eux les Pyrénées et les Alpes elles-mêmes. Les pics de 3 à 4000" y sont nombreux et ils sont dominés de haut par le Kasbek (5030"), le Kaschtantan (5220") et l'Elbruz, auquel la légende attache Prométhée (5620"). Une seule route carrossable traverse la chaîne au pied du Kasbeck, par les portes Caucasiennes des anciens, à une hauteur de plus de 3000".

Au sud de la chaîne Caucasique, le territoire montueux de l'Arménie voit s'élever une série de pics dont quelques-uns at-

LES RÉGIONS iLEVÉES DU GLOBE. il

teignent 4000": l'Alagôs (4090"), le Rapudschich (5920"); audessus d'eux se dresse le Grand Ara rat (5155"). De ce massif part vers le S. 0. la chaîne du Taurus, qui contient plusieurs sommets dépassent 5000", dont les plus élevés sont le Metdesis (5570") et le mont Argée (5840"); dans le Liban, bifurcation du Taurus, le plus haut sommet, le Dor-el-Chodib, n'a que 5065". Au sud, les monts du Kurdistan, avec le Dschehil (4550") ; au sud-est, les monts Elburs, avec le Sawalan (4810") et le Démavend (5620"), dominent les vastes plaines de Tlran.

Le centre de l'Asie nous présente un système orographique bien plus complexe et des masses montagneuses bien autrement imposantes. Le voyageur qui remonte le Gange voit se dresser sur sa droite, du Boutan au Cachemire, sur une étendue de plus de 600 lieues, la formidable rangée des monts Himalaya ; entre leurs contre-forts parallèles descendent d'innombrables affluents au grand fleuve indien. C'est dans cette masse que se trouvent les montagnes les plus élevées du globe ; la ligne de faite se maintient à une hauteur moyenne de 5 à 6000" ; on compte par centaines les sommets dépassant 6000" ; les pics de moins de 7000" sont la plupart du temps dédaigneusement marqués sur les cartes anglaises par de simples numéros, et il semble que les montagnes ne méritent d'avoir un nom qu'à la condition d'atteindre 8000".

Nous citerons : dans le Boutan, le Dalla (7050"), les monts Oodoo (7540"), leChamalari (7500") ; dans le Sikkim, le Doukia (7070") et le Kantschin-Janja (8580") ; celui-ci ne le cède qu'au Gaurisankar ou mont Everest dans le Népaul, la plus haute des montagnes du globe, qui dresse sa cime à la prodigieuse hauteur de 8840" : c'est ce qu*on obtiendrait en entassant la Yung frau (4170") sur le mont Rose (4640"); c'est plus de sept fois la hauteur du Vésuve (1190"). Encore dans le Népaul, le Jangmar (7950"), le Djibjibia (8020"), le Jassa (8155"), le Marschiadi (8080"), le Barathor (7950") et enfin le Dawalaghiri (8185"), longtemps considéré comme le plus élevé de tous et que le Gaurisankar a détrôné.

Puis, la chaîne Himalayenne s'ouvre pour laisser passer la Set* ledj, qui va porter à Tlndus lés eaux du versant nord et ceux du lac sacré de Manasarovar (4650"). Au delà, elle se termine par Textraord inaire intrication des montagnes du Cachemire, au milieu desquelles s'ouvre la délicieuse vallée de Srinagar, le a paradis terrestre x» des Hindous.

A son extrémité orientale, l'Himalaya se relie aux monts Lang-

tan, le nœud des chaînes d'une hauteur relativement médiocre qui déterminent lo relief de la Chine et de Tlndo-Chine.

L'Himalaya forme ainsi, sur son versant sud, comme le gigantesque talus d'un haut plateau montueux. C'est le Thibet, qui, sur une élendue immense, dépasse la hauteur de 5000°, et dont les eaux, recueillies par le Brahmapoutra, courent d'abord vers l'Orient, puis, se heurtant aux montagnes de Chine, retournent au S. 0. pour se mêler à celles du Gange. Au nord, ce plateau est borné par la chaîne du Kuen-Loun ; son extrémité occidentale est parcourue par celle du Karakorum, dont les sommets rivalisent avec ceux de Tllimalaya : tels le Dapsang (8620"), le Diamer (8130"), le Gusherbrum (8040").

