‹ La pression barométrique. Recherches de physiologie expérimentaleChapitre 21 sur 160 · MOMENT · texte numérisé non relu

MOMENT

où CLLES OMT irt FAITES

CAPACITi BCSPIRATOIK

ex CEKriuitfEs

COBIS

10 minutes avant l'entrée dans le sas

Après une demi-heure de séjour dans Tair compriiiié. Un quart d'heure après le retour à l'air libr.\ . .

Après trois quarts d'heure. ,

Après 2 heures

Après 10 heures

Après 15 heures

Ainsi Taugmenlation, qui est constante, et qui, comme le montrent d'autres tableaux, va en augmentant jusqu'à 2 atmosphères, persiste encore assez longtemps après la décompression.

Aussi M. Bucquoy ajoute avec raison :

En montrant que cet eiïet n'est pas passager, qu'il ne cesse pas avec la compression, mes expériences font pressentir refficacité des bains d*air comprimé chez les sujets dont la capacité vitale est trop (>etite. (P. 29.)

A propos des phénomènes généraux de la nutrition, M. Bucquoy, après avoic analysé tous les travaux antérieurs aux siens el fait ressortir leurs contradictions, apparentes au moins, déclare qu'il

Incline à croire que, dans Tair comprimé, les combustions respiratoires augmentent; mais les hases sur lesquelles on a voulu appuyer cette idée manquent de solidité, et c'est une question à revoir.

M. le docteur Foley * a écrit sur notre sujet une curieuse brochure, très-souvent citée et avec éloges, il avait observé les accidents des

■ Du travail dann Vair comftrinié. ^ Paris, 1863.

FORTKS PRESSIONS. — APPAREILS TRIC.ER. 3î»5

Uibislcs, lois de la consiruclion, en 1861, du pont d'Argenleuil sur la Seine; la pression maximum n*avail pas dépassé 5 atmosphères et demie. Je commencerai par citer quelques passages des plus caractéristiques dans lesquels M. Foley décrit et explique tout à la fois les phénomènes qu'on éprouve dans Tair comprimé :

Tous les sons, dans les tubes, ont un timbre métallique qui vous ébranle le cerveau ; et quand on parle, on se fait vibrer la base du crâne comme une trompette.

Expliquons ces phénomènes. En aplatissant notre muqueuse aérienne dans sa totalité, Tair comprimé rend nos cavités pharyngo-laryngiennes et bucco-nasales plus grandes et osseusement sonores.

De plus, pour entrer en vibration, il imprime, aux bords du larynx, de la langue, des lèvres, du voile du palais, et même des narines, des tensions d'autant plus fortes qu'il est plus dense, il ne faut donc pas s*étonner si tous ces organes haussent les sons qu*ils produisent Vu la faiblesse de nos lèvres, nous y perdons tous le sifflet.

Quelques individus sentent diminuer et perdent même totalement le goût et Todorat dans Fair comprimé.

L'aplatissement de la muqueuse aérienne qui rend impossible toute hémorrhagie des voies respiratoires et guérit subitement (sinon sans douleur) le coryza et Fenrouement, explique parfaitement tous ces faits. Comment un organe flétri, ratatiné, pourrait-il recueillir des saveurs quelconques.

Notre peau est plus solide que notre muqueuse; malgré cela les tubes Tinfluencent. Ses papilles, comme celles du nez et de la langue, y deviennent moins sensibles, et beaucoup d'ouvriers, à mains pourtant fort calleuses, trouvent leur toucher moins sûr dans l'air comprimé

En ce même milieu, notre pouls devient rapidement filiforme et même insensible. L>a vis a tergo manque promptement dans nos veines, notre circulation languit, mais nos tissus ne deviennent pas Hvides; le contraire aurait plutôt lieu.

C'est que la grande tension de l'air, en favorisant la combinaison de l'oxygène avec notre sang, comme avec tous les autres combustibles, le rend si riche, qu'il sort aussi rutihmt de nos veines que de nos artères. Quelle décoloration serait possible avec un pareil liquide?

Dans l'air comprimé, notre capacité pulmonaire augmente, et les mouvements de nos côtes diminuent. L'excès de pression qui fait dissoudre l'oxygène dans nos plus fines ramifications vasculo-sanguines rend superflu le jeu du thorax, et notre centre nerveux coordinateur le réduit, pour ce motif, à son minimum d'amplitude.

Économie de force et de temps, telle est la loi que Fàme humaine suit dans les nombreuses combinaisons qu'elle fait pour nous maintenir en harmonie avec le monde, même quand il s'agit de notre vie végétative.

Les ouvriers, quand ils travaillent dans les tubes, sentent moins la fatigue qu'à l'air libre, et ne s'essoufflent pas autant. La faim les prend vite ; ils suent beaucoup, et cependant n'ont jamais soif.

Yoicr le pourquoi de tous ces phénomènes, contradictoires en apparence seulement.

L'aLsence de soif, malgré d'énormes déperditions sudorales, a pour cause la grande quantité d'eau que l'air comprimé tient en dissolution et fait pénétrer dans l'organisme.

591 HISTORIQrE.

Les soears soot dues ao coocoars que notre lêguineiit externe ne refose jamais aux poamoDS, surtout dans une atmosphère duude, quand il s'agit de rejeter beaucoup de matériaux musculaires désassimilés par le trarafl.

La faim tient à Fénorme consommation que font de nos tissus dirers Fexcès d'^oxy^êne qui les pénètre et les contractions phis énergiques de certains d'entre

L'essoufflement moindre est produit par le ralentissement circnlafoire qm ne ramène <Ters les poumons, le foie et la rate) que pen de sang reinenx, poisqnll n y en a plus, à rrai dire.

Enfin. FabseDoe de fatigue dépend précisément de la richesse de œ mésM liquide nourricier qui, sans rettcbe, répare nos muscles à mesure que leurs pro» près contraciiotts les détruisent.

Dans Fair comprimé, nos sécrêtioDS s^ modifient ; celles du poumon et de la peau augmentent considérablement. Celles du tube digestif, des retns et du foie, leurs iuTerses en maintes circonstances, ne larient pas, ou mietn, dimimifnt iméralement. (P. li et 13.^

lu sortir de l'air, quand aucune maladie ne doit s*ensuiTre, on éproui<e îamÊtdiatement du bieo-ètie. H semble qu'on respine comme makré soi, qu'on ait h poitrine pleine d'air, et qu'on soit plus léser. C'est que rien ne nwis écrase plis. iP. 17.)

Tels sont les en!Hs produits par Faction passagère de Tair comprimé. Selon M. Foley, les oumers qui s y soumelteol firéquemment éprouvent des phénomènes d*un autre ordre :

Toute durée trop loi^ue de travail intratnbaîre se divise em deux pcfÎDdes : Fuiie de bénéfice. Fantre de déperdition organique

Tant que h première dure, le tnbiste gasoe de Fappétit. quitte scb ournse sans fiti^ue, rentre dans Fair libiY plus alerte, plus rif et plus impatient qne de cj— luroe. D se sent plus fort et s*en vante, avec raisn^ car alors la ricbesse de San saoK hn profite.

Dès qme b seconde ccvunence, Fiorerse a bni. L'owTÎer perd Fappêtît et. de pins en plus, arrive à son ouvrase comme il le quitte, tiûle et ù^ôsmè. Sa peau devient fiasqoe, décolorée, quasi terreuse. Les coi^onctives prennem une teinte viande. Son recard s'éteint. Son visasieet to«t senétremaknsseirt. L'îwiêinsâûn. FimmcWité. la s^ipeur presque, s'égalent sur tous ses HKwemnits. et pn à peu Fkfvre «Mme où. hors des tiriies, ii parait sans visnevr : cù Fatmcgpbére noraiale mt fvffît plus à son bêmatose.

bus Fair con^vimè. tfios ces âcbeux svmplémes s'efbKiit: malbeHrfuswnet 3s reparaisseiit dès quTI en sort, et cela de plus en plus vite. Kenk^ Fexcès de pressâm cesse de le raviver. Cest alors qa*i] est à b veilede ne plu> nm«vTer les forces qu'il perd, à dwiae ftts qu'ail travaille, qae par Flnlervestion des BbâwêDes ■nrt^éite?^ «P. 1^.*

Toilâ p>ur les pbéoomèiies purement physîolopques. Ooant aux acdients, les fwcn. ou dèmanpnisons atroces à la peau, ne cornmènent guère à apparaître avant b pres^sion de â,5 atmi>sf4iéres : au delà de 3 atmosphères « elles ne manqjuent chei persanne; »

les tuméfactions musculaires (moutons) sont fréquentes vers 3 atmosphères, ainsi que les « gonflements synoviaux » ; mais les articulations elles-mêmes ne sont prises que plus tard et plus rarement. Les accidents des muscles atteignent particulièrement ceux qui ont été fatigués par des conlractions répétées.

Le nombre de jours pendant lesquels les ouvriers auront travaillé dans les tubes parait à M. Foley une considération des plus impor» tantes ; sous une pression à peu près égale, les accidents deviendraient de plus en plus fréquents et graves, à mesure qu'on s'éloigne du début du travail.

On n'a pas, du reste, observé à Argenteuil de terminaison fatale, ni de paralysie. Les plus sérieux accidents sont des douleurs musculaires qui, d'après les détails des observations, paraissent avoir été d'une violence extrême.

M. Foley est en contradiction avec tous les autres auteurs sur deux points capitaux, et de la plus haute importance pratique. Se^ Ion lui, d'abord, lorsque les ouvriers prolongent leur séjour dans les tubes au delà de 12 heures, ils en sortent impunément : cela tient, dit-il, à ce que « la réaction nervoso-sanguine est générale » (p. 49) ; mais cette prétendue explication importe peu.

