TABLEAU XXI
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CALBEIILA
PETER BOHRSN
PETEK MULLER |
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(l6 ans)
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mètres
11 (Halte.)
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2 (Après repos.)
Un voyageur allemand, Calberla s a publié des observations du même ordre prises sur le mont Rose. Ci-contre est un tableau (tableau XXI) qui résume les observations faites sur lui-même et sur deux guides ; les températures ont été prises dans le rectum, pendant la marche môme.
Les variations des respirations et des pulsations sont en rapport avec tout ce qu'on connaissait déjà. Quant aux températures, on voit qu'elles ont oscillé, pour Calberla et P. Mûl- 1er, de 36%8 à 37%5; pour P. Bohren, de 36%4 à 37%2. Pendant l'ascension, la température s'est toujours élevée; le minimum observé a été pendant une halte, à 4371 mètres, ou après le repos au sommet du mont Rose, la température de l'air étant de -f- 4% 8.
Le professeur L. Thomas, dans une note jointe au Mémoire de Calberla, déclare avoir mesuré sa température sous la langue pendant plusieurs annéesauRoccia Melone (3550 mètres), au Levanna (3750 mètres), au grand Pelvoux (3954 mètres) , sans jamais avoir constaté d'abaissement de la température par le fait de l'ascension.
Mais il convient de faire rema-rquer que toutes ces observations laissent entière la question de savoir ce qu'il adviendrait si les observateurs avaient réellement souffert de Taltitude ; il resté donc encore un point obscur, et sur lequel j'appelle l'attention des voyageurs scientifiques : la température diminue-t-elle par l'acte de l'ascension, pendant l'état bien prononcé de mal des montagnes? Mais je dois insister à nouveau sur les précautions à prendre dans l'emploi du thermomètre buccal : deux minutes d'application sous la langue sont pour le moins nécessaires, suivant les observations de M. Thorpe. Et encore les causes d'erreur (voy. p. 300) sont telles, que le mieux est de prendre la température dans le rectum, à l'aide de thermomètres à maxima.
Je citerai encore, comme document intéressant pour notre sujet, quelques extraits d'une lettre que j'ai reçue de M. le docteur Ward, qui fut attaché, à titre médical, aux travaux
^ Veber dos Verhalten der KôrpertemperaUw bei Bergbeistungen, Arch, der Heil" A^tm(fe,XYl, p. 276-281, 1875.
DIMINUTION D£ PRESSION. i057
du chemin de fer qui traverse les Andes, du Callao à la Oroya :
Presque tous les ouvriers qui ont travaillé au tunnel, excepté les indigènes nés dans la montagne, oiit soufTert plus ou moins durement de la diminution de pression ; cependant ils se sont presque tous assez rapidement accoutumés à cette influence, c*est-à-dire après une ou deux semaines. Les animaux souffraient comme les hommes.
Les natifs sont des hommes courts et trapus, avec une capacité pulmonaire immense, comme le prouvent les mesures suivantes, prises sur la peau nue, au niveau des mamelons.
Age.
TaUle.
CirconHrence de la poitrine.
li ans
. . 4 pieds lu pouces
36 pouces
Ces hommes mangent du blé sec, de la coca, du sucre grossier, des pommes de terre, avec peu ou plus souvent point de viande. Avec une poignée de grain et de coca, ils peuvent travailler toute une journée sans donner signe de fatigue.
M. Malinowski, ingénieur à Lima, en m'envoyant la lettre du docteur Ward, ajoute :
Un Américain du Nord, aide-ingénieur, ayant été un jour faire une visite au tunnel, y fut attaqué du sorroche d'une manière très- violente. On s*empressa de le faire transporter vers un endroit moins élevé de 1000 métrés environ, mais il expira bientôt.
M. le docteur Vacher* a publié une intéressante étude sur les stations médicales de Davos (1050 mètres), dans les Grisons, et du mont Dore, en Auvergne(1050 mètres). Il constate, comme beaucoup de ses prédécesseurs, l'immunité pour la phthisie de la population de ces hauts lieux, et étudie la question du traitement par la cure des hauteurs de cette redoutable maladie. Pour ce qui nous intéresse ici, nous ne relèverons que les observations suivantes :
1° A Davos, le nombre des mouvements cardiaques est sensiblement plus élevé que dans la plaine; à Paris, mon pouls donne 69 pulsations ;
^ Le tnotU Dort; Davos, Étude médicale et climatologique. — Paris, 1875.
à Davos, 78. C'est à ce phénomène qu'on a donné le nom assez impropre de fièvre d'altitude.... 11 persiste pendant toute la durée du séjour dans la station, ce qui le distingue des phénomènes d'excitation produits par les eaux minérales
2° Les fonctions du poumon sont également modifiées dans cemilieu raréfié, où l'on constate une amélioration notable des mouvements respiratoires. Le docteur Spengler déclare expressément que, dans Tatmosphère de Davos, le poumon supplée au déficit d*oxygéne par des inspirations plus profondes et plus lentes que dans les conditions normales de pression. Il est bien vrai qu'à Taltitude de 1650 mètres il y a dans Tair un déficit notable d'oxygène, mais l'observation prouve que ce n*est pas par des inspirations plus profondes et plus prolongées que le poumon y supplée, mais par des mouvements respiratoires plus fréquents. A Davos, où je me suis observé avec soin pendant plusieurs jours, j'ai constaté 18,2 mouvements respiratoires par minute, tandis qu'à Paris, je n'en compte que 16,6 (p. 12).
Comme premier signe d'amendement des symptômes thoraciques dans la phthisie, on observe à Davos un accroissement de la capacité respiratoire, mesurée à l'aide du spiromètre, instrument couramment employé dans cette station (p. 13).
C'est le 22 mars 1874 que Crocé-Spinelli et Sivel firent leur premier voyage à grande hauteur, dans lequel, encouragés par le résultat des tentatives faites dans nos cylindres (V. p. 754), ils emportèrent des ballonnets d'oxygène, afin de combattre en respirant ce gaz les effets de la décompression. V Étoile polaire, qu'ils montaient, aérostat de 2800 mètres cubes, les porta en deux heures à 7300 mètres de hauteur. Je reproduis ici la partie de leur récit* qui touche à notre sujet :
Nous ressentîmes dans notre voyage, disent-ils, des impressions analogues à celles que nous avions éprouvées dans les cloches à dépression de H. Bert, où nous étions entrés quelques jours avant l'ascension pour descendre jusqu'à la pression de 304 millimètres. Cependaat, dans la nacelle, où nous arrivâmes à 500 millimétrés, le malaise était bien plus vif que dans la cloche, ce qui doit être attribué au travail plus considérable efTectué, au grand abaissement de la température et à la durée du séjour dans les couches élevées. Tiindis que dans la nacelle, nous avons subi un froid de 22 à 24 degrés, nous n'avions qu'une température coiidlaute de 4* 15*^ pendant la dépression à terre; de plus, le séjour dans la cloche ne fut que d'une heure, ce qui est presque la durée des ascensions à grande hauteur au-dessus de 7000 mètres, tandis que nous restâmes S heures 40
^ Comptes retidui de V Académie des sciences, t. LXXVIU, p. 946 et 1060; 1874.
DIMINUTION DE PRESSION. i05D
minulcs en l'air, et 1 heure 45 minutes au-dessus de 5000 mètres. Ajoutons que dans la cloche, Toxygène pur que nous inspirions nous produisit des élourdissements analogues à ceux de l'ivresse, et qu*au contraire nous nous trouvâmes très-bien des deux mélanges, Tun à iO pour iOO d'oxygène et 60 pour 100 d'azote, et l'autre à 70 pour 100 d'oxygène et 30 pour 100 d'azote, que M. Bert nous avait fournis pour notre ascension.
