OBSERVATIONS, THÉORIES ET CRITIQUES RÉGENTES
Les résultats principaux des expériences rapportées dans la deuxième partie du^présent ouvrage, et la théorie qui s'en déduit relativement à Tinfluence des hauts lieux, sontsoumis au jugement du public depuis plusieurs années \ L'idée que les
* Voici h liste de mes notes sur ce sujet, avec les dates de leurs publications : A. — Recherches expérimentales sur V influence que les changements dans la
pression barométrique exercent sur les phénomènes de la vie, — Comptes rendus
de V Académie des sciences,
i" KOTE. — Mort dans Vair confiné ; diminution dépression. (Séance du 17 juillet 1871.) 2» NOTE. — Mort dans Vair confiné ; augmentation dépression. (Séance du 21 août 1871.) 3* NOTE. — Mort par V acide carbonique; action toxique de Voxygtne. (Séance du 26 février 1872.) 4* !(OTE. — Les modifications dans la pression barométrique n* agissent qu*en modifiant
la tension de Voxygène. (Séance du 1»' juillet 1872.) 5« NOTE. ^ Us gaz du sang sous diminution de pression. (Séance du 8 juillet 1872.) 6* ROTB. — La décompression brusque. (Séance du 19 août 1872.) V BOTF. — 1.es gaz du sang sous augmentation de pression. (Séance du 26 août 1872.) 8» ROTE. — L empoisonnement par Foxygène : dose, symptôtnes; analyse physiologique,
(Séance du 17 février 1873.) 9* HOTE. — ÏM décompression brusque : analyse^ prophylaxie. (Séance du 3 mars 1873.) 10» ROTE. — Action toxique de Vacide carbonique. (Séance du 19 mai 1873.) W* HOTE. — Action des variations dépression sur la végétation. (Séance du 16 juin 1873.) 12* NOTE. — Action toxique de Voxygène : ralentissement des oxydations» (Séance du
25 août 1873.) 13* ROTE. — Expérieiwes personnelles sur la dépression. (Séance du 30 mars 1874.)
B. — Delà quantité d'oxygène que] peut absorber le sang aux diverses preê-sions barométriques. — Comptes rendus de la séance du 22 mars 1875.
C. — Influence de Vair comprimé sur les fermentations. — Comptes rendus de la séance du 28 juin 1875.
D. ^ De V emploi de Voxygène à haute tension comme procédé (Tinveêtigation physiologique. — Comptes rendus de la séance du 21 mai 1877^
accidents amenés par le séjour dans l'air raréfié, et spécialement que le mal des montagnes ont pour cause unique la diminution dans la tension de l'oxygène aérien, et ne sont en définitive qu'une forme de l'asphyxie, a soulevé bien des polémiques, le plus souvent fort peu instructives, et qu'il serait peu intéressant de reproduire ici.
Parmi ceux qui ont cru devoir combattre mes conclusions, les uns paraissent ne pas en avoir une connaissance exacte et surtout n'avoir pas lu les expériences sur lesquelles elles s'appuient; c'est ainsi que M. Bouchut* écrit les lignes suivantes, en 1875 :
On peut discuter pour savoir si c'est bien la diminiitioa de Foxygène du sang qui est la cause du mal de montagne, ou plutôt une carbonkémit due à l*accumulalion de l'acide carbonique dans le sang, qui stupéfie les organes et en dérange les fonctions: mais cela ne change rien au fait en lui-môme, qui est incontestable. A mon point de vue, et d'après mes expériences, les phénomènes nerveux de l'asphyxie sont tous dus à raction stupéfiante de l'acide carbonique retenu dans le sang. J'ai démontré, en effet, que tous les animaux qui périssent asphyxiés par défaut d'oxygène ont préalablement une anesthésie plus ou moins prononcée, et je suis surpris que les aéronautes n'aient pas indiqué le fait alors qu'il est si facile de le constater sur un mammifère mis sous le récipient d'une machine pneumatique.
J'ai lu bien des articles curieux sous ce rapport. Je n'en citerai qu'un cependant, parce qu'il a eu les honneurs de l'insertion au Journal officiel % et parce qu'il peut servir de modèle en cet art si commun, de masquer son ignorance derrière un langage aux allures scientifiques et pompeuses :
Pour avoir une explication satisfaisante du mal des montagnes, il faut arriver aux connaissances modernes sur la physiologie et la physique humaines. On a cru d'abord trouver la cause de ces phénomènes dans U raréfaction croissante de l'air à mesure qu*on s'élève.