En second lieu, chose curieuse, il n'attache aucune importance à la rapidité de la décompression. Une minute par atmosphère de compression lui parait une durée suffisante :

Pour des pressions supérieures à 3 1/2 atmosphères (décompression en deux minutes trente secondes), faudrail-ii suivre la même progression? Je ne le pense pas; deux minutes et demie sont bien longues dans une écluse glaciale. (P. 56.)

Si l'on devait employer ces hautes pressions, M. Foley conseille de décomprimer les hommes en « trois minutes ». Il est, du reste, si éloigné de l'idée qu'une décompression rapide puisse être dangereuse, et tellement persuadé qu'elle n'agit qu'en refroidissant, qu'il résume sa pensée par ce précepte :

Si le brouillard épais et glacial qui ne manque pas de se produire vous pénètre trop, hâtez-vous! (P. 53.)

La fondation par Tair comprimé a été employée en. 1862 au viaduc sur le Scorff, à Lorient, et, en 1864, au pont sur lequel le chemin de fer de Napoléon-Vendée traverse la Loire à Nantes. M. l'ingénieur en chef Croizette-Desnoyers*, qui donne sur la construction

• Mémoire xur VétnhlUaement des travaux dans les terrains vaseux de Bretagne. — Ann.des Ponts cl Chaussées, 1864, 1*' semestre, p. 275-396

et le fonctionnement des appareils établis par la maison Gouin les plus minutieux détails, ne parle pas de l'état des ouvriers ; il se contente de reconnaître que « aux grandes profondeurs, le système do fondation à Tair comprimé peut nuire à la santé des ouvriers » (p. 592).

Cependant des accidents graves étaient arrivés au pont du Scorfi".

Le relevé des ouvriers malades, dressé par M. le docteur Nail, porte 16 noms ; les accidents, tous dus à Tair comprimé, comprennent : 1 cas de surdité, 6 cas de douleurs articulaires, 1 de douleurs musculaires, 6 congestions cérébrales, 2 morts.

Les deux morts ne furent pas simultanées. La première arriva le 17 mars 1862; l'ouvrier mourut « d'asphyxie à la sortie du caisson » ; la seconde, le 3 juin, dans une autre pile ; la note médicale porte : « décédé après quatre heures de congestion cérébrale et d'asphyxie. »

Je n'ai pu me procurer aucun détail ni sur les accidents qui ont précédé la mori, ni sur les résultats des autopsies, si elles ont eu lieu, ni même sur la pression atteinte. Je ^ais seulement que la décompression se faisait régulièrement en 10 secondes et que le maximum d'enfoncement, pour la première pile, a été 18 mètres, pour la deuxième, 12 mètres seulement.

11 se fil ainsi 8042 passages d'ouvriers, pour lesquels il y eut seulement 16 accidents assez graves pour qu'on en prît note. D'autres ouvriers qui se trouvaient dans la chambre d'éclusement avec les deux victimes n'éprouvèrent pas d'accidents.

Ce double malheur fut l'occasion d'une instance d'office contre les employés de la compagnie, prévenus d'homicide par imprudence ; ils furent acquittés par le tribunal de Lorient (50 septembre 1862) et par la cour de Rennes (11 décembre 1802). Les considérants du jugement et de l'arrêt sont fort intéressants, parce qu'ils révèlent les incertitudes d'opinion des hommes de l'art sur la vraie cause des accidents, incerliludes qui motivent les acquittements prononcés.

Un autre accident, suivi d'une autre instance judiciaire, eut lieu au pont du Scorff. Un M. Gallois, ingénieur civil, agent de la compagnie; étant descendu le 12 mai 1862 dans les caissons, fut, à son retour à l'air libre, pris d'accidents de paralysie, « suite de congestions cérébro-spinales, des étourdissements et des secousses nerveuses, » à la suite desquels il dut être envoyé aux eaux; il mourut deux ans après.

Sa demande de dommages-intérêts fut repoussée par le tribunal de la Seine (le 18 août 1861) ; la compagnie d'Orléans produisit une consultation de M. Dufaure, consultation qui met en pleine lumière, comme les documents judiciaires que je citais tout à Theure, les hésitations de la science médicale. Le célèbre légiste oppose à l'opinion de Pol et Watelle sur la nécessité de pratiquer la décompression avec une grande lenteur, celle de M. Foley. Le tribunal ne se prononça nullement sur la question scientifique, mais déclara que Gallois n'avait reçu aucun ordre pour descendre dans le caisson, et que par suite la compagnie ne pouvait être déclarée responsable.

Voici l'état dans lequel le docteur HermeP, médecin homœopathe habitant Paris, trouva le sieur Gallois, qui l'avait fait appeler en consultation quelques jours après l'accident :

Le 21 mai 1862, nous fumes appelé à Paris prés de M. Gallois, ingénieur civil, âgé de 24 ans. Nous trouvâmes le malade affecté de paralysie incomplète des membres inférieurs, ne permettant ni la station debout ni la marche sans appui ; ne pouvant avancer que d*une manière très-défectxieuse, s*appuyant des deux mains à tous les objets environnants, les mouvements des membres étaient irréguliers, saccadés, tremblants; il traînait les pieds; s'il voulait se tenir deboi|l, aussitôt un violent tremblement agitait les jambes et le forçait à s'asseoir. Après trois ou quatre pas, le même tremblement convulsif l'arrêtait, parce qu'il augmentait de plus en plus et qu'il l'aurait fait tomber. Par tout le corps la sensibilité cutanée était exagérée, c'était de Thypéresthésie, la peau était le siège d'un prurit incommode, sans qu'il y eût trace d'éruption. Les mouvements de la langue étaient assez difficiles pour que le malade ne pût articuler nettement tous les mots. La mémoire était confuse, ainsi que les idées. De la suffocation, une toux très-répétée le fatiguait lorsqu'il parlait et produisait une expectoration fréquente, abondante de mucosités d'un aspect analogue à celui du blanc d'œuf. L'auscultation de la poitrine et la percussion faisaient reconnaître que le poumon, quoique perméable à l'air dans toute son étendue pendant de profondes inspirations, ne jouissait pas de toute son élasticité ; on entendait, surtout du côté gauche, Fexpansion des vésicules pulmonaires commencer et s'arrêter tout à coup avant que le mouvement de l'inspiration fut terminé. Cette expansion des vésicules pulmonaires était donc incomplète, ce qui nuisait à la respiration normale. Les fonctions abdominales étaient interrompues; la constipation ne pouvait être vaincue que par des lavements purgatifs : il y avait paralysie du rectum. La vessie était aussi paralysée ; l'émission des urines ne pouvait avoir lieu que par l'usage de la sonde. 11 avait perdu l'appétit, et la toux provoquait souvent des vomissements.

Connaissant la vie parfaitement régulière de ce jeune homme, nous l'interrogeâmes sur la date et le mode d'invasion de cette maladie.

U nous apprit que, employé aux travaux du chemin de fer de Lorient, il était descendu dans un caisson sous la compression de trois atmosphères (y compris la pression extérieure), où il était resté trois heures pour relever l'état des tra-

* Des accidents produits par Tusagc des caissons dans les travaux sous-terrains et sousmarins. Art médical, t. XYI, p. 428-452, 186*2; t. XYlî, p. 27-48. 105-124 et 194-213,

vaux dans les fondations d'un pont. Il éprouva, trois ou quatre minutes après sa sortie, par TefTet de l'énorme raréfaction de Tair extérieur relativement à la pression intérieure, un froid glacial, subit et profond. En essayant de se laver lés mains, il s'aperçut que les mouvements des bras étaient impossibles, il ne pouvait mettre ses mains dans le baquet, parce qu'il ne pouvait les élever plus haut que la ceinture.

Emmené chez lui par deux hommes qui le soutenaient sous les bras, et pla^ çaient ses pieds sur les échelons qu*il avait à descendre, il se coucha ; après quatre ou cinq heures il voulut se lever, mais il était complètement paralysé. Un traitement énergique lui fut appliqué et le mit en état de venir à Paris tant bien que mal. Le dixième jour il ét«iit dans l'état que nous avons dit plus haut.

Pendant dix jours nous donnâmes la belladone 12' et bryonia, qui calmèrent un peu la toux. Le 2 juin, nous avons commencé à apphquer, tous les deux jours, les réophores d'une machine éleclro- galvanique sur Thypogastre, pour combattre la paralysie de la vessie. Après la troisième séance, il commença à uriner sans sonde, mais le lendemain il fut obligé d'y avoir recours. Après la quatrième séance, il n'urina seul que dans la journée. À la suite de la cinquième séance, les urines reprirent leur cours naturel. La constipation persistait. Nous électrisàmes les parois abdominales et l'anus. Le cours des selles, quoique parfois diflGcile, s'est rétabli vers la huitième séance. Après la dixième séance, les membres abdominaux avaient acquis de la force et de l'agilité, surtout à gauche. La jambe droite traînait encore, et dans certaines positions elle était encore affectée de tremblem^t convulsif ; il n'aurait pu se tenir debout sur une seule jambe; il 8*aidait d'une canne pour marcher.

En juillet, il alla aux bains de Balaruc, d'où il revint le i*' août. Son état s'était amélioré, mais il y avait encore de l'hésitation dans la jambe droite. La toux per* sistait, quoique moins forte ; la respiration était encore incomplète. L'intégrité de la parole, des idées, de la mémoire, était rétablie. Il n'éprouvait plus de prurit ni hypéresthésie de la peau. Six nouvelles applications d'électricité produisirent une grande amélioration dans les mouvements ; il put marcher sans appui.