Nous commençâmes à respirer le mélange à 40 pour iOO à partir de 5600 mètres et jusqu'à 6000 mètres; nous eûmes recours à celui de 70 pour 100 dans les grandes hauteurs, parce que le moins riche était insuffisant, surtout pour M. Crocé-Spinelli. Dans les régions les pins raréfiées, nous dûmes tous deux laisser dans la bouche les tuyaux de caoutchouc qui C4)rrespondaient aux ballonnets. Nous respirions ainsi de temps en temps, en ayant soin de serrer avec les dents l'ajutage élastique quand nous nous sentions mieux. Lorsque M. Sivel jutait du lest, ce qui lempéchait de respirer du gaz, les sacs de 15 kilogrammes lui semblaient en peser 100.
Pour M. Crocé-Spinelli, tempérament lymphatico-nerveux, les effets étaient bien autrement marqués que pour U. Sivel, homme très-vigoureux, de lempérament sanguin. Lorsque le premier ne respirait plus d'oxygène, il était obligé de s'asseoir sur un sac de lest et de faire ses observations, immobile dans cette position. Pendant Tabsorption du gaz comburant, il se sentait renaître, et après une dizaine d'in>piralions, il pouvait se lever, causer gaiement, regarder le sol avec attention et faire les observations délicates. L'esprit était précis et la mémoire excellente. Pour voir dans le spectroscope, il lui fallait inspirer ce gaz, justement appelé vital; les raies, d'abord confuses, devenaient alors très-nettes.
L'oxygène produisit encore chez M. Crocé-Spinelli un effet dont l'explication est facile, après ce qui vient d'être dit. Pour réagir contre les effets combinés du froid et de la raréfaction, il essaya de manger. Le résultat ne fut d*abord pas favorable; mais, ayant eu l'idée de respirer en même temps de l'oxygène, il sentit l'appétit revenir et la digestion s'opérer facilement. Quant au pouls, il marquait chez lui entre les hauteurs de 6560 et 7400 mètres, 140 pulsations avant l'absorption, et 120 tout de suite après. Son pouls, à terre, est de 80 en moyeime.
Nous n eûmes, ni l'un ni l'autre, ces saignements de nez, des lèvres et des oreilles dont s'était plaint Gay-Lussac\ bien que la face fût devenue très-rouge et les muqueuses presque noires. Nous ressentîmes, par moments, comme dans la cloche, de la chaleur à la face et des picotements dans la tète. Le front, par instants, semblait serré comme dans un étau, et Ion avait la sensation d'une barre dure, de faible diamètre, que Ton appuierait très-fortement au-dessus du sourcil. Une inspiration d'oxygène faisait disparaître en grande partie les sensations douloureuses.
> M. Crocê-SpiDelli a reproduit ici une version accréditée à tort. Gay-Lussac na eu à souffrir d'aucune hémorrhagie. (Voy. plus haut, p. 189.)
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Nous appelons tout spécialemeni TaltentHMi sur les cfiec^ Tavorablcs des respirations oxygénées. Retour des forces et i^ l'appétit, diminution des douleurs de lète, rétablisssemeat à la vision nette, du sang-froid, de la présence d^esprît. Ions k^ f phénomènes déjà observés dans les cylindres de mon hbon- ! toire se reproduisirent avec une sûreté qui, dans ces ciitvc- { stances dramatiques, frappa fortement l'opinion et inîfin aux deux aéronautes une conGance poussée jiisqo*à rioi|ndence, et qui leur devint fatale.
Le 15 avril 1875, ils repartaient pour une nouTelle afescAsion à grande hauteur, emmenant avec eux M. Gaston Tb* sandier. Au cercle de Taérostat étaient attachés trois baUoa* nets remplis d'un mélange â 72 pour 100 d'oxygène. Ces tul- ! lonnets, je puis le dire aujourd'hui, étaient d'aune
niSilNUTION DE PRESSION. 1061
tout à fait insuffisante. J'étais alors absent de Paris, et prévenu par une lettre de Crocé-Spinelli de leur prochain voyage, lettre dans laquelle il m'indiquait la quantité d'oxygène qu'ils allaient emporter (elle devait être, je crois, de 150 litres) , je lui en fis remarquer l'insuffisance. « Dans les hauts lieux où cette respiration artificielle vous sera indispensable, lui disais-je, vous devez compter, pour trois hommes, sur une consommation d'au moins 20 litres par minute; voyez comment votre provision sera vite épuisée ! » Ma lettre arrivait, paralt-il, trop tard; le jour de l'ascension était fixé, et l'on tira simplement de mes observations cette conclusion qui fut si funeste, qu'il fallait attendre l'extrême nécessité pour faire usage des ballonnets. On sait ce qui advint : quand les aéronautes, sentant Tasphyxieles gagner, voulurent saisir les tubes sauveurs, leurs bras étaient paralysés.
M. Gaston Tissandier, le seul survivant de la catastrophe du Zénith, en a écrit* une narration saisissante et à laquelle nous allons faire de larges emprunts :
I.C jeudi io avril i875, à ii>' 35" du matin, l*aéroslat le Zénith s*élcvail de terre à l*usine ù gaz de la Villette. Crocé-Spinelli, Sivel et moi avions pris place dans la nacelle. Trois ballonnets remplis d*un mélange d'air à 70 pour iOO d'oxygène étaient attachés au cercle. Â la partie inférieure de chacun d'eux, un tube de caoutchouc traversait un flacon laveur rempli d'un liquide aromatique. Cet appareil, dans les hautes régions de l'atmosphère, devait fournir aux voyageurs le gaz comburant nécessaire à l'entretien de In vie. Un aspirateur à retournement rempli d'essence de pétrole, que l'abaissement de température ne peut solidifier, était suspendu on dehors de la nacelle ; il allait être arrimé verticalement h 3000 mètres d'altitude pour faire passer de l'air dans les tubes à potasse destinés aux dosages de l'acide carbonique
On part, on s'élève au milieu d'un flot de lumière, emblème de la joie, de l'espérance!...
Trois heures après le départ, Sivel et Crocé-Spinelli allaient être trouvés inanimés dans la nacelle! Au delà de 8000 mètres d'altitude, l'asphyxie a frappé de mort ces disciples de la science et de la vérité !
11 appartient à leur compagnon de voyage, miraculeusement échappé au trépas, de fermer un instant son cœur à la douleur, de cliasser les tristes souvenirs et les sombres visions, pour rapporter les faits recueillis pen-
* Journal la Nature^ n* du 1*' mai 1875; 3* année, 1*' semeslre, p. 357-344.
dant rexploration et pour dire ce qu*il sait de la mort de ses inftirlunés et glorieux amis
A 4300 mètres, nous commençons à respirer de Toxygène, non pas parce que nous sentons encore le besoin d'avoir recours au mélange gazeux, mais uniquement parce que nous voulons nous convaincre que nos appareils, si bien disposés par M. Limousin, d*après les proportions indiquées par M. P. Bert, fonctionnent convenablement.
