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Ainsi, pendant les efTorts musculaires de Tascension, la température du corps peut baisser, lorsqu'on s*élève de 1050 à 4810 mètres, de quatre à cinq degrés. Dès que Ton s'arrête pendant quelques minutes, la température remonte brusquement tout près de son chiffre normal
Depuis mon retour à Lyon, j*ai constaté qu*en montant rapidement une des nombreuses rampes à escalier qui conduisent à Fourvières ou à la Croix-Rousse, on a régulièrement un abaissement qui varie presque toujours de trois à sept dixièmes de degré. (P. 32.)
C'est à cet abaissement de la température du corps que M. Lortet attribue tous les accidents du mal des montagnes. Nous reproduirons au chapitre III cette théorie et les objections qu'elle a suscitées.
Le môme jour où MM. Lortet et Marcet soulTrirent si gravement pendant l'ascension, M. Ch. Durier* les suivait, marchant pour ainsi dire dans leurs traces. Chose curieuse, ni ses compagnons ni lui n'éprouvèrent de troubles :
Nous étions trois , trois compagnons de tempérament tout à fait diflièrent : Tun d'eux était un jeune garçon de quinze ans , le plus jeune voyageur — du moins à ma connaissance — qui soit jamais monté au mont Blanc. Eh bien ! aucun de nous n'a ressenti le plus léger malaise, pas même d'essoufllement.
* Hintoire du mont Blanc, — Paris, 1873.
LES YOTÂGES JSR VONTAGN^S. - ÂI.PSS. i«3
A quoi tenait cette difTérence d'impression? se demande M. Dut rier. Et il donne à cette question une réponse pleine de sagacité, dont nous aurons plus tard à faire notre profit.
Je terminerai la revue des principales ascensions au mont Blanc par celle de M. Albert Tissandier^ elle est surtout intéressante parce que son autour, étant un aéronaute, a pu comparer ses sensations avec celles qu'il éprouva en ballon ; il n'a rien ressenti de fâcheux :
A U haoteor de 4400 mètres, la respiration commence à devenir quelque peu haletante et pénible, mais je supporte sans trop de douleur reffet de la raréfaction de Tair. Mes deux guides m observent à ce moment et me disent que souvent les voyageurs, à cette altitude, prennent un teint particulier ; parfois leurs yeux le troublent et les forces leur manquent ; il faut alors les hisser à grand*peine jusqu'en haut, ou redescendre, suivant le degré d*énergie de Texplorateur.
C*eût été pour moi une grande douleur que d*ètre obligé de rétrograder. D m*est arrivé d'atteindre en ballon des hauteurs à peu près égales à celles du mont Blanc sans être incommodé ; mais l'ascension en montagne , lente et pénible, ne ressemble en rien à celle que Ton exécute si vite et sans fatigue dans la nacelle aérieone.
L'ascension du mont Blanc, si redoutée avant Tinlrépide tentative de Jaques Balmat, et que les souffrances de de Saussure, puis la ca* tastrophe du docleur Hamel, avaient entourée d'une effrayante renommée, est devenue de nos jours fréquente, vulgaire presque. En 1873, soixante voyageurs sont montés au sommet du géant des Alptô, parmi lesquels sept femmes et un garçon de quatorze ans, le plus jeune qui ait encore fait Tascension, nommé Horace de Saussure. Depuis Villuslre ancêtre de ce courageux enfant, j*ai compté sur la liste encore incomplèfe donnée par M. Besançon*, liste qui va jusqu'à la fin de 1873, 828 ascensions, dont 27 faites par des femmes. La dernière, exécutée par une Anglaise, Mrs Stralon, prouve une étrange audace ; elle a eu lieu le 31 janvier 1876; la Voyageuse a trouvé sur la cime un froid de — 24 degrés. Mais l'immense majorité de ces expéditions ne présente aucun intérêt scientiOque : ce sont de simples excursions de touristes, souvent fort imprudemment conduites. Aussi le mont Blanc, dont les a mountaineers » de profession parlent avec un cerlain dédain, semble-t-îl s'en venger; il y est arrivé plus d'accidents graves que dans tout le reste des Alpes. Une de ces catastrophes, la plus terrible de toutes, n'est peut-être pas sans quelques rapports avec notre sujet,
* A*een$itm du m&ni BUne. La Nature^ 10 oti. 1874.
* Lt mont Blanc et Chamounix. Genève ; sans date.
iU HISTORIQUE.
Le 6 septembre 1870, neuf guides et trois voyageurs arrivèrent au commet du mont Blanc; ils n'en purent redescendre, et périrent le lendemain dans la neige. On a retrouvé dans la poche de Tun deux, M. Beau S un papier rendant compte de leurs souffrances :
Nous avons passé la nuit dans une grotte creusée dans la neige, abri bien peu confortable; je fus malade toute la nuit,
La plupart des ascensionnistes récents du mont Blanc, dont les Clubs alpins nous ont conservé les récits, ne disent rien du mal des montagnes. Ils s'étendent fort longuement sur les préparatifs de départ, les incidents minutieux de la route, les joies du retour, mais gardent un silence complet sur les phénomènes' physiologiques. Et ce que je dis du mont Blanc est vrai de toutes les autres ascensions, même des montagnes qui rivalisent avec lui de hauteur. J'ai parcouru, page à page, les journaux des Clubs alpins anglais, suisse, italien, autrichien, français; j'ai lu patiemment des centaines de monotones récits, et n'y ai pu trouver que bien peu de faits se rapportant à notre étude; je vais les indiquer chronologiquenient.
Le 13 août 1857, M. Hardy* fait l'ascension du Finsteraar-horn (4275") :
Wellig (l'aubergiste de Œggischhorn), se considérant comme insulté par nos plaisanteries, partit en avant pour arriver le premier au sommet. Mais à peine avait-il fait une centaine de pas, qu'il tomba comme si on lui avait tiré un coup de fusil. Ellis, qui venait après lui, pensa qu'il se reposait, et marcha tranquillement jusqu'à lui; mais, quand je vins, je m'aperçus que c'était plus sérieux. Ses yeux étaient tournés en haut, sa bouche ouverte, et il ressemblait singulièrement à un poisson. Je ne savais que faire ; mais Croz adopta une bizarre mode de traitement.... Il le mit assis et le secoua si vigoureusement en arriére et en avant, qu'nprés quelques oscillations, il revint de son évanouissement, se releva et alla rejoindre Fortunatus. (P. 299.)
Peut-être est-il permis d'hésitçr 5 rapporter au mal des montagnes celte subite syncope ; mais dans le récit de Tucketl% le doute n'est pas possible.
Il s'agit d'une ascension à la Grivola (3960°), faite en juin 1859 ; une avalanche a menacé d'emporter les voyageurs :
Chabot, un des guides, se plaignait de sensations pénibles dans la poitrine et
* Alpine journal^ t. V, p. 189. — London, i872.
* Ascent of the Finsteraar-horn. — Peaks, Passes and glaciers. ^^ Ix)ndon, i859,
* A night bivouac on the Grivola: — Peaks, Passes and glaciers. — 2* série, t II. — London, 1802.
restomac, de perte d*appétit, de vertiges, de nausées, de maux de tête, résultant en partie de la peur et de la fatigue, et en partie aussi, peut-être, dus à la rareté deTair, car nous avions atteint la hauteur de 12 028 pieds (3665 mètres). (P. »7.)
A mes yeux, malgré la complication d'une absorption un peu exagérée de boissons alcooliques, Tinfluence de Tair raréfié est incontestable encore dans Tobservation suivante^ :
Un jeune Anglais d*en?iron vingt-quatre ans, la véritable image de la force et de la santé, passa le Weissthor par Macugnagna. Il n*élait pas très-accoutumé aox ascensions difficiles.... et pour se donner des forces but fréquemment .de Teau et du cognac... Le résultat s'en fit bientôt voir. Les guides durent le tirer avec des cordes, dans un état d'épuisement complet.... En fait, comme il me Ta dit, il n*a aucune notion de la manière dont il surmontâtes difficultés pour arriver an sonmiet ; tout le temps, il était dans une stupeur inerte. (P. 349.)
M. Kennedy % l'un des plus intrépides et des plus anciens ascensionnistes des Alpes, fut lui-même pris dans une de ses courses, non b première, tant s'en faut, ni la plus difficile, ni la plus élevée; il montait à la Dent-Blanche (4365'") et se trouvait encore loin jdu sommet :
Un poids extraordinaire semblait s*ètre appesanti sur moi , empêchant mes mouTements. Mes jambes, bien que je ne me sentisse pas fatigué, refusaient de travailler avec leur vigueui' habituelle, et j'étais resté très en arrière ; mais Tair par et raréfié qui soufllait sur nous et la ?ue du pic de la Dent-Blanche commencèrent à me raviver. (P. 56.)
Dans certains récits, ce n*est qu'incidemment, et comme perdus dans une phrase, qu'on voit apparaître les symptômes du mal des montagnes :
Guides et voyageurs étaient comnde épuisés, s'arrétant souvent pour respirer.... (P. 107. )\
La neige était dure, il fallait entailler des pas, et plus d*une fois les voyageurs durent s'arrêter pour reprendre leur respiration perdue. (P. 166.)*.
Dans d'autres cas, ils sont plus clairement indiqués, décrits même. Ainsi, en 1864, Craufurd Grove* monte au Studer-joch (3260");
* Schweitxer. The Breilhcrn (5735), MC^/uton en i861. — Peakê, Poêêet and glaciers. — 2* série, t. I. — London, i862.
* Aseenl of the Dent Blanche (9 juiniS62). The Alpine journal, 1. 1. — London, 1864.
* Stephen (Leslie), The Jungfrau-joch and Yiescher^joch. Alp. joum,, t. I. —London, 1864.
* Reg. Somerled Macdonald, Passage ofthe Roihthal Sattcl (août 1861). Alp, jown., t. n. — London, 1866.
* The Siuder^Joc/i. Alp. jouni.^ 1. 1. — London, 1864.
une marche trop accélérée rend malades voyageurs et guides :
Perru, qui craignait les avalanches, nous (il marcher d'un pas inusité dans les Alpes, qui produisit rapidement des signes de détresse dans tout le groupe ;... mais le robuste enfant de Zermatt n'en tint compte, et ne ralentit son pas que lorsque les lois outragées de la respiration réclamèrent leurs droits , et le forcèrent à s'arrêter complètement pour prendre haleine.... Nous arrivâmes au sommet ; mais notre joie était singulièrement alfuiblie par cette circonstance que presque tous nous étions malades. Quelques-uns de nous qui s'étaient reposés du rude métier de montagnards prés des lacs Italiens , avaient absorbé en excès figues et raisins. Le résultat de ce régime, en présence de notre marche sur la glace, fut trop douloureux pour que j'en puisse parler. Les guides n'étaient guère dans un moins piteux état ; il avaient bu la veille de l'eau-de-vie du Grimsel. (P. 368.)
Le récit de Tascension de Visconti* au mont Rose, en août 1864, est plus net encore et plus inléressant :
La raréfaction de l'air nous incommoda beaucoup, soit par la difficulté de respirer, soit par la diminution de la pression atmospli«.Vique sur les vaisseaux. Pour ces raisons et à cause de la rapidité des pentes , les jambes et les poumons se fatiguent vite ; mais quelques instants de repos leur rendent rapidement leurs forces
Un peu avant d'atteindre la cime (4G40 mètres), nous rencontrâmes les voyageurs anglais qui descendaient. L*un d'eux était pâle et bouleversé ; il me raconta que la raréfaction de l'air lui avait occasionné de fréquents vomissements qui Tavaient affaibli; ajoutez à cela que la tète lui tournait. Je me sentais simplement de la faij[)lesse d'estomac, avec de fréquentes nausées. (P. 160.)
Enfin, je rapporterai une observation faite par M. Gamard*, pendant son ascension à la Jungfrau (4170*"), le 24 août 1874, observation dont nous aurons à tenir compte par la suite :
Nous nous enfonçons dans le flanc même de la montagne ; Tjiir manque , et comme nous l'avons éprouvé au mont Rose et au mont Blanc , ce n'est pas au sommet que nous souffrons de cette raréfaction , mais dans des endroits où le vent arrive ditricilement.
A 9 heures et demie , nous nous reposons de nouveau ; nous sommes à 3750 mètres environ. (P. 216.)
Mais, je le répète, les observations de cet ordre sont extrêmement rares. Bail ne dit pas un mot du mal des montagnes dans son utile travail intitulé Suggestions for Alpine travellers^j où
^ Ascension al monte Rosa nelV agosto 1864. Btdleiino del Club alpino italiano, t. VI, p. 157-163; 1873.
' Ascension de la Jungfrau; Annuaire du Club alpin français, T* année, 1874^ p, 211-219. — Paris, 1875.
^ Peaks, Passes and glaciers, p. 482-509. — London, 1859.
il énumère les dangers des ascensions et les principales observations de physique et d'histoire naturelle qu*on y peut faire.
Est-ce à dire que tout soit changé depuis de Saussure et qu'aujourd'hui on puisse faire impunément des ascensions alors pénibles et douloureuses? Il y a dans cette hypothèse, si étrange qu*eile paraisse au premier abord, une part de vérité sur la valeur de laquelle nous reviendrons plus tard. Mais il suffit, pour s'assurer que Pimmunité n'est rien moins que générale et complète, d'interroger avec soin les ascensionnistes, même ceux qui, dans leurs récits, ne parlent pas de troubles physiologiques, même ceux qui les nient. Au reste, M. Jeanne, qui a tant lu, tant vu, tant entendu, résume parfaitement, dans son excellent guide en Suisse S ce qui est sur ce point d'observation commune :
La légèreté et la grande rareté de Tair dans les Alpes, ainsi que Ténergie avec laquelle il accélère révaporation , occasionnent à de certaines hauteurs des phé- Doaiénes physiologiques très-remarquables, tels que la diminution notable ou la perte de Tappétit, le dégoût ^K>ur les aliments, les nausées, Ja somnolence, Tanhéhlion, la céphalalgie, la défaillance, etc. : quelques-uns de ces accidents obligent iTiéme divers individus à rebrousser promptement chemin, dès qu'ils ont atteint SOOO mètres ; les mulets, à 5400 mètres environ, sont tellement essoufflés quMs font entendre une sorte de cri plaintif. Du reste, les forces se réparent, en pareil cas, aussi promptement et, eu apparence , aussi complètement qu'elles ont été épuisées. La seule cessation du mouvement semble, dans le court espace de trois OQ quatre minutes, les restaurer si parfaitement , qu'en se remettant en marche, on ne ressent plus aucune fatigue. (P. 93.)
Mais si ces accidents sont si fréquents, pourquoi n'en pas parler, ou tout au moins ne pas les signaler dans des récits souvent prolixes et surchargés de détails sans intérêt?
Tout d'abord, il faut l'avouer, on en a tellement exagéré Timportance et la gravité, que les voyageurs pris seulement d'anhélation et de palpitations en arrivent volontiers à nier la réalité môme d'un mal qu'ils redoutaient tant à l'avance. J*ai trouvé, sous cerap* port, dans le récit des ascensions laites en août 1859 à la Grivola (5960*), par M. Ormsby *, une indication intéressante. 11 montait la cheminée, dans une situation fort périlleuse, lorsqu'il eut une sensation d'éblouissement fort singulière, et il ajoute :
favais lu tant d'histoires terribles des étranges effets de Tair raréfié sur
• Paris, ô-éd.; 1874.
• ÂtcaU ofthe Grivola,^ Peaks, Passes and glaciers. — 2* série, t IL — London,
rhomme dans les grandes altitudes que je commençai à me trouver Irés-nerveux.... C'était le moment d*ètre pris par Tapoplexie , la catalepsie, le saignement d'yeux ou tout autre des terribles symptômes. (P. 533 )
En second lieu, la plupart des touristes dont les narrations remplissent les journaux Alpins n'ont guère, dans leurs ascensions, de soucis scientifiques ; ils grimpent pour grimper, ou encore pour voir, ou souvent pour dire qu'ils ont grimpé et vu. C'est généralement ce dernier sentiment qui dicte leurs récits, et c'est pour cela qu'on les voit chaque année à la recherche de quelque horti, spitz-Cj ou joch, jusqu'alors inaccessible ou simplement oublié : virginité souvent redoutable à saisir, dont ils vont se disputer la siérile conquête.
Enfin, le point d'honneur est intervenu; on craint presque le ridicule du mal des montagnes, comme celui du mal de mer. Autrefois, on en recherchait sur soi-même les symptômes, on se vantait volontiers de les avoir éprouvés, comme d'un danger mystérieux bravé; aujourd'hui on se refuse à les observer, à les avouer surtout ; parfois on les nie.
Un des voyageurs de notre époque qui ont le plus pratiqué la montagne, M. le comte Henry RusselP, s'exprime sur ce point de la manière la plus nette et en même temps la plus autorisée :
J*ai le regret de constater que quelques-unes des autorités les plus sérieuses de l'Alpine Giub ont été jusqu'à nier complètement une chose comme le phénomène pénible connu dans tous les pays sous le nom de c mal des montagnes » , ou encore le déclarent une exception, un effet de la fatigue , de l'épuisement. Il est vrai que des poumons trés-privilégiés peuvent s'élever très-haut et continuer à respirer confortablement. De même, il est des voyageurs qui sont exempts du mal de mer, et nous pourrions ainsi nier tout aussi bien ce mal que l'autre. Le mal des montagnes est une souffrance qui a été éprouvée sur le globe entier (même entre les tropiques), dans les Andes, sur l'Altaï, sur l'Himalaya.... partout. Aucun animal n'en est exempt, à une certaine hauteur ; et quant à moi, je confesse humblement que je puis à peine respirer au sommet du mont Blanc ; en fait, nous étions tous malades, plus ou moins, y compris les guides. Sur la Calotte, où la pente est très-douce, pas un de nous ne put faire plus de trentequatre pas sans s'arrêter longtemps. Et ce n'était pas de fatigue, puisque nous redescendîmes en deux heures aux Grands-Mulels , en très-bonne santé et pleins de vigueur. (P. 243.)
Combien peu de « mountaineers », d' « alpinistes », auront le courage d'un semblable aveu !
* Ou MouHtaiu8,andon Mountainca ûiy in yencral. Alpine journal, t. V, p. 241'-^24^',
g 6. — Les PyréaéM.
Les montagnes les plus élevées des Pyrénées n'atteignanl pas S^OO*", les malaises dus à la diminution de pression ne peuvent s*y faire sentir que dans des conditions exceptionnelles. Aussi, les voyageurs sont-ils le plus souvent muets sur ce sujet, et quand ils en parlent, c'est d'ordinaire pour déclarer qu'ils n'ont rien éprouvé.
Le premier auteur qui ait fait mention de phénomènes physiologiques observés dans les Pyrénées est Robert BoyleS mais il ne donne que des renseignements de seconde main :
Un gentilhomme instruit avait fait Tasceosion du pic du Midi au mois de sep- Imbre. Je lui demandai s*il avait trouvé i*air du sommet aussi fort pour la respintkm que celui d*en bas. Il me répondit que non, et qu'il était forct^ de respirer plus fréquemment et plus brièvement qu'à Thabitude. Et comme je pensais que peut-être «cela venait du mouvement, je lui demandai si cette gêne avait cessé après son arrivée au sommet; il me répondit : Oui, évidemment, car nous n*aurioos pu rester plusieurs heures sur ce sommet avec une pareille difficulté de respirer. (P. 2039.)