Aujourd'hui, 12 janvier, c'est-à-dire après huit mois de traitement, il éprouve par moments des qumtes de toux fatigantes ; sa respiration est à peu près normale, l'essoufflement arrive s'il fait une trop longue course ou trop vile. 11 marche sans soutien, mais il reste encore de la roideur dans la jambe droite, et nous ne pouvons dire quand il sera complètement guéri. (T. XVII, p. 198*200.)

En 1862 aussi, on construisit sur TAdour, à Bayonne, un pont dans lequel on dut pousser la pression jusqu'à plus de 4 atmosphères* L'ingénieur civil, qui dirigeait le tiavail, M. Counord, âgé de vingt ans, qui jusque-là n'avait éprouvé aucun accident, fut, le 51 décembre, quelques minutes après être sorti du sas^ où la décompression s'était opérée en 4 ou 5 minutes, pris de vertiges, tournoiement de tète, et perte complète de connaissance* La pression était de 4 atmosphères* la durée du séjour d*une heure; la veille, il était resté dans les tubes pendant deux heures. Trois heures après, lorsqu'il revint à lui, il était complètement paralysé du sentiment et du mouvement dans les membres inférieurs, avec insensibilité des bras.

L'observation détaillée des débuts de ce cas curieux a été donnée par le docteur Limousin^, de Bergerac, qui n'hésite pas à attribuer les accidents à une hémorrhagie de la moelle épinière :

Transporté de Rayonne à Bergerac, je vois M. G. le 12 janvier 1863 ; paralysie complète des membres inférieurs, excrétion involontaire des fèces et de Turine, sensibilité normale partout, un peu exagérée aux membres inférieurs ; si on les frappe brusquement, si on les touche avec un corps froid, il se produit un brusque mouvement d^extension. Intelligence saine. A Tépigastre et dans les hypocondres, douleurs qui cessent par Tapplication de morphine sur le derme dénudé. Jusqu'au 20 deux purgatifs furent administrés ; il ne se produisit rien de nouveau, si ce n'est des mouvements convulsifs très-douloureux dans les mem-* bres abdominaux.

28. Des douleurs atroces sont survenues hier dans le ventre ; il est souple, la pression ne le modiHe pas. L'état du malade est effrayant : plaintes continuelles, voix éteinte, sueurs froides, face cadavérique, pouls insensible, à 48. Des ventouses sèches, des lavements laudanisés ne produisent aucun résultat. Je prescris alors 20 centigrammes d'extrait thébaïque en quatre pilules , d'heure en heure.

Le 29, dès la seconde pilule, les douleurs cessent; un sommeil profond s'empare du malade ; ils se réveille parfaitement débarrassé. Dès les premiers jours, il s'était formé une petite érosion au sacrum , il y a aujourd'hui une vaste eschare ; les fesses, la région lombaire,, sont rouge livide ; le patient ne se tient qu'en supination.

20 février. La plaie du sacrum, saupoudrée de quinquina gris, est réduite aux dimensions d'une pièce de 5 francs ; elle est rose et granulée ; des contractions douloureuses ont cédé à l'apphcation d'armatures métalliques. Les mouvements sont possibles dans les membres paralysés; ils s'exécutent plus librement à droite; la sensibilité, au contraire, très-obtuse à droite, est plus vive à gauche dans les mêmes parties ; il y a des fourmillements par tout le corps ; un jour, la vue fut entièrement abolie pendant quelques instants ; des érections, rares dans les premiers temps, sont devenues plus fréquentes. Enfin, les selles et les mictions sont volontaires.

Il est diflicile de trouver un exemple plus complet de l'apoplexie médullaire : invasion subite, lésions de la contractilité, du sentiment, d'un sens spécial, de Tœil; mouvements réflexes, provoqués parla plus légère excitation; profonde dépression de la vitalité des tissus, se manifestant par la rapide mortification des régions qui supportaient le poids du corps; enûn, érections qui ne s'accom^^ pagnent d'aucune excitation du sens génital. Jamais il n'y a eu de sensibilité no« table sur le trajet de l'épine.

L'amélioration ne suivit pas une marche ascendante bien rapide^ En mai 1870, M. Counord faisait quelques pas sans appui; il avait encore, quand on pinçait les membres inférieurs, des mouvements réflexes fort remarquables; la sensibilité de la jambe gauche était fort diminuée. Je l'ai revu en mai 1876 : il pouvait monter, trèsdifficilement et avec l'appui d'un bras, un étage d'escalier; des

Action de Vair cotnpnmé : apoplexie de la tnoclle épinière* (Union médicale de la Gironde, 1863, p. 269-270.

fourmillements dans les membres antérieurs semblaient indiquer un travail morbide dans les régions supérieures de la moelle ; les fonctions d'expulsion urinaire et digestive élaient redevenues normales.

Quelques jours plus tard, un accident terrible, dans lequel trois hommes périrent, vint attrister le chantier de Bayonnc : le cylindre avait éclaté, comme à Douchy, comme plus tard à Chalonnes. On a avancé l'opinion* que la mort des ouvriers avait été occasionnée par la décompression; c'est probablement une erreur, comme le montre l'extrait suivant d'une lettre qu'a bien voulu in'ccrirc M. l'ingénieur Bayssellance, qui a eu la complaisance de faire, à ma demande, une petite enquête sur ce sujet :

La pile élanl profondément enfoncée dans le sable, comptait en tout plus de 30 mètres de hauteur jusqu'au niveau de Teau. La pression intérieure était donc de 4 1/4 atmosphères environ. Le plateau supérieur n'étant j»as constnîit en vue d'une pression aussi élevée, fléchissait sensiblement : cette flexion entraînait la déformation du cylindre en fonte de la chambre d'équilibre. Un des boulons ayant cédé à la tension devenue oblique, il se produisit un choc, qui fit voler en éclats toute la portion supérieure de la chambre d'équilibre. La dépression fut donc subite dans cette petite portion de l'appareil ; dans l'intérieur de la pile, dont la capacité était de '200 à 500 mètres cubes, elle dut èire plus graduelle, et entraîna un violent courant d'air de bas en haut, emportant avec lui les planches et le sable des plateaux de repos. ,

D'après le contre-maître les résultats furent tout autres qu'on ne l'a dit. Aucun homme ne fut tué par suite du changement de pression. Le sable mouillé du fond n'étant plus contenu s'éleva rapidement, atteignit et dépassa un des hommes qui montait à réchelle; on le retrouva dix-sept jours après en déblayant, cramponné aux échelons dans la position de l'ascension. Un autre fut enlevé par le courant d'air et se trouva porté jusqu'en haut, sans se rendre bien compte de ce qui lui arrivait. Deux autres qui étaient sur les plateaux intermédiaires furent pressés en remontant contre le plateau inférieur de la chambre d'équilibre, et restèrent presque asphyxiés, la bouche pleine de sable; ils furent emportés à l'hôpital, et moururent le lendemain, je crois. Enfm, cinq hommes qui se trouvaient dans la chambre d'équilibre même lurent couverts de sable, qui pénétra même dans la peau, et restèrent quelques instants comme hébétés, mais aucun ne fut sérieusement malade.

Ce résultat n'est point conforme à ce qui m'avait été raconté; mais M. Wolff était en tournée au moment de l'accident, M. Gounord était malade; il semble plus sûr de s'en rapporter à la version d'un témoin à peu près contraire. Cet homme a assisté, du reste, à un accident analogue, lors de la construction du pont de Bordeaux; là encore, il n'y eut aucune mort causée par la dépression subite* deux hommes seulement furent tués par des éclats de fonte.

Mais si une brusque dépression de plus de trois atmosphères n'a pas été mortelle, ce changement, même tempéré par un séjour de 4 à 5 minutes dans la

* Soc. des Se. phys, et rat. de Bordeaux, nnnée 1 87 f- 1875. Procès- verbaux des séances, p. XX.

hunbre d*équilibre» n'en était pas moins funeste à la longue. D'après M. Couard, 90 p. c. des ouTTiers ont été malades, pris tous par dos douleurs articulées Tiolentes, oppression, trouble de la vue, etc. Le contre-maitre que j'ai vu a le pris trois fois, et a beaucoup souffert, mais jamais plus d'un jour. Un matin, ■r onxe hommes qui sortaient, neuf furent pris de douleurs au bout de quelques mtants.

Certes il n'est pas impossible que la décompression ne soit pour (nelque chose dans la mort des deux ouvriers qui furent ensevelis luis le sable mouillé ; mais cela n*est pas prouvé. Le plus curieux Ims cette observation est de voir des hommes n'éprouver presque ■ncun accident à la suite d'une décompression instantanée partant ie 4 atmosphères au moins.

En 1865, fondation semblable sur le Louet, à Chalonnes (Maine- ■t Loire), pour le passage de la ligne d'Angers à Niort. Une catastrophe jusqu'ici inexpliquée vint frapper de mort deux ouvriers :

Le SO février 1865, au moment où la pile n* 2 reposait sur le rocher, à 14" de pnCondeiir au-dessous de Tétiage, alors que tout semblait terminé, que déjà la <ifcinibre de travail était remplie de béton et que le tube, formant cheminée, était également rempli à 5" de hauteur, tout à coup une violente explosion eut lieu, la ié du couvercle de la chambre d'équilibre ' fut projetée à environ 30" de disî. Deux ouvriers, qui se trouvaient dans la chambre de travail, furent foudroyés. Personne n*a pu encore expliquer ce terrible accident (Cours des Ponts.de X Horandiére).

