‹ La pression barométrique. Recherches de physiologie expérimentaleChapitre 145 sur 160 · CHAPITRE IH · texte numérisé non relu

CHAPITRE IH

Les faits exposés dans la deuxième partie de cet ouvrage, les théories qui eu sont la conséquence, et qu'a résumées la troisième partie, peuvent être, si nous laissons de côté les chapitres qui traitent de l'empoisonnement par l'acide carbonique, de l'asphyxie, des gaz du sang, et autres questions un peu en dehors du sujet même de -ce livre, condensés dans les conclusions suivantes :

A. — La diminution de la pression barométrique n'agit sur les êtres vivants qu'en diminuant la tension de l'oxygène dans l'air qu'ils respirent, dans le sang qui anime leurs tissus {aîwxyhémie de M. Jourdanet), et en les exposant ainsi à des menaces d'asphyxie.

B. — L'augmentation de la pression barométrique n'agit qu'en augmentant la tension de l'oxygène dans l'air et dans le sang.

Jusqu'à trois atmosphères environ, cette augmentation de tension a pour conséquence des oxydations intra-organiques un peu plus actives.

Au delà de cinq atmosphères, les oxydations diminuent d'intensité, changent probablement de nature, et, quand la pression s'élève suffisamment, s'arrêtent complètement.

Il en résulte que tous les êtres vivants, aériens ou aqua-

tiques, animaux ou végétaux, complexes ou mono-cellulaires, que tous les éléments analomiques, isolés (globules du sang, etc.) ou groupés en tissus, périssent plus ou moins rapidement dans l'air suffisamment comprimé. Cette formule ne paraît souffrir d'exception que pour les corpuscules reproducteurs de quelques êtres microscopiques. Pour les animaux dits supérieurs, la mort est précédée de convulsions toniques et cloniques d'une violence extrême.

Chez les vertébrés, les accidents rapides dus à la trop grande tension de l'oxygène ne commencent à se manifester qu'au moment où l'hémoglobine étant saturée d'oxygène, ce gaz entre à l'état de simple dissolution au contact des tissus. On peut donc dire que les éléments anatomiques sont anacrobies,

C. — Les diastases, les venins, les virus vrais, résistent à l'action de Toxygène à Haute tension.

D. — Les effets fâcheux de la diminution de pression peuvent être efficacement combattus par la respiration d'un air suffisamment riche en oxygène pour maintenir à la valeur normale (20,9) la tension de ce gaz.

Ceux de l'augmentation de pression le seront en employant de l'air assez pauvre en oxygène pour arriver au même résultat.

E. — D'une manière générale, les gaz favorables ou nuisibles (oxygène, acide carbonique, etc.) n'agissent sur les

• êtres vivants que suivant la tension qu'ils possèdent dan> l'atmosphère ambiante, tension qui se mesure en multipliant leur proportion centésimale par la pression barométrique; l'augmentation de l'un des facteurs peut être compensée par la diminution de l'autre.

F. — Lorsque les animaux possèdent des réservoirs d'air soit complètement clos (vessie natatoire des poissons acanthoptérygiens, etc.), soit en communication avec l'air pendant la décompression seule (vessie natatoire des Cyprins, intestins des vertébrés aériens, etc.), soit en communication avec l'air pendant la compression comme pendant la décompression, mais par des orifices trop étroits (poumons des ver-

tébrés aériens, etc.), la diminution ou raugmentation de pression peuvent avoir des effets physico-mécaniques.

G. — La décompression brusque à partir de plusieurs atmosphères n'a d'effet (sauf réserve pour quelques cas compris dans la conclusion F) qu'en laissant revenir à l'état libre Tazote qui s'était, à la faveur de la pression, dissous dans le sang et les tissus.

H. — Les êtres actuellement existants à l'état sauvage sur la surface du globe sont accommodés au degré de tension oxygénée sous laquelle ils vivent : toute diminution, toute augmentation parait leur être défavorable quand ils sont dans l'état de santé.

La thérapeutique peut tirer un parti utile de ces modifications dans divers états pathologiques.

/. — La pression barométrique et la proportion centésimale de l'oxygène n'ont pas toujours été les mêmes sur notre globe. La tension de ce gaz a vraisemblablement été et continuera sans doute d'aller en diminuant. C'est là un facteur dont on n'a pas encore tenu compte dans les spéculations biogéniques.

La puissance de réaction contre ces diverses modifications conduit à supposer que les êtres microscopiques ont dû apparaître les premiers et qu'ils disparaîtront les derniers, lorsque la vie s'éteindra par insuffisance de tension d'oxygène.

K. — Il est inexact d'enseigner, comme on le fait d'ordinaire, que les végétaux ont dû appar(iître sur la terre avant les animaux, afin de purifier l'air de la grande quantité de GO' qu'il contenait. En effet, la germination, même celle des moisissures, ne se fait pas dans l'air assez chargé de GO* pour être mortel aux animaux à sang chaud.

Il l'est tout autant, ainsi que je l'ai fait il y a longtemps observer, d'expliquer l'antériorité des reptiles par rapport aux animaux à sang chaud, par l'impureté de l'air souillé de trop de GO*; les reptiles, en effet, redoutent ce gaz plus encore que les oiseaux, et surtout que les mammifères.

Page 1