Pendant le dix-huitième siècle, un assez bon nombre d'ascensions furent faites, pour des motifs scientifiques, sur diverses montagnes pyrénéennes, et non des moins élevées. Le livre de Dralel * donne un résumé inlércssant des faits anciennement observés :
Les artistes qui furent employés, en 1700, à construire sur le Canigou une pyramide pour déterminer la méridienne, n'éprouvèrent aucun accident. Vidal et Reboul ont passé trois jours et trois nuits au sommet du pic du
i de Eigorre, sans aucune incommodité ; j*en ai été toujours exempt, ainsi que eompagnons de voyage, non seulement au même pic, mais aussi sur les crHesles plus élevées qui séparent la France de TEspagne.... Cependant quelques «•vageors ont été incommodés dans les Pyrénées, même à des hauteurs médiocre. En 1741, M. Plantade, célèbre astronome du Languedoc, mourut à Tàge de ^ ans à côté de son quart de cercle, sur la Uourquette des Cinq-Ours ( 1 244 toises). U comte Dolomieu, aumoisd*août 1782, faillit y subir le même sort; il fut atteint i*iB violent accès de fièvre qui 1 empêcha d'arriver au sommet du pic^; M. de Puy- ■aorin et N. Lapeyrouse, ses compagnons de voyage, se trouvèrent un instant prpsqiie sans pouls. M. Dusaulx, avant d*arriver au plateau du pic du Midi, sentit 4r éblouissements, et une sorte de faiblesse, sans que ses compagnons éprouvassut de tels accidents. Ces faits paraissent prouver, selon Topinion de M. de Sans-
!crv. que la nature a fixé, pour le tempérament de chaque individu, la hauteur
fHtilM&phical trananctions, 12 sept. 1670. Description des Pyrénées, 2 vol. — Paris, 1813.
n eut même, suivant Gondret [Mém. concernant les effets de la pression atm. sur '*»jrpt humain; Paris, 1819), un crachement de sang. (P. 44.)
à laquelle il peut s'élever sans inconvénient et sans danger. Mais il est à remarquer que certains voyageurs ont été incommodés à une hauteur médiocre» quoiqu'habitués à parcourir impunément des montagnes d'une très-forte élévation. (T. I, p. 58.)
Depuis ce temps, le voyageur naturaliste Ramond fit le premier l'ascension du mont Perdu (5550™). Son rccit\ fort intéressant, donne la preuve d'une sagacité peu commune; lui, du moins, se garde bien de nier ce qu'il eut le bonheur de ne pas ressentir :
Nous respirions sans peine cet air si léger et qui ne suffit plus à la respiration de bien d'autres. J'ai vu des personnes vigoureuses être forcées de s'arrêter à des
hauteurs beaucoup moindres Ici nous n'avons rien éprouvé de semblable;
seulement l'état du pouls indiquait une altération indépendante de l'agitation du voyage : le repos ne le calmait point. Pendant tout le temps que nous restâmes au sommet, il demeura petit, sec, tendu, et «'accéléré dans le rapport de 5 à 4 ; • cette fièvre, qui est nerveuse, annonçait assez le malaise que nous aurions ressenti à une hauteur plus grande : mais au point où nous en étions affectés, elle produisait un effet tout opposé à celui qu'un degré de plus aurait produit. Bien loin d'occasionner de l'abattement, il semblait qu'elle soutenait mes forces, et quelle excitât mes esprits. Je suis persuadé que nous lui devons souvent cette agilité de membres, celte finesse des sens, cet élan de la pensée qui dissipent tout à coup l'accablement de la fatigue et l'appréhension du danger; il ne faut peut-être pas chercher ailleurs le secret de l'enthousiasme qui perce dans les récits de tous ceux qu'on a vus s'élever au-dessus des hauteurs ordinaires. (P. 84.)
De même, Arbanère' déclare n'avoir, au sommet du mont Perdu, i en 1821 : ^
Éprouvé aucun effet de la raréfaction de l'air, ce trouble, cette anxiété, ces maux ^ de cœur qui fatiguent, accablent souvent à une pareille hauteur. (T. Il, p. 85.) ^
Le 11 vendémiaire an XI, Cordier et Néergaard firent Tascen- * sion de la Maladetta. L'un d'eux fut sérieusement atteint; voici , du reste comment le célèbre géologue raconte cet accident' : ^
Peu après, l'arête devient tout à fait impraticable, et il faut entrer sur le gto- a^ cier. Nous étions alors à près de 5000". M. Néergaard se trouva tellement incommodé de maux de cœur et d'étourdissemenls, occasionnés par la rareté de Tair» ^ qu'il lui fut absolument impossible d'aller plus loin. Je ferai remarquer, en pts^ ■ sant, que lemal des montagnes attaque presque toujours le petit nombre des ptf^ ^ sonnes qu'une disposition naturelle ou accidentelle y rend sujettes, à la hauteur Isi de 260G à 3000*, c'est-à-dire, immédiatement après les limites de la haute végé^i^ Ution. (P. 266.) "
* Voyage au sommet du mont Perdu, — Ann. du Muséum d'histcire naturelle, t. III, ^ 1801. •*
■ Tableau des Pyrénées françaises, 2 vol. — Paris, 1828. ^^
5 Rapport fait au Conseil des mines sur un voyage à la Maladetta , par la vallée àt}^ Bagnères-de-Luchon. — Journal des Mines, messidor an XII, t. XYI, p« 249-282; 1801»^
Cordier et son guide continuèrent leur route et arrivùient au sommet sans paraître avoir éprouvé de symptômes fâcheux ; du moins le récit n*en porte pas de traces.
Un voyageur dont nous avons eu déjà à parler, qui fit de nombreuses ascensions, notamment dans les Pyrénées, Parrot*, a fixé tout spécialement son attention sur les variations de son pouls, aux diverses hauteurs. Je transcris ses importantes observations :
Ion pools au sommet du mont Perdu baUait 110 fois à la minute, et quelques jonrs auparavant, dans ma première tentative pour atteindre cette montagne, il battait 100 fois. Sur le haut de la Maladelta, j'avais 103 pulsations, et quelques jours avant, à Bagnéres de Luchon (628"), je n*en comptais que 70. Ces variations soBtdansun rapport régulier avec celles de la hauteur ; elles concordent avec les flèoenrations que j'ai déjà faites sur mon pouls dans diverses montagnes. Ainsi, pulsations, qui sont de 70 à la minute au niveau de la mer, s'élèvent à 75 une hauteur de 1000-, à 82 pour 1500-, 90 pour 2000-, 95 pour 2500-, m pour 3000-, 105 pour 3500-, 110 pour 4000-. (P. 216.)
Après lui, je ne trouve guère à citer que le récit de M. de Fran- ^eville% qui le premier a atteint la plus haute cime des Pyrénées, le pic deNéthouCS/^OO").
L'ascension eut lieu le 18 et le 19 juillet 1842. Les voyageurs arrivèrent sur le glacier du Néthou, tout près du but de leur aseension :
nous attendions lous à éprouver quelques-uns des phénomènes dus à la nréfaction de Tair, et qui généralement viennent encore ajouter aux difilcultés des grandes ascensions. Il n'en fut pourtant pas ainsi. Seul, après avoir fait quelques pas sur le glacier, M. de TchilialchefT fut atteint de nausées assez violentes pwr être obligé de s*arréter de temps en temps et de se coucher sur la neige. Qwiqiies instants de repos suffisaient pour le remettre entièremeVit, et lui permettre de continuer sa route. Quant iiux autres, ni les guides ni moi ne ressenrien de particulier. Nous n'eûmes même pas à combattre celte lassitude, ce
si pénibles, qui accompagnent, dit-on, si souvent la présence de l'homme ces régions élevées qui n'ont pas été faites pour lui.
Id se termine ce que nous avons pu trouver, dans les récits des affensioiinistes aux Pyrénées, d'intéressant pour notre sujet. Un ëocument curieux nous montre que rien d'important n'a jamais attiré leur attention. Le comte RusselUKillougli, (|ui connaît si meridUeiiscment les Pyrénées, a publié un recueil ^ des ascensions eu
* Ueber die Beschleuniçung des memchliclien PuUes nach Maaszgabe den Erhôhung éa Stundpunktet ûbrr {1er Meeresflâche. — Froriep's Nothetif M X ; 1825.
' Voyage à la Maladelta. — Paris, 1845.
'^ Bemeil des aêceimons au pic du Mthou, de 1842 (!'• ascension) jusqu'à 18Gî<. — ïïëU, de la Sociélé Hamond, 1872, p. i::-24, 195-198 ; et 1873, p. 49-58.
pic du Néthou, depuis celle dont nous venons de parler, jusqu'en 1868. Dans cet intervalle, il y en a eu environ deux cents, comprenant à peu près nrjille personnes, dont vingt-deux dames.
Le livre qui reçoit les notes personnelles de chaque touriste n'indique absolument rien, sinon la vanité générale des motifs qui ont déterminé tant de personnes à cette pénible ascension. On n'y parle môme pas des troubles physiologiques. Seul, le comte Russell (24 août 1863) dit : « pas de crachement de sang». (P. 50.)
Enfin, je citerai dans ce paragraphe quelques observations* faites dans une ascension du Mulahacen, le pic culminant de la sierra Nevada d'Espagne; elles contiennent l'ébauche d'une bizarre théorie :
Les effets produits par la rarelé de Tair sur les poumons et sur le corps ne s*étaient pas fait sentir tant que nous étions restés sur les mules. Mais maintenant qu*il fallait faire des eflbrts musculaires, un plus grand déplacement d'énergie est nécessaire que dans une atmosphère dense. L'équilibration de Tair, qui supporte les os comme Teau fait pour les poissons, manque, et les muscles sont obligés de soulever un poids plus considérable ; de là Tépuisement. (P. 157.)
§ 7. — Le Caucase, rArméaie, la Perse.
Caccase. — Les ascensions des sommets élevés du Caucase sont tout à fait récentes. Klaproth*, dans le récit de son voyage au mont Caucase et en Géorgie, exécuté de 1807 5 1808, disait :
Personne n*a monté l'Elbrouz; et les Caucasiens croient que Ton ne peut pas parvenir ii sa cime sans une permission particulière de Dieu. (T. 1, p. 131.)
Une tentative très-sérieuse pour monter au sommet du Kasbek ou Mquinvari (5030") fut faite le 17 septembre 1812, par Engelhard et Parrot'.
Les deux voyageurs campèrent à la limite des neiges perpétuelles ; Parrol entreprit seul l'ascension du sommel. Il eut à surmonter les difficuUés ordinaires de la montagne; mais, ajoule-t-il :
Le plus gênant pour moi fut une lassitude singulière qui me forçait à me repo- *
ser tous les cinquante pas; elle provenait moins d'une oppression de la poitrine |
que dune faiblesse totale des muscles qui me prenait soudainement, et qui pas- i sait bientôt quand je m'étais arrêté seulement une demi-minute. Elle était géué-
* Kord, A Uand-Book for trnvellen in Spain. — London, 1847. Ij
* Voyage au mont Caucase et en Géorgie. — Pai'is, 1823. t|
* Voyage à la vallée du Terek. — N. Ann. des Voyages, t. LI, p. 273-321, 1831. :j
ralement suivie d^une sensation agréable et étrange, comme si je me fusse trouvé dans un nouTel élément, auquel mon corps, fait pour la pression plus forte des régions inférieures, était supérieur en force. Une suite inévitable de Tair extrêmement raréûé qui nous entourait était Taccélération de la circulation du sang et celle de la respiration ; mais le malaise et le vertige ne tourmentaient ni moi ni mes compagnons. En revanche, j'observai chez eux et chez moi un affaiblissement de plusieurs organes des sens ; nous étions obligés de parler très-haut pour nous enlendre mutuellement; nous éprouvions de la peine à parler, non que la respiration nous manquât, mais parce que la langue avait perdu de sa souplesse ; rœfl même semblait avoir moins d*acti vite, etl'on aurait dit qu'une cause intérieure Fempèchait de voir nettement et à une grande distance. (P. 502.)
Parrol fut obligé de s'arrèler à 2168 toises de hauteur; il y passa la nuit avec ses gens, mais dut redescendre le lendemain sans avoir pu atteindre la cime, qu'il estime à 2400 toises.
Ed 1829, une expédition militaire et scientifique s'approcha du mont Elbrouz (5620"); Kupffer* et les autres savants qui en faisaient partie résolurent de tenter l'ascension du géant du Caucase.
Le 22 juillet 1829, ils arrivèrent sur ses flancs, à la hauteur des neiges perpétuelles :
^kns étions obligés de nous arrêter presque à chaque pas. La raréfaction de Tair est telle que la respiration n*estplus capable de rétablir les forces qu'on a perdues; le sang s'agite violemment et cause des inflammations dans les parties les plus faUes.... Tous mes sens étaient offusqués, la télé me toumail, j'éprouvais de temps en temps un abattement indéfinissable dont je ne pouvais devenir maître.... Kous étions ici à une hauteur de 14000 pieds au-dessus du niveau de la mer. (P. 33.)
Ik n'étaient cependant pas arrivés au niveau du mont Rose; ils ne purent atteindre plus haut, mais un de leurs guides s'éleva jusqu'au sommet.
Sjôgnin', qui fit, le 26 mai 1836, Tascension de « la montagne h plus élevée du Caucase » (son récit n'est pas clair, mais je crois foe c'est du Kazbek qu'il veut parler), ne dit absolument rien des troubles physiologiques.
Ibis Radde', bien que son ascension de l'Elbrouz le 10 août 1865 mi restée incomplète, à cause du mauvais temps, indique nettcnent dans son récit l'iniluence de l'air raréfié :
Defant nous se dressait, toute blanche, la cime de la montagne. Un fort vent fcoest s*était élevé. Nous nous arrêtâmes un certain temps ; la fatigue, les tour-
' Voyage dans les environs du mont Elbrous dans le Caucase, entrepris en 1820. — lipport fait à lAo. imp. des Se. de St-Pétersb. — St-Pétersb., 1830.
• Voffoge dans les vallées centrales du Caucase, fait en 1836 et 1837. — iV. Ann. des ytfoges, U ex Vin, p. 276-528, 1848.
* Heiêtn tmd Farschungen im Sauliasut, 1865. — Peterm. Miith,, t. XHI, 1867.
13i HISTORIQUE.
noiements de lète se faisaient sentir fortement chez mes deux compagnons et chez moi-même ; nous éprouvâmes également une étrange faiblesse des genoux, qui arrivait rapidement à nous interdire tout mouvement. .
Nous nous arrêtions de plus en phis souvent; les vertiges, la faiblesse des ge^ nouXt aup^inentaient ; une fatigue atroce « entsetziich » m^écrasait
Nous étions arrivés à 14925 pieds (4557"). (P. 102.)
Dans leur voyage, en 1868, Douglas W. Freshfield, Moore el TuckerS accompagnés d'un guide de Cliamounix, Fr. Devouassoud« avec qui ils avaient parcouru les Alpes, exécutèrent les deux difficiles ascensions du Kasbek et de l'Elbrouz.
Le V' juillet, ascension du Kasbek ; nuit passée à 3500°* ; excepté la fatigue excessive qui força l'un d'eux de se coucher et faillit en empocher un autre d'alteindre le somniet, nos voyageurs ne notent rien qui nous intéresse.
Le 51 juillet, ascension de TElbrouz; ils ne se plaignent que du froid.
Gardiner, Grove, Walker et Knubel* s'élevèrent, le 28 juillet 1874, au sommet de cette dernière montagne. Le 27, ils campèrent à 11500 pieds, et le lendemain atleignirent la cime :
Toute la compagnie souffrit de la rareté de l'air. En 1868, pas un ne s'en était ressenti ; le pic alors atteint était probablement celui de. l'Est ; mais la dilférence en hauteur, s'il y en a une, est trop légère pour expliquer l'immunité de la première expédition.
C'est sans doute du voyage de Douglas Freshfield et autres qu'il s'agit ici.
Dans la môme publication se trouve un second récit, par Gardiner^, de la môme ascension :
Depuis le col, aucune difficulté sérieuse ne se présenta. Cependant Grove, Knul)ol et moi, nous souffrîmes plus ou moins du côté de la respiration, ce qui nous força à nous arrêter soment ; nous avions aussi ce que j'ai entendu appeler par un guide suisse « un coup aux genoux ». Walker saigna du nez, mais n'eut pas d'juitre accident. (P. 119.)
Arménie. — Le plateau de l'Arménie qui, sur une vasle étendue,
* Jountey in Ihe Caucasus, and Ascent of Kasbek and Elbruz, — The journal ofihe roijal gp.ofjr. Society , t. XXXIX, p. 50-76 ; London, 1809. — Itinerary of a Tour in ifie Cam^ caMus; Alpine Journal, t IV, p. 160-106; London 1870.— The Caucasm, bif C. Tucker (Ihid, 4il-25 ). . ,
- llinerary of a Tour in ihe Caucasus made by F. Gardiner, F.-C. Grove, A.-W. Ifoore ami A. Walker, wilh Peler Knubel of bl-Niklaus. — Alp. Journal, t. VU, p. 100-105; fondon, 1874. '
^ Anaicent of Elbruz. — Alpine Journal, t. VU p. 115-1"24; London, 1875. '
LES VOYAGES EN MORTAGiNES. — ASIE OCCIDEMALE. i35
dépasse la hauteur moyenne de 3000'*', est dominé par le double sommet de l'Ararat, qui était bien connu des anciens, et dont par-" lent même, comme chacun sait^ les livres bibliques.
Hais si Noé a pu facilement, selon la légende, descendre du sommet où Favaient porté les eaux — qui, si elles avaient couvert le grand Ararat, n'auraient laissé au-dessus d'elles que ses voisins llibrouz et le Démavend avec les plus hautes cimes des Andes et de I^Himalaya, — l'ascension de la montagne sainte présente des difficultés autrement sérieuses. Cependant, Pierre Bergeron, Parisien, dans son traité des Tarlares*, nous donne le curieux renseignement suiyant :
Eimacin, historien arabe, conte que l'empereur Uéraclius faisant la guerre en Perse, et passant par la ville de Thémanin bâtie, ce dit-on, par Noé au sortir de rarche, aTait eu la curiosité de monter sur cette montagne (Ararat, qui est le Taor, comme TÉcriture l'appelle, et les Grecs Périardo, aujourd'hui Chielder), poar j chercher ce qui restait de ce yaisseau. Haiton dit aussi que de son temps 00 en voyait aussi quelques pièces de reste. (P. 6G.)
Cest encore à Robert Boyle' que nous devons le premier récit d'une ascension sur TArarat, avec indication des malaises que devait entraîner le séjour sur un lieu si élevé :
féCant rencontré avec un ecclésiastique qui avait visité les hautes montagnes firménie (sur Tune desquelles, à cause de sa grande élévation, les gens du pays disent que V Arche s'est arrêtée), je lui demandai si sur les sommets il avait
êprooTé quelque difGculté à respirer Il me répondit qu'il n'avait pu aller
jusqu'au faite de ces montagnes, à cause des neiges; que cependant, il avait nemarqué qu*il était obligé de respirer plus souvent.
ie lui demandai si cette difiiculté lui paraissait purement accidentelle, ou partkaliére à lui ; mais il m'affirma qu'elle était générale sur les hauts lieux et que (»jai était de commune observation.
Ce même ecclésiastique éprouva de semblables accidents respiratoires en faisat rascension d'une montagne des Cévennes. (P. 2038.)
Le célèbre botaniste Tournefort*, qui tenta l'ascension le 11 août 17(H, ne put aller jusqu'à la limite des neiges :
L'un, dit-il, se plaignait qu'il ne pouvait respirer; pour moi, je n'avais jamais taot appréhendé que quelque vaisseau lymphatique ne se cassât dans mon «rps. (T. U, P. 516.)
La première ascension complète dont nous possédions le récit
* Voyages fàiis en Asie, dans lés XU. XIII. XIV et XV siècles. — La Haye, 1733.
* Philoêophical transactions, il sept 167U.
* heiation d'un voyage du Levant, 2 vol. — Paris, 1717.
436 UISTORIQUE.
est celle qui a été exécutée en 1829 par Parrot, le savant voyageur que nous avons déjà si souvent cité; il dut s'y reprendre à trois fois. Le 12 septembre^ il ne monta que jusqu'à 5850" (p. 150) ; le 18, il arriva à 5000" (p. 146). Enfin, le 26, il alla passer la nuit à 4500"; il ne se plaint que d'un sentiment de fatigue et de tendance au sommeil (p. 156). Le lendemain, départ pour le sommet :
Nous dûmes laisser un de nos paysans, malade, au campement. Deux autres, harassés par l'ascension des glaciers, se couchèrent sur le sol, puis redescendirent. Sans nous laisser abattre, nous poursuivîmes notre route. (P. 157.)