Je dois dire à ce sujet que mon cher et regretté Crocé-Spinelli avait insisté avec énergie pour que je fasse partie de Tascension à grande hauteur, qu'il devait d'abord accomplir seul avec Sivel. H. Hervé-Mangon, président de la Société de navigation aérienne, et H. Hureau de Villeneuve, secrétaire général, n'approuvaient pas ce projet, dans la seule crainte, je me hâte de l'ajouter, de priver Sivel de la quantité de lest suffisante et dont ma présence devait diminuer le poids. Ces messieurs avaient cependant cédé aux pressantes instances de Crocé-Spinelli. Qui eût résisté au charme de sa parole entraînante et de son regard? « Mon ami Tissandier, me disait Grocé quelques jours après la première ascension du Zénith, soyez tranquille, vous partirez avec nous. Je ne vous quitte pas« ajoutait-il en me serrant dans ses bras. Il faut être trois pour faire une ascension en hauteur, pour mieux confirmer les résultats. Et qui sait? un accident peut survenir. Six bras valent mieux que quatre! .D'ailleurs, il faut que vous respiriez l'oxygène, dans les hautes régions, pour affirmer comme nous que cela est efficace, que cela est nécessaire. «
Crocé-Spinelli avait un ardent amour de la vérité, et il ne pouvait admettre, lui si franc, si loyal, que l'on mît en doute ses affirmations. C'est à l'altitude de 7000 mètres, à i^ 20"", que j'ai respiré le mélangé d'air et d'oxygène, et que j'ai senti en effet tout mon être, déjà oppressé, se ranimer sous l'action de ce cordial; à 7000 mètres, j'ai tracé surmpn carnet de bord les lignes suivantes : Je respire oxygène. Excellent effet.
A cette hauteur, Sivel, qui était d'une force physique peu commune et d'un tempérament sanguin, commençait à fermer les yeux par moments, à s'assoupir même et à devenir un peu pâle. Mais celte Âme vaillante ne s'abandonnait pas longtemps aux mouvements de la faiblesse : il se redressait avec l'expression de la fermeté; il me faisait vider le liquide contenu dans mon aspirateur après mon expérience, et il jetait le lest pardessus bord pour atteindre des régions plus élevées. Sivel avait été Tan dernier à 7500 mètres, avec Crocé-Spinelli. Il voulait, cette année, monter à 8000 mètres, et quand Sivel voulait, il eût fallu de bien grands obstacles pour entraver ses desseins.
Crocé-Spinelli avait depuis longtemps l'œil fixé au spectroscope. Il paraissait rayonnant de joie, et s'était écrié déjà : c 11 y a absence complète des raies de la vapeau d'eau. >« Puis, après avoir fait entendre ces paroles, il s'était mis à continuer ses observations avec une telle ardeur» qu'il m'avait prié d'inscrire sur mon carnet le résultat des lectures du thermomètre et du baromètre.
Pendant le cours de cette ascension rapide, an milieu d*occupatioiis multiples , il nous a été difficile d'apporter aux observations physiologiques Tattention qu'elles nécessitent. Nous réservions nos forces à cet égard, pour le moment où nous serions plongés dans l'air des régions supérieures, sans soupçonner le dénoûment funeste qui allait paralyser nos efforts. Il nous a été possible cependant d'obtenir les résultats suivants, que nous enregistrons d'après les carnets de bord :
Heure. Altitude.
12 h. 48 4602"* Tissandier, 110 pulsations à la minute.
12 h. 55 5210" Crocé, température buccale o7«,50.
1 h. 05 5300"* Crocé, 120 pulsations à la minute.
1 h. 05 5300" Tissandier, nombre d'inspirations déterminées par Crocé, 26.
Id. Id. Sivel, 155 pulsations à la minute. Id. Id. Id. température buccale 37'',90.
Yoici la moyenne des observations qui avaient été recueillies précédemment à terre pendant plusieurs jours consécutifs :
Pulsations Inspiralions Température
i la minute. i la minute. buccale.
Crocé-Spinelli. . . 74 à 85 24 37»,3
Sivel 76 à 86 inconnu 57s5
Tissandier 70 à 80 19 à 23 37%4
J'arrive à l'heure fatale où nous allions être saisis par la terrible influence de la dépression atmosphérique. Â 7000 métrés nous sommes tous debout dans la nacelle; Sivel, un moment engourdi, s'est ranimé; Crocé-Spinelli est immobile en face de moi. « Voyez, me dit ce dernier, comme ces cirrhus sont beaux! » C'était beau, en effet, ce spectacle sublime qui s'offrait à nos yeux. Des cirrhus, de formes diverses, les uns allongés, les autres légèrement mamelonnés, formaient autour de nous un cercle d*un blanc d'argent. En se penchant au dehors de la nacelle on apercevait, comme au fond d'un puits, dont les cirrhus et la buée inférieure eussent formé les parois, la surface terrestre qui apparaissait dans les abîmes de l'atmosphère. Le ciel, loin d'être noir et foncé, était d'un bleu clair et limpide ; le soleil ardent nous brûlait le visage. Cependant le froid commençait à faire sentir son influence, et nous avions, antérieurement déjà, placé nos couvertures sur nos épaules. L'engourdissement m'avait saisi, mes mains étaient froides, glacées. Je voulais mettre mes gants de fourrure; mais sans en avoir conscience, l'action de les prendre dans ma poche nécessitait, de ma part, un effort que je ne pouvais plus faire.
A cette hauteur de 7000 mètres , j'écrivais cependant presque machinalement sur mon carnet: je recopie textuellement les lignes suivantes, qui ont été écrites sans que j'en aie actuellement le souvenir bien précis;
ICCi FAITS RÉCENTS, KÉSmÉ tT C05arSIO5S-
olles sont tracées d*une façon peu lisible, par une main que lefirtidè* vait i'in'iiiliêrenient faire trembler :
« J'ai les mains gelées. Je rais bien. Nous aliims bien. Bruame à tlt^ zon avec jïetits cirrhm arrondis. Kotis montons. Crocé souffle. Nom tons oryyène. S/re/ ferme les yeux. Crocé aussi ferme les yesuc. Je asjnrateur. Temp.'-U): 1 h. 20, H. 520. Sivel est assompi.... I kH lemp. — 1 h, //= r>00. Sivel jette lest. Sirel jette lest. • (Ces dernimaJÉ hont à peine lisibles.)
Sivel, en eifct, qui était resté quelques instants, corame pensif eli» mobile, fermant parfois les \eux, venait de se rappeler sans dootefi'i voulait dépasser les limites où planait alors le Zénitk, Il se redresse, h figure énergique s*éclaire subitement d*un éi-lat inaccoutumé ; il se leme vers moi et me dit : Quelle est la pression? — 50' (7450 mètres d'allitiè environ). — Nous avons beaucoup de lest, faut-il en jeter? — Je IniriponHs : Faites ce que vous voudrez. — Il se tourne vers Crocé et lu U la même question. Crocé baisst* la tête avec un signe d^afBnnatîon trbénergique. !
Il y avail dans la nacelle au moins cinq sacs de lest ; il y en avait snoore I û peu prés autant, pendus en debors par leurs cordelettes. Ceux-ci, dok (levons rajouter, trétuient plus entièrement remplis; Sivel avait certaine ment su estimer leur poids, mais il nous est impossible de rien Gier j Cl a égard.
Sivel saisit son couleau et coupe successivement trois cordes; les trob sacs se vident et nous montons rapidement. Le dernier souvenir biin art qui me soit resté de Tascension remonte à un moment un peu autérienr. Crocé-Spinelli était a>si9, tenant à la main le flacon laveur du gai 01]géiie; il avait la fête légèrement inclinée et semblait oppressé. J'avais acore la force de frapper du doigt le baromètre anéroïde pour faciliter k mouvement de son aiguille; Sivel venait de lever la main vers lerid, comme pour montrer du doigt les régions supérieures de TatniospMR. La figure XO reproduit le plus exactement possible l'aspect de la nsceik du Zénith à cet instant solennel.