Uest probable qu'ici, pour une raison inconnue, la tension de fair comprimé s'était élevée beaucoup au-dessus de ce qu'exigeait h profondeur atteinte; la puissance de l'explosion en fait foi.

Je dois à l'obligeance de M. le docteur Gallard de pouvoir èmner à propos de ce grave accident quelques intéressants détails :

ta mort des deux ouvriers, m'écrit ce savant confrère, fut presque subite, fou- I èoyante, en quelque sorte, pourTim d'eux, un peu plus lente pour le second, fnrespira encore quelques instants, mais en ayant déjà perdu connaissance.

L'autop&ie (faite par M. Gallard dans de mauvaises conditions, après exhu-

wiiMi et autopsie préalable du médecin de Chalonnes) montra de nombreust^s

.|hq|Msd*emphysème inlerlobaireetvésiculuire sur les poumons des deux victimes.

ly liait, en outre, sous la plèvre et sous le péricarde de nombreuses ecchymoses

pwdnées Il me semble me rappeler que le sang contenait quelques bulles

^ga Les notes de Tautopsie ont été perdues par le médecin d'Angers à qui

.jelesaTais dictées.

Esl-ce à la décompression qu'il faut attribuer la mort? Il est difficile de prendre un parti, en présence d'une autopsie insuffisante

*P«;«»nt près de 500 kil., dit le rapport de M. l'ingénieur Dubreil.

et)

et surtout du fait que nous avons plus haul rapporté eti parlai du pont de Bajonne.

M. Triger s'émut des accidents qu'avait entraînés l'applicatloa li son procédé, et il adressa à ce sujet au ministre des travaux publii un Mémoire qui fut soumis à l'examen de MM. Combes, de Hennei et Féline-Romany.

Le rapport' de ces ingénieurs, après avoir passé rapidement ( revue les travaux exécutés par la compagnie du Midi sur le Tect à Bordeaux et à Bayonne; par la compagnie de l'Ouest à Argeuteuî à Elbeuf età Orival sur la Seine, àBrioliay sur le Loir ; par la cou pagnie d'Orlcan^sur le Scorfrà Loricnt, sur le Louel à Clialoane; et à Nantes sur la Loire, déclare que :

les accidents auxquels sont exposés les ouvriers qui IniTaillNit dans l'iir con . primé meltent rarement leur vie en danger, n'occasionnent que des interru] lions de travail assez courtes et sont surtout pua nombreuses, si an les compai au nombre des passages par les «ai sur chaque chantier.

Les maladies occasionnées par ces accidents peuvent être prévenues par l'en ploi des moyens indiqués dans le cours de ce rapport.

Ces moyens sont l'emploi de vêlements de laine dans le sas e un déséclusement pour lequel on ne saurait poser de règle uni forme :

Il n'y en a pas à observer d'autre que celle que le bon sens indique, c'est-»dire de ne pas ouvrir le robinet trop lile, aussi bien pour l'éclusement que poui le déséclusement, afin de donner à l'organisme le temps de se mettre en équilibn avec le milieu dans lequel il se trouve plongé.

H. Triger demande que le déséclusement dure 7 minutes, et alllrme que les acudents disparaissent complètement alors. 11 nous semble que ce temps dwt nriei avec la constitution de l'ouvrier. (P- 125.)

Le foncement d'un puits houiller à Trazegnies, en Belgique, a éti vers lu môme époque, l'objet d'un travail des plus intéressant! de H. BarcUa*.

La pression totale maximum a été de 5 1 ,2 atmosphères. La ilé compression se faisait en 20 minutes environ.

S^on M. Barella, on éprouve en outre, des douleurs d'oreilles :

La sécheresse de l'arriére-bouche, la diminution notable de la sécrétion urinaiR: une sensation de mieux-èlre respiratoire, cai' il me semblait que je n'anii jamais respiré aussi librement, avec autant de facilité.

> ifut. da PonU et ChatutitM, lStJ7, 2> aemestre, p. lie-131 .

• Du Iravail dant fair comprimé. — Obicnalioni rccueitliei à Trasegniei, Ion Ji l'atfoncemait (fun neuveou puilt houiilcr. — Bull. acad. de mid. de Belgique, 3* Kiici I . II, p. 59i'G4T, \f,m.

FORTES PUËSSlONb. — APPAREILS TRIGËR. éz

Pour le pouls, nous ne sommes pas arrivé à un résultat bien net; cependant, il nous a semblé diminué de quelques pulsations chei la plupart de nos ouTTiers. (P. 598.)

Les accidents observés ont été :

1* Chez sept ouvriers, épistaxis, sans gravité ;

2* Chez onze ouvriers, douleurs dans les membres thoraciques et abdominaux, parfois concauanteSi iérébrantes, atroces,

3* Des démangeaisons très-vives aux jambes, mais sans douleurs, accident très-fréquent. (P. 605.)

M. Barella fait remarquer qu'aucun de ces accidents n'est survenu pendant le séjour dans Tair comprimé; on les a constatés à la sortie seulement des appareils. De plus, ils n'ont commencé à se. produire qu'au-dessus de 2,8 atmosphères.

M. Barella raconte que les petites plaies que se faisaient les ouvriers en travaillant ne donnèrent pas de sang, a ce qui s'explique par la pression que supportent les téguments cutanés. »

Un élève de l'école des mines de Liège étant descendu dans le puits, le 15 avril, éprouva en sortant des symptômes fort graves, qu'il décrivit lui-même dans les termes suivants :

Pendant la dilatation de Tair, je ressentis un malaise que j'attribuai au froid.

Dès ma sortie, en voulant soulever le bras droit, je ne pouvais lui faire aUeindre un point déterminé, sans reprendre deux ou trois fois Teffort. La vue était affectée, et je voyais mon bras se mouvoir de la façon dont on perçoit les* objets après avoir tourné quelquefois sur soi-même.

La paralysie s'accentua et il me devint impossible de remuer mon bras qui pendait inerte, je ne pouvais même pas faire des mouvements avec la main. Le phéno(néne était assez semblable à celui du bras endormi. Il se manifesta progressivement et de la même manière à la jambe droite.

L*on me coucha sur un lit, car je ne pouvais marcher, je m'affaissais. On me frictionna. J'eus des éblouissements et mes yeux me refusèrent tout service. Je ne voyais qu'à de longs intervalles, et pendant une seconde au plus, puis tout disparaissait pour ne plus reparaître que quelques instants après de la même manière. Mes yeux étaient ternes et vitreux, m'a-t-on dit, et ne percevaient qu'une lueur blanche, vaporeuse.

Je 'recouvrai d'abord l'usage de la jambe, puis du bras; les instants pendant lesquels je voyais se rapprochèrent, et je vis distinctement pendant des instants plus longs.

Enfm il ne me resta de tout cela qu'un violent mal de tête et les signes ordinaires d'une indigestion. Je rendis mes aliments. Mon mal de tête se dissipa au dehors, et je rentrai chez moi sans que rien, sinon la fatigue, me rappelât les émotions précédentes.

L'ami qui m'accompagnait et qui avait fait le même repas que moi ne ressentit rien que d'ordinaire. (P. 612.)

i04 HISTORIQUE.

Parmi les conclusions de M. Barella, nous en citerons deux *:

l"" Il convient de ne pas dépasser une pression de 3 atmosphères et demie en sus de la pression ordinaire ;

2"" On peut prendre pour base de la durée de la décompression 10 minutes par atmosphère.

Les autres n'ont qu'un intérêt de pure médication : lymphatisme, maladies de cœur, etc.

En Amérique, le premier pont construit par l'air comprimé le fut sur la rivière Great Pee Dee, pour le chemin de fer de Wilminglon à Columbia et Augusta. Je n'ai trouvé dans mes lectures aucun renseignement sur ce travail, au point de vue qui nous intéresse ici.

En 1869, un travail vraiment gigantesque fut entrepris à Saint- Louis (États-Unis). Un pont à deux piles fut jeté sur le Mississipi. A la pile de Tesl, la profondeur atteinte fut de 33'°, 70 en contre-bas des eaux ordinaires; c'était une profondeur sans exemple dans les applications antérieures de la méthode, et qui devait s'accroître encore par les crues accidentelles du fleuve. La pression totale s*y éleva à 4 atmosphères, 45. Le nombre total des ouvriers qui y furent employés fut de 352 ; environ 30 furent sérieusement affectés : 12 d'entre ces derniers moururent.

Voici, du reste, un extrait du rapport rédigé par l'ingénieur en chef des travaux, M. Eads * :

Quand la profondeur de 60 pieds fut atteinte, quelques-uns des ouvriers furent «iflectés de paralysie musculaire des membres inférieurs. Elle était rarement douloureuse, et s'en allait en deux ou trois jours. Au fur et à mesure de l*enfoocement du tube, la paralysie s'en alla plus difficilement. Dans quelques cas» les fans furent pris, et plus rarement les sphincters et les intestins. Les malades souffraient aussi beaucoup des articulations quand les symptômes étaient très-graves. Les neuf dixièmes des malades n'éprouvaient pas de douleurs et guérissaient trèsvite.