Le reste du récit montre que leurs fatigues furent extrêmes; mais aucun autre symptôme n'est signalé. A trois heures un quarts ils arrivent au sommet : « Mon premier désir et ma première jouissance, dit Parrot, fut le repos » (p. 159).
Les difficultés dont Topinion populaire entourait une ascension qui paraissait un peu sacrilège, firent que le récit si circonstancié et si véridique de Parrot fut révoqué en doute. Mais, quelques années plus tard, d'autres explorateurs, Avtonomoff, le 5 août 1854% Behrens, le 20 juillet et le 9 août 1855', Abich, le 29 juillet 1845*, vinrent en démontrer toute Texaclitude. Je n'ai pu me procurer le récit complet de ces ascen3ions, et les comptes rendus qu'en donnent les journaux de géographie ne parlent d'aucun trouble physiologique.
Mais cela ne prouve rien, car ils gardent le même silence en analysant* la célèbre ascension du colonel russe Chodzko, et cependant il résulte d'une communication que m'a fait l'honneur de m'adresser le savant géodésien qu'ils ne furent rien moins que négligeables.
Voici ce récit, tel que me l'apporte une lettre écrite en français par M. le général Chodzko : ji; le reproduis intégralement, en remerciant vivement de son obligeance mon éminent correspondant. L'expédition comprenait cinq officiers et soixante soldats :
L'ascension a commencé le 51 juillet (11 août) 1850. Du 4 (16) au 6 (18) août, nous sommes restés sous les tentes au pied du sommet du mont Ararat. Le 5 (17) août, pendant la nuit, abrites sous les rochers à pic, nous restâmes de huit
* Reiie zum Ararat. — Berlin, 1834.
* Magazin fur die Litteratur des Anslandes; 1835, n® 34. » Gazelle russe de V Académie; 1858, n"2l,23.
* Journal te Caucase; 1846, m» 1, 5, 7. ^
* Journal le Caucase; 1850, il" 50. — Traduit in Ao«». Ann, des Voyages, t. CXXX» p. 534-349; 1851.
à onze heures du soir au milieu de nuages électriques. Les éclairs qu*on voit d'en bas traverser les nuages comme de simples rubans minces avaient des dimensions énormes; la foudre grondait au moment même où apparaissait la lumière électrique : c'était comme le feu des coups de plusieurs canons tirés en même temps. Après trois heures d*orage, un coup de tonnerre très-fort détacha une partie des rochers, qui tombèrent avec fracas.
L*oragc une fois terminé, survinrent des ouragans de neige. C'est avec beaucoup de peine que nous pûmes dérouler et étendre un peu plus haut deux petites tentes en toile, sous lesquelles nous restâmes du 16 au 19 août. Le 18 août, après avoir atteint le sommet, nous y fixâmes une croix peinte en noir. Deux tentes furent dressés dans des trous pratiqués dans la neige. Le 19, les observations des distances zénithales furent commencées (fÂrarat fut observé de 122 points trigonométriques) ; elles furent finies tant bien que mal le 24 août au matin. Nous partîmes à midi, et descendîmes rapidement. ^
Quant aux symptômes physiologiques, je me sentais la tète très-lourde; il me semblait qu'un cercle de fer me serrait le crâne au-dessus des oreilles. 11 fallait marcher très-lentement pour pouvoir respirer à Taise. La nuit, quand nous dormions enveloppés de pelisses, si le froid pénétrant au travers nous réveillait, les mouvenients que nous faisions pour les serrer autour de nous nous coupaient la respiration. Le troisième jour la tête est devenue plus libre; mais il était touioors impossible de marcher avec vitesse.
Dans leur voyage en Arménie, Radde et Sievers firent quelques ascensions assez élevées, Tune entre autres (le 28 juillet 1871), sur une montagne voisine du lac de Chara-Gol :
Yers 12,500 pieds, dit Radde*, je dus m'arrêter. Ma respiration était difficile,
mes genoux étaient absolument brisés. La fièvre commençait à me prendre
Sievers rampa courageusement en avant. Je restai couché complètement apathique, pendant deux heures, attendant son retour. Au bout de deux heures environ, il revint, aussi malade que moi, tout à fait épuisé et brisé. (P. 177.)
Parmi les nombreux voyageurs qui ont sillonné en tous sens l'Asie Mineure, je n'en ai Irouvé qu'un, Uamilton', ayant fait l'ascension du mont Argée (5840'"), le 50 juillet 1857. Il ne dit absolument rien des troubles physiologiques.
Perse. — Mais j'ai rencontré deux récits d'ascensions au volcan éteint de Démavend (5620"*), près de Téhéran.
Le 8 septembre 1857, Taylor Thomson ' alla camper sur les flancs de la montagne, à 2000". Le lendemain matin, départ :
Je ne montais pas depuis plus d'une heure, quand deux de mes hommes refu-
* heisen im ArmenUchcn Hochlaml in Sommer 1871. — 2« partie : Ouest. — Pelep' wuinB Miiifieilungen, 1875.
* yoiice d'un voijoge dans r Asie-Mineure, fait en 1837. — iV. Ann. des Voyages, l, LXXXI, p 155-tîi6; 1859.
* An Account of thc Ascent of Mount Démavend, near Tehran, in sept. 1837. — Journ of the R. geograph. Soc., t. Vin, p. 109; 1838.
seront d'aller plus loin Je continuai avec les deux autres, mais Tun d'eux se
plaignit tellement de maux de tête, de palpitations de cœur, que je dus lui permettre de redescendre. Je relins l'autre jusqu'au cralére, par prières et menaces;
le froid était excessif La température était 56' F., le baromètre mesurant
45 P, 05.... ce qui correspond à 14 700 pieds (4480™).
L'autre ascension fui exécutée le 24 et le 25 juillet 1858, par des membres des diverses missions européennes à Téhéran. L'attaché anglais, R. F. Thomson, en a donné un récit détaillé *.
Le campement de nuit eut lieu le 24 juillet au village de Rina (5920'") ; le thermomètre marquait O"" centigrade. Départ, le matin du 25 juillet, de bonne heure :
L'ascension de celte portion de la montagne amena une grande fatigue, spécialement à cause de la raréfaction de l'air qui commença à se faire sentir à nos poumons
La dernière partie de l'ascension du Bamshi Bend fut extrêmement pénible à cause de la raréfaction de l'air. Nous éprouvions des nausées et de violents maux de tête, et une grande difficulté à respirer, même au repos. M. de Saint-Quentin, de la mission française, et M. Gastelli, Sarde, qui nous accompagnaient, étaient attaqués comme nous. Nous étant reposés un peu, et nous trouvant moins fatigués, et nous commençâmes nos observations. Elles nous indiquèrent l'énorme hauteur de 21,520 pieds (6560-)».
Nous restâmes au sommet environ une heure et demie. (P. 15.)
§ 8. — Asie centrale.
Dans la dernière moitié du treizième siècle, un voyageur illustre, Marco Polo*, fut le premier Européen qui pénétra jusque dans les régions élevées des plateaux de l'Asie centrale. Le célèbre Vénitien dut, sans nul doute, comme le prouvèrent les témoignages de ceux qui cinq cent cinquante ans après ont suivi ses traces, éprouver sur lui-môme, observer sur ses compagnons et ses bêtes de somme, les phénomènes dont nous donnerons bientôt de multiples descriptions; mais son récit n'en porte point l'indication :
Si chevauche Fen toutefois par montaignes, et monte Ten tant que on dit
que c'est le plus haut lieu du monde. (P. 150.)
Nul oisiau volant n'y a, pour le haut lieu et froit qui y est. Ë si vous di que
* R. F. Thomson and lord Scliomberg H. Kerr, Journeij troiujh Uie mounlainous Districts Norlh ofthe ElbruZt and Ascent of Demavemt, in Persia. — Proceediiigs of the royed geograph. Soc, t. UI, p. 2-18; 1859.
* Krreur considérable : la hauteur du Déniavend est 5020".
^ Le livre de Marco Polo, citoyen de Venise, rédigé ( n français sous sa dictée, en 1298, par Rusticien de Pise. — Publié par Pautliier. l*ari^, 1805.
le feu, pour cel grant froid, n*y est pas si cler, ne de tel chaleur comme en autre heu, ne ne si pueent pas si bien cuire les viandes. (P. 133.)
Ce lieu, le plus élevé du monde, est, comme l'a montré plus tard le voyageur anglais, Wood, le plateau de Pamir, par 4700°*.
Des voyageurs chinois, bien plus anciens encore, avaient visité ces hauts lieux. Tel le pèlerin fVIIianS qui, en l'année 399, traversa la passe de Karakorum (5690""). Tel le célèbre Hiouen-Thsang* qui, venant de Chine, rencontra « une suite de montagnes et de vallées et des pics d'une hauteur prodigieuse. Il franchit les montagnes noires » (p. 55). M. Stanislas Julien déclare qu'il s'agit des passes de l'Hindou-Koucli et du plateau de Pamir. Mais dans les récits très-succincts qui nous ont été conservés, il n'est nulle question d'observations physiologiques.
La description « des provinces Wei et Zzang » de la Chine occidentale, qui, publiée en chinois dans l'année 1792, a été traduite en français par Klaproth', conlient quelques indications qui, d'après ce que nous verrons plus loin, se rapportent évidemment aux accidents de la décompression.
C'est ainsi qu'en parlant des affections qui atteignent les voyageurs dans ces pays de hautes montagnes, l'auteur chinois parle de :
La chaleur du corps, les maux de têle, et autres maladies propres au climat. (P. 25.)
Plus loin, dans un itinéraire remarquable par la précision des mesures et l'abondance des détails, il indique l'influence des plantes empoisonnées, auxquelles nous verrons jouer bientôt un grand Pôle dans les récits des voyageurs; ici, c'est la rhubarbe qu'on accuse :
Eu parlant de Djédo on voyage de montagnes en montagnes, elles s'étendent au loin, mais elles ne sont pas très-hautes. La rhubarbe y abonde, elle exhale une odeur très-forte qui incommode beaucoup le voyageur. (P. 188.)
Enfin, après les plantes, viennent les exhalaisons du sol :
Plus loin à Touest de Djaya, on traverse une grande montagne neigeuse ; le chemin est três-raide. Les neiges accumulées ressemblent à une vapeur argentée.
* Purdon, On t/ie Trigonometrical Survctj and Physical Coti figuration ofthe valley of Kaifimir. — J. of R. Geogr. 6' , t. XXXI, p. 14-30 ; 1861.
* Mr moires sur les contrées occidentales, traduites du sanscrit en chinois, en l'an 648, par Hiouen-Tlisang, et du chinois en français par btanislas Julien, t. L — Paris, 1857.
* klaproth, Deicription du Thibet, traduite du chinois. — Paris, 1851.
Le brouillard que la montagne exhale pénètre dans le corps et rend les Chinois
malades. (P. 210.)
De Lang Thang Keou^ on suit la vallée, on monte — La neige gelée rend la route glissante et très-^langereuse. Il y a là aussi des exhalaisons pestilentielles. (P. 217.)
Pendant le dix-septième el le dix-huitième siècle, quelques voyageurs européens, missionnaires, marchands, militaires ou aventuriers, visitèrent, soit dans TEmpire chinois, soit dans celui du grand Mogol, les régions élevées de l'Asie centrale.
Je n'ai trouvé que dans le récit d'un seul, le jésuile portugais Antonio d'Andrada*, l'indication nette d'accidenis qu'on puisse attribuer à l'effet de l'air des hauts lieux. Ce missionnaire eut le courage de traversel* presque seul l'Himalaya pour se rendre du Cachemire au Thibet :
Là commencent d'énormes montagnes que Ton ne peut franchir en moins de 20 jours. On n'y trouve rien que des rochers presque toujours couverts de neige
Tant par le malaise que par une certaine exhalaison pestilentielle qui sort de la terre, tout à coup on éprouve une révolution violente et intérieure qui vous (ait périr en un quart d'heure. J'attribue ces morts subites à la cessation de la chaleur naturelle interceptée par le grand froid, et surtout à la mauvaise nourriture. (P. 13.)
Mais quant à lui et à ses deux compagnons, il ne se plaint que du froid extrême, de congélations partielles^ d'insensibilité aux mains et aux pieds, et de « perte d'appétit » (p. 16), seul trouble qu'on puisse rapporter à la diminution de pression. Ils avaient cependant passé par les régions les plus élevées, puisqu'ils « arrivèrent au sommet de toutes ces montagnes où se voit le lac d'où sortent la rivière du Gange et une autre qui arrose les terres du Thibet » (p. 16). C'est évidemment du lac Manasarowar que veut ici parler d'Andrada.
Le docteur Dernier', qui suivit en mars 1663 le grand Mogol Aureng-Zeb, de Lahore à Cachemire, eut à traverser une montagne élevée, encore couverte de neige; mais il ne parle que du froid, et de même, en relatant les voyages des marchands qui vont au Kashgar et au Thibet à travers les hautes chaînes, il ne fait allusion qu'aux difficultés de la marche.
Les récitsdu père Verbiest* qui, en 1683, accompagna l'empereur de Chine dans la Tartarie orientale, ceux du père Gerbillon*, de 1688 à 1698, ne mentionnent aucune souffrance.
* Voyages au Thibet; trad. par Parraud et Billecoq. — Paris, l'an IV.
* Voyages de Fr. Dernier, t. H, lettre ix. — Amsterdam, 1699. 5-* Description de la Chine du P. du Halde, t. IV. — Paris, 17:5.
En octobre 1714, le père H. Desideri parlit deLahore pour aller à Cachemire, « à travers le Caucase, » comme on a longtemps appelé rflimalaya. Le 17 mai 1715, il entreprit le terrible voyage du Thibet, et arriva le 25 juin à Ladak. Il n'accuse de ses souffrances que la fatigue, le fi'oid, les vents furieux, la réverbération du soleil sur la neige*.
Dans la seconde moitié du dix-huitième siècle commencent les relations politiques des Anglais avec le Boutan et le Thibet. En 1774, Bogie fut envoyé auprès du grand Lama par le gouverneur des Indes; J. Stewart', qui a raconté son voyage, n'y fait aucune allusion à rinfluence des montagnes.
En 1783, Samuel Turnér* fut chargé de la même mission. Il traversa les hauts défilés du Boulan, et séjourna plusieurs mois au Thibet. Il insiste fréquemment sur la hauteur extraordinaire de ces régions, sur les vents froids et desséchants qui y régnent. La seule observation qu'on puisse rapporter à l'influence fâcheuse de l'altitude est la suivante ; Turner se trouvait alors au pied du Chumalari :
Lorsque nous eûmes mis pied a terre à Terma, je ressentis un violent mal de tête, ce qai m'engagea à me jeter sur un tapis;... je souffrais et n*avais nulle enyie de parier. (T. I, p. 312.)
J'attribuai ce mal de tête, qui m'avait fait beaucoup souffrir, au changement de dimat. (P. 514.)
Iaî capitaine Thomas llardwicke* fit, en 1796, un voyage à Srinagar dans le petit Thibet, pendant lequel il paraît s'être élevé à d*as^z grandes hauteurs ; mais il ne rapporte aucun accident qu'on puisse attribuer au mal des montagnes.
Mais avec le célèbre vojage de Moorcrofl* qui, en 1812, traversa THimalaya pour atteindre le lac de Manasarowar, commence, pour ainsi dire, une ère nouvelle. Désormais, tous les récits des voyageurs garderont d'une manière nette, et souvent avec détails, la trace des souffrances que Taltitude ajoutait à la fatigue et au froid.
Il partit le 26 mai, mais ce n'est que le 4 juin qu'on trouve, dans son journal, l'indication d'un malaise spécial :
« UUre du 16 avril 1710. UUrcs édifiantes, Nouvelle édition, t. VII, p. 430-435. —
Paris. 1781.
« Ah accouul ofthe Kingdom of Thibet, parJ. Stewart. — PhiL transactions, t. LMl,
' Ambassade au Thibet et nu Boutan, trad.de Castéra, 2 vol. — Paris, 1800.
* A journeif to Sirinagur. — Asiatie researches, t. VI, p. 509-381 ; 1801 .
* A journeij to Lake Manasarovara in Un dés, a Province of Utile Tibet. — Asiatie rrMtarrhcs, t. Ml, p. 375-531. — CalcuUa, 1810.
Ui HISTORIQUE.
Dans la dernière partie de ce jour, dit-il, je trouvai que ma respiration s'accélérait en proportion des difficultés de Tascension, et j'étais souvent obligé de m'arrêter pour attendre que les battements de mon cœur se calmassent. Mon compagnon souffrait de cette oppression depuis trois jours, mais je n'avais jusque-là rien ressenti. (P. 397.)
Moorcroft n indique pas la hauteur à laquelle il était alors parvenu ; il parle seulement d'un village nommé Niti où il établi! alors son campement. Il voulut de là, au bout de quelques jours, faire l'ascension des montagnes voisines :
Le 26 juin, au malin, je partis. La montée fut trés-pénible à cause de la grande difficulté de respirer; de cinq personnes, une seule fut capable de m'accompagner.... Je ne pouvais faire plus de cinq à six pas sans m'arrèter pour respirer.... Ayant tourné tout à coup le dos au vent, je ressentis un sentiment de plénitude à la lêle, avec vertiges, et des menaces d'apoplexie ; aussi je me couchai rapidement à terre. Peu de temps après, ma respiration haletante se ralentit, l'action du cœur devint moins violente, et je pus me relever. Mais malgré les précautions de ma marche, je fus attaqué deux fois des mêmes symptômes, si bien qu'il me sembla prudent de renoncer à monter plus haut.
La nécessité impérieuse de s'arrêter pour respirer tous les quatre on cinq pas ne se fit sentir que pendant l'ascension. Quand faction impétueuse du cœur était ralentie par le repos, ladiffîcultéde respirer disparaissait. Elle n'apparaissait pas à la descente, môme lorsque je courais; mais plusieurs fois, à notre campement,
au moment de m'endormir, j'ai été interrompu par cette sensation Bien que
je n'éprouvasse ni chaud ni froid excessifs, mes mains, mon cou et ma figure étaient rouges, la peau était sensible, et le sang sortit de mes lèvres, ce qui ne m'était jamais arrivé. (P. 408.)
Il revient à plusieurs reprises sur l'oppression qui précède le sommeil :
Le 50 juin, au lever du soleil, le thermomètre était à 46* F Je me réveillai
de très-bonne heure, et fus aussitôt pris de difficultés de respirer avec grande oppression au cœur, phénomènes qui disparurent après quelques inspirations profondes. Comme je me rendormais, la suflbcation reparut, et la respiration devint fort anxieu-e ; cependant, quand l'air se réchaufia un peu, cette affection diminua. (P. 412.)
Le soir, bien que pressé du besoin de sommeil, il me fut impossible de m'endormir à cause des étouffements qui sui^venaient aussitôt, et que pouvaient seules calmer quelques respirations profondes. (P. 415.)
Le 3 juillet, Moorcroft atteignit Daba. Le reste du voyage ne l'exposa plus au mal des montagnes, sur la cause et la nature duquel il ne hasarda aucune hypothèse.
En 1819, Moorcroft, en compagnie de Trebeck, commença une longue expédition qui devait, en 1825, se terminer par la mort des
LES YOYAGES EN MONTAGNES. — ASIE CENTHALE. 143
deux voyageurs. Je n'ai, dans la publication faite par Wilson^ des résultats de ce voyage, rien trouvé qui ait rapport au mal des montagnes. En racontant sa traversée de la passe de Chang-La, la plus haute qu'il ait encore franchie, Moorcroft ne se plaint que d'un froid lerrible (t. I, p. 428). A la passe de Parang-La, qu'il estime être à prés de 19 000 pieds, il dit seulement :
Mon cheval était tellement incapable de marcher, bien avant d*atteindre le sommet, que je dus en descendre et Tabandonner à son sort. (T. II, p. 54.)