Mais je n*avais pas tardé à garder Timmobilité absolue, sans me dealer que j'avais déjà peut-être perdu l'usage de mes mouvements. Vers 7500 mètres, Tétat d'engourdissement où Ton se trouve est extraordinaire, k corps et l'esprit s'aiïaiblissent peu à peu, graduellement» insensiblemenl, sans qu'on en ait conscience. On ne souffre en aucune façon ; au ooiitraÎR. On éprouve une joie intérieure, et comme un effet de ce rayonnement de lumière qui vous inonde. On devient indifférent; on ne pense plus ni i h situation périlleuse ni au danger; on monte et on est heureux de monter. Le vertige des hautes régions n'est pas un vain mot. Mais autant que f puis en juger par mes impressions personnelles, ce vertige apparaît an dernier moment; il précède immédiatement l'anéantissement, subît, inattendu, irrésistible.
Lorsque Sivel eut coupé les trois sacs de lest, à l'altitude de 7450 mètres environ, c'est-à-dire sous la pression 300 (c'est le dernier chiffre que
MM F&IT> KtŒJTS. ll^nâ ET O:
j'aie écrit ah>n «ir iw camet », je crois Mgnpftflfr^"g s' de b naedie, rt prit à peu près b positioa qa'aïaît ~ h aoî. j*êtais appayé dans Tao^le de la naorile. ai je à cet apfmi. Je m tardai pas è ok seniir si faible %ae je IwiiMT b tare podir regarder mes coff paçoass.
Bîenlfii, Je vem saisir le tobe à oxrz êiae. acas 1 m'est lever le bra«. Voo nprit cepefidint est encare tiê-lBcâie. Je tBf^nnn le baromêCre; j'ai les yen fiiês s«r Taigaille ^n an diifire de b pression :HPi), puis âw qnVIe dê|>nwe.
Je veos m'écrier : « !(oiis sommes à 90>pO mètres! » comme paralysée. Toot i coop je ferme les yen ci je daot absoloment le souvenir. II était eonroo I h. 30 m.
A 2 b. 8 m. je me réveille mi moment. Le balba éeaoeatàaic nç/titment, fai po couper mi sac de lert poor arrêter b vîleaae* tt mon r^îs-'re de berd les lignes siÛTantes que je reeapie :
« Xowdeaondonfy-fea^i^iafarr — 8*: je/cflelaC. JI=Sld. J rrndont, Suel et Crœè emeare éwamomit a famé de Im tm-fari, »
A peine ai-je écrit ces lii^KS qa*ane sorte de et je retombe affaibli encore une fois. Le Tent était et dénotait une descente très-rapide. QnelqDes seeooer par le bras, et je reconnais Oocé, qoi s*esl lest, me dit-il, noos descendons. % Mais c*e&t à peine si je jenx, et je n'ai pas vn si Sivel était rèreillé.
Je me rappelle qne Crooé a délacbé Taspiralenr qnll a sus bord, et qu'il a jeté du lest, des convertnres, etc. To«t soorenir eitrémement confos qui s*éleint vile, car je retonabe inertie plus complètement encore qu'auparavant et il m'endors d'un sommeil étemel.
Que s'est-il passé? U est ceriain que le ballon délestée comme il l'était, et très-cbaud, est remonté encore mie fois dans les baales régions.
A 3 b. 50 m. environ, je rouvre les yeux, je me sens êtounii . ^ff^*»*» mais mon esprit se ranime. Le ballon descend ai ec nue vitesse fffiiiii b nacelle est balancée fortement et décrit de grandes tnrJHationi Je wê traîne sur les genoux et je tire Sivel par le bras ainsi -que Cracê.
• Sivel! Crocé! m'écriai*je, réveillez-vous! »
Mes deux compagnons étaient accroupis dans la nacelle, la tèie cachée sous leurs couvertures de voyage. Je rassemble mes lorees et j*esaave d^ les soulever. Sivel avait la figure noire, les yeux ternes^ la booche béaaie et remplie de sang. Crocé avait les yeux à demi fermés et la boacbe ensanglantée.
Raconter en détail ce qui se passa alore m'est imposable. Je ressenlaîs un vent effroyable de bas en haut. Nous étions encore à 6000 mètrvs d'altitude. Il y avait dans la nacelle deux sacs de lest que j'ai jetê$. BîeotM U terre se rapproche, je veux saisir mon couteau pour couper la cordeleik
de l'ancre : impossible de le trouver. J'étais comme fou, je continuais à appeler : « Sivel ! Sivél ! i
Par bonheur, j'ai pu mettre la main sur un couteau et détacher Tancre au moment voulu. Le choc à tene fut d'une violence extrême. Le ballon sembla s'aplatir et je crus qu'il allait rester en place, mais le vent était rapide et Tentraina. L'ancre ne mordait pas et la nacelle glissait à plat sur les champs ; les corps de mes malheureux amis étaient cahotés çà et là, et je croyais à tout moment qu'ils allaient tomber de l'esquif. Cependant j'ai pu saisir la corde de soupape, et le ballon n'a pas tardé à se vider, puis à s'évenlrer contre un arbre. Il était quatre heures.
En mettant pied à terre, j'ai été pris d'une surexcitation fébrile, et je me suis affaissé en devenant livide. J'ai cru que j'allais rejoindre mes amis dans l'autre monde.
Cependant je me remis peu à peu. Je suis allé auprès de mes malheureux compagnons, qui étaient déjà froids et crispés. J'ai fait porter leur corps à Tabri dans une grange voisine. Les sanglots ni'étouffaient !
La descente du Zénith a eu lieu dans les plaines qui avoisinent Ciron (Indre), à 250 kilomètres de Paris à vol d'oiseau
Après avoir retracé l'histoire de l'ascension du Zéniths j'arrive aux deux points importants qui ont si vivement préoccupé l'attention du monde savant et du public.
Quelle est la hauteur maximum atteinte par le Zénith?
Quelle est la cause de la mort de Crocé-Spinelli et de Sivel?
La première question est aujourd'hui résolue par l'ouverture des tubes barométriques témoins, imaginés par H.'Janssen, et déjà employés par Sivel et Crocé-Spinelli lors de leur ascension à 7300 mètres (S2 mars 1874). .'
Un tube avait été cassé, quelques autres avaient éprouvé des accidents ou fonctionné mal, mais il y en a deux dont la marche a été régulière, et qui nous ont fourni des résultats concordants. Ils tendent à établir que la plus faible pression était de 264 à 262 millimètres, ce qui porte la hauteur maximum à 8540 et 8601 mètres (correction faite de la pression à la surface du sol). •
Comme au moment de mon anéantissement, à 8000 mètres, l'aiguille du baromètre passait rapidement sur le chiffre de la pression 28 (8002 mètres) et indiquait ainsi une ascension d'une assez grande vitesse, j'ai la persuasion que nous avons atteint cette altitude de 8600 mètres, dés la première ascension. Après la première descente, Crocé-Spinelli et trèscertainement Sivel vivaient encore; ils ont été frappés de mort quand le ballon a atteint une seconde fois les niveaux élevés qu*il venait de quitter, mais qu'il n'a pas dû dépasser, son poids et son volume ne lui permettant certainement pas de monter plus haut.
11 ne me semble pas douteux que la mort de ces infortunés est la conséquence de la dépression atmosphérique ; il est possible de supporter, pendant un temps de faible durée, l'action de cette dépression; il est diffi-
cile d'en subir l'efTet coup sur coup pendant près de deux heures pr<s<iuf consécutives. Noire séjour dans les hautes régions a été, en efiet. bien plus long que celui d'aucune ascension précédente à grande hautniT. J'ajouterai que l'air particulièrement sec n'a peut-être pas été sans nerrer une Tuiieste influence.
On se demandera â présent quelle est la cause de mon saint. Je dois b vie probablement â mon tempérament particulier, ossenlicllemeiit Ipiphatique, peut-être à mon évanouissement complet, sorte d'arrtt éa fowetiBPi respiratoires. J'étais à jeun au moment du d/'parl. cl je peoskab d'aU/il que cette circonstance m'était parlicutîëre, n\:m j'ai pu depuis It pmnr que si Sivel avait mangé, Crocé n'avait, commis moi , presque aaeiui alv ment dans l'estomac.
