ACIDE CARBONIQUE
l'anesthésie. Enfin, quand la proportion est assez forte dans le mélange respiratoire, les ganglions cardiaques eux-mêmes sont immédiatement attaqués dans leur nutrition, et le cœur s'arrête, paralysé.
g S. — ActfoB de Taclde carbonique sur les êtres vivants
Inférlenrs.
La généralisation d'action du gaz acide carbonique sur tous les tissus se manifeste d'une manière bien évidente quand en met en expérience des animaux inférieurs. Il y a bien longtemps, par exemple, que j'ai montré dans mes cours que les grenouilles ou les mammifères nouveau-nés périssent plus vite dans l'acide carbonique que dans l'oxyde de carbone. Et cela se comprend, disais-je : l'oxyde de carbone agit a la façon d'une simple hémorrhagie, ou d'une asphyxie dans Az, en supprimant l'oxygène du sang, tandis que CO* empoisonne les tissus eux-mêmes. Seulement, si on arrête l'expérience avant que les animaux soient tout à fait morts, la grenouille deCO' se remet assez vite, celle de CO meurt au contraire, étant définitivement privée de ses globules sanguins.
Il m'a paru intéressant de chercher à déterminer la proportion d'acide carbonique dissous dans l'eau, qui serait incompatible avec la vie des poissons. Voici les détails d'une expérience :
Expérience DCXXXl. — 22 mai. A 12»» 15". Des cyprins dorés de môme taille sont immergés dans des flacons bouchés, pleins d'une eau bien aérée à laquelle on a ajouté des proportions croissantes d*eau saturée d*acide carbonique, en telle sorte que
A contenait l'eau pure (qui tient en dissolution 4,4 vol. de CD' par iOO vol. de liquide).
B contenait de Teau à 11 p. i 00 de CO*.
C — de reau à 18 pour 100.
D — de l'eau à 30 pour 100.
E — de l'eau à 45 pour 1 00.
Dés 12^ SS"», le poisson E respirait trés-faiblement, tandis que B respi- 'rait plus fort que A.
i2^ 45°'. E est sur le flanc, trés-malade; D est évidemment malade
aussi.
1^ 5». E est mort; D, fort malade; C et B respirent avec difficulté; D meurt vers 10*» du soir.
Le surlendemain, A, B, C, sont encore vivants.
La proportion rapidement mortelle de CO* libre, est donc aux environs de 30 pour 100. Cela est bien supérieur aux quantités qui existent dans toutes les eaux non chargées de principes salins.
L'acide carbonique manifeste son action non-seulement chez les animaux, mais chez les végétaux.
Dans un milieu très-chargé en C0% les végétaux verts périssent rapidement, lorsqu'on empêche la lumière de leur permettre de décomposer rapidement le gaz redoutable*.
La germination y est ralentie, arrêtée, quand la proportion du gaz est suffisante; les graines mêmes peuvent y être tuées. Je cite à litre d'exemple de ces faits les deux expériences suivantes :
Expérience DCXXXII. — 8 avril. Seraé, sous une vaste cloche de \{\ quelques grains d*orge et de cresson sur papier bien mouillé. La cloche est remplie d'un mélange contenant : 0, 16; CD*, 20; Az, 64.
Le 2 maiy rien ne s'est développé ; Tair de la cloche contient : 0, i2,9; C0«, 29.
Je laisse les grains à Tair libre ; dés le 7 mai, on voit apparaître quelques pousses, et le 20 mai tout a bien poussé; Torge mesure déjà iS*".
Expérience DCXXXIII. — 30 mars. A. 20 grains d'orge sont semés sur papier mouillé, sous une cloche de il* contenant 50 pour 100 d'acide carbonique, et 50 d'air ordinaire.
B Comme témoins, d'autres grains sont semés sous une cloche de î,5 pleine d'air ordinaire.
5 avnl. Cermmaticu nette à B.
9 avril. — Les pousses de B ont 5 à 4'^; rien à A. Sur les grains de B ont poussé d'abondantes moisissures; il n'y a rien à A.
22 avril. — Il y a à B de belles pousses, et l'air y contient CO* 4,4; 0 15,6. Rien n'a poussé à A, dont l'air contient encore 9,3 d*oxygéue.
A, laissé à l'air libre, ne pousse pas.
Ainsi, avec 20 à 50 pour 100 d'acide carbonique, il y a seule-
* Voir le récent travail de J. Boelim, Veher den Einfluu der Kohlenmûre avfde» ErgiHnen und Wachsthum der Pflamen. (ZiUb. der k. Akad. der Wissenscli., UVW Bd'. Wien, 1873.)