Des cols, dont l'élévation grandit naturellement au fur et à mesure qu'on s'approche des lignes de faîte, permettent de franchir les contre-forts de ces chaînes principales, et enfin ces chaînes ellesmêmes. Beaucoup de ces passes, et des plus fréquentées, sont situées à plus de 5000"; la passe fameuse de Karakorum est par 5650" ; la Yangi-Diwan Pass, une des routes du Cachemire à Khotan à travers le Kuen-Loun, a 5820"; la plus élevée^ de toutes celles de l'empire britannique, la passe de Parang, atteint 5855".

Le voyageur qui gravit les degrés de cette sorte d'escalier gigantesque, redescend entre chacun d'eux beaucoup moins qu'il n'a monté; il arrive ainsi sur un vaste plateau désolé; c'est le Pamir, que visita au treizième siècle Marco-Polo, le Bam-i-Dunya, c'est-à-dire le toit du monde, dont la hauteur moyenne dépasse 4500". Du côté de l'orient, ce toit s'incline pour former les plaines élevées de la haute Tartarie, et ses eaux, par le llenve Tarim, vont se perdre au désert de Gobi. Vers l'occident, elles se rassemblent dans rOxus qui les conduit au lac d'Aral.

D'autres chaînes, d'une élévation absolue considérable, surgissent au-dessus de ces hauts plateaux. Au nord-est le Thian-Schan, dont le point culminant est le Bogda-Oola, borne le grand désert, et va rejoindre l'Altaï et l'arête montagneuse qui sépare le bassin de l'océan Glacial d'avec celui du Pacifique. Au sud-ouest, THindou-Kouch, qui prolonge le Karakorum et ne lui cède pas en hauteur au début, va, par les monts du Korassan, se relier à la chaîne de l'Elburs. Au sud, le Soliman-Kouch longe le fleuve Indus.

* Harcourt, On the Hhnalayan valleys : Koolao, Lahoul and Spiti. Journal of the royal géogr. soc,, l. XLI, p. 245-257; 1871.

Amérique. — Le système orographique de l'Amérique forme avec celui de l'Asie un contraste frappant. 11 ne s'agit plus ici d'un massif central duquel s'étendent, comme autant de bras gigantesques, des chaînes divergentes. Tout au contraire, une arête, dont certains som* mets ne sont domines que par ceux de THimalaya, longe, de la Patagonie à l'Alaska, les rives de l'océan Pacifique. Dans sa partie la plus méridionale, la Cordillère est simple et d'une médiocre hauteur; mais en se dirigeant vers le nord, on voit graduellement grandir son élévation moyenne qui atteint deux maxima : en Bolivie et sous l'équateur. En même temps, pendant que son versant occidental reste toujours abrupte, à ce point que des montagnes de 6000* sont parfois à moins de 20 lieues de la mer, apparaissent sur son flanc oriental des contre-forts dont l'importance va toujours grandissant, jusqu'à constituer en Bolivie un véritable massif de 100 à 150 lieues de largeur sur une hauteur moyenne de 4000"", où se distinguent surtout deux chaînes parallèles déterminant la haute vallée du lac de Titicaca (SOIS"*). Ces deux chaînes, avec leur vallée intermédiaire entrecoupée de nœuds, où prennent naissance le Haranon et l'Ucayali, où sont bâties la Paz, Puno, Cuzco, Quito et d'autres villes, s'abaissent d'abord en s'étalant jusqu'au nœud de Pasco, puis se relèvent et atteignent leur point culminant juste sous Téquateur. Ici, l'arête orientale se bifurque à son tour et se termine à la mer, par la chaîne de Venezuela et la Nevada de Sanla-Marla, dont le principal sommet, la Horqueta (5500"*), se dresse presque sur le bord de la mer des Antilles.

La Cordillère occidentale, singulièrement réduite en hauteur, forme ensuite l'isthme de Panama, longe le Pacifique dans l'Amérique centrale, se relève et s'étale au Mexique. De là partent, comme dans l'Amérique du Sud, deux grandes chaînes parallèles, mais cette fois beaucoup plus éloignées l'une de l'autre, et du reste beaucoup moins élevées. A l'est, la ligne de faite des monts du Nouveau-Mexique, des montagnes Rocheuses, des monts des Chipways, sépare les eaux de l'Atlantique de ceux du Pacifique. La chaîne occidentale demeure voisine de l'Océan, et est interrompue dans son parcours pour le libre passage du Colorado et de la Columbia.