La dépression est considérable à l'altitude de ^fîOO métrés, pnitqw li colonne mercurielle du baromètre n'est plus que de 0'",30 ravin».
J'ai la persuasion que Crocè-Spinelli et Sivel viviiiient encore, nulpr leur séjour si prolongé dans les hautes régionti, s'ils avaient pu rofint l'oxygène. Ils auront, comme moi, subitemrnt perdu la facallé it m mouvoir. Les tubes abducteurs de l'air vital auront r-cliappè de ln,r> mains paralysées! Mais ces nobles victimes ont ouvert i l'h scientifique de nouveaux horizons; ces soldats de la science, «■ ■ ont montré du doigt les périls de la route, afin que l'on sicha lyrt* m les prévoir el les éviter.
M. G. Tissandier a essayé de représenter, par le dtagraaiiBr ci-contre (fig. 87), la marche du ballon, qui a, comme on k voit, décrit dans l'espace une sorte de M gigantesque <]<■ 8600 mètres de hauteur.. La partie ponctuée de U'conr^ représente la deuxième phase de l'ascension : il c$l prolutblr qu'elle ne s'éloigne pas beaucoup du tracé véritable. Cfsi pendant cette partie du voyage que (jucé-Spinelli et SM ont perdu la vie, au milieu de ces déserts glacés des haai» régions atmosphériques I *
Je crois utile de reproduire encore quelques eztraiU iTniif note rédigée par M. Litnousin', pharmacien distingué, qui avait été chargé de fournir l'oxygène nécessaire au gonfla ment des ballonnets :
Afin d'obvier à la rupture probable de la bandniclie par suite de b dilatation du gai k une grande altitude, 100 litres seulement du mêlai^ (ox\g. t)j ; air 35) furent introduits dans chaque ballonnet dont la capacité éuil environ de âOO litres.
DIHINIITIO» DE PRESSION. lUSO
Pour neutraliser autant que possible la détestable odeur que la baudruclic graissée communiquait au métange gazeui, j'installai pour cliaque voyageur de très-petits flacons laveurs munis d'un tube recourbé garni de caoutchouc qui permettait de les tenir à la bouche à la manière d'une pipe, laissant les mains libres de façon à pouvoir noter les observations
sur un carnet. De cette façon, le gai, traversant de l'eau aromatisée avec du benjoin, arrivait frais et parfumé dans les poumons
Mal lieu reu sèment toutes ces précautions furent, sinon inutiles, au moins d'un bien mince recours. Par suite de la rapidité de leur cnarche ascensionnelle et de la soudaineté de l'évanouissement des aérotiaules, tes in-
ir« Fins tinsn. iecik r câKii»^^.
bablîtins ne forent ^tn* bit» an mofiwat m dis ilWfM le ftat vÈsp«B-ablef.
M. Gs'tMi Tiuukdttr, qoi an dêtwl en atah ipcwnê ^ haai c&9^ k pot, â un momcn:, trooier mmz d «nerzie ;*>cr «li;«er la hbb à pKke do lati« d'upiratka. k hm ntoor, il m'unnn qselws de l> demMe dî l'aéroftlal. ']Di nit Iîmi, conune on uil. i Oroo, près ^ Baao dan l'Indre. In baltooneU cUient alUcb» Mt-denaM de h ■ ~ encore la pi» fnaàe partie de r«iy|ëne fn'OB y
Ainai dow. on le «oit, le lenl ■otcb
catastrophe qui a tenniDé cette ascension n'a pu être mis en fleom....
Chargé par la Société de nangation aérienne d'assister l'arliste qoi doit eiéculer les bustes des deui mallieureux aéronantes, noas avons fait ouvrir les cercueils, à leur arrivée k la gare d'Orléans, le difnanche 18 avril, â onze heures r|uarante-cinq du suir, et j'ai été frappé de l'étal de coBsen'alion des traits et de la physionomie.
J'aurais presque pu me dispenser de recourir aux agents de désinreC' tion dont je m'étais muni pour facililer le moulage des visages. . . .
Sivel avait conservé son mâle el énergique visage; il ne présentait m net ni ù la bouche aucune trace d'hémorrbagie; la (ace I^èr méfiée n'était pas cyanosée.
0[yiNUT[ON DE PAESSION. 1071
Crocé-Spinelli avait les narines et la bouche remplies de sang que nous dames enlever pr des lavages réitérés. Il portait au front, au nez et & la joue droite dea plaques noirâlres produites par les ecchymoses résultant des meurtrissures déterminées par les oscillations de la nacelle. Néanmoins, malgré le sang qui les recouvrait, les lèvres n'avaient pas celte teinte bleuâtre caraclèrislique de Tasphyiie et le cAtè gauclie de la face avait presque conservé sa coloration normale.
La calastrophe du Zénith a profondément ému notre pays;
chacun se souvient des funérailles solennelles faites aux victimes, des manifestations des corps politiques et savants, de la souEicription ouverte en faveur des familles de Grocé et de Sivel, souscription qui produisit près de 100 000 francs. Le 25 mai, dans un grand meeting où pour la dernière fois H. le pasteur Athanase Coquerel fils fit entendre sa voix éloquente, j'ai pu dire' en toute vérité :
Un mois et demi déjà s'est écoulé depuis la catastrophe du Zenith, et
> LM^ronoufa, juillet 1875.
dans notre pays, qu'on accuse injustemeul de légèreté et d*oubliy rémotion qu'elle a suscitée n'ist point encore calmée.
Il y a là un fait remarquable et sur lequel il est utile d'insister. Chaque jour, les feuilles publiques nous apportent le récit de désastres terribles, inondations, explosions, incendies, naufrages, qui coûtent la vie à des dizaines, à des centaines d'ho;nmes : il semble que notre sensibilité s*y doive émousser, et que la perte de deux hommes doive à peine Tatteindre. Que dis-je? Notre pays, notre héroïque et malheureux pays, sort à peine d*une période de douleurs et de sacrifices, dans laquelle il a dû pleurer non-seulement ceux qui sont morts pour sa défense, mais ceux qui, vivants encore, lui sont à cette heure arrachés ; et cependant on apprend I la mort de deux hommes, de deux hommes seulement, et voici que U
France entière Iressaille et s*émeul.
C*est que tout, dans cette double mort, est étrange et sublime. Certes, Sivel et Crocé-Spinelli ne sont pas les premiers aéronautes dont la science ait à déplorer la perte; leurs noms sont les derniers d*une liste en tète de laquelle brillent les noms dé deux autres savants, Pilâtre du Rozier et Romain, qui se brisèrent en 1785 sur la plage de Boulogne. Mais la mort qui avait frappé ces deux aéronautes étaif une mort connue, prévue, vulgaire en quelque sorte; une mort à laquelle chacun avait pensé, que / chacun avait redoutée, depuis le jour oq parut dans les airs la machine
, de Montgolfier : c*était la chute. Ils étaient morts en tombant. Mais ici^
A pour la première fois, on voyait deux hommes mourir au sein même des
^ airs, et mourir en moulant. Ils sentent venir la mort, une mort inconnue
jusqu*alors; leur poitrine oppressée les avertit du danger; ils se consultent : Faut-il redescendre? Ah ! la consultation ne fut pas longue. Nous avons du lest, nous pouvons là-haui^ faire encore des observations utiles; excelsior, plus haut! Et puis, Ton dit qu*un Anglais a pu vivre et observer par delà 8000 mètres : il faut que le pavillon que nous portons aille flotter plus haut encore. Ils bondissent, et la mort les saisit, sans efforts sans souffrances, comme une proie à elle dévolue dans ces régions glacées où règne un éternel silence. Oui, nos malheureux amis ont eu cel . étrange privilège, ce funeste honneur, de mourir les premiirs dans ce que nous appelons les cieux.