Trois ans après le premier voyage de Moorcroft, Fraser', qui accompagnait l'agent politique envoyé à l'armée du général Martindale, remontait en 1815 les bords de la Jumna. Il traversa les montagnes, de Jumnotree à Gangotree, par des passes trés-élevées, mais dont il ne donne pas la hauteur.
C'est le 16 juillet que, pour la première fois, apparaissent dans son récit des accidents qu'on peut rapporler au mal des montagnes :
Nous éprouvâmes beaucoup d*ennuis, dit-il, de la part des coolies On avait
grand^peine à les mettre en mouvement, et ils s'asseyaient après quelques pas, bien qu*on eût beaucoup allégé leur charge en prévision des diiÎQcuKés de la marche. Us nous dirent qu'ils étaient frappés par le Serân, ou poison de Tair venant des fleurs qui couvraient le sol (primevères, polyanthus, bruyères); et quoique leur position fût peut-être en partie due à la boisson et aux excès, et qu'il fallût aussi accorder quelque chose à la paresse, leur apparence générale indiquait encore autre chose. En arrivant, ils jetaient à terre leurs paquets, et s'étendaient malades; le plus souvent ils dormaient aussitôt, et bien peu pensaient à manger auparavant. On nous dit que la course du lendemain serait plus rude encore. (P. 440.)
En effet» le lendemain les souffrances redoublèrent :
U faisait excessivement froid.... Beaucoup des Mewatee et les Goorkha étaient presque incapables d'avancer, chacun se plaignant du bis, ou vent empoisonné. Je pensai alors que ce poison supposé n'était autre que Teffet de la raréfaction de l'air due à notre grande élévation, qui le rend incapable de suffire à notre respiration ; il ne peut distendre les poumons; j'ai été amené à cette supposition d'après mes propres sensations. Je fus obligé de faire des efforts extraordinaires pour continuer ma course, et pouvais à peine trouver la force de marcher. J'éprouvai une grande oppression respiratoire, comme si je manquais d'air. Nous n'aurions certainement pas pu supporter cela longtemps
• Trareh in ihe Himalayan provinces of Hindustan and the Peiijab ; in fxidakh and Kashmir; in Pexhawar^ Kabul, Kundnz and Bokhara ; 2 vol. — London, 1851.
« Journal of a Tour through Part of the snowy Hange of the Uimalaija mowtlains, and to the sources of the Hivers Jumna and Ganges. — London, 1820. Ce voyage fut publié en abrégé dans les Asiatic researciics, t. XIII, p. 170-249. — Calcutta, 1820.
144 HISTOniQUE.
Enfin nous arrivâmes au sommet du Bumsooroo-ke-Gliàt, où il n'y avait plus que de la mousse el des lichens.... Aussitôt que Tun de ceux qui se plaignaient d'oppression se couchait, il s'endormait, mais il ne paraissait pas prudent de le laisser s'abandonner ainsi. Manger quelques bouchées faisait un peu de bien, mais rien ne soulageait sérieusement, et personne n'était à l'abri de cette débilité générale. C'était le point le plus haut de noire voyage. (P. 442.)
Delà nous eûmes à exécuter une série de montées et de dcscenles le long
d'un sentier lrè.s-difficile et pénible à cause de la neige et des pierres roulantes ; nous filmes cruellement tourmentés par la difficulté de respirer, jusqu'à ce que nous arrivâmes à Chaiah-ke-Kanta. (P. 444.)
Ils n^élaient pas au bout de leurs souffrances. Dès le lendemain, il fallut exécuter de nouvelles ascensions :
Nous avions à nous plaindre de la difficulté du pays, du mauvais état de la route, et par-dessus tout de la fatigue artiGcielle due à l'oppression dont nous nous ressentions tous au plus haut point. (P. 449.)
En atteignant la gorge élevée de Bamsooroo, personne n'évita l'influence pernicieuse. 11 était curieux de voir que ceux qui avaient ri de leurs compagnons se laissaient aller les uns de fatigue, les autres de malaise, malgré leurs efforts pour le cacher aux autres. Je crois que j'y échappai plus longtemps qu'aucun autre ; et cependant, après avoir passé cette gorge, quelques pas en montant me paraissaient un insupportable labeur, et même en passant sur les endroits à plat, mes genoux tremblaient sous moi, et j'éprouvais de temps en temps des nausées stomacales. Les symptômes produits sont très-variés ; quelques personnes souffrent de violents maux de tète ; d'autres ont des douleurs dans la poitrine, avec de l'oppression ; d'autres des nausées et des vomissements ; beaucoup sont accablés de somnolence et s'endorment même en marchant.
Mnis ce qui prouvait que tout cela était l'effet de notre grande élévation, c'est que lorsque nous descendîmes, et atteignîmes lesrégionsde la végétation, tous ces symptômes violents, toutes ces souffrances diminuèrent et disparurent. (P. 459.)
En 1816, 1817 et 1818, le capitaine Webb fit des efforts infructueux pour traverser THimalaya, et revoir le lac sacré de Manasarowar; les Tartares Tarrêlèrent en route. Ses observations ont été publiées dans un intéressant article de la Quarterly Review *; il en est qui nous touchent spécialement :
Sans élever le moindre doute, dit le rédacleur qui analyse les lettres de Webb, sur la difficulté de respirer éprouvée par M. Moorcroft dans son ascension du Ghaut, nous ferons observer qu'on est souvent monté plus haut sans rien éprouver de semblable, ce qui semble indiquer que ces effets dépendent beaucoup de l'état de la santé. Le capitaine Webb, cependant, confirme ces allégations, non-seulement par le témoignage de ses propres sensations, mais par celui des montagnards eux-mêmes, qui les éprouvent autant que les étrangers, et il nous assure que ni les chevaux ni les yacks n'en sont exempts. Les natifs nomment ce mal Bis^
» Vol. XXU. p. 415-430. — Ix)ndrcs, 1820.
LES VOYAGES EN MONTAGiNES. — ASIE CENTRALE. 145
k<e-hmca^ c^est-ànlire air empoisonné, et l'attribuent aux émanations de certaines fleurs ; il sunrient quand on marche ou quand on se fatigue.
« Tout le monde, dit notre voyageur, se plaignit de perte d'appétit pendant plusieurs jours après notre arrivée à Nitee. Pour moi, j'éprouvai exactement lessensa-tions qui précédent une attaque de fièvre, avec grande oppression, action exagérée du c<Bur et des TÎscéres. Mais un de ceux qui m'accompagnaient souffrit une de cfs attaques auxquelles sont sujets les habitants du Boutan, au commencement de la saison, et qu'ils considèrent comme directement produits par la Bii-kee^ hnra. Il était descendu sur le bord de la rivière à la chute du jour, et quand il Toalut remonter, il perdit l'usage de ses jambes et même sa connaissance ; cependant, il conservait encore quelque sentiment, mais il ressemblait pour moi à im homme frappé d'apoplexie. Les extrémités étaient froides, et après avoir vainement essayé de le ranimer par des frictions, par l'application de pierres chaudes dans les mains et à la plante des pieds pendant plusieurs heures, je m'avisai de loi donner un émétique; une grande quantité de « Toam » fut chassée, et en deux 00 trois jours il revint à la santé. Je'crois que cette sécrétion de « foam » est un effet particulier de l'inhalation des vapeurs toxiques. (P. 420.) •
C'est à peu près vers la même époque que les frères Gérard connmencèrent la célèbre série de leurs voyages à travers l'Himalaya.
En 1817 (27 aoûH4 octobre) premier voyage du capitaine Alexandre Gérard, deSoobalhooàRarung, avec retour. 11 futaccompagné pendant une partie de la roule par le docteur Govan, dont nous aurons à parler plus loin. Son rccil fut publié pour la première fois, d'après ses noies de voyage, par Lloyd en 1841 * (p. 191i61). n n'y est nulle part question du mal des montagnes.
L'année suivante il se remit en route, en compagnie cette fois du docteur J. G. Gérard, son frère. Ils allèrent de Soobathoo à Shipke, avec retour à Soobathoo (22 seplembre-22 novembre 1818). J'emprunte aux simples notes qu'ils ont publiées' ce qui touche à notre sujet :
î octobre. Notre tente est placée à 15,095 pieds ; au col qui sépare Ghoara du Lionawur, il n*y a plus que quelques rares herbes avec un peu de mousse.... Fndaut la nuit que nous y passons nous ressentons tous de violents maux de tête, àe probablement à la raréfaction de Tair, mais que les natifs attribuent à une ^te toxique qui pousse en abondance aux grandes hauteurs. (P. 566.)
Le 7 octobre, traversée de la passe de Toongrung (15 729 pieds), Hkcun effet noté; le 12 octobre, de même, à 13518 pieds, à la passe qui sépare Koonawur des possessions chinoises. Le 16 octobre,
' Account ofKoonawur^ in the Himalaya. — London, 1841.
* 1" partie : aller. Account ofpart ofa joumeij through the Himalaya mowUains. — Tke Uinb. Philos, journal, t. X, p. 295 305 ; 1824. — 2« partie : retour. Journal of •I Excursion through the Himalaya niountains, from Shipke to tho Frontiers of Oùuea. Tartary. — The Edinb., Journal of Science, vol. 1, p. 41-51 et p. 215-224; 1824.
<>* deux articles sont reproduits dans le Journal of the Aêiatic Society of Bengal, Ml, p. ÔC5-591; 1842. C'est d'après ceUe publication que je cite.
JI>TORI0l'E.
•î-.-v-?'-": '-^^ ?ie^>. et le 18, ascension d'un pic montant à
uMLi- 7 .iLLi e :iT . lous hûsaiit à peine la possibililc de faire des efTorts....
.r . n.. ^ - &- -IL - .v:ai:er.... Pour dire la vérité, iious ne pouvions plus mar-
^1 .n.j— wr-ur>. iuL luu? soufThoDs de la télo, avec une faiblesse };énênle,
..^ uiut:*àr^ un> les oretlles et la puilrine.... Le tbenuuiuùtre n'ëtiii
^ X ■>*^ifc> .'• .:::' F.... et ce[>ondant à cause du vent, lues luaius furail
uciMCTii. i).^i^Lir^ lutf je dus les frutter pendant un quart d'heure afaat^i
■MivnA .1 a -^.rTr
.> j>j^«t<u^ ;iii 'riversent le passajçe de Gangtung le reprêscnti^ut cûoum .«^^•viiviu uilùrvû: : lis se couvrent de vêlements pour se défendre contre h >««« ivr>^À. i is se plaignent de terribles maux de tête et d*oreillcs; il ) ^»t '^u.'«:'i. it> ^licvres. des moutons et des hommes. (P. 377.)
.^ I* xubre. (Ki>sagedii Ilungrung (14837 pieds) ; le 25, p» ^4^r ai lloouun^ < 1 1508 piels; ; aucune iiidic4ition. Le ii novemlÉ.- • luur Ji NK^batlioo.
Ui vjLtJrv: Gérard ne tarda pas a repartir pour un nouveau voyafe.
: lit .04$^ il >\»i:i>sail deremunler, si possible, jnsqu*au\ sources di
>c«i(i. un d s aflluents de Tlndus, qui vient du lac Manasarowar.
,.^' :wU do ce \ovage fornu* le deuxième volume d'une publicii
loa ùiU à Londres en IS4i)*. Il avait déjà été publié sous UM
lumo plus succincte dans un journal scientinque d*Kdinboiiif,
il lS'i**»ol IS*2T'. Lune et l'autre narralion sont extrêmement so-
l)ivs eu descriptions et particulièrement d ordre physiologique, k
cUc J\iiptvs lo \oUune publié a Londres.
te wna^e conunonva le 0 juin 18*21 ; Al. Gérard partit du pi|i ào Ko', par \> à 10000 pieds de hauteur. Il se borne à dire, au sonui l vie la passe de SliatooL par 1^055 pieds (1758"'), où nous veriNin* que sou fivro devait tant souffrir:
'.• iHi'« - >ou> no donnions que ti-ô:>-pcu, à cause des maux de tête et de II
Jr!ivul'A- .le iv>puYi-. \\\ 15.)
V ui iv^^e de InHUendo :
tiî >:». . K'oarue il arri\e d'habituilo à ces h.iuteurs« nous dorminies ;i imw, HiNUK' M sK'- t"->i>^ *t*' •^*«-* ^'1 ""<-* <?xlrênie difficulté à respirer. (P. 57. i
« \..*\\ \ • a. tt* ./ 4 tounttff from CaunpiHtr io Ihe Uoortndo ]»t*; u ttk Cmpimmt I s.. M 1 .isw .^. o/'«i«i ttttrmf»Hu jK'Hctratc hy Ikkkcn to liutiH} atiti the Lmà€9^
• \: \»»» uxl. l.xi-»-*.' <»/ «» Survftt vf ihc taiUn uf the Srtlrj /lirrr, in the Bu ^v..^.rf.N. tw ^.«l•^. JiH-r#iii/ of 6tirMf«r, t. V'. p. *270-îtt». l8iG, cl t. V|, p.
A la passe deKeoobrung, 18513 pieds, il est un peu plus explicite :
tkjuin. —réprouvai une grande difOcuIté à respirer, une grande faiblesse, tius sans mal de tête, bien que mes suivants souffrissent de cette impétuosité de la circulation signalée par M. Moorcroft : la température était de 46*.
Le 30 aoikt, il fait Pasccnsion de la passe de Manerung à la hautair énorme de 18612 pieds (567r).
Hoos montions très-lentement la montagne ; la respiration était laborieuse, et BOQS étions épuisés presque à chaque pas. La crête de la passe n*étai( pas visible, et nous ne savions quand finiraient nos maux : la route s'élevait suivant un mùè de 30*
Notre situation était différente de toutes celles que nous avions éprouvées; elle ae peut être décrite. Bien avant d'arriver au sommet, notre respiration devint kaletante et oppressée, et nous étions forcés de nous asseoir au bout de quelques j» ; encore pouvions-nous alors à peine inspirer une quantité d'air suffisante. Le Boindre mouvement était accompagné de faiblesse et d'abattement intellectuel. bas soufTrtmes ainsi pendant 2 milles ; le dernier demi-mille était dans la neige ferpétueUe-Au sommet, le baromètre marquait 15,300^ le thermomètre 36* F.
fiosîeurs de mes gens ne purent franchir la passe, à cause des maux de tête. U longueur et la difficulté de Fascension, la rareté de Tatmosphère, la rigueur Il climat, bien qu'en été, rendent ce passage formidable aux plus robustes indi- (P. 240.)
Le ^ septembre, il était arrivé à Kotgurh, fin du voyage.
Dans le premier volume de Touvrage publié par Lloyd, se trouve •ne lettre du docteur Gérard, relatant son voyage aux passes de Siafool et de Boorendo, dans le but de déterminer la limite des leiges perpétuelles. Elle est datée du lac Charamace, à 15800 pieds, Iil8 août 1822.
A la hauteur de 15000 pieds, les mêmes accidents Tatleignirent, hn et ses compagnons de route :
Oa ne saurait décrire la fatigue extrême que nous occasionnèrent les 500 derliers pieds. Anxieux, malades, nous ne pouvions nous servir de nos bras pour Inser iin morceau de pierre d*un coup de marteau. La respiration était libre, ■■» insi^sante, nos jambes pouvaient û peine nous supporter, et nos visages ctânt tirés comme si nous allions avoir la fièvre
T«at mon monde était dans une misérable condition, je souffrais du mal de file, et chacun se plaignait. (P. 508.)
C'était le 9 août, ils arrivèrent au sommet de la passe de Boolendo, à plus de 15500 pieds, le thermomètre étant à ZV :
b descendant, je ressentis les symptômes du mal de tête, et ils ne me quittétoc pas jusqu'après midi ; je sortis pour chercher des fleurs, mais je fus obligé de
rentrer au campement (12800'). Je me réveillai au point du jour non reposé par le sommeil. J'éprouvais le même sentiment de débilité et de langueur qu'en montant, mais moins fort (p. 515)
Ma visite m'a enlevé les doutes que j'avais sur les phénomènes de la neige nouvelle dans les passes en juillet et août, et je n'ai plus guère de raison pour refuser de croire aux récils singuliers que font les habitants du pied de la montagne sur les accidents qui quelquefois saisissent les voyageurs qui la traversent. Ils assurent que les phénomènes de somnolence et de débilité sont beaucoup plus à craindre dans la saison des pluies
Les gens qui vivent au pied de la montagne et qui respirent dans un air trèsraréfié, ou qui sont accoutumés à monter leurs côtes escarpées, souffrent beaucoup moins que ceux qui habitent une zone inférieure dans une atmosphère plus dense ; mais ils connaissent très-bien ces effets, et décrivent leurs sensations avec une simplicité ingénieuse et trés-inléressante
Entre Koonawur (où le peuple semble né pour vivre et mourir dans des régions inaccessibles) et le versant indien des montagnes, nous voyageâmes longtemps sur les crêles des montagnes, à une élévation positive de 16000' : je rencontrais chaque jour une foule de gens chargés de grains ; ils marchaient lentement, s'arrêtant souvent pour respirer, et ils semblaient souffrir d'une oppression uniforme. Je n'ai pas appris s'ils sont sujets à une indisposition semblable à celle que j'ai éprouvée, cependant cela doit être, et il est indiscutable que, à partir d'une certaine hauteur, les effets de l'air raréfié sur les fonctions de la vie animale sont permanents et que ni l'habitude ni la constitution né peuvent triompher d'eux. (P. 520.)
Sandyet moi, dans notre excursion uu pic de 19500', quoique incapables de faire une douzaine de pas sans être épuisés, et enfin pouvant à peine nous mouvoir du tout, néanmoins nous aUions mieux que les villageois qui nous accompagnaient, et résident à la hauteur de 12000 '. Dans l'intérieur du pays, là où le sol est remarquablement élevé, les symptômes les plus redoutables arrivent en traversant les montagnes. Entre Ladak et Yarkand, il m'a été parlé par un intelligent serviteur de M. Moorcroft des conséquences Ailales du manque de précaution. Il dit que le passage de la rangée la plus élevée doit être fait à jeun, et recommande de fréquentes doses d'émétique pendant le voyage. Il m'a rapporté l'histoire d'un marchand russe bien portant, qui allait de Ladak à Lee pour voir M. Moorcroft, et qui a péri en traversant une des passes parce qu'il a fait un bon repas avant le départ. La mort, dans un tel cas, doit être proprement attribuée à la somnolence amenée par le froid et l'extrême rareté de l'air qui prédispose à l'inactivité et conduit le voyageur au dernier sommeil. (P. 525.)
Je fis une petite course sur les rochers, mais la sensation de plénitude à la tète me força de retourner. Depuis mon arrivée en ce lieu, j'étais plus ou moins affecté de maux de tête, surtout violents la nuit ; la douleur ne ressemblait pas à celle des maux de tête ordinaires, mais c'était comme si un poids accablant « adead >veight » était attaché de tous les côtés de la tête, la poussant dans diverses directions. Le thé me faisait du bien, mais pour peu de temps. (P. 325.)
Je souffrais beaucoup la nuit du mal de tête, et d'une sorte de somnolence, comme il arrive dans livresse. Je n'ai jamais éprouvé une preuve aussi évidente de l'existence d'un agent redoutable pour les principes de la vie animale, et quoique j'aie souffert beaucoup plus dans la passe de Boorendo, en 1818, le mal n'a pas duré jour après joui*, comme ici. Tout mon monde était aussi affecté, les uns de maux de cœur, d'autres de maux de tête ; tous n'étaient pas également atteints, mais nous ne pourrions en conclure que ce fût une affaire de chance; il
faut dire seulement que les conditions naturelles d'énergie et d'nction ne sont
pas toujours les mêmes. . . . \
Les extrêmes du baromètre étaient ici de 17055' à 17160'; ceux du thermomètre de 4i*P.5 à 53*; ce qui donne pour la passe de Shatool une hauteur de ihàOO pieds. (P. 526.)