La durée du séjour sous la cliambre à air fut graduellement abaissée de 4 heures il 5, à 2 et enfin à 1 heure. L'usage de plaques ou anneaux galvaniques sembb, dans l'opinion du directeur de la construction et des ouvriers, donner une renuu^ ((uable immunité contre les aUaques. A la fin, ils en avaient tous. ËUes étaient laites d'anneaux alternatifs de zinc et d'argent, et placées sur la poitrine, aux bras, aux coudes, à la taille et sous la plante des pieds. L'acidité de la sueur suffisaK pour étabhr un courant galvanique, et l'opinion des plus expérimentés en ces nnlièrcs était tout à fait favorable à ce remède. Le capitaine Ëads inchne beaucoup à lui croire de la valeur

Les ingénieurs du port, qui ont très-souvent visité les travaux des caisses n'ont jamais été malades.

* The effecls ofcompressed air on the human body. — The Med» Time* and GaxUi vol. II, p. 291-292, 1871.

Les médecins ont beaucoup différé sur la cause des accidents. Les uns soutenaient qu'un retour plus ménagé à la pression normale aurait été moins dangereux ; les autres accusaient de tout le mal la trop rapide compression. Le fait' que les ouvriers employés aux fermetures des portes n'ont jamais été affectés, bien qfue, pendant les deux heures de leur travail ils aient été très-fréquemment dans les conditions extrêmes et alternatives de pression — un moment à la pression normale, et 5 minutes après supportant un poids de 50 livres par pouce carré à la surface de leur corps — semblerait prouver que ces deux théories sont erronées, et nous fait penser que la véritable cause de danger réside dans la longue durée du séjour dans cet air où le corps supporte une pression si extraordinaire, et non des alternatives rapides auxquelles il est exposé

Les transitions duraient de 3 à 4 minutes

En considérant que des milliers de personnes avaient visité impunément pen*dant peu de temps les chambres à air, même des dames délicates, et après que le caisson eut atteint le roc, et qu^aucun accident sérieux n'est arrivé aux ouvriers après la réduction à 1 heure du temps de travail, M. Eads a conclu que la vraie cause était dans le travail prolongé.... Un séjour trop long était invariablement suivi de paralysie. Le D' Jaminet, médecin des travaux, étant un jour resté 3 heures 5/4 quand la profondeur était de 90 pieds, fut dangereusement attaqué après être rentré chez lui.

LeD' Bauer*, chirurgien du « City-hospital », auquel on apporta 25 ouvriers atteints pendanl la fondation du pont de Saint-Louis, et présentant ce qu'il appelle a Brigde-cases », a donné, sur les phénomènes observés chez ces malades d'intéressants renseignements :

La respiration devient plus fatigante, le pouls plus rapide au début de la compression, ce qui passe assez vite chez les gens bien portants. La voix prend un timbre nasal qu'elle conserve même après la sortie de l'air comprimé.

En sortant, tous les ouvriers sont très-pâles, extrêmement fatigués, jusqu'à s'étandre sur le sol. Chez d'autres on voit des contractions musculaires involontaires, ^horéiformes, avec saignements du nez et du poumon.

Dans les cas graves, on voit des paralysies à différents degrés, depuis une légère [larésie jusqu'à une perte complète du mouvement et de la sensibilité.

Très-souvent, l'urination est rendue difllcile et tout à fait impossible, en telle sorte qu'il faut les sonder : l'urine est souvent sanguinolente. La respiration n'esl pas troublée; la ûèvre se montre rarement et elle amène une terminaison fatale. La mort survient dans un état comateux, avec délire, hoquet, respiration stertoreuse et crampes musculaires ; les pupilles sont vers la fin dilatées

Parmi les malades observés, quelques-uns seulement guérirent dans le cours de [a première semaine ; d'autres restèrent un mois en traitement ; quatre moururent. Chez les paralytiques, on trouve des hyperémies des méninges cérébrales H médullaires, de l'œdème de l'arachnoïde, des ramollissements du cerveau et de a moelle sans localisation déterminée. Dans un cas, le ramollissement occupait les

* Paihological effecU upon the brain and spinal cord ofmen exposed to the action '>f d largely increased atmospheric pressure. — St Louis, Med, and Surg.joum., mni 1810. — Ext, in CanstatVs Jatir., 1. 1, p. 178, 1870.

cornes antérieures et le cordon latéral sur toute la longueur de la moelle. Baumgarten trouva dans ce foyer d'abondantes cellules de la névroglie atteintes de dégénérescence graisseuse.

Les mêmes faits ont été relatés par M. l'ingénieur en chef des ponts et chaussées, MalézieuxS dans son beau rapport de mission sur les travaux publics des Étals-Unis d'Amérique en 1870. Il reproduit textuellement (p. 91-95) le passage du rapport de Tingènieur Eads, que nous avons cité plus haut.

M. Malézieux a également donné des détails sur la fondation du pont qui devait relier New-York à Brooklyn. Lors de sa visite, on en était seulement au début des travaux. Mais les projets étaient gigantesques ; le caisson de fond avait 52"',46 de longueur, sur 31",H de largeur, soit plus de 16 ares de superficie.

Dans un second Mémoire*, M. Malézieux nous donne la profondeur définitivement atteinte. La pile de Brooklyn fut fondée par 15"; celle de New-York, par 24°.

Pour cette dernière, on avait installé un chauffage à la vapeur, dans chacune des écluses à air, afin de prévenir le refroidissement que produit le brusque échappement de l'air comprimé (p. 585).

Quant aux effets physiologiques, M. Malézieux déclare :

QuMl a peu de chose à ajouter à ce qu'il a rapporté ailleurs sur le pont de Saint- Louis. M. Rœbling (c'est ringénieur-coiistructeur) signale pourtant ce fait, que k jeu des poumons se modifie involontairement dans Fair comprimé; le nombre de fois qu*on respire dans un temps donné se réduit de 30 à 50 p. 1 00 ; ce qui indi» querait que l'organisme réagit contre l'introduction de l'oxygène à dose deux on trois fois plus considérable que dans l'atmosphère normale.

La conséquence naturelle à tirer de cette observation, est bien celle qiK M. Eads avait formulée à Saint-Louis : abréger la durée du travail dans Tair comprimé à mesure que la pression augmente.(P. 395.)

Je citerai, en terminant, quelques renseignements que je dois à l'obligeance des administrateurs d une grande compagnie industrielle, qui s^est beaucoup occupée de la fondation dès ponts par l'air comprimé. Ces documents ont rapport à des travaux tout récents, exécutés hors de France; une discrétion dont chacun comprendra les motifs m'empêche de donner avec plus de précision les détails de date et de lieu.

Voici d'abord des indications générales sur la manière dont étaient

* Travaux public» dcÈ Étah'Vnu d Amérique en 1870. — Paris. 1873. « Fondation» à Vair comprimé. — Ann. de» Pont» et Chau»»ée», 1874, !•• p. 329-401.

conduits les travaux, et dont sont survenus les accidents; elles émanent du directeur du chantier lui-même :

1* A une profondeur de 20 à 22", on faisait encore des postes de 8 heures, et nos hommes n'étaient pas trop fatigués, aucun ne souffrait de la pression, ils étaient seulement incommodés par la mauvaise odeur des vases et par Tair chaud, que cependant nous avons soin de renouveler assez fréquemment par la colonne d'ascension; sous cette pression de deux atmosphères, les ouvriers se décomprimaient en 4 ou 5 minutes.

S'' De 22 à 25 métrés, on a fait des postes d*ime durée de 4 heures; sous cette pression, les hommes ont commencé d^être atteints assez fort; la décompression s*opérait en 10 minutes, Torifice du robinet de sortie n^était que de 25 millimètres, puis ensuite de 18 millimètres.

3** De 23 à 28 mètres, les ouvriers se relevaient toutes les 3 heures, pour se décomprimer, au moyen dun robinet dont Torifice était réduit à iO""; il fallait iOà 17 minutes, et c*est en travaillant sous cette pression que nos hommes ont été le plus fatigués; très-souvent if est arrivé que 4 sur 7 se sont trouvés pris par la pression dans les jambes, dans la tète, dans Testomac ; à d'autres, la décompression leur causait une paralysie de la vessie ou de la vue; plusieurs de ces ouvriers ont éprouvé des souffrances horribles pendant deux ou trois jours et ensuite trois ou quatre jours de convalescence avant de pouvoir reprendre leur travail ; ce sont ceux-là qui sont le plus fortement atteints; quant à ceift qui sont moins atteints, ils éprouvent aussi de fortes douleurs pendant vingt-quatre heures et ensuite 1 ou 2 jours d'incapacité de travail. (22 juillet 1875.)

— (^omrne suite à ma lettre du 22, je vous informe que depuis quatre jours nous n'avons eu que deux ouvriers atteints de la pression; mais légèrement, assez cependant pour les empêcher de travailler, nous avons encore à Thospice 2 ouvriers fortement atteints de pression depuis le 21 à la sortie du poste de 6 heures du soir ; ils sont paralysés dans les parties inférieures du corps, on est obligé de les sonder iK)ur les faire uriner.

L'éclusage dure en moyenne 18 minutes, les postes sont de 3heures. (28 juillet.)

— Comme suite à ma lettre du 28 courant, je viens vous informer que Tun des deux ouvriers fonceurs à Thôpital pour la pression, le nommé R. est mort aujourd'hui à midi et demi. Le deuxième ouvrier est, de l'avis des médecins, hors de danger ; il n'a plus en ce moment que les deux jambes paralysées, ce qui, on Tespére, disparaîtra d'ici peu de temps.

Les médecins prétendent que la mort de R. est due à la pression, qui aurait attaqué la moelle épinière; cet homme avait déjà travaillé aux fonçages à l'air comprimé, mais sans jamais dépasser 2 atmosphères 1 ou 2/10. (30 juillet.)