Et, par une douloureuse dérision du sort, ils sont morts à l'heure où la science leur fournissait les moyens de triompher du péril auquel ils allaient succomber.
C*étail un but scientifique de grande portée théorique*, d*inimenses conséquences pratiques, que poursuivaient nos deux amis. Déterminer la direction, la force, l'épaisseur des couches aériennes en mouvement; mesurer les variations de la température, de Télectricité, de Thumidité, de la composition chimique de Tair, à diverses hauteurs; aller analyser let
* Ce passaj^e est une réponse à l'assertion de M. Faye, que les ascensions audessus de 70U0" ne présentaient point d'utilité pour la science. (Comptes rwtdtis deVAcad. des êcienceSf t. L\XX, p. 1057, 1875.
éléments constitutifs des astres, en se plaçant au-dessus de réspècc d*écran que forment les couches inférieures de Tatmosphére : tels étaient les principaux problèmes qu'ils s'étaient posés. On a nié l'utilité des ascensions à grande hauteur : c'était nier l'évidence. Tout amène à croire que le ballon pourra, par sa force ascensionnelle, porter l'observateur jusqu'aux limites extrêmes où flottent les nuages les plus élevés. Or, quelle source de prospérité pour l'humanité pourrait être comparée à la prévision certaine du temps? Comment pourrait-on espérer y arriver, sans connaître à fond celte région où se forment la pluie, la neige, la grêle, où s'engendrent les vents et les orages? Et comment connaître celle-ci sans Tascension h grande hauteur, qui permet d'atteindre ses confins et de faire, si j*ose ainsi parler, Tanatomie de l'atmosphère?
Je devais ces explications à la Société de navigation aérienne; je les devais à la mémoire de nos malheureux amis. Au reste, personne ne s'y est trompé. Chacun a compris qu'il s'agissait d'hommes de science, morts en faisant d'utiles recherches de science, et c'est là la seconde raison qui explique l'émotion suscitée par leur mort.
Il en est une troisième encore, plus saisissante, plus poignante peutêtre. Transportons-nous par la pensée cinq années en arrière, pendant l'hiver terrible. Paris est enfermé dans un cercle de fer ; toutes communications sont coupées; sur terre, d'infranchissables obstacles; des filets barrent le fleuve. Mais Tair nous reste, cette voie nouvelle ouverte par un Français, MontgoIQer, sur laquelle s'est le premier aventuré un Français, PilAtre du Rozier; des hommes intrépides, — M. G. Tissandier en était, — s'élancent dans les aii*s, bravant mille périls, sans parler des balles ennemies, répandant en province les nouvelles qui adoucissaient les angoisses de la séparation, emportant avec eux le sentiment énergique, l'indomptable résolution de la grande ville de faire jusqu'au bout son devoir. Aussi, j'ose le dire, et qui me démentira? lorsque se répandit le bruit que deux hommes étaient morts en ballon, Paris se reporta à ces heures de douleurs et d'espérances, la France tressaillit, et tous les cœurs battirent, comme ils battaient lorsqu'on nous disait qu'un ballon avait pris terre, qu'on avait vu un ballon dans les airs.
Ainsi cette double mort, qui apparaissait comme empreinte d'une étrange et lugubre poésie, comme éclairée par l'auréole de la science, éveillait encore les souvenirs du patriotisme le plus pur. N'en est-ce pas assez pour expliquer qu'elle ait excité dans la France entière un sentiment si vif, si universel, si durable?
L'émotion des hommes de science se manifesta spécialement, d'un côté par des notes et mémoires tendant à expliquer la mort des deux aéronautes, de Tautre par des inventions destinées à éviter désormais de si terribles catastrophes. Je suis obligé de déclarer que rien de ce qui a été dit ou imaginé à ce propos ne mérite d'être reproduit
i074 FAltS RÉCENTS, ÎIÉSUMÉ ET CONCLUSIONS.
ici. Au point de vue théorique, ce ne sont que des rééditions des vieilles idées, déjà condamnées, dont nous avoibreproduit dans notre historique la bizarre série; on y ai ajouté gratuitement, pour le cas particulier, rinterventioDr toxique du gaz d'éclairage s'échappant à flots du ballon tropl rapidement dilate et venant empoisonner les aéronautes. Les! inventions protectrices valent ce que valent les théories quil ont inspiré leurs auteurs. La plupart parlent de scaphandres, de cages vitrées, de nacelles closes, avec air confiné ou comprimé, atmosphères artificielles, sources d'oxygène, etc.: mais rien de ce qui a été ainsi sérieusement proposé ne Taol la charmante mystification du Voyage à la lune^ et M. Jule Verne me pardonnera de ne pas le discuter ici.
Le docteur Stoliczka, géologue fort connu par d'importaoL^ travaux sur les montagnes de l'Inde, avait, en 1864, Inversé nombre de passes au-dessus de 5000 mètres dans l'Himalaya; il y avait fait « une horrible expérience* » des fatigues et du mal des montagnes, et n'était revenu qiK lentement à la santé. En juin 1874, il repartit avec uw mission anglaise commandée par le lieutenant-colooel Gordon, et mourut subitement le 19 juin, à Tàge de 34 ans, trois jours après avoir traversé le Karakorum. Les détaik donnés sur sa mort par les lettres du lieutenant-colonel Gordon et du capitaine Trulter * semblent bien indiquer que Tinfluence fatale de Tair raréfié a joué un rôle important dans la mort du malheureux géologue.
Je reproduis ici la lettre du capitaine Trutter, la plibl intéressante et la plus complète :
Le IG juin, le jour où nous traversâmes le Karakorum, il se plaignit d'une douleur à la partie postérieure de la tète ; comme d'ailleurs il sov^ frait toujours plus ou moins de douleurs de tète, tant qu*il restait sorls^ grandes hauteurs, je pensai que son mal n'avait pas d'autre significatioa; le mal continua le 17, jour où nous traversâmes les déserts de Dipsang. ) dont le niveau est encore très-élevé. Hier 18, il partit de bonne heurf '
* Obiluary. — Tlic geological Magazine, 1874, p. 585.
* Nachrichten tiber die Iclzten Tage der ver$torhenen D, F. Stoliczka, Vfrh§n^
âer K, K. geologischen Reichsamlalt, 1874, p. 270-285.
DtltlNUTION DE PRESSION. 1075i
>our aller chercher quelques roches à Bruchsé, et à moitié chemin il se reocontra avec nous au déjeuner. Il paraissait trés-rfatigué, et se plaignait le la tête. Lorsque vers midi nous fûmes arrivés ici, il se jeta sur m lit, et commença bientôt à respirer difficilement, à tousser beaucoup, et il vomit. La tête et les mains étaient trés-chaudes et le pouls battait rite et fort. Il se plaignait beaucoup de douleurs dans le cou et Tocciput. Sar mon conseil, il mit deux emplâtres de moutarde Tun sur le cou, rautre sur la poitrine, sans en ressentir grand soulagement. Le soir, la toux devint très-rude et le médecin indigène prépara une mixture pour calmer l'irritation qui causait la toux ; celle-ci n*en continua pas moins pendant toute la nuit. Au matin, elle disparut; mais le malade, très-affaibli, semblait à peine avoir conscience de lui-même. Depuis la veille au soir il n'avait rien dit, et ne répondait que par quelques syllabes aux questions qu'on lui adressait, sans paraître bien comprendre ce qu'on lui disait. Ce matin, je lui demandai deux fois s*il éprouvait des douleurs, à q[ooi il répondit : non.