Le capitaine Al. Gérard nous a du resle laissé, dans un chapitre spécial d'un ouvrage posthume S un résumé des faits qu'il avait observes dans ses nombreuses campagnes :
Oans les montagnes élevées, une dépression des esprits et une débilité de corps, sccompagnées de cruels maux -de tète, plénitude au cerveau, oppression de poitrine, difficulté de la respiration, avec, de temps en temps, douleur d oreilles, affectent tout le monde, plus ou moins. Tout cela tient à la raréfaction de l'air, ce dont j'ai eu des preuves nombreuses, ayant visité trente-sept lieux à différentes époques, entre 14 et i9400 pieds, et treize fois mon camp fut placé au-dessus de 15000 pieds. Il est digne de remarque que les gens de Koonawur et les Tartares estiment Taltitude des passes par la difficulté de respirer qu'ils éprouvent en en faisant fascension.
Il faut, cependant, bien noter que la difficulté à respirer n'affecte p«s tout le monde également ni en même temps ; elle dépend, certes, dans une grande mesore, de l'état de la santé. Quand je ne me portais pas bien, j'ai souffert de maux de tête à 15000 pieds, tandis que, en bonne santé, je n'ai rien ressenti à 16000 pieds. Â Boorendo (15000'), j'ai eu très-froid, et j'ai éprouvé, même au repos, une suffocation plus forte que cela ne m'est jamais arrivé à 19000 pieds, même en marchant.
Une fatigue quelconque, mais surtout l'ascension de monticules, augmente ces symptômes : de 17000 à 19000 pieds, les maux de léle sont constants, et personne ne peut faire plus d'une demi-douzaine de pas sans se reposer.
Quand on campe au-dessus de 16000 pieds (4875'"), la di(ficuUê â respirer est vraiment terrible, et souvent, pendant des heures entières, j'ai cru que j'allais Hre suffoqué.
Les personnes qui n'ont pas fait des voyages semblables peuvent â peine se faire une idée du temps qu'exige sur des lieux élevés un parcours de douze ou quatorze milles. J'ai fait trente-quatre milles à pied dans les pays qu'appelleraient montagneux ceux qui ne connaissent pas les parties difficiles du Koonawur, avec plus de facilité et en moins de temps que, dans ces hautes régions, je ne pouvais marcher 'douze milles. Une ascension de 5 ou COOO pieds n'est pas rare, et quand l'élévation dépasse 14000 pieds, chaque mille, même quand la route est bonne, demande au moins deux fois plus de temps qu'à la hauteur de 7 â 8000 pieds. La dépression des esprits et du corps qu'on éprouve sur les montagnes élevées affecte tout le monde â un plus ou moins fort degré, et un de mes amis fut phi5 fatigué par une ascension et une descente de 5 000 pieds, sur une marche totale de neuf milles, en terrain élevé, qu'en allant de Nahun à Soobalhoo, ce qui fait 45 milles. (P. 57-59.)
Les observations du capitaine llodgson qui, en 1817, remonta
* Account of Koonawur in the Himalaya. — Publié après sa mort par G. Lloyd. London,
jusqu'aux sources du Gange et d'un de ses principaux aflluents, la Juuïna, mcrilenl au même titre d'être citées* :
Nous éprouvions une grande difficulté à respirer, avec celle sensation particuculiére, constante dans les grandes élévations, là où il n'y a pas de verdure, et que je n*ai jamais éprouvée comme sur les champs de neige, même en montant plus haut
La hauteur du mercure était 18 pouces 854, à la température de 53* F, ; d'où une altitude de 12914 pieds (3935»). (P. 111.)
On était au 30 mai; les voyageurs avaient atteint la source du Gange.
Ces contrées furent visitées dix ans après par le capitaine Johnson, dont le récit' donne des renseignements |identiqucs à ceux do ses prédécesseurs. Au reste, l'influence redoutable des hauts lieux est bien connue des gens du pays. •
En effet, le l*"" et le 2 juillet 1827, Johnson exécute rascension du pic d# Tazigand ou Pendjeoul :
Les naturels apprenant le projet de M. Johnson tentèrent en vain delà lui faire abandonner, par des récits exagérés des difficultés sans nombre qu'il présentait, et des dangers du bis ou vent empoisonné qui souffle sur la neige. (P. 1Q0).
Du reste, fait bien digne de remarque et dont nous trouverons ultérieurement maints exemples, les gens du pays souffrirent beaucoup plus que les Européens ;
Le capitaine Johnson occupa le 2 juillet le même terrain que celui où le D' Gérard avait fait ses calculs barométriques à 19 411 pieds (5915") au-dessus du niveau de la mer
Les habitants qui Tavaient conduit là avaient la respiration très-oppresséc ; ils s'étendaient sur la neige, se tenant le cou à deux mains, et le naêsir cépayc, qui seul était parvenu à la plus grande hauteur, se plaignait aussi beaucoup. H est étonnant que nos compatriotes n'aient ressenti aucune souffrance. Ils éprouvèrent seulement parfois de la peine à respirer ; mais il leur survint des ampoules et de la cécité momentanée par Téclatde la neige. (P. 162.)
Le voyageur français Jacquemont semble être en contradiction avec les assertions de tous ses prédécesseurs. Du moins, il déclare n'avoir rien éprouvé à des hauteurs souvent égales ou supérieures à celles qui avaient tant fait souffrir les voyageurs anglais. Cette
* Journal of a Survey to thc Ueads of the Hivers Gatigcs and Jumtta, — Asiatic trsearches, t. XIY, p. 60-152. — Calcutta, 1822.
* Voyayc par les monts Himalaya aux sources du Djemna et de là aux frontières de Vmmpit^ chimis; d'Avril en Oci. 1827. — JS. Ahu. des Voyagea, t. IXYII, p. 127-188.
difTérence le frappe tellement qu'il la signale *■ aux professeurs du Muséum d'histoire naturelle, et tente de l'expliquer :
Kumaiil, !•' février 1831.
Plusieurs voyageurs anglais ont passé le col de Bouroune (15000 pieds en?iron), et tous se plaignent de céphalalgies et de nausées qu'il y ont éprouvées. J*aî passé dans des lieux bien plus élevés, puisque trois (ois j*ai campé au-dessus de 16000 pieds, et, pour aller à Beckhur, j'ai eu à traverser des cols élevés de plus de ISeOO pieds. Je n*ai jamais ressenti aucun des effets fâcheux dont se plaignent tous les voyageurs sur les hautes montagnes, et je n'en oi jamais observé les symptômes dans un seul des nombreux compagnons de mes course*s. J'ai vécu sept mois dans THimalaya ; je me suis élevé de sa base à ses sommets ; lorsque pour aller à Bechkur je montai quatre fois jusqu'à 6000", il y avait deux mois que je n'étais presque jamais descendu au-dessous de ^000* ; de là j'étais allé camper à 4000" après quelque séjour à 5000. Quand l'ascension est si graduelle, les poumons s'accoutument aisément à jouer avec liberté dans une atmosphère graduel* lement plus raréfiée. C'est un changement très-considérable de niveau dans un court espace de temps qui les affecte et qui produit l'oppression dont Saussure et tons ceux qui ont monté après lui sur le mont Blanc se plaignent, bien avant que d'arriver à la cime. (P. 53.)
Les notes si intéressantes qu'il avait laissées, et qui furent pu* bliées après sa mort*, contiennent à ce sujet, sur lequel il avait tout spécialement fixé sou attention, des observations fort remarquables :
Le 16 mai 1830, j'arrivai à 3927"' de hauteur.... C'était la première fois que jem'élerais à une hauteur si considérable; elle excède celle où Ton commence dans les Alpes à ressentir péniblement les effets de la raréfaction de l'air. Je ne les éprouvais nullement, je n'étais pas essoufflé plus que je ne l'eusse été au niieaa le plus bas, en gravissant avec la même vitesse des pentes pareillement inclinées.
Je n'en aperçus les symptômes véritables chez aucun des gens qui me suivaient; ni anhélation, ni somnolence, ni nausées.
Il me semble que dans les climats tempérés, par les parallèles moyens des Alpes et des Pyrénées, on les éprouve plus tôt que sur les montagnes plus voisin» de l'équaleur. Si ce fait résulte uniformément du témoignage des voyageurs, il est peu explicable. L'effet, s'fl dépend uniquement de la raréfaction atmosphérique, devrait être le même à la mémo hauteur dans toutes les régions du globe, et plutôt plus dans les contrées interlroplcales, où la tempéralure raréfie davantage l'air à la même élévation. (P. lOi.)
Jacquemonl insiste à plusieurs reprises sur cetlc innocuité des hauteurs de rHiraalaya comparée à rinfluence mauvaise des Alpes;
» CAmmffondanût wéditt, t. U, 4867. -- LcMre * MM. les Professeurs adminisUv-
l'ours du Muséum, à Paris.
« Yoijoçe (lan$ Flnd^^ pfnthnt ies années i^'lS à 1852. — Pan«, t. U, 18ii.
il en essaie même une explication non sans fondement, dans le passage suivant :
Je montai trois fois à cheval au col de Rounang, élevé de plus de 4267*.
Celte hauteur excède celle où les voyageurs prétendent avoir commencé h ressentir les effets de la raréfaction de Tair dans les Alpes et les Pyrénées. Je ne les éprouvais aucunement. Peut-être Tanhélation dont Saussure et ses guides, et tous ceux qui depuis ont suivi ses pas, souffraient au mont Blanc, n'était-elle que le résultat d'une marche laborieuse et prolongée sur des pentes d'une roideur excessive. Peut-être si Ton pouvait se h\re porter de Chamounix au sommet du mont Blanc, évilerait-on le malaise que Ton attribue généralement à la raréfacti<5n de Fair à sa cime. Les frères Gérard qui sont incontestablement les premiers voyageurs des régions Alpines se plaignent constamment de fatigue excessive et de maux de tête violents, à tous les cols qu'ils ont traversés, entre 4572" et 5791"; et cet état de souffrance s'est prolongé chez eux tant qu'ils sont restés à ces hauteurs, où plusieurs fois ils campèrent. Il semblerait résulter de là que ce malaise n'était pas seulement l'effet passager de la fatigue occasionnée par une ascension considérable, mais réellement un effet de la constitution atmosphérique
Jje mont Blanc est élevé de 3780" au-dessus de Chamounix, qui ne l'est que de 1036" environ au-dessus delà mer. On y monte en trente heures. Voilà en un bien court espace de temps, un énorme changement dans la pression de Talmosphère où l'on se trouve plongé. Un si brusque passage, indépendamment de h fatigue nécessaire pour l'effectuer, peut affecter sensiblement l'organe respiratoire. Ici, au contraire, depuis plus de trois mois, je vis moyennement à 1829" déjà au-dessus de la mer, et depuis le dernier mois, à 2743", hauteur où certes je ne ressens aucun des effets de la raréfaction de l'air. En montant à 4572" d'élévation absolue, je ne franchis qu'une différence verticale de 1829% la moitié de celle qui existe entre le mont-Blanc et Chamounix, et je n'éprouve rien que je puisse rapporter à un trouble de la respiration. Enfm la preuve que les symptômes fâcheux dont se plaignent les voyageurs au sommet des Alpes, ou sur les cols de l'Himalaya, se dissiperaient avec le temps, et que leurs poumons trouveraient assez d'oxygène dans un air raréfié de la moitié de sa densité, c'est l'existence de la métairie d'Antisana dans les Andes, que M. de Ilumboldt a fait connaître, élevée de 4114" environ, et où une famille vit à demeure, et laboure et travaille. Nul doule que le lac de Mansarower n'excède de 305" à 457" ce niveau ^ et cependant il y a des habitations sur ses bords, et les pèlerins en font le tour, dans un voyage de sept jours. 31. Gérard établit lui-même etd'uue manière très-satisfaisante, qu'une portion considérable du haut pays, où voyagent les marchands Kanaweris qui se rendent sôit de Shipki, soit de Skialkur à Garou (Gorlope), excède 4877", et ils ne s'y plaignent pas des symptômes dont nous les voyons eux-mêmes atteints en passant des cols souvent moins élevés; d'où je conclus que dans ce dernier cas, c'est la fatigue de la marche qu'ils souffrent, chargés surtout comme ils le sont, tandis que dans les hautes plaines de la Tartarie chinoise, ils marchent à vide sur une route presque unie.
Ce n'est pas que je n'aie moi-même ressenti à 4000" d'élévation quelques-uns des symptômes en question, savoir : la fatigue et les maux de tête. Mais je ne me suis guère élevé à cette hauteur sans être exposé à un vent furieux, et quelque précaution que je prisse contre sa froidure, je fus toujours atteint de refroidisse-
Le lac est par 4650" de hauteur. •
ment qui agissant d*abord chez moi sur les entrailles produisit un dérangement dans la digestion, dont les maux de tète étaient évidemment la suite. » (P. 259.)
Les observations suivantes corroborent la première explication donnée par Jacquemont :
Le 1i août 1830, j*atteignis sur le col de Gantong, à 5486*; je n'éprouvai, au sommet, absolument aucune difUculté dans la respiration, tant que je restai immobile, porté sur mon cheval ; mais essayant de marcher sur un chemin presque uni, la fatigue, Tanhélation, se firent sentir promptement. Cependant je vis mes gens, ponr atteindre au sommet même du passage, marcher plusieurs centaines de pas sur des pentes de neige trés-faiblement inclinées, sans s'arrêter pour prendre haleine; un seul se trouva malade. (P. 288.)
Le 16 août, au col de Kioubrong (5581"), même immunité ; j'y montai d'un pas rapide par une pente trés-douce et y marchai plus d'une heure avec vitesse, sans ressentir aucune lassitude particulière causée par l'élévation, aucuns maux de tète ni d'oreilles, aucune tendance au sommeil, rien entln de particulier, peutêtre, qu'une légère anhélation ; et, en effet, après quelques minutes de repos, mon pouls battait 82 pulsations. (P. 297.)
La linrïite des neiges perpétuelles dans cette région de THimalaya n'est, d'après Jacquemont, guère au-dessous de 6000".
Enfin, Jacquemont voulut établir nettement les conditions du problème par une expérience personnelle :
J'étais monté à cheval au Kioubrongghauti, et l'expérience que j'y avais faite, y étant parvenu sans aucune fatigue, de marcher rapidement pendant une heure en un lieu élevé de 5000", ne me laissant pas de doute sur la cause des symptômes singuliers éprouvés par les voyageurs qui montent à la cime du mont Blanc, je voulus gravir à pied le col de Gantong, pour connaître si la marche prolongée, mais prolongée modérément pendant cinq heures seulement, et trés-lenle, avec de nombreux intervalles de repos, sur des pentes à la vérité fort rapides, mais dont la hauteur verticale n'excédait pas 1000", me réduirait à l'état d'épuisement décrit par M. Gérard comme la suite immédiate du moindre mouvement, dès que l'on atteint l'élévation absolue de 4572". C'était justement le niveau de mon point de départ.
Excité dans les commencements de ma marche par le froid du matin, soutenu ensuite parla vivacité du vent, préoccupé par l'intérêt des objets que je voyais à chaque pas, souvent arrêté par eux, et soigneux de faire après trois heures de marche un léger repas pour prévenir tout sentiment de faim, que j'ai éprouvé constamment produire en moi dans les lieux élevés un affaiblissement extrême et des maux de tête, je me trouvai sans Hitigue et presque sans m'en douter au scmmetdu col de Gantong, élevé de 5576". (P. 302.)
Mais si Victor Jacquemont fut 5 peu près indemne de tout accident aigu, et n'en vit pas se produire chez ses compagnons de route ni chez ses bêtes de somme, il s en faut que tous les voyageurs aient joui de la même immunité.
Nous trouvons en effet dans les annalqs de Berghaus, pour mars
4832, la citation suivante, relative à une traversée de THimalayt sur les bords de la Sutlej ; le nom du voyageur n'y est pas indiqué !
Lorsqu'on arrive à 15,000 pieds, la respiration devient difficile ; le voyageur éprouve une grande lassitude, des vertiges, des maux de tète et une soif inextinguible. Il est impossible de décrire les sensations que produit Textrême raréfaction de Tair ; on croit étouffer à tout moment ; la respiration s'accélère d'une manière Irès-pénible, l'élasticité de la peau diminue. Le point culminant du passage est de 46,500 pieds. (P. 547.) <
Du reste, le lieutenant J. Wood\ qui fit en 1836, 1837 et 1838, un voyage aux sources de TOxus, donne à ce sujet de nombreux et intéressants détails.
Le 20 février, l'expédition arriva sur les plateaux de Pamir, dont la hauteur est de 15600 pieds, les montagnes environnantes s'élevant encore de 5 ou 4000 pieds; elle élait aux sources de rOxus, sur les bords d'un lac gelé :
On commença à briser la glace pour sonder la profondeur du lac. L'eau était glacée sur une épaisseur de 2 pieds et demi, et, à cause de la grande rareté de l'air, quelques coups de pics nous épuisaient tellement que nous étions obligés de nous coucher sur la neige pour reprendre haleine (p. 360)
Une course d'une cinquantaine de pas à toute vitesse forçait à haleter. L'exercice amenait en effet une douleur dans les poumons et une prostration générale des forces qui ne se relevaient pas avant plusieurs heures. Quelques-uns d'entre nous se plaignaient de vertiges et de maux de tète, mais, excepté ces divers phénomènes, je n'ai rien éprouvé, ni rien vu chez les autres, qui ressemble aux souffrances éprouvées par les voyageurs dans l'ascension du mont-Blanc. C'est que, dans ce dernier cas, la transition d'un air dense à un air rare est si soudaine, que la circulation n'a pas le temps de s'accommoder à la différence de pression, aussi sa violence s'accroît dans quelques-uns des organes les plus sensibles du corps. L'ascension de Pamir, au contraire, était si graduelle qu'il fallait des circonstances c extrinsic » pour nous rappeler l'altitude considérable à laquelle nous étions parvenus.
Les effets de la grande élévation m'avaient été cependant prouvés quelques temps auparavant d'une manière à laquelle je n'étais pas préparé. Un soir, dans le Badakhshan, comme j'étais assis, lisant près du feu, j'eus l'idée de me tàter le pouls, et ses battements rapides et turbulents appelèrent mon attention. Je me figurai que j'étais atteint d'une fièvre violente, et je suivis les indications de précaution que le D' Lord m'avait laissées en partant. Le lendemain, mon pouls était aussi rapide que la veille, et cependant je me sentais en excellente santé. Je pensai alors à examiner le pouls de mes compagnons, et à ma grande surprise, je trouvai qu'ils l'avaient encore plus rapide que moi. La cause de cette augmentation d'activité circulatoire se présenta aussitôt à moi ; et quand ensuite nous nous di-
* Berghaus Annalen, t. V. — Berlin, 1832.
* A Personal narrative of a joitniey to ihc source of the River Oxas, in the ijears 183'^, i837,l«38. — 1 ondon, 1845.
Moi.
Ecosse.
Gholam Hussein, Munsbi
Jasulmeere
Omer-AUah, muletier
Afghanistan.
GafTer, domestique
lU.
Peshawuree.
Oowd, id.
Kabul.
LES YOTàGES en montagnes. — ASIE CENTRALE. 155
rigeéinet Ters le Wakhan, je comptai le pouls de mes compagnons chaque fois que j'enre^trai le point d*ébullilion de l'eau.
Lei oiodifications du pouls constituent ainsi une sorte de baromètre vivant, à l'aide duquel un homme habitué à s'examiner lui-même peut, dans les grandes altitudes, calculer grossièrement la hauteur à laquelle il se trouve.
Sur Je Pamir, les pulsations présentaient les nombres suivants :
gras, gras, maigre, id.
robuste.