Le premier des deux ouvriers gravement atteints dont il vient d'être question est retourné dans son pays ; on n'a plus eu de renseignements sur lui.

Quant au sieur R., son autopsie fut faite. Elle a donné un remarquable résultat que le D' L. décrit dans une lettre adressée à la compagnie, et dont voici la traduction :

Après l'ouverture du canal spinal, j'ai trouvé à la hauteur des vertèbres de la poitrine, la moelle épinière tout à fait ramollie; elle était sur une étendue de quel

qiies pouces transformée en une masse molle et coulante, d'une couleur jaune gris, qui en montant et descendant se perdait dans la partie saine.

La moelle était en général surchargée de sang, ainsique le cerveau, mais du reste je n'y ai rien observé d'anormal, pas plus que dans les autres organes.

g 3. — Plongeurs à scaphandre.

Ainsi que nous l'avons dit en commençant ce chapitre, la cloche à plongeur a été entièrement abandonnée pour le scaphandre, appareil infiniment plus simple, moins coûteux, et qui permet à chaque ouvrier de travailler isolément avec une certaine liberté.

Je n'ai nullement l'intention de remonter aux origines, cependant fort récentes, de cette invention ; le mot lui-même (cxi^s;, bateau, àv5péç homme) date de la fin du siècle dernier, et s'appHquait à une simple ceinture de sauvetage. Ce n'est guère que depuis cinquante ans que Siebe, de Londres, puis M. Cabirol, et enfin MM. Rouquayrol et Denayrouze, en ont fait un appareil pratique et facile à employer pour les pêches des huîtres, du corail, des perles, des éponges, le sauvetage des objets submergés, le nettoyage et l'inspection des carènes de navires, etc..

Je ne puis cependant m'empêcher de dire un mot d'une invention singulière de Borelli, qui n'était pas sans rapport avec le scaphandre, et qui est intéressante pour l'histoire des théories de la respiration ; j'emprunte la description de cet appareil fort mal conçu, puisqu'on n'y renouvelait pas la provision d'air du plongeur, à Brizé-Fradin qui le cite, sans indiquer où le célèbre iatro-mathémalicien a décrit son appareil. Il s'exprime en ces termes :

Borelly. inventeur de la machine appelée vessie du plongeur, la préfère, on ne sait trop pourquoi, à la cloche de Halley. C'est un globe d'airain ou de cuivre d'environ deux pieds de diamètre, placé au-dessus de la tète du plongeur ; il est joint à un habit de peau de chèvre fait à la mesure du plongeur. Dans co globe sont des tuyaux par lesquels on y entretient la circulation de l'air, le plongeur porte à son côté une pompe à air au moyen de laquelle il peut se rendre plus pesant ou plus léger, comme font les poissons en pressant ou dilatant leur vessie à air : de cette manière il croit prévenir toutes les objections faites à l'égard des autres machines, et particulièrement à celle relative au manque d'air, l'air qu'il a respiré étant, selon lui, dépourvu de ses qualités nuisibles par la circulation dans les tuyaux, (P. 44.)

Rappelons que dans la cloche à plongeur de Halley un individu pouvait faire quelques pas hors de la cloche et continuer h respirer

Teau exerce sur le reste de son corps. Cette condition est indispensable à remplir, comme nous le verrons dans la suite de cet ouvrage, et des accidents très-graves ont dû ôtre la conséquence de l'oubli, dans certaines circonstances, de celte règle fondamentale.

Or elle est scrupuleusement respectée par Tappareil de MM. Rouquayrol et Denayrouze. Le plongeur revêtu de leur scaphandre ne respire pas directement l'air que lui envoie la pompe ; sur son dos se trouve un réservoir métallique où l'air comprimé est incessamment emmagasiné, pour n'en sortir, grâce à un très-ingénieux mécanisme, que suivant les besoins du plongeur et à la pression rigoureusement nécessaire sous la profondeur atteinte. Quand le réservoir est plein, le plongeur peut détacher le tuyau qui va à la pompe, et se mouvoir librement pendant un certain temps. Enfin, il peut même, pour les travaux de peu de durée, supprimer le casque et prendre directement à la bouche le tuyau qui vient du régulateur (fig. 8).

Pour revenir à la surface , les plongeurs tantôt remontent une échelle de corde, tantôt se font hisser à bord au moyen d'une corde attachée à la ceinture. Dans l'un et l'autre cas, ils ne mettent guère que une ou deux minutes pour retrouver la pression normale.

Les scaphandres sont actuellement employés très-fréquemment dans tous nos ports de mer; mais les profondeurs atteintes sont généralement assez faibles, et ne dépassent guère 20". On s'en sert également beaucoup dans les mers de l'Archipel, pour la pêche des éponges. Ici, les fonds atteints vont jusqu'à 40°; je tiens même de M. Denayrouze qu'on a été à 48° ; la pression totale était donc dans ce cas de 5 atmosphères, 8.

Enfin, selon M. Leroy de Méricourt, les plongeurs à scaphandres aux ordres des compagnies anglaises auraient affronté la profondeur de 54°", la pression étant ainsi de 6 atmosphères, 4.

Ce n'est pas impunément que de pareilles pressions ont été supportées , ou pour parler plus ei^actement, ce n'est pas impunément que des plongeurs sont revenus de pareilles profondeurs, en quelques minutes, à la surface de l'eau. Des accidents nombreux ont été signalés, dont beaucoup se sont terminés par la mort. Leur fréquence et leur gravité sont telles, que les récits qui nous en ont donné connaissance semblent dédaigner et passer sous silence tout ce qui n'est pas paralysie ou mort. Cependant, les bénéfices financiers sont si considérables, que l'emploi des scaphandres va en augmentant chaque année. Us sont introduits depuis une douzaine

d'années seulement dans rArchipc]) où leur apparition a occasionné de vëritaLtes émeutes en 1S66; or, en 1867 déjà, une vingtaine de machines fonctionnaient pour la pèche des éponges. Il m'a été-

Fig. S. — Sctphindricr pourvu

régula leur Denayrouie, i

affirmé qu'il en existe aujourd'hui plus de trois cents, — et que les cas de mort s'élèvent à une trentaine par an !

Le premier document qui nous ait fait connaître ces accidents redoutables et curieux est dû à M. Leroy de Méricourt', et porte la

4i2 lliSTOlilUUE.

date de 1869. Cet article est rédigé, dit l'auteur, sur les renseignements contenus dans un mémoire manuscrit de M. Aublé, agent de la Société pour la pêche des éponges au moyen des appareils plongeurs Rouquayrol et Denayrouze :

Pendant la campagne de 1^67, il n'est survenu aucun accident sérieux parmi les hommes qui ont péché munis de cet appareil. Mais à la même époque, sur 24 hommes qui se servaient de 12 scaphandres de fabrication anglaise, 10 succombèrent.

L'absence de médecins sur les lieux de pèche et la difficulté d'obtenir des renseignements de la part des pêcheurs de TArchipel, qui sont d*un naturel fort défiant, n'ont pas permis d'être fiié, comme il eût été à désirer/ sur la nature des phénomènes qui ont précédé la mort des 10 hommes dont nous venons de parler. On a pu savoir seulement que trois d'entre eux étaient morts subitement en quittant le travail sous-marin, et que les autres avaient langui de un à trois mois, paralysés des membres inférieurs et de la vessie. En raison de l'existence de la paraplégie chez les 7 plongeurs qui ont survécu quelque temps, il est permis de supposer, jusqu'à un certain point, que ce phénomène devait également exister chez les 3 qui ont succombé rapidement.

Quelles sont les lésions qui ont amené la mort de ces malheureux pêcheurs pendant la campagne de 1867, et comment peut-on expliquer le mécanisme de leur production ? L'absence d'observations médicales et surtout d'autopsies ne nous permet d'émettre une opinion à ce sujet qu'avec beaucoup de réserve. La paraplégie est, il est vrai, un phénomène tellement caractéristique et apparent, qu'il n'est pas besoin d'être médecin pour le constater. Chez une des victimes, jeune Grec très-hardi plongeur, il survint une telle distension de la vessie que le père, dans fespoir de soulager ce malheureux, essaya de le sonder ; il détermina des désordres qui furent suivis d'une péritonite rapidement mortelle.

Nous verrons, au chapitre 111, l'explication que M. Leroy de Méricourt propose de ces accidents, qu'il attribue à des hémorrhagies médullaires.

Le reste de la note est consacré à de très-justes remarques sur la supériorité de l'appareil Denayrouze et la nécessité d'une décompression lente :

Tandis que le groupe de plongeurs parmi lesipiels les accidents sont survenus atteignaient les profondeurs considérables de 45 à 54 mètres et supportaient, par conséquent, une des pressions variant de 5 atm. 1/2 à 6 atm. 4 10, M. Denayrouze, avec une prudence qui lui fait honneur, avait donné l'ordre de ne pas dépasser 35 mètres, de ne pas séjourner plus de 2 heures 50 minutes, par plongeur et par jour, et enfin de remonter très-lentement en mettant une minute par mètre de profondeur. De plus, Tappareil employé offre de meilleures garanties que le scaphandre : l'air est débité proportionnellement aux besoins de la respiration, et à une pression mathématiquement égale à celle du milieu ambiant.