Sur l'immense étendue de cette arête montagneuse se dressent des montagnes, pour la plupart volcaniques, d'une prodigieuse hauteur. L'impertinence du chanoine Bourrit nous paraît grande d'avoir prétendu que « comparées aux Alpes suisses, ces montagnes de l'Amérique méridionale ne sont que des nains montés sur de

44 HISTOIUQUE.

grands piédestaux S) ; il y a cependant un fonds de vérité dans son dire, et il n'est pas sans intérêt pour notre sujet.

Précisément sous l'équateur, des terrasses de la ville de Quito, l'œil étonné contemple onze montagnes volcaniques couvertes de neiges étemelles. Les unes, comme le Cayajnbe (5950"), THiniza (5250"), le Chimborazo (6420"), sont aujourd'hui éteintes; d'autres, comme le Pichincha (4860"), l'Antisana (5880"), le Cotopaxi (5945"), lancent encore des fumées ou des flammes. On a pendant longtemps considéré le Chimborazo comme la cime la plus haute des Andes; c'est une erreur. Plus élevé encore est l'Âconcagua (6835"), dans les Andes du Chili, et surtout l'Illimani (7310") et le Sorate (7560") qui bordent le lac de Titicaca.

Une foule de montagnes, comme le Tolima (5525"), le Puracé (5185") en Colombie; le Cotocachi (4950"), le Sangay (5044"), le Sinchalagua(5200"), le Tunguragua (5020"), le Llanganati (5395"), l'Altar (5240"), le Sara-urcu (5140"), dans la République de l'Equateur; le Misli (6100"), le Chipicani (6180"), le Jachura (5180"), le Tacora (5700"), le Parinacota (6330"), le Nevado Yilcanota (5360"), le Lirima (7470"), au Pérou ; le Sahama (7015"), le pic Farinacobo (6714"), le Gualatiéri (6690"), le Cerro de Potosi (6620"), TAtacama (5300"), le Coolo (6870"), le Soololo (6795"), le Quenuta (6870"), lePomarape (6580"), en Bolivie; la Nevada de Famatina (5820") dans la République Argenline ; le Cerro del Plomo (5435"), la Cima del Mercedario (6800"), le Juncal (5960"), le Tupungato (6180"), le Maypu (5385"), le San-José (6100"), au Chili, dépassent de beaucoup les Alpes et môme le Caucase *.

Les passages qu'ont à franchir les voyageurs qui se rendent des côtes du Pacifique aux grandes villes da la Cordillère ou directement aux bassins de rOrénoque, de l'Amazone ou de la Plata, atteignent toujours à leurs points culminants des hauteurs capables d'impressionner l'organisme. La grande route que les Incas avaient construite, de Cuzco à Quito, traverse le passage du nœud de l'Assuay à 4735"; de Potosi à la Paz, le voyageur reste sans cesse à des hauteurs de 4000" et plus : le poste de Talapolco est à il 90". Dans la République de l'Equateur, les passages par lesquels on peut aller de Quito à la mer sont par-delà 4000"; la route de Lima à Pasco

* Nouvelle dexcription des glacières et des glaciers des Alpes, 2" éd., t. II, p. 87. — Genève, 1785.

* Outre les sources indiquées plus haut en note (page 4), j'ai fait pour ces hauteurs de nombreux emprunts à Klôden, Uandbuck der Erdkunde^ Berlin, 1869, et à Stein, édition de Wappens : Handbuch der Géographie, Leipzig, 1863-70.

passe à TAlto de Laciiagual, par 4710'° ; celle de Lima à Tarîna, à 480(r. Au Pérou, le col de Vilcaiiota, entre Cuzco et la mer, est à 4425"; la route d'Arequipa à Puno passe à 4750"*; la maison de poste d'Ancomarca, entre Arica et la Paz, est à 4530"" ; la passe de Qualillas à 4420'°, celle de Tacora à 4390'°, et celle de Chullunqulani à 4620'°. Enfin, des deux chemins do fer qui traversent la Cordillère, celui qui va de Puerta Mejia au lac de Titicaca a son point culminant à Crucero (4460'°) : de là il se dirige sur Cuzco, se maintenant entre 3500 et 4300'° ; le dernier construit, entre le Callao et la Oroya, passe à 4760°*, dans un tunnel qu'il a fallu creuser ainsi presque à la hauteur du Mont-Blanc.