La hauteur de la limite des neiges dans cette région est au-dessus de 17,000 pieds (5180-). (P. 552.)
Le lieutenant Wood fut accompagné, dans une partie de son voyage, par Al. Burnes, envoyé en mission à Caboul. Le 19 octobre 1837, deux autres de leurs compagnons, le lieutenant Leech et le docteur Lord, allèrent reconnaître et traversèrent une passe de THindou-Koush, en allant à Caboul. La passe a environ 15000 pieds de hauteur ; les neiges allaient bientôt la rt^ndre impraticable ; l'ascension fut facile. Cependant, dit Burnes * :
Les chevaux étaient en très-piteux état, et il fallut en descendre et aller à pied. Fersoime ne souffrit, mais les natifs les informèrent qu'eux-mêmes étaient fré< qnemment, à cet endroit, attaqués de vertiges, de faiblesses et de vomissements.
Quelques années plus tard, un voyageur français, qui parcourait non l'Himalaya, mais les régions bien moins élevées de la Haute- Tartarie, fait de ses souffrances un récit lamentable. 11 convient, il est vrai, de se tenir en garde contre les assertions du père IIuc% dont la naïveté crédule était à peu près sans bornes. Néanmoins, la vive peinture qu'il nous a laissée des sensations éprouvées pendant la traversée du Bourhan-Bota, montagne dont il ne donne pas la hauteur, et qui paraît située vers le 95** longitude E. et le 40** latitude N., mérite d'être rapportée ici. Le jour de l'ascension n'est pns indiqué, non plus que la température ambiante :
Nous nous préparâmes à franchir le Bourhan-Bota., montagne fameuse par les vapeurs pestilentielles dont elle est, dit-on, continuellement enveloppée. .
* Cabool; in ihe years 185G, 3-8. — London. 1842.
* SoêétTHin <Vwi royn^ dam la Tartarie ^ fe Th^bet et la CMine^ fii 1844-1846, U U. Paris. 1850.
Bientôt les chevaux se refusent à porter leurs cavaliers et chacun avance à pied et à petits pas. Insensiblement tous les visages blêmissent, on sent le cœur s*affadir et les jambes ne peuvent plus fonctionner ; on se couche par terre, puis on se relève pour faire encore quelques pas ; on se couche de nouveau et c'est de cette façon déplorable qu'on gravit ce fameux Bourhan-Bota. Mon Dieu! quelle misère ! On sent ses forces brisées, la tête tourne, tous les membres semblent se disjoindre, on éprouve un malaise tout à fait semblable au mal de mer, et malgré cela, il faut conserver assez d'énergie, non-sculcment pour se traîner soi-même, mais encore pour frapper à coups redoublés les animaux qui se couchent à chaque pas et refusent d'avancer. Une partie de la troupe, par mesure de prudence, s'arrêta à moitié chemin, dans un enfoncement où les vapeurs pestillentielles étaient, disait-on, moins épaisses ; le reste, par prudence aussi, épuisa tous ses efforts pour arriver jusqu'au bout et ne pas mourir asphyxié, au milieu de cet air chargé d'acide carbonique. (P. 256.)
Les voyageurs dont je vais maintenant mentionner les récils sont beaucoup plus en concordance d'opinion avec ce qu'ont dit les frères Gérard, qu'avec les assertions extrêmes de Jacquemont et du père Hue.
Le 14 juillet 1845, Hoffmeister* atteignit le point culminant de sa route, le passage de Lama-Kaga (Thibet) à la hauteur de 15555 pieds anglais; la température était de — 50** Réaumur; la neige tombait :
Il se passa environ une heure et demie avant que nos premiers coolies arrivassent avec nos bagages. Ils étaient dans le plus triste état, et souffraient, ainsi que notre interprète M. Brown, de maux de tête qu'ils dépeignaient comme insupportables. La perte des forces, les angoisses, les nausées sont les symptômes de ce malaise qu'on appelle ici Bies (poison) ou Mundara. Il atteint ainsi les voyageurs au niveau des neiges perpétuelles. Chez les coolies, il se manifesta à moitié chemin en montant au passage. Ils employaient contre lui une sorte de pâte faite avec de petits abricots aigres et leurs noyaux. (P. 242.)
Dans le récit du docteur Th. Thomson*, ce ne sont pas seulement les coolies, mais le voyageur européen lui-môme, qui fut atteint par l'influence des altitudes.
Le 6 septembre 1847, Thomson et sa suite campèrent à 14800 pieds de hauteur, et le 7, ils s'élevèrent à 17000 pieds (5180") :
Pendant toute la journée je n'ai jamais été débarrassé d'un violent mal de tête, évidemment causé par la grande élévation. Le repos le faisait diminuer, mais il reparaissait au moindre mouvement. Il dura toute la soirée, tant que je fus réveillé, et je l'avais encore le 8 au matin, quand je me levai au jour pour préparer le voyage
* Briefe mis Indien, — Braunschweig, 1847.
' Wettern Himalaya and Tibet ; a narrative of a journey through the mowitainê of Northern India, during the year» 1847-48. — London, 1852.
L'ascension, le lendemain, fut extrêmement raide et laborieuse. L'acte d'élever son corps était trés-latigant, et les dernières centaines de yards ne furent accomplies qu'après plusieurs pauses j'atteignis le sommet de la passe de Parang à
sept heures trois quarts du matin ; j'étais à 18500 pieds (5640 mètres) ; la température était 38* la neige était gelée le vent soufflait avec force.. .. Nous
descendîmes sans fatigue (P. 135.)
Après un séjour d'une année dans ces régions élevées, le docteur Thomson poussa une reconnaissance vers le nord, jusqu'à la passe célèbre de Karakorum, à 18604 pieds (5670"*). Là encore, ses malaises reparaissent, ou, pour parler plus exactement, ils prennent une telle intensité que force lui est d'en faire une mention expresse :
i9 août 1848. — Durant ces trois jours d'ascension, je souffris très- violemment des effets de la raréfaction de Tair, étant sans relâche tourmenté d'un douloureux mal de tète que le plus léger exercice surexcitait La température de
Tair était 50*.
Le botaniste Dalton llooker' est encore plus explicite.
A la hauteur de 16000 pieds, en montant, le 2 décembre 1848, la passe de Kanglachem, dans le Népaul oriental, Hooker éprouva des difficultés à respirer, une grande lassitude, des vertiges, des maux de tête. (T. I,p. 247.)
Quelques jours après, sur la montagne de Nango, à 15000 pieds :
Je trouvai tout à fait impossible de garder mon calme à cause de l'aggravation des douleurs dans le front, de la lassitude, de l'oppression. (P. 252.)
Le 25 juillet 1849, traversée de la passe de Kongra-Lama (15741 pieds) :
Après deux heures j'étais raide et glacé, et souffrant de maux de tète et de vertiges dus à rélévation. (T. Il, p. 82.)
Le 18 septembre, ascension de la passe de Sebolah (17517 pieds) :
Je tâtai le pouls à huit personnes après un repos de deux heures; il variait de 80 à 112, le mien étant de 104. Comme'il est ordinaire à ces hauteurs, tout le monde souffrait de vertiges et maux de tète. (P. 142.)
Le 15 octobre, nuit passée à 17000 pieds :
Mes coolies étaient en bonne santé; mais ceux de Campbell étaient dans un état désastreux de malaise et de fatigue ; ils avaient la face enflée et le pouls rapide, et quelques-uns étaient comme insensibles avec des symptômes de faible
' Himalayan journal ; or notée of a NaturalUt, 2 vol. — London, 1854.
pression cérébrale ; ceux-ci étaient surtout des Ghorkas (Népaotiens). Je n'ai jamais éprouvé de saignements du nez, des oreilles, des lé?res et des yeux, et n'en ai pas vu à mes compagnons, dans de semblables occasions ; je n'ai pas non plus rencontré de voyageur récent qui les ait éprouvés. Le D» Thoinson a fait les mêmes remarques, et ensemble en Suisse, nous avons appris de Â. Balmat, Fr. Cartel et autres guides expérimentés du mont Blanc, qu'ils n'avaient jamais été témoins de ces symptômes, non plus que de la noirceur de la peau, si fréquemment
indiquée par les voyageurs alpins. (P. 160.)
17 Octobre, — Il est assez remarquable de voir que Turner ne fait nulle part allusion aux diffîcuifés de respirer, et ne parle que dans un endroit du mal de tète, même k cette grande élévation. Cela tient probablement à ce qu*il a été constamment à cheval. Je n'ai jamais, étant à cheval, souffert de la tête de la respiration ou de Testomac, même à 18300 pieds (5580 mètres). (P. 167.)
C*est, on le voit, en traversant des passes, que les voyageurs éprouvent des accidents ; les ascensions proprement dites des montagnes isolées sont en etTet extrêmement rares. En voici cependant une, dans laquelle le capitaine Roberston ^ atteignit, en octobre 1851, le sommet du Sumeru-Parbut, à une hauteur qu'il estime à 20000 pieds environ (61 00°"). La nuit précédente fut passée à peu près à 4000* :
Le lendemain matin, nous quittâmes notre tente à huit heures dix minutes, et nous atteignîmes à une heure trente-cinq minutes un glacier en talus. A ce point, la vue et la respiration devinrent très-pénibles pour le lieutenant Sandilands et pour plusieurs de nos guides
Sandilands atteignit un endroit distant d'une demi-heure du sommet, où il se ressentit tellement de la raréfaction de l'air, qu'il lui fut impossible physiquement d'atter plus loin ; il s'en retourna donc, avec le seul radjpoute qui l'eût suivi jusque-là, les autres Tayant depuis longte.ups abandonné; mon brahmine, beau jeune homme d'une forte constitution, et qui vint avec moi jusqu'au sommet, ne souffrait en apparence rien, mais lorsque nous regagnâmes notre tente, il lui fut impossible de rien manger. Quant à moi, mes yeux me faisaient souffrir, mares* piration et mes esprits vitaux étaient oppressés, mais il me resta cependant assez d'énergie et de force physique pour monter plus haut encore. A mon retour dans ma tente, mon appétit n'était nullement attaqué, et je fis un souper copieux.
Mais les récits les pl*us intéressants que j'aie rencontrés dans mes lectures sont à coup sûr ceux qu'a publiés mislress Hervey. Et cela se comprend ; simple touriste, ne s'occupant ni de politique, ni de géographie, ni de science, elle accorde une attention spéciale à tout ce qui touche à sa santé, aux petits incidents de sa route, qu'elle narre avec complaisance et dans tous leurs détails. De plus, d'assez faible complexion, elle parait être facilement atteinte, à des niveaux assez bas.
• Ascension du Sumeru-Parbut (Bimataya). — A'. Ann. des Voyatjesi t. GLH, p. 503- 309; 1856.
LES YOTAGES EN MOIITAGNES. — ASIE CENTRALE. 150
Ainsi e'est bien au mal des montagnes qu'il faut rapporter une partie des accidents suivants, bien que la hauteur soit fort médiocre :
25 Juin. — Nous fimes halte (après avoir traversé la passe de Rotung (H 000
pieds, 3 350 mètres) dans le Lalioul) Le capitaine U. vint me dire bonsoir
éuÊ9 ma teDte vers neuf heures, et observa que jetais fort pâle, la figure et les nains visqueuses et froides. Je me trouvais alors fort malade ; ma tète s'égarait ; j'avais mal au cœur, les pieds et les mains comme de la glace. Des conwlaioas survinrent et de la mousse me vint aux lèvres. Je m'étendis à terre, et j*y restai fort souffrante ; on me donna deux doses d'eau de Luce, on me mit aux pieds de l'eau qui, bien que bouillante, ne rappela que difiicilement la circulation. Toute la joamée d'hier j'ai été malade et incapable de me lever ; mon pouls n'était pas à moins de 108. Je suis mieux ce matin, mais mon pouls est encore Irès-élevé, kiea que moins irrégnlier.
Le capitaine H. déclare que cette maladie soudaine est due à la raieté de l'air
de la passe Si j'en suis déjà ainsi affectée, que sera-^e à 16 ou 17 000 pieds?
Mais si le doute est possible dans ce cas, il n'en est plus de même dans les citations qui vont suivre. Le 6 juillet, traversée de la passe de fiara-Lacha ; mistress Hervey était en mauvais état de santé:
Je ressentis de grandes souffrances dans les jambes, et une extrême lassitude, bien avant d'arriver au sommet de la passe ; mais je fis un violent effort pour sur- BMmler ces sensations, et j'arrivai à pouvoir chevaucher jusqu'au sommet. Du Bomcol où nous descendîmes, un mal de tète terrible, brisant, me frappa. Avant dTalteindre Yùnnnmscûtchoo, je souffris de nausées insurmontables et sentais comme si ma tète allait se fendre en deux. Les principales sensations étaient un Wordonneroent très-douloureux et très-intense aux tempes, des maux de cœur violents, des douleurs dans les jambes, et une lassitude allant jusqu'à la prostration. Personne d'autre n'était malade dans le camp, excepté Ghaussie, qui avait n fort mal de tète.
Je ne pus m'endormir le soir avant une heure ou deux, et fus réveillée par les battements de mon cœur, si tumultueux qu'ils minspirèrent de sérieuses craintes. Iso poais galopait, ma tète était brûlante avec des battements aux tempes, et les misérables maux de cœur. Nous ne nous sommes mis en marche que tard le kodemain matin, et si je ne m'étais pas trouvée mieux, nous n'aurions pas pu booger. Le capitaine H. me dit qu'il avait eu un fort mal de tète pendant la nuit, qa*il s'était senti Migué et malade, mais que cependant il n'avait pas autant sotiirert cette fois que la dernière fois qu'il avait traversé la passe, car il avait en les mêmes sensations que moi ,
La passe de Bara-Lacha est, je crois, entre 16 et 17 000 pieds au-dessus de la ', selon le capitaine Cunningham. (T. I, p. 153.)
Mistress Ilervey raconte alors que les gens du pays attribuent tons ces phénomènes à Faction d'une plante empoisonnée ; mais,
* The tKhentnres ofa Lady in Tartartj, Thibet, China and Kashmir. — l^ondon, 5 vol.,
celle fois, il s'agit d'une espèce de mousse. Nous reproduirons ce passage au chapitre III.
Le lendemain, la roule, qui se maintenait toujours à de grandes hauteurs, força plusieurs fois les voyageurs à Tascension de petites collines :
En montant, dit Mrs. Uervey, j'observai un grand nombre de mousses empoisonnées, dont deux ou trois espèces croissaient sur les rochers nus. Je souffrais terriblement de la tète, et tremblais d'un retour de Taffreuse « maladie de la passe » ou, comme disent les natifs, d'être « bùôttee luggeea j», c'est-à-dire frappée par les plantes.
Nous monterons demain le Lông-Illàchéc Jôlh (ou passe), et nous le redescendrons, ce qui me promet une aimable journée de bôôttee. (T. I, p. 159.)
Et en effet, en arrivant le lendemain à Rokchin (Ladak), mistress Hervey déclare qu'elle est si malade et si faible qu'il lui est impossible d'écrire. Le 9, après le repos de la nuit, elle peut à peine écrire, et dut rester couchée. Deux de ses domestiques sont trèsmalades. Le capitaine II. a souffert pendant la nuit de violents maux de tôte (p. 142).
Le 11 juillet, passage d'un lieu dont mistress Hervey estime la hauteur à 17000 pieds environ :
Je souffris encore plus de la tète qu'à l'babitude, avec une oppression terrible de la poitrine. Il est vrai que, depuis la traversée de la passe de Bara-Lâcha, j'ai toujours beaucoup souffert de la rareté de l'air ; un mal de tête perpétuel, et, surtout pendant la nuit, une gène pulmonaire douloureuse, et une accélération trés-pénible des mouvements du cœur. J'ai eu à peine une heure de sommeil continu ; il me fallait m'asseoir sur mon lit, ne pouvant respirer couchée. Ces régions élevées ne vont pas à mes poumons. (P. 152.)
Dans la nuit suivante, campement à 14800 pieds sur les bords du lac de Chôômorôêree :
J'ai maintenant grand'peur de la nuit, parce que, loin de dormir, je souffre terriblement. Hier, c'était vraiment très-pénible ; en outre d'un cruel mal de tète, j'ai souffert de violentes oppressions de poitrine, et mon cœur allait un train de chemin de fer, « a railroadpace » , quand je remuais seulement d'un pouce dans mon lit. (P. 153.)
Ces souffrances sont telles, qu elles la déterminent à changer un peu sa route, pour éviter les grandes hauteurs (p. 162). Et cependant, le 16 juillet, en arrivant au pied de la passe de Tunglund, elle écrit :
Nous avons vu beaucoup de bootie empoisonnées aujourd'hui en route. J'ai été misérablement malade pendant toute la nuit. Vers onze heures du soir, l'oppression respiratoire, la suffocation devinrent tellement insupportables, que je fus obligée de me relever sur mon Ht, pour pouvoir respirer un peu. (P. 169.)
Le lendemain, ascension de la passe (entre 16 et 17000 pieds) :
L'odieuse mousse dont j*ai si souvent parlé couvrait la passe, et, bien avant d^arriver au soounet, je souffrais de la tête de la plus violente manière. Mais je n*ai pas eu de nausées, ce qui tient peut-être à ce que la passe est très-aisée.
Le i9 juillet de Tannée suivante, malgré son séjour continu dans les régions élevées du petit Thibet, mistress Hervey n'était pas acclimatée, car, en franchissant la passe de Brarmoorj dans le Wurdwun (de i5 à i6000 pieds), elle dit :
Tai souffert d'un mal de tête tout à fait insupportable, qui allait en augmentant sans cesse; mais je n'ai pas eu les nausées que j'ai invariablement éprourées dans toutes les passes du Ladâk. (T. II, p. 298.)
Et le 5 août 1851, à la traversée de la passe de Ilânnoo (entre 15500 et iôOOO pieds), dans le Ladak, passe d^accës assez facile, elle souffrit horriblement; il est vrai qu'elle était déjà indisposée. Elle dit le lendemain :
fai traversé bien des passes, mais jusqu'à aujourd'hui je n'avais jamais éprouvé W sensations terribles qui m'ont rendue presque folle bien avant que je sois arriiiée à moitié chemin et bien après que j'ai eu quitté les grandes hauteurs. Mes souRrances ont pu être aggravées par mon indisposition, mais, quoi qu'il en soit, elles ont été écrasantes. Je me couchai à terre à Dora, plus morte que vive, et mes domestiques me firent une tente de couvertures. J'étais dans un tel état de prostration, que non-seulement je ne pouvais me lever, mais que je n'aurais pu supporter d'être portée en « dhoolie •.... Un violent mal de tête, des nausées insupportables, des palpitations pressées, l'impossibilité de respirer amplement, tels rUient les symptômes de la bôôtie bien connue qui m'assaillit plus durement que jamais avant que je sois arrivée au sommet de la passe. Je suis sûre que si livais voulu remuer un quart d'heure pendant ces horribles sensations, j'aurai Ti se briser quelque vaisseau sanguin, et serais morte sur place. Parler seulenent était un douloureux exercice, qui amenait de copieuses hémoptysies, et accélérait les battements de mon cœur bien au-delà de cent pulsations par minute. J'irais de terribles nausées, dont la force épuisante ne peut être comparée qu'à tt&es du mal de mer. J'étais ainsi bien misérable et mes souffrances étaient intenses hier. Même aujourd'hui je ne puis respirer sans peine, et mon cœur bat ndiemment et irrégulièrement ; je n'ai pas encore oublié l'atmosphère raréfiée de Il passe de Hànnoo.
Comme on me portait, hier, à peu près à un demi-mille du sommet, Ghaussie a;»pela mon attention sur un de mes domestiques qui gisait sans connaissance, ^ la neige. On le réveilla facilement, mais il refusa de se mouvoir, disant que il tête « allait se fendre en deux. • Après un léger combat entre l'humanité et ^ préjugés fortement enracinés, car le malade était un sweeper^ la dernière àtsàe des domestiques, je lui envoyai mon propre poney pour le porter ; si on fifait laissé là, il aurait péri certainement pendant la nuit. Fendant que je parle de la maladie de cette passe comme d'un cas de bôôtiey}e
dois avouer que je n*ai pas observé une seule plante de Tespèce particulière de mousse qui, dans les passes de Ladàket duLahoul, sont considérées comme empoisonnant le vent et occasionnant le désastreux malaise que j*ai décrit.