Mais il n'a pas été possible de faire observer par les Grecs ces

précautions rigoureuses. La décompression à laquelle M. Denayrouze avait assigné une durée de 15 minutes, a recommencé à se faire en une ou deux minutes. Aussi les accidents ont-ils reparu. Une lettre particulière de M. Denayrouze, en date du 9 juillet 1872, me donne sur ce point les renseignements suivants :

J'ai fait, pendant 6 mois, plonger une centaine d'hommes à des profondeurs variant de 50 à 40 mètres. 200 autres plongeurs étrangers travaillaient sous mes yeux dans les mêmes conditions. Tous ces gens-là respiraient de Tair à la pression du milieu ambiant, soit à 4 ou 5 atmosphères.

Cinq hommes sont morts à ces pressions, un grand nombre d'autres ont été atteints de diverses affections, dont les plus fréquentes ont été des paralysies des membres inférieurs et de la vessie, des surdités et enfin des anémies.

Les hommes soumis à des décompressions brusques étaient en effet plus exposés aux accidents que les autres. Ceux qui sont morts n*ont jamais expiré au fond de Teau, ils remontaient se plaignant de douleurs internes, au cœur en particulier, se couchaient dans leur barque et s'éteignaient au bout de quelques heures.

Le 19 juillet 1872, un jeune médecin qui avait fait en 1868 une campagne à bord d'un bateau destiné à la pèche des éponges, sur les côtes de la Turquie, Alphonse Gai \ soutenait devant la Faculté de Montpellier une thèse fort intéressante sur les faits qu'il avait observés.

Dans la première partie de son travail, il étudie les modifications qu'apporte le séjour dans l'air comprimé aux fonctions physiologiques. Je ne rapporte naturellement que la part d'observations qui lui est personnelle.

En parlant d'abord de la respiration, il dit :

Il est impossible dans un scaphandre de se servir du spiromètre ; el. il est assez difficile d'apprécier des sensations de Tordre de celles que nous étudions. Pourtant, à des pressions variables depuis 15 jusqu'à 25 mètres, je me suis étudié au point de vue des mouvements respiratoires, et je crois à une dilatation moins grande qu'à l'état normal. Sans doute la capacité pulmonaire, ce que M. Bucquoy appelle la capacité vitale, augmente, dans les inspirations où Ton demande aux poumons toute leur puissance ; sans doute, quand on fait Texpérience et qu'on cherche à produire l'ampliation la plus étendue, les résultats sont plus avantageux dans l'air comprimé ; sans doute aussi le malade soumis au bain d'air, éprouvant rapidement une sensation de bien-être due à la perfection plus grande de l'hématose, fait instinctivement de grandes inspirations ; mais le plongeur, soumis à une pression de 2, 3 et 4 atmosphères, n'éprouve nullement la nécessité d'agrandir sa cavité pulmonaire, et comme Foley, je crois à l'intervention des centres nerveux pour modérer l'étendue de l'inspiration, étendue devenue iuu-

* Des dangers du travail dans Vair comprimé el des moyens de les prévenir, — Thèses de Montpellier, 1872.

tile en raison de la quantité plus considérable d'oxygène mise en rapport a?ec les capillaires du réseau pulmonaire sous un volume simplement égal au volume normal.

Ainsi en résumé pour les inspirations forcées, le développement pulmonaire croit avec la pression atmosphérique ; mais pour les inspirations ordinaires surtout chez rhomme sain» cette loi n*est plus exacte, car on observe plutôt, tout an moins j*ai cru le constater, surtout aux pressions de2 à 3 atmosphères, on observe plutôt, dis'je, une diminution dans Tampliation pulmonaire. (^. 17.)

Relativement au nombre des mouvements respiratoires :

J*ai pu, pour mon Compte, faire à ce sujet un nombre considérable d'observations ; quand un plongeur se trouvait «u fond de Teau, à une petite distance du bâtiment et que la mer était calme, je voyais parfaitement arriver à la surface les bulles d'air de chaque respiration. Gomme on a pu le voir dans la description du sac à air régulateur* le plongeur avec scaphandre Denayrouzc respire par la bouche de l'air contenu dans un réservoir, et il expire encore par la bouche. L'air ainsi expiré s'échappe par une soupape qui se referme aussitôt après l'expiration. On peut donc ainsi mesurer l'espace qui sépare deux actes respiratoires, et le plongeur pendant ce temps se trouve dans les conditions normales de travail et ne sait pas qu'il est observé. J'ai pu remarquer ainsi les différences individuelles, mais dans de très-faibles Hmites. Le minimum des respirations a été de 12 ; le maximum de 50 ; mais il ne faut pas croire que la moyenne soit le nombre intermédiaire à ces deux chiffres. Sur toutes les observations que j'ai prises, elle est de 18, mais elle est trop élevée et ne peut donner le chiffre normal des inspirations dans l'air comprimé. En effet, toutes les fois que j'ai constaté chez un plongeur un nombre de respirations plus élevé que 20, je suis sûr que cette accélération respiratoire tenait à (me cause fortuite (émotion, effort musculaire, marche rapide, etc.). Dans bien des cas, en suivant la respiration du plongeur pendant quelques minutes, je l'ai vue peu à peu redescendre et arriver au-dessous de 20.

En résumé, les modiGcations physiologiques de l'appareil respiratoire portent sur l'étendue et le rhythme des mouvements. Ajoutons à ce que nous avons dit à ce sujet que la respiration est toujours très- facile dans l'air comprimé. Nous sommes en ceci d'accord avec tous ceux qui ont expérimenté dans de bonnes conditions de ventilation. Sous l'eau, quelle que soit la profondeur, on respire facilement et librement. (P. 19.)

Nous avons vu chez les plongeurs les mouvements respiratoires augmenter de nombre à mesure qu'ils montaient l'échelle et par suite se décomprimaient. 11 faut sans doute attribuer à l'acte même de la décompression une grande partie de cette accélération, car la montée est excessivemens facile pour les plongeurs ; et grâce à Tair contenu dans leur habit, et qui se dilate à mesure que Tascension avance, ils ont plutôt besoin de se retenir que de faire des efforts pour monter. Mais quelle que soit l'intensité de pression subie, jamais cette accélération des mouvements respiratoires ne va jusqu'à l'anhélation. (F. 21.)

Passons à la circulation t.

Dans les scaphandres, on ne peut faire à ce sujet que des observations peu exactes ; le pouls est très-difficile à percevoir et on n'a pas de moyen de mesurer avec précision le temps employé à Tobseiwation. J'ai pourtant essayé de me rendre

compte du rhythme de ma circulation et je ne crois pas que sa vitesse ait jamais diminué.

Nous pouvons dire» sans chercher à Texpliquer, que dans Tair comprimé, aux pressions employées par les pêcheurs d*éponges, le rhythme de la circulation ne parait pas modifié.

U n*en est pas de même de Tamphtude des pulsations : pour ceci tous les expérimentateurs, Junod seul excepté, sont d^accord. Ils admettent tous que dans Tair comprimé le pouls devient filiforme et quelqueiquefois insaisissable

Évidemment les capillaires artificiels et les artères les plus rapprochées de la peau subissent davantage Tinfluence de la pression extérieure et leur calibre diminue. Si Ton entre dans Tair comprimé avec une partie de muqueuse on de tégument externe congestionnée, Tinjection ne tarde pas à disparaître. Dans le scaphandre, malgré les bracelets en caoutchouc qui serrent fortement le poignet, la main est décolorée. Mais si la quantité du sang diminue à la périphérie, les organes qui par leur position sont moins directement soumis à Taclion de Tair comprimé ont une circulation plus abondante. Le poumon se trouvant dans les mêmes conditions que la peau, doit recevoir moins de sang qu'à Tétat normal. (P. 22-25.)

Si on revient d'une pression plus forte à la pression normale, les battements s'accélèrent, le pouls qui était filiforme reprend de son ampleur, et si la différence des pressions a été considérable, on observe quelquefois des hémorragies légères.

L'unanimité des auteurs sur cette question est parfaite. Nous n'avons pas pu suivre les modifications de la circulation pendant Tacte même de la décompression ; mais nous avons constaté par un grand nombre d'observations qu'au moment de l'arrivée sur le pont le pouls des plongeurs battait presque toujours plus de 80 fois par minute. Sur 240 observations nous l'avons trouvé :

Au-dessous de 80 pulsations 11 fois.

Une demi-heure après, 203 fois, le pouls était revenu à peu près à la normale ; 3 fois, il était tombé manifestement au-dessous et 34 fois, il était encore entre 75 et 80 pulsations.

Ici, comme pour la respiration, nous ne pouvons attribuer l'accélération du rhythme à l'acte même de la montée. Nous l'avons dit, la fatigue musculaire est à peu prés nulle à cause de la dilatation de Tair dans l'habit et de la lenteur avec laqueUe on s'élève. (P. 24.)

Les sécrétions lui fournissent les observations suivantes :

Tous les auteurs, sauf BOI. Foley et François, constatent une sécrétion plus con-* sidérable d'urine ; je crois que cette opinion est la vraie. Les plongeurs que j'ai observés ne pouvaient rester plus d'une heure et demie soumis à une pression de 20 mètres d'eau sans que le besoin de la miction se Ht sentir ; quelquefois même, il leur arrivait d'uriner dans leurs habits. L'augmentation de la sécrétion salivaire n'est notée que par MM. Eugène Bertin et Junod ; pour moi, je ne puis, à cet égard, avoir une opinion : chez tous les plongeurs français et chez moi-même la sécrétion salivaire était plus abondante qu'à l'état normal ; mais la présence dans la bouche d'un appareil de caoutchouc destiné à l'arrivée de l'air rend parfaite^ ment compte de ce phénomène.

iïO HISTORIQUE.