Mais la route la plus habituellement fréquentée jusqu'ici par les voyageurs, pour passer d'un océan à Tautre, était celle qui traverse les Andes de Mendoza à Santiago. Elle conduit en effet de Buenos- Ayres à Valparaiso (417 lieues), et de Tun ou de l'autre de ces points permet d'atteindre facilement par voie de mer, aux autres ports de l'Atlantique ou du Pacifique. Quatre passages se présentent, qui sont, du nord au sud : celui de a los Patos », de Cordova à San-Juan, longtemps abandonné; celui du Cumbre d'Uspallata, plus fréquenté (3920") ; et celui du Portillo, qui force à traverser deux cols dont l'un n'a pas moins de 4360*°. Enfin, le dernier, qui est le moins élevé des Andes chiliennes, celui de Planchon, qui va droit au port de Conception, arrive encore à 2500'° de hauteur.

Sur le long parcours de l'Amérique centrale, la Cordillère se maintient à un niveau moyen; seul, parmi les innombrables volcans dont elle est hérissée, celui d'Acatenango (4150'"), dans le Guatemala, dépasse 4000'°.

La ville de Mexico est, comme la ville de Quito, entourée de montagnes : le Toluca (4580"), rixtaccihualt (4790"), le Chicle, au-dessus de laquelle passa en ballon Robertson le jeune, et le Popocatepetl (5420"°). Le Citlallepetl ou pic d'Orizaba, (5400") en est éloigné d'environ 60 lieues.

Dans les montagnes Rocheuses, il faut noter surtout l'Uncompabgre Peak (4430*°); le Pike's Peak, au sommet duquel (4340'°>les Etats-Unis viennent d'installer un observatoire météorologique ; le mont Lincoln (4300'"); le Long's Peak (4310") et le pic Frémont (4130") entre lesquels passe à 2500" de hauteur le grand chemin de fer de New-York à San-Francisco; à côté l'un de l'autre, le mont Brown (4850") et le mont Hooker (5100"). Les montagnes qui longent le Pacifique laissent passer l'Orégon entre la sierra Nevada de

Californie dont les sommets les plus élevés sont le mont Whitney (4500-), le mont Tyndall (4580") et le mont Shasta (4400"), et la chaîne des Cascades, avec le mont Baker (SoGO"), le mont Hood (5420*") et le mont Rainier (4400*°) comme points culminants.

A l'extrémité septentrionale se dressent, sur les bords même de rOcéan, les plus hauts sommets de TAmérique du Nord, le moni Fairweather (4620™) et le mont Saint-Elias (5440"). Enfln, dans l'Alaska, le volcan Gorjaloja termine Tiramcnse chaîne américaine, qui s'est ainsi allongée sur plus de 4500 lieues.

ArniQUE. — L'Afrique est loin de posséder des chaînes de montagnes qui se puissent comparer à l'Himalaya, aux Andes ou même aux Alpes. Cependant la ceinture montagneuse qui, à peu de distance de la mer, entoure les vastes plateaux de l'intérieur, se relève en divers points à des hauteurs notables. L'Atlas, qui, dans les possessions tunisiennes et françaises, n'atteint jamais 5000*°, les dépasse quelquefois au Maroc, où le mont Miltsin mesure 5470°*. En Abyssinie, le cercle montagneux qui entoure Gondar et le lac Zana s'élève sur certains points jusqu'à 4425" (Abba-Jaret), même 4620" (Raz- Daschan); la passe de Buhait est à 4520". Sur les bords de l'Atlantique, le pic de Fernando-Po monte à 5260", et, en face de lui, les monts Camerons, peut-être le 6cTcv cyr^jjLa de Hannon, atteignent 4000". Dans la colonie de Natal, la chaîne du Drakenberg présente des sommets de plus de 5000" : Cathkin Peak (3150"). Enfin, presque sous rÉquateur, près des bords de l'océan Indien, les monts Kenia ont 5000", et le Kilimandjaro dresse sa cime éternellement neigeuse à 6110". Ajoutons que, dans l'intérieur, une montagne élevée a été signalée, dont les sommets dépassent 5000"; c'est l'Alantika, qui se relie aux monls Camerons.