Un de mes domestiques kashmiriens fut la seule autre personne de mon entourage qui fût atteinte ; ce n'est donc pas une régie tine qitd non que la souffrance dans les grandes altitudes. (T. II, p. 367-570.)
Et le lendemain, au moment de parlir de Scheerebookhchun, elle écrit :
Je vais voyager au clair de la lune, car j*ai été si malade pendant toute la journée, que j*ai été très- peu disposée à me remuer. Si je me laissais dominer par les sensations pénibles qui m*ont tant éprouvée, je ne me mettrais pas en chemin maintenant, mais cela pourrait être impolitique. Dans mon opinion, rien ne vaut Texercice pour dompter nos petites misères corporelles et mentales.
Je dois pratiquer ce que je prêche, et monter à cheval ce matin, envoyant en avant mon dhoolie. (P. 578.)
Elle se met en marche, au lever du soleil, et va, à cheval, jusqu'à Kulàtsey.
J'étais alors si malade et si épuisée, que, ne trouvant pas là mon dhoolie, je me couchai dans mon chàle, sur le sol même, pendant plusieurs heures. Enfin, vers le soir, un autre dhoolie fut prêt, et j'y pus monter... Je n*ai pu me remettre des effets de l'air raréfié sur la passe de Uànnoo. Mon cœur bat avec violence et irrégularité, et j'éprouve en respirant de grandes douleurs de poitrine. Le dégoût de la nourriture est tel que je puis à peine arriver à toucher quelques ah* ments pendant les vingt-quatre heures. (P. 578.)
Le 14 août, traversée d'une sorte de passe, au voisinage de Ghia :
J'ai souffert d*un bien pénible mal de tête, mais pas de nausées, bien que j'aie pu reconnaître ma vieille ennemie, la bûôtie, la mousse fatale du Ladâk-Oûjar. Ed marchant cinquante pas pour atteindre une fleur, les pulsations de mon cœur augmentèrent horriblement, et des doses répétées de digitale n'ont pu en calmer les battements précipités et violents. Je ne sache pas de sensation plus alarmante et plus douloureuse que cette action exagérée du cœur. Aucun de mes domestiques n'a souffert
Je suis arrivée à Zurra au lever du soleil. Je suis tout à fait anéantie par mes douleurs stupéfiantes de tête, bien que j'aie échappé à la nausée, et c'est là la seule consolation que j'aie dans mes soufl'rances. (P. 597.)
Le 18 août, campement à Chôômorêéree, à une hauteur de 14794 pieds (451 0") :
J'ai passé une nuit misérable, et suis ce matin malade et épuisée. J'ai dû rester ain3i la moitié de la nuit, absolument incapable de respirer dans la position horizontale; mon cœur battait violemment avec des palpitations effrayantes. J'ai eu vraiment peur de mourir dans les ténèbres
Le soir, nous campons à peu près l&OOO pieds de haut. J'ai la plus grande
diflieiilté à respirer, ma poitrine me parait surchargée d*un poids énorme qui m*cpfrtMae douloureusement. Ces sensations pénibles augmentent à la chute du jour. (T. Ifl, p. 13.)
Le 20* août, campement au pied de la passe de Pârung, à environ 17000 pieds (5180-):
Terrible hauteur pour passer la nuit sous une tente, lorsqu*on souffre comme moi de la rareté de l'air. Oppression dans la poitrine, extrême difficulté de la respiration, crachements de sang fréquents, ne m*ont pas laissé de repos pendant ces seiie dernières heures... Le froid est intense
An jour, je me trouve mieux, bien que je ne puisse respirer librement, et que le moindre mouvement me mette comme en détresse... Ma télé esta peu prés ranise et, mon courage m'étant revenu, je me décide à traverser la passe... Y aller à cheval est impossible, à pied non moins; je monte sur un yack. (P. 19.)
Chose remarquable, bien que cette passe soit la plus élevée qu'ait traversée notre voyageuse, elle n'y soufTrit que peu : pas de nausées, un léger mal de tête seulement (p. 26). Moorcrofl l'estime à 19000 pieds (5790°*), et mistress Harvey va jusqu'à 20000 (6095"). Elle s'étonne, non sans raison, de ce résultat :
D est curieux, dit-elle, d'observer les effets différents des différentes passes. lieo que les sensations douloureuses observées dépendent incontestablement de la rareté de l'air, il est certain que le malaise n'est pas proportionnel à la hauteur. Sur les passes de Bara Lâcha et de Uânnoo, j'ai été misérablement malade, au-delà de toute expression, et sur celle de Pârung, plus élevée de 3 ou 4000 pieds, je B*ai pas eu de nausées, à peine de mal de tête. Je respirais difficilement, mais ceh me parait secondaire.
Je suis loin de pouvoir donner une raison satisfaisante de ceUe inégalité. J'ai traversé tant de passes que j'ai eu bien des occasions de remarquer combien peu b maladie des passes est en rapport avec la hauteur, au-delà, bien entendu, de 13 •Q 14000 pieds. La c Bischk-ke-Bôôttie •, ou plante empoisonnée, couvrait le sol milles autour de Tàlung. (P. 33.)
Les voyages du capitaine Oliver^ dans THimalaya offrent aussi le récit d'impressions intéressantes pour noire sujet. En juillet 1859, il traversait la passe de Roopung, par 15500 pieds envi< ron (4720-) :
Rous campâmes à la limite inférieure de la neige perpétuelle, à 14000 pieds aiHlessus du niveau de la mer. 11 faisait très- froid
Le lendemain matin nous partîmes sur la neige Le sommet de la passe se
■KMitrait dans une scène sauvage et désolée. Mais je ne m'en inquiétais guère, ayant assex à m'occuper de moi-même, cai* In raréfaction de l'air agissait sur moi. Je souffrais d'une pénible brièveté de la respiration, et bientôt il me fallut
< Trips in the Himalaya. — Alpine Journal, t. lY, p. 73-93; London, 1870.
in*arrèter tous les deux ou trois pas. La neige était molle, ce qui rendait la marche plus difficile encore J'atteignis enfin la dernière pente, une bande de
neige de 50 pieds de haut, et très-rapide Mais à ce moment j*étais si complètement épuisé que je me trouvais tout-à-fait incapable de la franchir sans assistance. Cependant, après une courte halte, je fis un effort désespéré, et je ne sais comiTient j'arrivai au sommet, où je m'étendis sur le sol, absolument abattu. (P. 84)
Cette passe est très-fréquentée par les Tar tares qui apportent du borax et de la laine sur les marchés indiens. Ils souffrent beaucoup, cependant, de la raréfaction de Tair, mais attribuent ses symptômes à une plante empoisonnée, plante fabuleuse qui, selon eux, croit sur les grandes hauteurs.
Us sont aussi sujets à de violentes attaques de coliques dans les passes.... Un de mes Sickhs en fut pris ; il se coucha sur le sommet, gémissant, et déclarant qu'il allait mourir : trente gouttes de laudanum le remirent. (P. 85.)
La même année, un autre voyageur, Cheetam \ suivait la route de Simia à Srinagar; le 17 août 1859 il traversait la passe de Lunga-Lacha par 16750 pieds (5100") :
Je fis alors ma première expérience des effets funestes que l'air très-raréûé, le mauvais temps et la fatigue produisent sur les grandes hauteurs.
Vertiges, maux de tête violents, nausées, telles étaient les sensations caractéristiques, auxquelles s'ajoutait agréablement un sentiment d'épuisement intense, une profonde dépression physique et mentale. Heureusement, chez moi, cette aimable complication ne dura que quelques heures,, dans le milieu du jour, et encore, par intermittences. J'ai noté que, invariablement, je me trouvais mieux en descendant les collines qu'en les montant ; et qu'il y avait une sorte de correspondance entre les apparitions du soleil et mes intervalles lucides.
Les souffrances de mon Kashmirien et des marchands de Caubul étaient évidemment beaucoup plus continuelles et aiguës que les miennes, surtout à cause d'un dérangement général dont ils se plaignaient depuis la veille, au passage du Bara Lâcha.
Il était impossible de combattre leur croyance absolue que tous ces accidents étaient dus aux exhalaisons empoisonnées d'une plante mystérieuse, le c dewaïghas » ou a herbe médicale », qu'ils assurent pousser dans ces régions, bien qu'on n'ait jamais pu en rencontrer... Le Kashmirien fut malade deux jours. (P. 137.)
Quelques jours après, passage d'un col plus élevé encore, celui de Tunglung, qui a 17750 pieds (5410""). Le campement de nuit se fit à Larsa, à 16400 pieds :
L'ascension des 1550 pieds que nous avions à monter fut très-rude ; le moindre effort dans cet air si raréfié nous rendait la respiration très-pénible. (P. 141.)
* The Tibetan Route from Sinila io Srinagar. — Alphie yoMn»fl/,t.IlLp.ll8-153: London. 1807.
Le récit de Semenof * a ceci d'inléressani qu'il se rapporte aux premiers voyages faits dans les hautes régions des monls Célestes. Le 25 juin 1857, après avoir campé à une hauteur de 7500 pieds, il traTersait la passe de Zaùkù. On y voit par milliers des carcasses de chameaux, de chevaux, de bœufs, de chiens :
LecheTal de M. Kosharof s*abattit.... le mien glissa, se coupa profondément et moorat sur place ; deux des chevaux des Cosaques furent tellement épuisés qu'ils ne purent aller plus avant.... Le guide nous assura que la difficulté de respirer an sonmiet du Zaùkù Pass était telle qu*il serait impossible d*y vivre phis d*ime heure et demie. (P. 364.)
On Yoit, dans cette affirmation du guide, un exemple des exagérations habituelles dans tous les pays où les lieiix trés-élevés ne sont qa'une exception. Malheureusement, Semenof ne donne pas b hauteur de la passe de Zaùkù.
Mais personne n'a pu traiter cette question avec plus d'autorité que les frères Schlagintweit, dont les expéditions dans les hautes régions de l'Asie marquent parmi les voyages les plus importants de ce siècle, les plus féconds au point de vue de la géographie, de rhistoire et des sciences naturelles.
Ils ont consacré un paragraphe, dans le récit officiel de leur voyage', à l'histoire des accidents de la décompression. On y voit qu'ils se sont élevés à la plus grande hauteur qu'ait encore atteinte Tbomme dans les ascensions de montagnes, à 6882°*, sur les flancs ITbi^roin, le 19 août 1855.
Voici le résumé de leurs plus hautes ascensions :
Sur quelques plateaux très-élevés qui servent de pâturages, Thabitation temporaîre pour quelques mois s'établit dans les environs de 16500 pieds (5030") ; t'<sl à cette hauteur, probablement la plus élevée de ce genre sur le globe, que éa pasteurs tliibétains dressent leurs tentes et bâtissent même des habitations pennaoentes.
ht expérience personnelle, nous pouvons dire que, pour dix ou douze jours, rkamie peut dépasser considérablement cette altitude, nous ne dirons pas ans souffrance, mais positivement sans inconvénient bien sérieux. Dans nos explorations du glacier de Tlbi-Gamin, du 15 au 25 août 1855, nous campâmes pôdant dix jours pleins, en compagnie de huit hommes qui nous servaient, à 4es élévations Téritablement extraordinaires. Pendant ce temps, notre camp fut pbcê â 16642 pieds (5070") pour sa station la plus basse. Notre point le plus
* Ftnt oMcent of tht Tian-Shan or Celestial mauntains, and Visit to the Upper Courte ^Ae JûxarU* or Syr-Daria, in 1857. — The Journal of the roy. géogr. Soc.; t. XXXI, 1 356.310; 1861.
* SchbgÎDtweit (Hermann, Adolph and Robert de), RetulU ofa scieniifie misiion to kàe «Ml Biçh ÂMia, 1854-1858 ; 4 vol. — Leipzig and London, 1861-1866.
élevé fut 19326 pieds (5890") ; c'est Télévation la plus grande où nous ayons passé la nuit. Une autre fois, nous campâmes à 19094 pieds, plus tard à
18500, et le reste du temps, entre 18000 et 17000 pieds
Un jour nous avons traversé un passage à 20459 pieds (6230*), et trois jours avant, le 19 août 1855, nous étions montés sur les flancs de Tlbi-Gamin, à la hauteur de 22259 pieds (6882*). A notre connaissance c'est la plus grande
altitude à laquelle on se soit élevé sur les montagnes
Au pic de Sassar, le 3 août 1856, nous atteignîmes une hauteur de 20120 pieds. Avant nous, les frères Alexandre et James Gérard montèrent à 19411 pieds
sur un pic du Spiti, le 18 octobre 1818
Pour ce qui regarde les effets à considérer pour une acclimaUition, nous en pouvons parler par notre expérience personnelle. En traversant pour les premières fois des passages de 17500 à 18000 pieds, nous sentîmes tout d*abord des troubles considérables. Peu de jours ensuite, après avoir parcouru les points les plus élevés et passé plusieurs nuits à ces hauteurs, nous nous trouvâmes à peu près complètement libres de ces désagréables symptômes, même à Télèvation de 19000 pieds. Quelle aurait été la conséquence d'un séjour plus prolongé sur ces hautes régions, c'est ce que nous ne pourrons dire. Mais - nous considérons comme très-probable qu'une résidence plus longue aurait eu des effets funestes
sur la santé
L'influence de Taltitude Tarie avec les individus. L'homme bien portant a des chances pour souffrir moins. La différence des races n'est pas d'une importance appréciable. Nos domestiques indous, qui nous accompagnèrent jusqu'aux points les plus élevés, souffrirent du froid plus que les Thibétains, leurs camarades, mais ils ne se ressentirent pas davantage des effets de la diminution dans la pression atmosphérique.
Pour la plupart des gens, l'influence de la hauteur commence à se manifester à 16500 pieds, la hauteur des pâturages extrêmes. Nos chameaux et nos chevaux souffrirent d'une manière très-évidente vers 17500 pieds.
Les symptômes produits par la raréfaction sont : la céphalalgie, la difficulté de respirer; l'oppression de poitrine, celle-ci pouvant aller jusqu'à amener des crachements de sang, et très-rarement de légères hémorrhagies nasales ; nous ne vîmes jamais de sang sortir par les lèvres et les oreilles ; le manque d'appétit et souvent des nausées ; la faiblesse musculaire, avec une dépression générale et un abattement d'esprit. Tous ces symptômes disparaissent à peu près simultanément, chez l'homme bien portant, par le retour à des localités plus basses. Les effets mentionnés ne sont pas sensiblement augmentés par le froid, mais le vent a l'influence la plus fâcheuse sur les symptômes éprouvés. Comme c^ci était un phénomène nouveau pour nous, et qu'il n'avait pas été mentionné par nos devanciers, nous l'observâmes avec attention, et remarquâmes des circonstances où la fatigue n'y était pour rien. Sur les plateaux du Karakorum, il arrivait fréquemment, même pour ceux qui étaient endormis sous la tente dans des endroits un peu protégés, d'être réveillés pendant la nuit par un sentiment d'oppression qui devait être attribué à une brise, même assez faible, qui s'était élevée pendant les heures du repos. Quand nous étions occupés aux observations, nous prenions peu ou point d'exercice du corps, quelquefois pendant trente-six heures, et nos domestiques encore moins que nous. Et cependant il arriva souvent, vers les hauteurs qui n'excédaient pas 17000 pieds, que le vent de l'après-midi ou du soir nous rendait assez malades pour nous faire perdre tout goûta la nourriture; on ne pensait même pas à préparer le dîner. Dans la matinée, quand le vent ne soufflait plus, l'appéitit revenait généralement, nous étions moins malades le matin que
le soir; ce qui doit éTidemmeiit tenir en partie à ce que les fortes brises s'élèvent plus généralement dans la seconde moitié du jour.
Les effets de la diminution de pression sont considérablement aggravés par la fatigue, n est surprenant à quel degré d*épuisement on arrive : Faction même de parler est un travail, on ne s'occupe ni du confort ni du danger. Souvent nos gens, même ceux qui nous avaient servi de guides, se laissaient tomber sur la neige, déclarant qu'ils aimaient mieux mourir sur-le-champ que de faire un pas de plus. Par de simples motifs d'humanité, nous nous vîmes souvent obligés d'intervenir en leur faveur et de les arracher par la force à la stupeur où ils étaient tombés, tandis que nous n'étions guère nous-mêmes dans un meilleur état d'animation. (T.II,p. 481-485.)
Les observations des voyageurs plus récents s'accordent tout à bit avec ce que nous venons de rapporter. Il faut même noter que, lexistence de malaises sur les passages élevés étant aujourd'hui iNen connue de tout le monde, souvent les voyageurs n'en parlent pas, ou se contentent d'y faire allusion en quelques mots.
iinsi, le capitaine Godwin-Austen S qui explora les glaciers dn Karakorum, fait, en 1860, l'ascension du Bianchu (16000 pieds), du Gommathaumigo (17500 pieds), sans parler d'aucun tnmble.
Dans son voyage de 1861, il grimpe d'abord sur le Boorje-La (15878 pieds) ; son pouls battait 138, celui d'un de ses hommes 104, et il ne signale aucun autre phénomène (p. 23). Mais en montant le 10 août sur un pic de 18342 pieds (5590") — c'est la phs haute ascension qu'il ait faite, — il rapporte que a beaucoup des hommes devinrent malades, éprouvèrent de violents maux de tète et se couchèrent à terre. (P. 34.)
U y a plus : dans le récit' des longs et importants voyages exécutés par deux jeunes brahmanes, deux frères, que l'administration iBglaise envoya visiter des régions où les Européens ne peuvent {■ère mettre le pied sans risque de la vie, il n'est nullement questioa d'accidents de la décompression. Et cependant les deux « Pun- £ts » ont certes visité bien des hauts lieux, puisqu'ils ont traversé rffimalaya dans le Népaul, au pied du Dhawalaghiri, remonté le cours du Brahmapoutra, de Lhasa au lac de Manasarowar, et poussé jasqo'à Gartokh. Mais, exclusivement préoccupés de géographie et aussi de politique, ils ne portent pas leur attention sur des phéno-
* Om the Glaeurt of the Mustakh Range, — The Journal of the royal geogr, Society, tlXXIV, p. 19-55; Undon, 1864.
' JfeiKfi undAufnahmen zweier Pundilen {gebildeter Indier) in Tibet; 1865 bis 1866. - Fctermanii's Mittbeilungen ; t. XIV. p. 233-243 ; 276-290. 1868.
16$ HI.nTORIQI'E.
mènes universellement connus, ou du moins ne croient pas devoir leur donner place dans leur narration.
Cette expédition indigène ayant amené d'excellents résultats, le Trigonometrical Survey envoya, quelques années après, à travers THindu-Kush et le Pamir jusqu'au Turkestan, un employé, le Mirza^ dont M. Montgomerie* a raconté le voyage. On y trouve quelques détails intéressants pour notre sujet.
Le Mirza arriva, en janvier d869, à Lunghar, dans les steppes de Pamir :
Toute la troupe, en arrivant à Lunghar (l'i200 *), souffrit beaucoup du Dtim, comme l'appelle le Mirza, c'est-à-dire brièveté delà respiration, etc., effet habituel des grandes altitudes. Les natifs le considèrent généralement comme produit par un mauvais vent; quelques-uns des hommes devenaient presque insensibles, mais se relevaient bientôt quand le Mirza leur avait fait manger quelques fruits secs et du sucre. (P. 158.)
Au passage de Chichik-Dawan (15000 pieds) ils souffrirent beaucoup ; tous éprouvaient de grandes difficultés à respirer, que le Mirza essaya en vain de combattre avec son sucre candi et ses fruits secs. (P. 165.)