La diminution de densité des couches atmosphériques produit bien, il est vrai, une accélération du pouls et de la respiration; mais ces symptômes restent isolés et passent souvent inaperçus chez les aéronautes à des hauteurs de beaucoup supérieures à celles où se produit le mcUda montagnes, La raréfaction de l'air est compensée par l'augmentation de
« Journal officiel du 22 mai 1875, p. 3624. « Journal oflicUl du 14 juin 1876, p. 4165.
fréquence et d*amplitude des respirations. De plus, Toxygène, dans ce cas, s*il est moins abondant, parait mieux se fixer et se dissoudre dans le sang, ce qui diminue d'autant les inconvénients de sa rareté.
Quoi qu'il en soit, l'ascension dans les régions supérieures de l'air, si elle a une certaine influence, ne la possède qu'à titre auxiliaire, et comme pour rendre plus sensible et plus prompte celle du travail exagéré que nécessite la marche; car c'est là, c'est dans l'accroissement du travail mécanique qu'il faut chercher la vraie raison du mal des montagnes.
En effet, l'homme au repos, pour entretenir la chaleur animale et la vie, consomme une quantité déterminée de chaleur, dont l'hydrogène et le carbone font les frais. D'après les théories modernes, tout travail mé*canique est le résultat ou la transformation d'une quantité équivalente de calorique fourni par les combustions intimes.
Ce calorique, transformé en travail, n'augmente pas la température du corps; mais il ne peut se produire sans donner les résidus ordinaires qui sont, comme ou le sait, de l'acide carbonique et de la vapeur d'eau. L'exagération du travail à laquelle oblige la marche fatigante des ascen* sions use donc dans le sang les matériaux de la calorification et produit une quantité surabondante d'acide carbonique, dont l'économie se débarrasse par l'accroissement de la respiration. Encore cette décharge est-elle souvent insuffisante; d'où les phénomènes que nous avons décrits, lesquels sont d'autant plus marqués que Ton est dans des régions froides; d'où encore la rapidité avec laquelle ils cessent lorsque le voyageur se repose, et qu'il ne demande plus à l'acte respiratoire que la chaleur nécessaire à son entretien.
L'excès d'acide carbonique se dégage et tout rentre dans l'ordre.
Il en est qui ont protesté au nom des anciennes théories, et fait revivre les idées malheureusement classiques sur la diminution du poids supporté par le corps, les hémorrhagies par succion, la ventouse périphérique. J'ai raconté plus haut (V. p. 321) la singulière discussion soulevée à l'Académie de médecine, et J'opinion de M. Colin sur le rôle des gaz intestinaux dilatés.
M. le docteur Chabert \ dans une thèse récente, après avoir rapporté et adopté notre théorie, ne peut s'empêcher, non sans remords il est vrai, de sacrifier lui aussi aux anciens dieux, aux faux dieux :
L'accélération de la respiration et de la circulation a donc bien réellement pour cause principale le besoin plus pressant d'oxygène.... Mais
* Des accidenté qu'on observe dans les hautes ascensions aérostatiques, — Thèses de Paris, 1875.
i04ë FAITS RÉCENTS, RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS.
certaines causes secondaires viennent en outre favoriser cette accélération. Nous admettrons, entre autres, comme pouvant aider à ce résultat, la plus grande tension des liquides et des gaz du sang, augmentation de tension qu*on indique généralement comme devant se produire dans les hautes régions, et qui serait due à la diminution de la pression ambiante. Elle agirait en donnant au sang une fluidité plus grande, tandis que la diminution de la pression atmosphérique permettrait aux capillaires de se dilater, ajoute-t-on, et par suite de donner au sang un passage plus facile. Mais n*a-t-on pas quelque peu exagéré l'influence de cette dernière cause? Le froid toujours si intense des régions où l'air est raréfié ne doit-il pas largement contre-balancer cette action, déjà douteuse, sur la circulation périphérique? Le froid, en effet, produit une stase du sang dans les capillaires sur lesquels peut se manifester son influence, c'est-à-dire sur ceux méràes que pourrait influencer la diminution de pression. Or, cet effet du froid doit atténuer beaucoup l'action peut-être encore problématique, de la dépression atmosphérique dans ce cas; et à l'appui de notre opinion* nous voyons, en effet, dans les observations que nous avons rapportées, que cette circulation périphérique est loin d'être aussi activée qu'on veut bien le dire. M. Glaisher se plaint que ses mains bleuissent ; dans une autre ascension, il est obligé de verser de l'eau-devie sur celles de son compagnon Coxwell, qui sont devenues noires et insensibles, et nous voyons encore le même fait se produire d'autres fois. (P. 28.)