Iles. — Les îles, dont il nous reste à parler, ne contiennent qu'un petit nombre de montagnes dont la hauteur soit assez grande pour que leur ascension amène des troubles physiologiques. Le point culminant des Alpes australiennes, le mont Kosciusko, n'atteint que 2190". Mais, à la Nouvelle-Zélande, plusieurs dépassent 5000", et le géant de l'île du sud, le mont Cook, va jusqu'à 5770". La Nouvelle-Guinée contient plusieurs montagnes volcaniques qui ne le cèdent pas à celles de la Nouvelle-Zélande : l'Owen Stanley, la plus élevée, mesure 4020"; mais je suis loin de compter parmi elles ce mont Hercule, haut de 10 929", dont un capitaine anglais, M. Lawson a annoncé tout récemment la découverte, et sur les flancs duquel il prétend avoir grimpé jusqu'à 8455". Dans Tile d'Hawaî,

parmi plusieurs volcans encore en action, le Mauna Loa s*élève à 4250*, et le Mauna Kea à 4195°"; dans Pile voisine de Maui, le Mauua Haleakala atteint 31 10"*. Les innombrables volcans qui forment Tile de Java ont aussi de' hauts sommets : le Gounong-Simeron mesure 5500*, le Semerœ 3730". A Sumatra, je signalerai Tlndrapura /3870-) et le Dempo (3300*); à Bornéo, le Kini BaUu (4175*). L'arête montagneuse de File Formose présente des sommets de 3 à 4000". Dans le Nipon, parmi d'autres montagnes élevées, le volcan Fusiyama, la a montagne sans pareille » domine à 4320* de hauteur la rade de Yeddo. Enfin, au pôle Sud, les volcans élevés de la terre de Victoria, l'Érebus (3800*), le Melbourne (4500*), et, sur le cercle polaire du Nord, ceux du Kamtchatka, dont le plus haut est le Klioutchef (4805*), terminent cette ceinture volcanique qui borde sur tout son pourtour américain ou asiatique Tocéan Pacifique.

Dans nie de Ceylan, le pic sur lequel les pèlerins vont adorer le Cri-Pada, la trace du pied de Boudha ou d'Adam, ne monte qu'à 2420*. Les montagnes de Madagascar atteignent, dans leur point culminant, l'Ankaratra, 3350*. Le Piton de Neige, à la Réunion, mesure 3070*. Enfin, l'indication des volcans de Ténériffe (3715*) et de l'Etna (3310*) termine cette longue énumération de tous les lieux du globe dont l'élévation est assez grande pour que leur ascension puisse amener des troubles physiologiques dont la gravité attire forcément l'attention des voyageurs.

RÉsimÉ. — Tout ceci peut se résumer rapidement sous une forme saisissante. Supposons que la masse des eaux sur le globe augmente assez pour que le niveau des mers s'élève de 5000*. Que resteraitil, épaerçeant au-dessus d'un océan presque sans limite?

La plus vaste terre serait formée par les hauts plateaux du Thibet, du Yokan, du Pamir, sur lesquels s'élèveraient de nombreuses montagnes de 4 à 5000* ; son étendue serait deux ou trois fois plus grande que celle de la France. On en verrait partir en divergeant des séries d'iles qui marqueraient la trace des chaînes du Thian- Shang, de rindou-kouch,du Soleiman, des montagnes du Yunam et de la Chine.

A Tautre extrémité d'un diamètre terrestre, une longue bande s'étendant de l'équateur au tropique du Capricorne, s'élargissant à ses deux extrémités et surtout au midi, dans la région correspondante à la Bolivie, se prolo igerait vers le sud et vers le nord par des chapelets d'iles élevées et pressées les unes contre les autres : c'est tout ce qui resterait des Andes.