ASPHYXIE. i(M1
ment suspension de la germination ; mais avec 50 pour 100, les graines sont tuées. Et ce qui est vrai des grains d'orge est vrai des moisissures, comme on le voit dans l'expérience même qui vient d'être rapportée.
11 n'est donc pas étonnant de voir que la putréfaction ellemême soit ralentie singulièrement et même arrêtée dans une atmosphère chargée d'acide carbonique.
C'est ce qui est arrivé dans les expériences suivantes :
Expérience DCXXXIV. — 14 décembre. Fragments de muscles placés dans cloches remplies :
A, d*air;
B, d'acide carbonique presque pur.
8 janvier. — A est infect, en pleine pourriture, couverte de moisissures; B n'a aucune odeur et on n'y voit aucune moisissure.
Expérience DCXXXV. — 14 janvier. Fragments de muscles placés dans cloches remplies :
A, d'air.
B, d'un mélange (0, 14,4 ; Az, 54,6; CO*, 31 pour 100).
17 janvier. — L'air de A ne contient plus que 18,1 d*oxygéne, avec 3 de CO' ; il sent mauvais.
L*air de B n'a pas changé de composition et n*a aucune odeur.
Expérience DCXXXVI. — 29 juiUet. Une lame mince de viande de bœuf pesant 100«^, est suspendue dans l'appareil en verre, sous une pression de 6 atmosphères, dont 5 d'acide carbonique.
10 août. — Décompression.
La viande ne sent aucune odeur; elle est de couleur un peu terne.
Je la fais cuire; elle n*a ni odeur ni goût putride; {nais sa saveur est désagréable, fade, douceâtre, ressemblant à celle de la viande conservée dans V oxygène comprimé.
Enfin la contractilité musculaire est rapider-^*^» détruite par l'acide carbonique, et très-probablement u irait de même pour les autres propriétés vitales :
Expérience DCXXXVII. — 4 juin. Deux pattes d'une même grenouille sont suspendues chacune au haut d'une éprouvette : A dans air;
B dans acide carbonique presque pur.
h juin. — A, nerf non excitable; muscle trés-contractile ; B, plus de contractilité musculaire.
§ 6. — Rétnmé et oonclasioiui.
Nous voici arrivés au terme de cette longue étude. Elle se résume dans les propositions suivantes :
A. Quand un animal respire en vase clos, soit dans Tair comprimé, soit dans un air suroxygéné, à la pression normale, en telle sorte que l'oxygène ne lui fasse jamais défaut, la tension croissante du GO' dans l'air maintient une proportion croissante du même gaz dans le sang, sr bien que l'acide carbonique produit dans la profondeur des tissus reste dans ces tissus.
B. Il résulte de cette accumulation un ralentissement pregressif des oxydations intra-organiques, d'où, comme conséquence, un abaissement considérable de la température du corps.
G. Le système nerveux central, dans cette action générale sur l'organisme, manifeste le premier qu'il est atteint, par la perte des transmissions réflexes, d'abord aux membres, puis à Tœil, puis enfin au centre respiratoire, d'où résulte la mort.
D. Aucune agitation, aucun mouvement convulsif ne précèdent la mort.
Le cœur, tout en ralentissant ses battements, conserve très-longtemps toute sa force, et demeure Vultimum moriens.
Ges deux faits ruinent définitivement les théories qui faisaient de l'acide carbonique l'une un poison convulsivant, l'autre un poison du cœur.
E. L'anesthésie produite par l'acide carbonique parait mériter d'attirer de nouveau l'attention des chirurgiens ; elle est complète à un moment' où il s'en faut de beaucoup que la vie de l'animal soit en danger.
F. La vie végétale, la germination, le développement des moisissures, la putréfaction, sont ralentis, suspendus, arrêtés définitivement par l'acide carbonique sous une tension suffisante.
G. Ainsi, l'acide carbonique est un poison universel, qui
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tue animaux et végétaux, de grande taille ou microscopiques; qui lue les éléments anatomiques isolés ou groupés en tissus. Et tout cela n'a rien d'étonnant, puisqu'il est le produit d'excrétion universelle de toutes les cellules vivantes; sa présence empêche Texcrétion, et arrête par conséquent, en y opposant un obstacle terminal, toute la série des transformations chimiques constituantes de la vie, qui commencent par l'absorption d'oxygène, et finissent par le rejet de Tacide carbonique.
SOUS-CHAPITRE II