Ces vieilles hypothèses ne méritent plus de nous arrêter maintenant; un mot nous suffira tout à l'heure pour en résumer la réfutation définitive.
Mais nous sommes loin de traiter avec le même dédain l'intéressante théorie développée par M. Dufour. Nous avons vu, dans la partie historique de ce livre (p. 505)^ que ce savant avait, en 1874, mais sans connaître encore nos expériences, émis l'opinion que le mal des montagnes est dû à l'épuisement, par le fait des contractions niusculaires exagérées, des matériaux ternaires du sang et des tissus, matériaux nécessaires à la production de la chaleur et du travail. La réponse à cette théorie se présente d!elle-même, el nous l'avons exprimée en quelques mots (p. 354). La discussion qui eut lieu au sein de la Société médicale de la Suisse romande ayant fait connaître à M. Dufour les résultats de mes expériences, il modifia quelque peu sa manière de voir, et en arriva à considérer qu'il fimt distinguer le mal d'altitude d'avec le mal de fatigue, la combinaison de
DINIHUTION DE PRESSION. i(M7
ces deux facteurs engendrant le mal de montagne. Voici, du reste, ses propres paroles * :
A. Le mal d*altitude. — Le sang perd sa provision d*oxygène suivant les règles établies par H. Bert pour quelques animaux. Ainsi, si on peut appliquer à Tbomme les résultats obtenus chez les animaux, à 4200 mètres le sang aurait déjà perdu un cinquième de Toxygène qui doit y être contenu, à 6400 mètres presque la moitié, et ainsi de suite.
On comprend que cela constitue un état pathologique, lequel survient par le simple fait que Ton respire à une pression trop faible ou dans un air trop peu oxygéné.
Le mal d*altitude est le seul mal qu'éprouvent les aréonautes si nous ne faisons pas entrer en ligne de compte Tinfluence du froid.
B. Le mal de fatigue. — (Test la conséquence du travail musculaire. Si celui-ci est répété et violent, comme après Tascension rapide d'une longue rampe d'escaliers, le mal de fatigue sera une asphyxie par défaut d*ojLygéne et excès d'acide carbonique dans le sang. Si le travail musculaire est long et soutenu, sans réparation alimentaire, Torganisme souffrira par inanition.
L'asphyxie par travail musculaire ne se produira guère à la plaine, si le travail n'est pas trop rapide ; elle se produira facilement dans les hauteurs, d'après les résultats de H. Bert. Hais un travail prolongé, quel qu'il soit, finira toujours par produire des symptômes pathologiques. Ceux-ci doivent être très-diHiciles à déterminer exactement; il parait probable cependant que c'est au mal de fatigue que l'on doit la plupart de^ symptômes pathologiques observés en montagne.
Le mal de montagne serait alors une action combinée du mal d*altitudo et du mal de fatigue, ou plutôt un mal de fatigue venant plus rapidement, par le fait de l'altitude. Plus le mal de montagne se montre à un niveau bas, plus il dépend du facteur inanition sur lequel j'ai insisté, plus il sr montre à un niveau élevé, plus Tanoxyhémie de H. Bert joue un rôle important.
Le mal des montagnes nous apparaît ainsi comme un phénomène complexe dépendant de l'altitude, de la fatigue (celle-ci dépendant à son tour du travail, de l'alimentation) et des impressions morales que MH« Javell • et Forel (Bu//e^'n, mars et juin) ont démontrées par d'intéressants exemples (p. 263).
La conséquence de ceci, c'est :
Qu'il est impossible que H. Bert puisse étudier le mal des montagnes sous la cloche pneumatique. Pourquoi? Parce qu'il n'éprouve que l'iii fluence de la raréfaction, c'est-à-dire le mai d*altitude pur et simple* (p. 264).