Le plateau d'Arménie, séparé des crêtes émergeantes du Caucase, constituerait une dernière terre beaucoup plus petite que les deux autres I que flanqueraient quelques sommets du Taurus et des monts Elburs*

Puis la région des Alpes serait devenue un archipel compliqué, avec tles et Ilots innombrables, Uberland, Grisonsi massif du mont Rose, massif du mont Blanc. Des Pyrénées il ne resterait que quelques sommets voisins de la Maladetta. Le Mulahncen et TEtna émergeraient seuls encore en Europe.

De l'Afrique, on ne verrait que le croissant abyssinien et des points isolés : quelques lies dans TAtlas marocain, le pic de Ténôriffo, celui de Fernando-Po, les monts Camerons, le Kilimandjaro et le Kénia, quelques cimes du Drakenberg, PAnkaratra de Madagascar.

L'Amérique du Nord laisserait encore au-dessus des eaux un certain nombre de sommets appartenant aux volcans du Guatemala et du Meiiquci aux montagnes Rocheuses, à celles des Cascades, à la sierra Nevada ; plus au nord, le mont Saint-Elias, et les volcans de l'Alaska, faisant face a ceux du Kamlschalka. Enfin, de POcéanie disparue il ne resterait plus que les volcans des terres australes, de la Nouvelle-Zélande, d'Haïti, de la Nouvelle- Guinée, des Iles de la Sonde, de Formose et du Japon.

Ce sont ces régions, si réduites en surface, dont l'étude nous intéresse ici. La revue que nous en avons passée montre ({ue toutes ces montagnes diffèrent singulièrement les unes des autres nonseulement par leur hauteur, mais par leur disposition générale. Les unes s'élèvent rapidement, d'un seul jet, pour ainsi dire, à leur hauteur totale; c est le fait, par exemple, des montagnes insulaires et de celles du versant occidental de la Cordillère des Andes. Chez d'autresi les assises s'entassent progressivement les unes sur les autres, et des sommets d'une hauteur prodigieuse ne semblent pas, sur leurs bases élevées, égaler des pics isolés qu'ils dépassent en réalité. Nous montrerons, dans la troisième partie de cet ouvrage, que ces dispositions orographiques différentes ont une grande importance au point de vue de notre étude.

Nbigks ÊTfiiinELLKs. — La latitude de ces montagnes n'en pi^ésente pas moins. Elle est en effet intimement liée à la question de température. Or, la limite à laquelle commencent les neiges éternelles traduit asseï fidèlement celle*ci.

Dans nos Alpes et nos Pyrénées, vers 43-47'' de latitude nord.

LES RfiGIONS ÉLBYKBS DU GLOBE. 19

cette limite est un peu au-dessus de ^TOO""; sur l'Etna (SS^* lat. N.) elle remonte à 2900". Dans les massifs montagneux du centre de l'Asie, du Pamir (40* lat. N.) aux monts du Boutan (37* lat. N.), elle oscille entre les hauteurs énormes de 4000 à 6000"", plus élelèe, tout naturellement) dans les régions les plus voisines de l'équateur, et aussi, fait trèSK^urieux, sur le versant des montagnes qui regardent le nord ; sur le Gaurisankar, les neiges n'apparaissent qa*à 5500" au nord, tandis qu'on les voit déjà à 4900" au sud; la chiine du Karakorum est, sur certains points, dépouillée de neige jusqu'à 6500" (Schlagintweit). En Abyssinie (13* lat. N.) la limite est par 4300" environ, et au Kilimandjaro (3* lat. S.) on estime sa situation à un peu plus de 5000^. La Cordillère, dans sa longue ex^ tension du Sud au Nord, ne saurait se prêter à une appréciation moyenne. Sous l'équateur, les volcans qui entourent Quito ne se hissent recouvrir par les neiges éternelles qu'à partir de 4800". D'une manière générale, ce niveau glacé s'abaisse à mesure qu'on s'éloigne de l'équateur; ainsi au Popocatepetl (19* lat. N), il n'est plus qu'à 4300". Mais dans les Andes de Bolivie, et particulièrement dans les montagnes qui bordent à l'ouest le lac Titicaca (16* lat. S.), il s'élève d'une manière singulière, jusqu'à atteindre 6000" : bien supérieur à ce qu'on observe dans les montagnes de l'Est où il se maintient vers 4800". Dans les Andes du littoral Chilien, sur le volcan Corcobado (2290"), par 43* lat. S., c'est-à-dire à la même distance de l'Equateur que la Maladetta, il n*est qu'à 1800". Sur le mont Hooker (52* lat. N.) il est à 2600", sur le mont Elias (60* lat. îl.) à 1500", et sur le Bâren-Berg (2096") de l'île de Jan Mayen (11'' bt. N.), à 400" seulement. Sur la Terre de Feu, au mont Sarmiento (2075-), par 54* lat. S.; la limite n'est qu'à 1100", bien plus bas qu'au mont Elias, qui cependant est beaucoup plus près du pôle.