Le médecin indigène parut croire qu'il était atteint de bronchite aiguë et de pneumonie. Mais d'après ce que le capitaine Biddulph et moi avions m de sa maladie qui l'avait frappé au mois d'octobre dernier, à Kizillilga, sur la route de Kashgar, et dont nous reconnûmes les symptômes, il fut clair pour nous que le mal était le même que la première fois, c*estiMlire une méningite spinale. Sur le conseil du docteur, on lui appliqua an emplâtre sur le côté droit. 11 resta jusqu'à midi dans un état de demiinconscience, et prit à plusieurs reprises du bouillon de poulet et de Teau-de-rie dans sa potion.
Il ne parut être ni mieux ni plus mal ; il faisait habituellement 50 respirations à la minute, irrégulières, et souvent alternativement profondes et diflîciles, ou brèves et faciles. La respiration était accompagnée de bruits sonores, qui ressemblaient au bruit du bord de la mer ou au crépitement d'une fusillade lointaine. Plus tard, au matin, il me sembla que le bruit était devenu plus rude. Pourtant la respiration devint un peu plus facile, ei il fit vers 1^ 1/2 signe qu'il désirait se placer dans sa chaise. On l'y porta et je lui donnai un peu de porto, mais il semblait si défait et si anéanti, que j'appelai Biddulph qui, trouvant le malade fort mal, alla prévenir le colonel. Reporté dans son lit, il chercha aussitôt à s'asseoir ; je le tirai en arrière pour le soutenir, pendant qu'arrivait le colonel ; le bruit de râle cessa — mais il respirait encore profondément, ses mouvements respiratoires devinrent de plus en plus lents, comme son pouls ; &iûn il rendit le dernier soupir, mourant si tranquillement qu'il fut impossible de fixer d'une manière précise le moment où il s'est endormi. Il n'eut aucune agonie, mourut apparemment sans douleur, et après sa mort une expression de repos et de paix resta sur son visage.
Depuis le moment où il vint ici jusqu*à celui où il mourait, il dit à peine un mot, et toute conversation devint impossible ; cependant, lorsqu'il me regardait, je croyais pouvoir comprendre sur son visage qu'il avait connaissance de sa position critique.
U m^avait dit quelques semaines auparavant qu'une deuxième alUqc de méningite amènerait une mort certaine, puisqu'il est rare qu'on «v-. vive à une première attaque.... Je ne puis m*empécher de croire quels hauteuis étaient pour beaucoup dans l'aggravation des symptômes: iavait été exposé au même froid dans l'expédition du Pamir, et cependul la hauteur étant moindre, il n'avait pas souffert.
Je pense que le capitaine TruUer a raison. Je ne crois pfc[ que le docteur Sloliczka ait succombé à la seule influence dr Tair raréfié; il a probablement, sous l'influence d'un froii intense, été atteint d'une méningite spinale compliquée (k broncho-pneumonie; mais la prostration immédiate, la mort on deux jours doivent être attribuées à une complicatioi inconnue aux niveaux ordinaires. Je n'hésite pas à croirf qu'une diminution dans l'étendue ou l'intégrité de la surfa« hématosante qui n'eût amené sur les bords de la mer que de troubles légers, a dii entraîner la mort par asphyxie dis? des régions où l'absorption d'oxygène était réduite déjààsoi minimum. Nous aurons à revenir sur ces faits dans le sott chapitre suivant.
Un analomiste de grand mérite, qui vient de publier tu travail considérable sur l'appareil respiratoire des oiseau: a essayé, parmi des considérations fort intéressantes suri jeu de cet appareil, d'expliquer la singulière immunité dd jouissent, par rapport aux effets de l'air raréfié, les oiseac de haut vol. Aux yeux de M. Campana *, tout s'explique part suractivité imprimée par les actes musculaires du volafl phénomènes respiratoires; aussi, dit-il, faisant allusion a expériences dans lesquelles j'ai vu des crécerelles (p. 15 ne pas résister à la décompression notablement plus quel autres oiseaux :
J'admettrais sans peine que ces mêmes condors, ou, mieux encoi«,'^| condors pris dans une ménagerie, pourraient bien subir tous ces d^ fonctionnels, si, au lieu de s'élever librement en volant^ ils partidpiK^I d'une manière passive, à Tascension d'un aérostat, retenus captifs et
' Recherches tfanniomie, de phymlogie el d'organogénie pour la déUrminéi^\
des lois de In genèse et de V évolution des espèces animales, i" mémoire. P^
logie de la respiration chez les oiseaux. •— Paris, 1875.
mobiles dans une cage, au fond de la nacelle. A plus [forte raison^ si on les déprimait en vases clos. (P. 336.)
Cette sunrie sans malaises à des hauteurs qui, pour les condors, atteint 7000", tient, selon M. Campana, à deux causes ; examinons-les avec le soin que mérite son important travail.
Ces deux causes sont exprimées dans la formule suivante :
Chez les mammifères, le mal des montagnes^ le mal des aéronaules^ s*expllque par l'impossibilité d'une amplification thoracique régulièrement continue et suffisante, due à l'impuissance des muscles qui meuvent le thorax; et aussi par l'exposition immédiate d*un parenchyme pulmonaire rétractile à une pression atmosphérique extérieure, notablement afTaiblie, Bipar l'annulation de la fonction compensatrice de la glotte. (P. 341.)
D'abord, selon M. Campana, les mouvements des ailes auraient pour conséquence une mise en jeu de la partie des sacs aériens (prolongements brachiaux du réceptacle antérieur-supérieur) située entre les muscles moteurs du bras, sacs qui restent immobiles en dehors du vol; ils se dilateraient lors de l'élévation de l'aile (c'est-à-dire, d'après les observations de M. Marey, au moment de l'inspiration trachéale), et se videraient d'air lors de son abaissement. Il en résulterait une circulation aérienne notablement plus rapide à travers les poumons, une ventilation plus parfaite, qui aurait pour conséquence que :
Dans les mêmes conditions où le mal des montagnes se manifeste chez les mammifères, les oiseaux au vol échappent aux deux causes d'anoxyhémie qui frappent les mammifères, sinon absolument et indéfiniment, du moins à un degré extrêmement supérieur. (P. 3il.)
Je considère comme parfaitement exactes les observations de M. Campana relativement au développement des cellules aériennes alaires pendant l'acte du vol. Mais je crois qu'il a extrêmement exagéré l'importance de cette constatation; d'abord le surcroît de volume acquis de la sorte est en somme peu considérable, eu égard à celui des autres réservoirs gazeux qui agissent en même temps, c'est-à-dire aux sacs extra-thoraciqucs. En second lieu, si je voyais ces adjuvants de l'acte respiratoire ne se développer que pen-
<; «'iiî leuTr^nt ilcts ïc^êsieLier ïii»* «ff'tifiiiHî' ittitifié : nuis . iLp?iî<eiîi ^z^j^auriit il lc4.:iis ^ lk&-cSasDrç^ f^tErra que Vùl». T-iàr^i <e; sa }x: ^-tx^ lôes cti^'t ça'^ nifc&firt li^n i prodiL^ 1-e ^garircsi: àe<:r«s s-êiKssiir'es j^mf it travail ^us l'air -
-çv^zï: r«>-is tas ch-'SIlse*^.: :Û5 :4:cr!ri>?au y ajiMxtef . Là «xi -
tîbtivD et fàr s^:ê- HÎ'^>xyx'^ai^>A «m iL^imut pas ^ if; lS:<iriii ims k*^ iii.> ziiTf^m. Falf!f^ m a^iineasitt ■éme i
ptixir roxyz^O!^ qxsi. ayan: dlmiiLixê itik Li haatevr. est ftitu*^ l^ Trrlûdbif^ p*^rîl. Li ptff&ictîoa lie la irentOatùa iptrnt ]*>aer »pi'an rj[«» trè<-re§treÊftt. ptscsqn'elk^ ne vi •'uVlerer Li •luintftr iToxyi^èap? ciXLtenae iiuis Ee àuiîir''^ ml rQ oinraLitîoa i ee i^e oe s3b$ serut capable «Tahaicr s*U -^tait coareiLibleait^fit satané CattXe ao^pneabitiim ï^' pijiut à •iêiiji;£iier chez les Tnammif^res^ et aous mastiîr^ sur ce p«.>Lnt «Luis le soui^^hapïtre suî^aat. Kiis prêciséiDa oa doit û peLae en parler chez les otS4*aiix« poiisqae. «fior* les r»?t:hen:hes récentes «le îl. J^jhet % leur san^ artèm ^ touj«>urç i pea pnês siturê iroiysêne: c^est lù^ pour le t'' en pa^siat, un fait du plus haut întêrêU puisipill monîr tjue chez les «.«îseaiLi* ju roatraire des manunileirs. ■• CDudîtious du brasseoieat aêro-sin^fuiii soat parfiûtes daI^ Tappareil respiratoire.