* Encore un mot sur le mal des montagnes. — BulL de la Soc. méd. de la Suisuc romande, 1874, p. 261-264,
ioTs FAITS RÉCENTS, RÉSUMÉ ET CONCLUSIOIIS.
Nous n*avons rien à changer à notre réponse. La fatigue à laquelle sont soumis les ascensionnistes a-t-elle pour cause prochaine, comme le dit M. Dufour, l'usure des matériaux carbonés des muscles et du sang? C'est là une hypothèse vraisemblable, bien que non prouvée et certainement incomplète. On a beaucoup écrit et beaucoup expérimenté sur la fatigue musculaire et nerveuse, et la question est encore pleine d'obscurités. Mais enfin, il importe peu que cette fatigue consécutive à des excès de marche et à des efforts continus dlascension soit la suite d'excursions sur des collines de 5 à 600" d'altitude, ou dans des montagnes dépassant 4000". Or, les manifestations seront tout autres dans les deux cas; et le nom même du mal des montagnes est des plus caractéristiques. Il ne se montre qu'à un certain niveau, là où la désoxygénation du sang est arrivée à un degré suffisant, et nous verrons dans un moment à préciser ce mot. Si les aéronautes ne sont frappés que bien après les ascensionnistes, ce n'est point parce que leur réserve de matériaux ternaires est intacte, car il leur suffit de se livrer à quelques efforts pour être malades aussitôt, c'est parce que leurs muscles au repos ne demandent point au sang artériel appauvri une quantité d'oxygène qu'il serait incapable de leur fournir. Est-ce à dire que les diverses causes de fatigue ne jouent aucun rôle dans les conditions d'apparition du mal des montagnes? J'ai répondu déjà à cette question (V. p. 337) ; mais il est douteui qu'il s'agisse d'usure des matériaux ternaires, puisqu'une nuit sans sommeil, une indigestion, une indisposition quelconque ont les mêmes conséquences fâcheuses. L'homme fatigué présente les meilleures conditions pour le développement du mal des montagnes; mais celui-ci ne reconnaît pas la fatigue pour cause, puisque, si elle est seule, il n'apparaît jamais.
M. Forel, des travaux duquel il a été question dans notre première partie (V. p. 300), a complètement adopté mes idées dans son troisième Mémoire*. Je reproduis ici rintéressanl
* Expériences sur la température du corps humain dans Pacte de tascennon sur les montagnes. 3' série. — Genève et Bàle, 1874. (Extrait du Bull, de la Sac. méd. de la Suisse romande.)
récit d'une excursion faite par ce physicien dans une grotte dont l'air était fort pauvre en oxygène, récit qu'il faut rapprocher de celui de M. F. Leblanc (V. p. 745) et aussi, à cause d'une remarquable coïncidence de symptômes, de mon expérience CCLIV (V. p 750):
Je faisais, le 23 juin 1864, une course d'exploration dans la GroUe-des- Fées de St-Maurice, caverne très-profonde qui présente entre autres particularités une atmosphère très-pauvre en oxygène ; voici le résuUat d'une des analyses que M. le professeur BiscliofT a faites sur l'air recueilli à 1000 mètres de distance de rentrée de la caverne.
Azote 82,66
Oxygène 15,35*
Acide carbonique i ,99.
Si je calcule la tension de l'oxygène dans cet air, je vois qu'elle est de 14,7 centièmes d'atmosphère, la tension normale au bord de la mer étant de 20,9. Ce chiffre corespondaità la tension de l'air à une altitude de plus de 2000 mètres.
Après un séjour de plusieurs heures dans cette caverne, en étudiant mon état physiologique, j'ai constaté : accélération du pouls, accélération des mouvements respiratoires, et troubles intellectuels que je décrivais alors dans les termes suivants : Lorsque j'ai voulu compter mon pouls, j'ai été obligé d'y revenir à sept fois; je me trompais souvent, je passais des nombres, je comptais deux fois de suite la même dizaine ou je comptais une dizaine en commençant par la fin.
La similitude presque complète des symptômes de troubles intellectuels observés par M. Bert et par moi, à un si grand intervalle et dans des conditions extérieures si différentes, m'a semblé mériter d'être signalée. (P. 88.)