ËtRBs viVAivTs. — L'extension de la végétation en hauteur varie eomme la limite des neiges qui l'arrêtent perpétuellement. Tandis que dans nos Alpes la région des forêts se termine vers 1800"^ nous îoyons, dans les Andes tropicales, la vigne, les quinquinas, les chênes, s'élever jusqu'à 3000". Dans l'Himalaya, la limite est bien plus reculée encore, puisqu'on cultive Tabricotier par plus de 3000", et que les bouleaux et les peupliers montent à 4200".

Les animaux suivent naturellement la végétation; les oiseaux n'échappent pas à cette règle, et si, sur les flancs du Chimborazo, on a vu quelquefois les Condors planer à la prodigieuse hauteur de 7000^, cela tient à ce que 2 à 5000 mètres plus bas, les pàtu-

rages peuplés de Lamas, d'Autruches, etc., leur assurent une nour riture abondante.

Les habitations humaines obéissent à la même loi. Dans l'Europe centrale, on ne voit que peu de villages dépassant 1500"*; le plus élevé des Pyrénées, Porté, est par 1625°; Saint-Véran, dans les Hautes-Alpes, et Soglio, dans les Alpes Rhétiennes, sont par 2050°. Au-dessus, on ne trouve que quelques chalets inhabités en hiver. L'hospice du Saint^-Gothard est à 2090°, celui du Bernina à 2500°; le plus haut des pâturages d'été que fréquentent les pâtres alpestres est celui de Fluhalpe, à 2550°, et l'on sait que la population monacale de l'hospice du grand Saint-Bernard (2470°) ne peut être entretenue que grâce au double attrait des récompenses célestes et des grasses prébendes italiennes promises aux moines après quelques années d'un pénible séjour sur la montagne.

Dans les montagnes Rocheuses, Central City est à 5460° sur les flancs de Long s Peak (40* lat. N.).

Dans les Andes, ce ne sont pas seulement des villages, mais des villes populeuses qu'on trouve bâties, en grand nombre, sur les hauts lieux. Mexico est à 2290°, Santa-Fé de Bogota à 2560°, Quito, avec ses 60 000 habitants, à 2910°, Cuzco à 3470°, Micuipampa à 5620°, la Paz à 3720°, Puno à 3920°, Tacora à 41 70° ; Potosi, qui a compté jadis plus de 100 000 habitants, est par 4165°, Oruro par 4090°, Torata par 4175°, Portugaletc par 4290°, Cerro de Pasco par 4350°; au Pérou et en Bolivie, la plus grande partie de la population habite au-dessus de 3000° ^ Des villages, des métairies s'élèvent à des niveaux supérieurs encore. Les mines de Chouta sont exploitées à 4480°, celles de Huancavelica, à 4655°, celles de Villacota à 5042° (Pissiz). La maison de poste de Rumihuani, dans l'Illimani, est à 4740°. Le chemin de fer d'Aréquipa à Puno traverse, comme nous l'avons vu, la Cordillère à 4460° de hauteur, et celui du Callao à la Oroya présente à son point culminant un tunnel situé à 4760°; or ces travaux gigantesques ont nécessité le séjour prolongé d'un grand nombre d'ouvriers.