La seconde rais<3n La«li«|uée par M. Campana pour exS'quer la résistance des oiseaox hauturiers^ c^est
(jirils possèdent le moyen île soustriire le parenchyme [iiitiiiiiMir ii]H{ii'j un certain pointiez récepCac les moyens enx-mêoii» j cette jba^i»] •iéiefiiiani:»* lie la presiHoa baniniéCriqne 4|ue les ooumots des uamamSa^ :Hibiaâent furcément pendant l'in&piratioa. iP. Mïî. i
En d'autres termes, pendant Tinspiratioa coinine pemiufli
* Contribution a Vtitude le la pk^mÙHfit' • ftmparée dm «nHr *in \^iitè*^A mftt^ ~ Campée» nmhu >1m la Sovièîe >U btolâqtê, L VW'K p. iTH. 1.H7k
DIMINUTION DE PHESSION. 1070
l'expiration, les poumons, par suite de l'injection énergique exécutée alternativement par les réceptacles extra et intrathoraciques, « sont gorgés d'air sous une pression supérieure à celle de l'air extérieur. » (P. 543.)
Ainsi, Tappareil respiratoire est soustrait jusqu'à un certain point à la dépression barométrique, ce qui rend possible l*ascension dans les hautes régions de l'atmosphère, et a fortiori le vol plané au sein d'un air glacial et asphyxijnt. (P. 546.)
Je ne veux ni rapporter ni discuter les détails du mécanisme très-compliqué par lequel M. Campana explique cette compression de l'air dans l'intérieur des poumons;, il se réduit en définitive à une injection d'air trop considérable pour la section des ouvertures de débit, dans les mailles du parenchyme pulmonaire. Mais je ne puis admettre qu'on attribue à ce léger excès de pression un rôle sérieux au point de vue qui nous occupe, et qu'on le considère comme pouvant contre-balancer l'énorme dépression à laquelle va s'exposer l'oiseau ; c'est par millimètres de mercure que se peuvent compter ces modifications intra-pulmonaires, et c'est par dizaines de centimètres que se mesure la dépression extérieure.
A mes yeux, la question reste entière et Timmunité des condors et des vautours demeure inexpliquée pour moi. Quand même l'étude de l'influence de la dépression, en vases clos, nous montrerait un de ces oiseaux résistant beaucoup plus que ne Ta fait notre crécerelle, nous serions débarrassés d'une espèce de contradiction, mais nous n'aurions pas encore d'explication. Je reviendrai sur ces faits en parlant dans le prochain sous-chapitre des habitants des hauts lieux, gui semblent présenter une immunité analogue, ainsi que les yacks de l'Himalaya et les lamas des Andes.
Je terminerai cette revue des travaux publiés depuis la publication des principaux résultats obtenus dans mes recherches par une.brève analyse du nouveau livre de M. Jourdanet\ Cette œuvre considérable, dont j'ai annoncé l'apparition et citéquelques passages dans la première partie du présent ouvrage
* Influence de la pression de Vair sur la vie de l'homme, *i vol. Paris, 1K75.
(p. 317, 319), est divisée en cinq parties. Dans la premier^ (t. I, p. 5-84), intitulée « Études barométriques préliminaires », je signalerai seulement ici, et sans pouvoir m'yamter, le curieux chapitre sur les modifications de la pression barométrique dans les âges géologiques, et leur influence sur les êtres vivants. La seconde (p. 85-367), « Climats des altitudes », contient, en outre d'une description magistrale des régions élevées et habitées du globe, et d'une importante r statistique du Mexique, un résumé de mes propres expérien-j ces, et l'étude de l'influence qu'exerce la décompression sur les voyageurs (mal des montagnes) et sur les habitants des hauts lieux. Dans la troisième partie (t. II, p. 3-154), « Constitution pathologique des altitudes », est développée et appuyée par des observations médicales du plus haut intérêt, la remarquable découverte faite par M. Jourdanet, de Viufluence déprimante des grandes hauteurs, de l'état anémique {anoxyhémique) des habitants des hauts lieux lorsqu'ils sont atteints de quelque maladie. La quatrième partie (p. loo-SOli traite des « Climats de montagne ». M. Jourdanet explique dans les termes suivants la valeur qu'il attribue à ce mol, opposé à celui de climat des altitudes :
J*appelle climats d'altitude ceux qu'une élévation suffisante, combina avec la distance à t*Ëquateur, caractérise par les signes certains d*un^ altération respiratoire, comme conséquence de la diminution de densité de l'air ambiant.
Au-dessous de cette limite physiologique, la dépression barométrique n'agissant pas dans un sens nuisible par elle-même, et pouvant au contraire produire des résultats heureux sur la santé, je désigne par la dénomination de climats de montagne les conditions qui se rattachent à des hauteurs modérées et aux basses ondulations du sol des pays montueui. {Préface, p. 2.)
On trouvera dans cette quatrième partie des faits et particulièrement des statistiques qui sont de nature à faire faire de sceptiques réflexions sur Vair vivifiant et raction fortifiante de la montagne. Enfin, dans la cinquième partie (p. 205-292), sous le titre de « Transitions barométriques naturelles et artificielles d, le séjour momentané sur les lieux
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montagneux est opposé avec un grand art à l'effet d'une habitation prolongée; de fort curieuses observations s'y trouvent en outre relatées, sur l'emploi thérapeutique de Tair raréfié. On voit que la seconde partie seule de cet important ouvrage se développe sur le terrain même où nous nous sommes cantonné. Or, j*ai donné dans le présent livre (voy. p. 266 à 291, et 317, 419), en analysant les travaux antérieurs de M. Jourdanet, la place qu'elles méritent à ses remarquables observations; je ne pourrais, sans tomber dans des redites, y revenir ici. Quant aux considérations hygiéniques et médicales auxquelles mon savant confrère a su donner tant d'ampleur et d'intérêt, je ne puis que renvoyer le lecteur à ce livre, qui renferme tant d'observations curieuses, d'aperçus nouveaux, tant de preuves d'une érudition profonde, tenace, si l'on peut ainsi dire, et guidée par une idée théorique, heureuse, féconde. Il admirera l'étendue des conséquences générales relatives à la constitution des races humaines, à l'histoire des civilisations, à la politique philosophique, que M. Jourdanet a su tirer de cette première observation, que, pendant une opération chirurgicale faite à Mexico, le sang qui s'échappait des artères ne présentait pas la rutilance habituelle (t. I, p. 171). Mais je ne puis ici insister davantage. ^
SOUS-CHAPITRE II