M. Forel voit, comme nous, la cause de la faiblesse des contractions musculaires pendant le mal des montagnes, dans l'épuisement de l'oxygène du muscle, et non dans la consommation des réserves carbonées de l'organisme, et il s'exprime à ce propos en termes excellents :
Nous pouvons reproduire la fatigue spéciale du mal des montagnes, en plaine, en montant, en courant rapidement une longue rampe trës-inclinée, une centaine de marches d'escalier ; par exemple l'Escalier-du-Mar-
* P. Moyle a rencontré dans une mine de cuivre du duché de Cornouailles, la mine de Garn-Bréa, une proportion plus faible encore d'oxygène (14,51). Deux honnm's y travaillaient; mais il ne dit rien des troubles physiologiques. — Ann» dephys. et de chimie, 3« série, t. III, p. 518-531, 1841.
M6é FlfT: IEIZ3TS. Mint nOHamiBS.
cké. » Lammmt, m'a «xn'at so^ p««r «Of apiaitmet. Eu aninmt ytt* ^ umawt, l'oo l'irréte «eonfBJ, iiieapable de [mk ■■ pas. es proie i des palpiUlMos nûtenles, »|)fanî^. «ntnlè. nns sntotf inc^ pabk d« f«îr« on p», de soalnv li jjmbe. C'a im&v da bmI des m— lJpK> dam toute u perfection. i!t. dam c# cas. le tnna oyfrê a'erf |iaa lrM-«oo>id<éTaLle ; il est loin if êpaîttr U RKne des ■tfâiaBx eeaibMtibl«! de l'orzanisiBe. Kaû m iranil *e bât trô-rapidemeBC; c'est es qselqses mimites qne ee dëploieBieiil de twccs s'eiéeMe : il êpvise la réserre d'oxygène, et alon mènw (|iie l'jir s'ot p» rarétté cs^ae 3 l'etf nr DU banle motiiapte, nous sommes afpfapiM. fF. 9i.i
Le mémoire anqDel dods Tenons de taire ces empnuU coih tient )es récils fort intéressants d'ascensions laites par M. Foret au Gomer-Graat (\e 4 juillet 1875; 5156"), et à la Sattel Toile, sur te mont Rose 'le 7 juillet IS73 ; 4500"). CboGe co> rieuse, mais qui n'étonnera pas trop nos lecteurs, notre Torageur souffrit bien éridemmenl du mal des montagnes dans ta première ascension, et ne fut que très-pea indisposé pendant ta seconde, dans laquelle cependant il monta beaucoup plus tiaut.
Toici, en eHet, ce qu'il dît de son rovage an Gomer- Graal:
S^iS-. Dans mon lit i Zennatt, ft= 5A*,75. ll'45-. Arrive à lliâtel do Riiïel : S»,6â.
1*45". Après déjeoner, 57*,70.
Promenade au Gornef-Craal. Marche Irès-laile jusqu'au «1 do BïM (2780~). J'y mis fortement influencé par le nul des montagnes. Gtee respiratoire. Flatulence. Nausées. Céphalâlgie.,SanuDeil. Pouls trés-petiL Respiration 34. Iri^lai^e. Pouls 95.
Hg. «.-p.
Je prends an (racé ephygmographique (fig. 81).
DIin<n]TION DE PRESSION. 1051
Impulsion du cœur trés-faible, très-lente, dicrotisme. Pouls misérable. Sieste d'une demi-heure.
En route pour le Gorner^rranl, pouls 444. ir. bois queli|ues goutlos d'eau de cerises et le mnlaise disparaît. 4''!20™. Arrivi'* au sommet du (lorner-Graat (SISC"). 58". 36'. Pouls 426, respiration 30 (P. 109.)
Au contraire, l'ascension de la Sattel Toile fut très-peu pénible ;
1»20- : 3509". Réveil à l'hôtel du Riffel : 9=37»J0.
t'-M- : 2850-. Temp. 38",14 ; pouls 80 ; resp. 34.
&'■ : SSOO". Au-dessits de ce point, je commence à soufTHr de gène re»pîraloire, de cèphnlalgie. j'ai la této comme cerclée. Noire ascension est Irès-lentG en p^irlie à cause de celle oppression, en partie à cause de l'état détestable de la neige où nous enfonçons à chaque pas jusqu'aux genoux.