Dans l'Himalaya, l'homme a fixé sa demeure à des hauteurs tout aussi étonnantes. Selon les frères Sclilagintweit, la capitale du petit Thibet, Leh, est bâtie à 3505°; dans la même contrée, Muglab, Kibar, villes construites en pierre, sont à 4150° et 4220°; le village de Chushul, le plus élevé de THimalaya parmi ceux qui

* Joui'daiicl, Influence de la pression de l'air sur la vie de ihomme^ t. I, p. \\të. — Paris, 1875.

LES RÉGIONS tLEYÉES DU GLOBE. 21

sont habités toute l'année, est à 4390"; le monastère Bouddhique de Hanle, dans le Ladak, est à 4610°* : une vingtaine de lamas y résident. Quant aux villages habités Tété seulement, ils sont fréquemment situés entre 4500"* et 4900°*; ainsi Norbu est à 4860">. En été, les troupeaux vont paître dans des pâturages qui atteignent 50OO", tels que celui de Larsa, à 4980" ^ Sur les hauts plateaux du Tokban et du Pamir, les Kirghises conduisent à 4700" leurs yaks et moutons. Le Mirza envoyé par M. Monigomerie au Thibet signale même un village, Thok-Djalank, à la hauteur extraordinaire de

mor.

Les Andes et l'Himalaya comprennent les deux seules régions du gMie où des populations qui se comptent par millions d'âmes vivent régulièrement au-dessus de 3000". Déjà, sur les hauts plateaux du Mexique, les régions habitées par un grand nombre d'hommes descendent à 2000" environ; en Abyssinie, elles sont plus basses encore; Gondar est à 2220" et le village d'Endschetkab, qui parait ttre le plus élevé de l'Abyssinie, à 2960".

D en est de même à peu près pour les habitants des montagnes arméniennes : Hispahan est bâti à 1340°', Erzeroum à 1860" et Kars à 1900". En Europe, comme nous l'avons vu, le niveau s'abaisse encore.

Les hommes qui vivent à ces hauteurs sont assurément dans des ocMidltions fort différentes de celles qui se rencontrent sur le bord de la mer. A 5500", un litre d'air pèse juste moitié moins qu'au niveau de la mer: à 3300", un tiers moins, à 2300", un quart. Ces conditions particulières sont-elles avantageuses ou défavorables pour le développement matériel ou intellectuel de l'homme? C'est ce que j'essaierai de discuter dans la troisième partie de ce livre. Je dois rappeler, du reste, à mes lecteurs, que les influences lentes, progressives, que peuvent exercer sur les générations successives le séjour dans les hautes montagnes ne m'arrêteront que peu. Je renvoie, pour ces questions si importantes en hygiène et en politique, au livre remarquable de M. Jourdanet. Ici, et tout particulièrement dans cette partie consacrée à l'exposition des documents historiques, il ne sera question que des accidents soudains, manifestes, ([u'améoe chez les hommes et les animaux le changement brusque et considérable de niveau et par suite de pression barométrique. Aussi est-ce aux récits des voyageurs, racontant le plus souvent

Sdibgîjitweit, Betultt ofa scœiUific mission to India and Hiyh Âsia, in 1854-1858 3fiLl8Gl-lS63;t. U,p.477.

leurs propres impressions, que je ferai appel dans les pages qui vont suivre.

J'ai divisé cet historique en trois chapitres distincts^ Le pre* mier contient les témoignages dont je viens de parler ; je les ai classés par régions orographiques, et énumérés chronologiquement. Je n'ai certes pas la prétention d'être dans cetle énumération absolument complet ; mais je pense n'avoir rien laissé échapper de vrai« ment intéressant.

Dans le second sont rapportés les récits des aéronautes. Enfin, dans le troisième j'ai groupé les expériences de laboratoire, exécu*tëes dans le but d'étudier l'influence de la pression diminuée, les interprétations théoriques qu'ont données à priori divers physiologistes des troubles observés pendant les ascensions de montagnes, et enfin les explications tentées par les voyageurs eux-mêmes, avec les opinions populaires su' ces étranges malaises. Je m'arrête, bien entendUf dans ce chapitre, aux discussions qu'ont soulevées mes propres recherches ; mon but est de montrer quel était l'état de la science au moment où j'ai commencé mes expériences. Enfin, un dernier chapitre résume à la fois tous les faits observés et toutes les théories émises.

Page 1