Dans le même temps, un voyageur anglais, Hayward ', se dirigeait également versKashgar, mais par le petit Thibet, à travers l'é* norme chaîne du Karakorum. Il est, lui-même, extrêmement sobre en observations relatives à la raréfaction de l'air.
Le voyage fut exécuté d'octobre 1868 à juin 1869. Traversée de la passe de Masimik, par 18500 pieds (5640"°) :
Elle ne présente pas de difficultés, est très-facile, mais les chevaux chargés y souffrent un peu de la raréfaction de Tair. (P. 36.)
Traversée de la passe de Chang-Lang par 18839 pieds (5740") (p. 38); ascension d'un pic de 19500 pieds (p. 43), d'un autre de 19000 pieds (p. 55-58), sans aucune observation physiologique; il dit seulement :
La difQculté principale au passage de Chang Lang est la détresse des animaux chargés, par suite de l'élévation et de la raréfaction de Pair. (P. 126.)
L'année suivante, en 1870, le « Munschi » Faiz Buksh, parti de Peshawar, dans le haut Pendjab, se dirigeait vers Kashgar, s'effor-
* Report of€ the Mirza'» » Exploration from Caubul to Kashgar,-^ The Journ. oflhe roy, geogr. Soc., t. XLI, p ISi-lQ^ ; 1871.
* Journey from Leh to Yarkand and Kashgar, and Exploration of the êources of the Yarkand River. — The Journal ofthe roy. geogr. Soc., t. XL, p. 35-166 ; 1870.
çant, comme tant d'autres envoyés plus ou moins nettement officiels, à ouvrir ces voies nouvelles par lesquelles lexommerce, l'influence diplomatique et peut-être les armes de rAngleterrc cherchent à pénétrer dans le Turkestan occidental.
Son récit ^ est très-riche en faits capables de nous intéresser. Il insiste particulièrement sur le Pamir :
Pamir est désigné sous le nom de Bam-i-Dunya (toit du monde), à cause de son altitude. Sa grande élévation est prouvée par Tabsence d'arbres et la rareté des oiseaux; Therbe n*y pousse qu'en été. L'air y est extrêmement raréfié, en teUe sorte que la respiration y est difficile pour les hommes et les bétes. Cette diflîcullé est nommé tunk par les populations du Badakhshan, et du Wakhan, et aU par les Mogols. Le foie et Testomac sont irrités. Les voyageurs souffrent du mal de tête et le sang couJe de leur nez. Quand il s*agit de gens de faible constitution, la figure, les mains et les pieds gonflent. Plus il fait froid, plus ces accidents sont marqués. Les natifs se servent d'acides, d'abricots secs, de prunes, pour les combattre. La nuit, si on n'a pas la tête deux pieds plus haut que les jambes, la respiration est arrêtée pendant le sommeil. On soufTre de ces malaises à cheval et à pied.
J*ai trente-quatre ans. Sur un des pics de Pamir, mon pouls battait 89 fois à la minate; j*avais mal à la tête, avec irritation du foie et de l'estomac; une fois le sang me coula du nez. Un de mes suivants, nommé Kadir, natif de Peshawur, âgé de vingt- sept ans, eut une attaque de fièvre, avec difficultés à respirer, irritation du foie, gonflement de la face et des extrémités ; son pouls battait 99 fois. On antre, nommé Mehra, natif de Ghizni, âgé de vingt ans, ne ressentit qu'un peu de difficulté à respirer; son pouls était à 75. Une nourriture abondante augmente la difficulté à respirer. (P. 470.)
Entre Ak Tash et Sarkol est un pic élevé, nommé Shindi Kotal, dont le sommet est constamment couvert de neige ; nous y éprouvâmes plus de difficultés à
respirer que dans le Pamir A la troisième marche après Sarkol est un pic élevé,
Donuné Yam Bolak, dont le sommet est constamment couvert de neige; nous y éprouvâmes aussi de grandes difficultés à respirer. (P. 472.)
L'expédition que dirigeait la même année Forsyth, de Lahore à Tarkand, par le Ladak, eut à traverser successivement l'Himalaya et le Karakorum. Le récit qu'en a fait Henderson * indique fréquemment la constatation d'accidents dus à la raréfaction de l'air.
Le 27 juin 1870, passage de la Namyika Pass, au Ladak :
Ken que le sommet de cette passe ne soit qu'à 12000 pieds de haut, plusieurs de DOS hommes souffrirent beaucoup de la difficulté de respirer, qui continua pendant plusieurs heures après que nous eûmes atteint notre camp de Karbu, 600 pieds plus bas ; quelques-uns des nôtres ne purent même dormir pendant la mût pour cette raison. (P. 46.)
* Murmey from Pahawar to Kathgar and Yarkand in Eastern Turkeitan. — The Jomrn. of the roy. geogr. Soc,, t. XLU, p. 44»-i73 ; 1872.
« Henderson et Hume, Lahore to Yarkand, Incidents ofthe roule and natural htstonj t^ftke eouniriet travened by thc Exjicilition of 1 870, under T. D. Forêyth, — London, 1875.
Le 10 juillet, traversée de la passe de Chang-La, du bassin de rindus à celui du Shyok, un de ses affluents, à i 8000 pieds (5485") ; peu de neige :
Ce fut la première fois que presque tout le monde dans le camp souffrit de la rareté de Tair. Les observations suivantes, faites après une demi-heure de repos au sommet, peuvent sembler intéressantes :
Baromètre à mercure 15,75. Thermomètre 61* F. Eau bouillant à 181* F.
PouU.
Respiration
Je marchai jusqu'au sommet
M. Forsyth, qui était à cheval
M. Shaw id.
Mullik Kutub Deen, du Pendjab, à cheval
Un Hindou du Pendjab, à pied
Un Thibétain, à pied
Plusieurs voyageurs m'ont dit qu'eux et leurs compagnons avaient plus souffert en traversant cette passe que sur d'autres plus élevées. Nous campâmes pour la nuit près d'un petit lac d'eau douce, à 500 pieds au-dessous du sommet de la passe. Les symptômes fâcheux causés par la rareté de l'air ne disparurent que le lendemain, quand nous fûmes à une altitude beaucoup moindre. Quant à moi, même à 19600 pieds, je n'ai jamais ressenti de grands malaises; tout se réduisait à une certaine brièveté de la respiration à la suite de tout exercice, et des réveils pendant la nuit avec un sentiment de suffocation qui disparaissait ordinairement après quelques inspirations profondes. Mais chez plusieurs des nôtres les symptômes étaient très-graves, et même quelquefois alarmants. Ils consistaient en intenses maux de tète, avec grande prostration du corps et de l'esprit, nausées constantes, et une telle irritabilité de l'estomac qu'une simple cuillerée d'eau n'était même pas supportée. Une grande excitabilité de caractère était un autre symptôme marqué ; dans quelques cas les lèvres devenaient bleues ; chez M. Shaw, un thermomètre de clinique montra une température moindre de 1 ou 2 degrés par rapport à celle des jours précédents. Ayant sur moi une certaine quantité de chlorate de potasse, j'en donnai une forte solution aux malades, plutôt pour leur faire plaisir que dans l'espérance de les soulager. Cependant, il sembla avoir un bon effet, mais en vertu de quoi? je ne me hasarderai pas à le conjecturer. Je ne doute pas que ces accidents des hautes montagnes ne soient simplement temporaires et que l'habitude ne les fasse disparaître, comme le mal de mer. Us deviennent du reste beaucoup plus intenses lorsqu'on fait quelque ascension étant déjà à une grande hauteur.
Le 11 juillet, nous campâmes à 500 pieds au-dessous de la passe. Là les maux de tête et les nausées cessèrent rapidement. (P. 56 et suiv.)
Le 20 juillet, traversée de la passe de Cayley, passe nouvellement découverte, facile d'accès et qui doit avoir environ 5900"; par elle on va du bassin de Tlndus aux plateaux d'Yarkand; il n'y avait pas de neige. Les voyageurs y trouvèrent plusieurs papillons. Us ne parlent d^aucun (rouble physiologique.
lES TOYAGES EN MONTAGNES. — ASIE CENTRALE. 171
Le 21 juillet, campement dans de hautes plaines désertes, à 5000" d'altitude ; ils souffrirent beaucoup du vent :
Les Toyageurs sont fréquemment tués par ce vent, qui est quelquefois si froid qu'il arrête la vitalité en un temps très-court. Hommes et che?aux souffrirent ki beaucoup de la rareté de Tair. Plusieurs des nôtres se couchèrent en plaine, coa^létement épuisés, et ne purent regagner notre camp que le lendemain ; quelques cheyaux qui tombèrent furent abandonnés à leur malheureux sort. (P. 77.)
Us restèrent plusieurs jours sur ces plateaux élevés, et à ce propos le narrateur ajoute :
n y a nombre d'observations que je regrette beaucoup de n*avoir pas faites pendant que nous nous trouvions à ces hauteurs, et parmi elles les changements produits dans le pouls, la respiration et la température du corps. Mes compagnons de voyage m'ont bien offert de se soumettre à Tennui de laisser prendre leur température et compter leur pouls à des moments déterminés, mais je trouvai que j'avais déjà trop de fers au feu (too many irons in tlie fire). Les quelques 4)faservaiions détachées que je fis n'eurent pas grande valeur, mais elles prouvent clairement que, chez moi du moins, l'altitude n'a que peu d'effets, comme le mootrent les chiffres suivants. Je dois mentionner que de nombreuses observalions faites sur mes compagnons ont donné de semblables résultats :
Température Pouls. Respir. sous la langue.
Ordiiiairement 80 U 98,2
i Sakte (assis depuis plusieurs heures),
13900 pieds, 9 juillet 90 25 98,3
Sommet de Oiang-La; 18000 pieds (5485
mètres), 10 juillet, après avoir marché
jusqu'au sommet 80 26
iak Zung, plus de 17500 pieds; 24 juiUet. . 75 24 97,8
La deuxième partie du livre est consacrée à Thistoire naturelle. L'ornithologie est rédigée par A. 0. Hume. J'y relève des observations curieuses sur l'habitat des oiseaux aux grandes hauteurs :
Un des points qui m'ont le plus vivement frappé dans les observations du docteur Henderson, c'est la facilité avec laquelle paraissent vivre les oiseaux à de grandes hauteurs. Notre ami le Coucou se balance sur les branches pendantes des bouleaux, lançant son chant joyeux à une hauteur de 11000 pieds, pendant que la neige couvre le sol. La Huppe semble chez elle à 18000 pieds (5485 mètres), le fl Kashmir Dipper, :) qui réside au-dessus de 13000 pieds, y cherche des insectes dans les torrents à demi glacés; le • Guldenstadt's Redstart • sautille insoucieux dans la neige à 17800 pieds; la Montifringilla haematopygia semble vivre d'une manière permanente entre 14000 et 17000 pieds, et le « Adams's Finch » est commun à 13000 pieds. L'Alouette huppée à long bec se trouve dans des lieux de 12000 à 15000 pieds, tandis que le « Dottrel » mongolien et le < Reddy Shieldrake » vivent à 16000 pieds, et le « Gull » à tête brune à 15000. {P. 165.)
in HISTORIQUE.
Je terminerai celle longue série de citations par un extrait de l'ouvrage que Fr. Drew* a récemment consacré à la géographie du Jumnoo et du Cachemire.
Dans la description des hautes vallées du Ladâk, Drew commence par celle de Rupshu, dont Télévation moyenne est de 14 à 15000 pieds (4270 à 4570"): la limite des neiges perpétuelles y est à 20000 pieds environ. Une pauvre tribu, de cent tentes, y vit, les Ilupshu Châmpâs. L'auteur a étudié dans un paragraphe spécial l'influence de Tairr aréfié :
Aux grandes hauteurs, en outre de l'oppression et de la brièveté de la respiration» se font sentir des maux de tète et des nausées, comme il arrive au début de la fièvre ou du mal de mer, mais sans modification dans la température du corps. Chez quelques-uns, aux niveaux élevés, surviennent des vomissements, mais cela n'a pas de suites graves, et tout revient dans Tordre quand on redescend dans de plus basses régions, à la condition cependant que les organes soient parfaitement sains ; la rareté de Tair est très-propre à découvrir les imperfections des poumons ou du cœur.
La hauteur à laquelle ces effets sont observés varie singulièrement, et il n'est pas facile de trouver la cause de ces irrégularités. L'état du corps y est pour beaucoup; un homme dans de bonnes conditions peut se soutenir bien plus3haut qu'un homme qui n'est pas habitué à l'exercice. On s'en aperçoit d'abord quand on fait un peu plus d'efforts qu'à Tordinaire, comme de courir ou de grimper quelqtie colline; dans ces conditions, pour les gens qui vivent au-dessus de (jOOO pieds, les effets se font ordinairement sentir dès ilOOO ou 12000 pieds. A 14 et 15000 pieds, survient quelquefois ce qu'on peut appeler une attaque de respiration courte, même au repos. La première fois que j'ai visité Rupshu, cela m'arrivait pendant la nuit, quand j'étais couché depuis une demi-heure; mais, après une semaine, je surmontai celte susceptibilité, et* je n*ai plus éprouvé, au repos, de difficultés à respirer, lors même que je campais à 2 ou 5000 pieds plus haut. De même, j'ai connu un natif du Panjâb, peu habitué, il est vrai, uu travail musculaire, qui eut une attaque à 11000 pieds.
Mais, quoiqu'on puisse ainsi s'habituer jusqu'à un certain point à la rareté de l'air et n'en rien ressentir, le moindre effort suffit pour en manifester les effets. A 15000 pieds, la plus faible pente à monter essouflle autant qu'à une altitude inférieure, de gravir une côte trés-raide. Parler ou marcher, même à plat, amène bientôt le manque de respiration. Quand quelqu'un vient sur les grandes hauteurs, — et ici chaque millier de pieds fait un grand changement, — monter une pente est un labeur pénible. J'ai traversé une passe de 19500 pieds qui, plus bas, n'aurait présenté aucune difficulté; et cependant, à chaque 50 ou 60 pas, j'étais absolument obligé de m'arrèter, pantelant, pour reprendre haleine ; mais cependant je n'ai là ressenti ni maux de tète ni autre effet fâcheux; l'habitude de la montagne depuis un mois ou deux m'a permis de m'endormir dans ces circonstances. (P. 291.)
* The Jummoo aitd Kaêhmir ierritories : a geographical account, — London, 1875.
§ 9. — Afrique.
Atlas. — Plusieurs sommets de TAtlas marocain, hauts de 11 à 12000 pieds, ont été visités par le docteur HookesS en 1871; il ne parle nullement de malaises.
MofiTs Cameron. — La première ascension fut faite le 22 décembre 1861, par Burton. Dans le récit qu'il en publia immédiatement', il signale quelques troubles singuliers qui doivent très-probablement être expliqués par Finfluence de Taltitude :
Ea montant au Toican, j'étais si fatigué que je ne pouvais plus ouvrir les yeux; j*éprouirai un malaise qui me semblait dû à la fièvre. Je fus obligé de prendre du repos, je dormis une heure, et à quatre heures je me trouvai en état de faire ceUe ascension. (P. 79.)
La publication générale' qu'il fit plus tard de ses voyages aux monts Cameron et à Fernando-Po, n'est pas plus explicite :
M. Saker se plaignit alors de complète surdité. La chaleur brûlante nous enlevait le sentiment. Peut-être était-elle ai(jée par la raréfaction de Tair. Nous n*étions cependant pas étonnés de si peu souffrir, dans le cours de notre ascensioD, des inconvénients dont se plaignent tant de voyageurs au mont Blanc et dans les montagnes Rocheuses. (T. II, p. 121.)
Il faut noter qu'ils n'étaient alors qu'à 7000 pieds; mais le lendemain ils terminèrent l'ascension du grand Pic :
Comme nous approchions du sommet, les difficultés de Tascension augmentèrent. Kharah se laissa tomber à terre, presque évanoui sous jf^s rayons d*un soleil ardent, et fut forcé de rester là. A 1' heure 50, j'arrivai sur le sonmiet du pic. (P. 155.)
Le 13 janvier 1862, nouvelle ascension par MM. Calvo, Saker et Mann (p. 162-181). Aucun accident signalé.
Mais, dans la relation qu'en publia Mann\ il déclare « avoir été malade sur le pic Albert et obligé de redescendre (p. 23). »
En6n, le 29 janvier 1862, ascension de Burton. II campe à 10187 pieds, et arrive au cône de cendres du mont Albert :
* Lttten lo [S. Roderick Murchison giving an account of his Asccnt oflhe Atlat. — Hoeed.oftke ray. geogr. Society, vol. XV, p. 212 ; 1871.
* fUUMiion tTune ascension aux monts Cameron {Afrique occidentale). — Traduit, in N. Ann. des voyages; t. III, p 71-107; 1865.
^ Âbtokula, — London, 2 vol., 1865.
* Forschungen an der Westk&ste von Africa, — Petermann^s Mittheilungen^ t. XI; i»5; p. 22-26.
i74 HISTORIQUE.
Je remarquai de nouveau l*absence complète de toute souffrance dae ï la subtilité de l*air. La hauteur est considérable, mais insuffisante, parait-il, pour occasionner les hémorrhagies des oreilles et des lèvres éprouvées par de Humboldt dans les Andes, et les souffrances de M. Gay-Lussac dans son ballon. (Abeokuta, t. U, p. 198.)
KiLiMANOjARO. — Le 11 mai 1844, Rebmaim^ voit le Kilimandjaro couvert de neige. La montagne est « inaccessible, disent les naturels, à cause des mauvais esprits qui avaient tué un grand nombre de ceux qui avaient essayé de la gravir. » (P. 276).
Aussi ne peut-il tenter aucune ascension.
En 1861, le baron de Decken atteignit une certaine hauteur sur les flancs de Timmense montagne, dont Thornton', son compagnon, estima l'élévation à 22814 pieds (6952°*).
Le 27 novembre 1862, il put monter assez haut pour éprouver quelques malaises. Le docteur Kersten ', qui l'accompagnait, rapporte qu'ils s'arrêtèrent à 4223°', à cause du froid, avant d'atteindre la limite des neiges :
' La montée, dit-il, ne laissait pas que d*étre assez pénible, et Ton était souvent obligé de s*arrèter tout court. Anamouri, Tun des individus que nous avions loués, se trouva aussi indisposé. (P. 36.)
Le baron de Decken' s'exprime lui-même plus clairement sur l'action de l'altitude :
Parvenu vers 11 heures et un quart à une hauteur de 4225 métrés, je m'arrêtai, car il y avait nécessité, mes gens n'ayant pu aller plus loin sans craindre des douleurs de poitrine. Le docteur Kersten éprouvait également les influences d'un air trop vif. (P. 49.)
Enfin, le 30 août 1871, New* est arrivé sur le Kilimandjaro jusqu'à la limite de la neige perpétuelle :
Mes hommes m'abandonnèrent, se plaignant du froid. Je continuai, seul avec ToGki. Cela alla bien pendant une heure et demie; mais alors Tofiki s'affaissa, i peine capable de parler. Il me pria de continuer, me disant qu'il m'attendrait, mais qu'il mourrait si je ne revenais pas. J'arrivai à la glace, en brisai quelques morceaux et descendis ensuite.
Oui, de la neige en Afrique, s'écrie-t-il avec enthousiasme! Qu'a
* Journal d'une excurnon au Djagga, le pays des neiges de V Afrique orientale, — N, Ann. des Yoy. ; t. CXXII, p. 257-507, 1849.
« fioles on a joumey to Kilimandjaro, made in company of ihe Baron von der Decken. — The Journal of the R. géog. Soc. ; t. XXXV, p. 45-21 ; 1865.
» Ascennon du Kilimandjaro, dans Vinlérieur de l'Afrique orientale. — y. Ann. des Voyages ; 1864, 1. 1, p. 28.
♦ Alpine Journal; t. VI, p.5i^2. — London, 1874, cahier d'avril 1872.