6'>55"'. La gène respiratoire s'accentue-, temp. 38*,44; pouU 100; reip, 33.
7*45°> : 3700'". Pendant la monté';; temp. 38",35 ; pouls 103; resp, 43.
S»?"' : 3800'°. Quelques nausées; 3' déjeuner; pouls 80; reap. 34, dyspnée.
Nous commençons la montée de la Botter Tolie, que nous faisons tout d'une trailo, sauf une halte de quelques minutes à moitié hauteur. Au fur et à mesure de celle montée je vois disparaître l'un après l'autre la plupart des symptômes du mal des montagnes dont je souffrais auparavant.
g'-SO" : 4500'". A la Sallel Toile, halte; (emp. 38',59''; pouls 80; resp. 38.
10^ Ibid.; pouls 70.
FAtTS RÉCENTS, RÉSMÈ ET COSaUSlOSS.
Pouls de 104 k lâO; 4* déjeuner.
10''50'°. Grande irri^gularilé du pouls qui est à 8fi; guides est à 102 et f08, irréguliers.
Detcente :
5". Arrivée au RilTel.
4'-. Tenip. 37°,87; pouls 95; resp, 28.
SHS" du malin, A ZermaU MC20*) dans mon lit; temp. ST-.S*. (P. 102.)
J'ajoute ici, comme lerme de comparaison, un] Iract' sphygmographique pris par M. Porel à son retour à Morgcs (580-") le ÏO juillet.
), repos absolu (10 ju
M. Forel altribue les différences entre les souffrances des deux ascensions à l'habitude de la montagne, à l'entraînement dû aux trois journées de séjour au Riflel (2500") :
Cliaque année, dit-il, j'ai plus souHert dans ma première ascensioi] de l'élé que dans les courses subséquentes. Ainsi, eu 1865; j'ai ëtë trè»fonement éprouvé par le maldes mcntagnes sur lecol du Géant à 3400 métrés. C'était ma première ascension ; mais six jours après, entraîne que j'étais par les passages successifs des cols du Géant, de Joui, de la Ranzola, d'Ollen et du Turio, j'ai fait le passage de Weîssthor, 3610 mètres, sans soufTrir aucunement de l'influence de l'altitude. (P. 108.)
Nous avons fait nous- même des réflexions analogues (V. p. 356).
La disparition des accidents pendant l'ascension de !a Bol-
DIMINUTION i)E PRESSION. 1053
zer Toile esi un fait des plus intéressants ; M. Forel Texplique d'une manière fort originale :
En préparant ma course, j'avais eu soin de m'informer auprès de toutes les personnes qui connaissaient le mont Rose du point où Ton souffre le plus du mal des montagnes. 11 est en effet connu que chaque montagne a sous ce rapport sa localité spéciale ; ce n'est pas en général sur la cime, bien aérée et bien ventée, sur les arêtes dangereuses ou intéressantes que le mal se fait ressentir le plus ; c'est surtout dans des rampes neigeuses, encaissées, bien protégées contre les vents et ennuyeuses ; je citerai comme exemple le corridor du mont Blanc. Tous les rapports qui me furent faits étaient unanimes; c'était sur la Botzer Toile, avant d'arriver au Sattel, que tous les voyageurs, et même souvent les guides, étaient éprouvés. Sur l'arête du sommet, au contraire, personne ne pense à souffrir du mal des montagnes. Je me préparai donc à étudier soigneusement cette Botzer Toile. Je m'en fis indiquer le commencement par les guides, et je me forçai depuis son origine à monter rapidement et sans arrêt, de manière à exagérer par la fatigue les symptômes dont je souffrais avant de l'aborder. Mais, chose étrange, je vis ces symptômes disparaître l'un après l'autre; à mesure que je dirigeais spécialement mon attention sur l'un d'eux, je le sentais s'évanouir. La fatigue, la lassitude, la dépression, la céphalalgie me laissèrent ainsi l'une après l'autre, et j'enlevai ce passage ennuyeux en parfaitement bon état, à la stupéfaction de mes guides qui m'avaient vu péniblement affecté dans des régions beaucoup moins fatales aux autres voyageurs. L'attention, l'intérêt scientifique a donc eu pour moi dans ce cas le même effet curatif que possède le danger ; personne ne souffre du mal des montagnes dans les passages dangereux.
Cette action du moral et de l'attention particulière, sur le mal des montagnes, doit être signalée, et mérite d'être considérée plus qu'on ne l'a fait jusqu'à présent dans l'étude de ce mal. Je me borne à l'indiquer ici. (P. HO.)
La température du corps, on le voit par les chiffres plus haut cités, s'est maintenue à son degré primitif, ou même s'est élevée au-dessus, pendant les efforts musculaires; en tout cas, il n'a pas été constaté de diminution. Mais il faut dire que, précisément pendant Taccès du mal des montagnes, c'est-à-dire au moment intéressant, l'examen de la température n'a pas été fait. M. Forel, qui fait lui-même remarquer cet oubli, donne « cette négligence comme une preuve du trouble physique et mental qu*il ressentait alors » (p. 109).
Deux voyageurs anglais, ayant lu le travail du docteur Fo-
i054 FAITS RECENTS, RESUME ET COKCLUSIOKS.
rel, publièrent les notes qu'ils avaient antérieurement prises, sur les variations de leur température buccale pendant les ascensions en montagne.
M. Thorpe * est arrivé à des résultats négatifs. Son voyage ascensionnel a consisté à monter de Catane à Zaffarana : la température buccale s'est montrée invariable, 98**,4 F.; le pouls était passé de 78 à 85.
M. Tempest ÂndersonV au contraire, dit avoir observé un notable abaissement de la température buccale pendant l'acte même de l'ascension ; il affirme s'être mis à l'abri de toutes causes d'erreur et s'être préalablement bien exercé aux observations thermométriques : le thermomètre restait cinq minutes sous la langue. Voici le résumé de ses observations, faites dans les collines du Yorkshire :
Hauteur. Temp.
Heure. (Piedsangl.) (Th. F.)
Au lit I\o0 900 97«,7
Avant de partir, ayant froid 9*»,40 id 97%6
Après une marche en plaine de un mille, et une
ascension rapide de 1000 pieds, fatigué, ayant
chaud, suant, et avant de m arrêter 1J*',20 i900 96*,4
Assis, après 10 minutes, ni chaud ni froid .... 1(^,30 id 98%2 Ascension rapide jusqu'au sommet, où j'arrive
en sueur, ne pouvant plus respirer 12^ 2414 97%6
Assis, ayant un peu mangé, et trouvant le vent
froid 12\o7 id 99*,3
Rapide descente de 1000 pieds, ayant chaud, sans
m'arrêter I^IO 1400 9«M)
Traversé la vallée pour monter sur le Grageth;
après 500 pieds d'ascension, ayant chaud, suant,
et sans m'arrôter 2»»,17 1900 96^4
Assis 2S24 id 97%6
Id 2^33 id 98%6
Au sommet du Grageth, marchant lentement. . . 2^,52 2250 98'',!2
Assis, ayant froid 3*',12 id 98'',4
Après avoir descendu rapidement 1000 pieds . . 2^,55 1200 98*,0
Assis 4*», 5 id 98°,0
A l'auberge du « George and Dragon » 9»»,50 500 97°,9
* On the température of the human Body during mountain Climbittg. — Nature, t. XU, p. 165, 1875.
* Température of the Body in ^noutUain Climbing, — Nature^ t. XU, p. 186, 1875*
Ainsi le minimum de température 96%4 a été observé pendant la marche ascensionnelle, en pleine sueur, avec sensation de chaleur.
Je pense avec le docteur Harcet, que c*csl le fait de l'ascension et non Tallitude en elle-même qui influence la température.
Une même théorie peut, selon M. Ânderson, embrasser les cas en apparence contradictoires, comme ceux de M. Marcel et de M. Forel. La machine humaine n'a point, dit-il, chez tous les hommes, le même rendement. La quantité de chaleur nécessaire pour obtenir le travail de l'ascension, peut, chez certains individus, être développée grâce à une plus grande activité dans les combustions; il se peut que d'autres soient incapables de ce surcroit d'oxydatidn :
Dans la première classe on placerait M. Forel ; dans l'autre, celle des faibles combureurs, je me range avec l'honorable compagnie des docteurs Marcet et Lortet.