Aprtïs celte série d'observations d'ordre purement physiologique, M. Gai arrive à lélude des dangers des foiies pressions. 11 divise les maladies qu'on peut attribuer à l'eflel de l'air comprimé on deui citt^ories : le» maladies (t di'biil brusque, qui ne sur\iennent jamais, quand le plongeur est dans l'air comprimé, et sont le fait de la décompression ; les nial;jdies à début insidieux, qui doivent être directement rattucliées à Taclion de l'air comprimé.

Maladies à début brusque. — Au premier rang M. Gai place Us pures :

Celle maladie disparait sans aucun Irailempjil el se lermine lorsque intervient une hyperséi-rétion siidorale, (Foley, p. 53.) Esl-cc donc parce que nus plotigeun élaieni loujcurs couverU de su<!ur lorsqu'ils arrivaient sur le putit que je n'ai jamitis eu l'occasion de i'obserrer! Cela me parait inlinimeiil probable. {P. 59.]

Viennent ensuite les douleurs musculaires, les arthrites :

Parmi lotîtes ces aflections. j'ai vu seulement des douleurs excessivement vives surïenanl brusqueraenl. el bienlùt après la sortie de l'air comprimé ; alTectanl plus sp^ialenient les parties du corps où l'efroii musculaire a êléte plus soutenu, le Ueltoitde KaD<^l'^ en Rénéral cliez les plongeurs; presque toujours un peu de gontlemenl de la p.irlie a'fTeclée, mais sans aucune rougeur. Jamais cêh douleurs n'ont duré plus de deux jours, et le plus souvent elles ilispiiraissaieiil au bout de quelques heures.

Tous les plongeurs, sauf les nommés Thépot et Paugani, les ont éprouvées ■ plusieurs reprises. :

Je n'ai pas dté d'observalions i ce sujet, parte que ces affections, toujours l&- ' ^ères, ne m'ont jamais rien représenté d'anonnal, soit dans leur marche, soit dans leur terminaison. Des frictions avec le baume U^nquille ou l'application d'un cataplasme laudaoiaé les ont toujours fait disparsulre.

Puis les oloigies et otites, dont M. Gai cite quelques exemples» des troubles gastriques, dont ta cause est peut-être dans les ceallÇI nerveux, l'a cas d'hémorragie a été observé, qui présente oeH^k circonstance rare d'avoir débuté pondant la compression n

Le lô décembre, le nommé Fëroc. 3K ans, plongeur exercé su s descend par une profondeur de 4 ï 15 ', reste trois quarts d'heure i remonle avec une hémurrajjie uasale qui s débuté, pnidanl qu'il i k la pression. La face est lèiiéremeni tuUuMU&JejMnb à 7" " imsiéme hémorragie uas.ite nn'il ^ubil. et txiuioursej' lÀinme lesprécéileuleï, -

Le 13 janvier, ce m^m 15 décembre, par 50" .1

ditions: seulem-i" '•■ : — ., ■

heure après il '

Krictiun eiaij

ne peuvent le supporter, quoique, lorsqu'il est dans le hamac, il puisse les remuer comme la veille; affaiblissement de la sensibilité.

Pouls à 70, plutôt dépressible que fort. Respiration normale, pas de douleurs ; Touïe qui la veille était encore un peu faible à gauche, est revenue à son état normal.

Je fais promener des sinapismes sur ses membres inférieurs et le long de la colonne vertébrale. Tisane de sureau. Cathétérismes le matin. Potages.

Le soir, la paralysie a cessé ; le malade urine facilement. Rien de nouveau dans son état; depuis le jour de Taccident, c'est-à-dire le 20 janvier, il n'a pas eu de selles.

24 janvier. Même état des jambes ; pouls et respirations normaux. Pas de selles. Le malade désire manger

27 janvier. Légère amélioration, mouvements des membres inférieurs un peu plus faciles, sans qu'il y ait beaucoup de force

Depuis ce jour jusqu'au 50 janvier, l'amélioration a marché avec une grande lenteur; puis brusquement, le !•' février, le malade monte sur le pont, et c'est à peine si dans sa démarche on peut s'apercevoir qu'il a été paralysé des membres inférieurs.

Pendant les jours suivants, le mieux se maintient; seul, le rectum est encore paralysé. On ne peut obtenir que des lavements purgatifs.

Le malade a été trés-indocile, tout le temps qu'à duré sa maladie ; j'ai pu constater qu'il est d'un caractère extrêmement faible, et qu^il se laisse très-faciment abattre par la souffrance.

J^aurais voulu le purger dès le premier jour ; mais malgré toutes mes Représentations, il n'a pas voulu y consentir.

Jusqu'au 5 février, il n'est pas allé à la selle et il souffre beaucoup de sa constipation. Je lui administre, sans qu'il s'en doute, quatre-vingts centigrammes de calomel dans du lait ; cette purge amène une débâcle qui est le signal de son complet rétablissement. A partir de ce jour, le rectum reprend ses fonctions normales, et la santé de ce plongeur est très-florissante.

M. Gai donne encore trois observations du même ordre, dont il a pu recueillir lui-même les éléments, quoiqu'il n'ait pas vu les malades au moment de l'accident. Dans le premier cas, la mort est survenue par suite de l'ignorance du médecin :

Le 5 août 1869, le nommé Nicolas Théodoros fut pris de paralysie des membres inférieurs. •''

Ce plongeur péchait sur les côtes de la Crète depuis le commencement de mai c*est-4i-dire depuis trois mois. C'était un homme de grande taille et en même temps d'une corpulence énorme» due surtout au développement très-considérable du tissu adipeux.

Le 5 août, il péchait aux environs de Sitia et, depuis huit jours, il affrontait des profondeurs de vingt brasses et plus, c'est-à-dire de 30 à 35". Aucun accident richeux, aucune douleur n'ét»it venue l'avertir, lorsque le 5 août, un quart d'heure après être remonté d'une profondeur de 37", il fut pris de paralysie complète des membres inférieurs.

J'ai pu savoir par les Grecs qui montaient le même bateau, qu'il était resté au fond plus d'une demi-heure, qu'il s'était, selon la mauvaise habitude des Grecs, fait hisser, et que, par suite* la décompression avait été très-rapide.

n a?ait quitté ses vêtements de plongeur, et allait se reposer sous le pont de son caîque, lorsque la maladie débuta insidieusement par un malaise général, et bientôt il s'aperçut qu*il ne pouvait plus remuer ses jambes» et qu^elles étaient complètement insensibles.

Malheureusement, je me trouvais en ce moment à la Ganée, c'est-à-dire à plus de cent milles de l'endroit où se trouvait ce malheureux plongeur. Sa barque vint au point le plus rapproché, où Ton espérait trouver du secours; ce fut à Sitia. Il n'y avait là qu*un médecin italien complètement ignorant des accidents qui peuvent arriver aux plongeurs.

^e trouvant pas de Gèvre, pas de douleur, il ne sut à quoi attribuer la maladie et resta complètement inactif. Le certificat de décès qu'il délivra aux camarades du plongeur porte seulement qu'il est .mort : Da stranguria et costipazione ventrale.

f Quoique ces mots indiquent qu'il avait reconnu l'impossibilité où se trouvait le plongeur d'uriner et l'absence des selles, il ne s'occupa pas du tout de la première indication, ne sonda pas le malade, et se contenta de lui donner une purge; encore ne le fit-il que le huitième jour de la maladie, la veille de la mort.

La paralysie, qui avait été indolore au commencement, ne tarda pas à s'accomprigner des symptômes ordinaires à la paralysie de la vessie et. du rectum, quand on ne vide pas la première, et qu'on n'entretient pas la liberté du ventre.

Quand j'arrivais à Sitia, le 16 août, le malade était mort depuis deux jours après des souffrances atroces, siégeant dans labdomen, et accompagnées d'augmentation considérable du volume de cette partie du corps. Les renseignements que m'ont fournis ses camarades étaient assez récents, et je suis convaincu que Théodoros n'a succombé à la paraplégie que par défaut de soins. On verra par les observations que je vais citer que, lorsque la paralysie n'atteint que les membres inférieurs, la guérison est assez fréquente, ou tout au moins, si les individus atteints conservent la paralysie des membres, ils ne meurent pas, ou tout au moins ne meurent qu'au bout de plusieurs mois. (P. 48.)

Dans les deux autres cas, la paraplégie sW à moitié guérie :

J'ai vu à Symi deux plongeurs, Foti Kazi Foti et Yanni, qui, pendant la campagne de 1867, ont été tous deux paralysés complètement de toute la partie inférieure du corps. Ils revinrent aussitôt l'un et l'autre à Symi, où ils furent soignés par un docteur qui avait fait ses études médicales à Paris, M. Migliorati. J'ai eu l'occasion de causer avec ce dernier ; malheureusement il était fort malade, dans la période ultime d'une tuberculisation pulmonaire, et il ne put me donner que peu de renseignements.

Les deux plongeurs sont restés trois mois sans pouvoir se servir de leurs membres inférieurs ; peu à peu, pourtant, il leur a été possible de faire quelques mouvements ; la paralysie de la vessie et du rectum a disparu la première. M. Migliorati a épuisé sur eux toutes les ressources de la thérapeutique : frictions, vésicatoires, ventouses scarifiées, teinture de noix vomique, soit en frictions, soit à rintèrieur, etc. Il n'a pourtant pas essayé la cautérisation et la faradisation.

Au moment où je les vois, je constate que la lésion paralytique des membres inférieurs persiste toujours; il y a plus d'un an qu'ils ont été frappés. Pourtant la marche est possible, à condition qu'ils s'aideront de deux bâtons, mais ils n'ont pas besoin de béquilles. On voit qu'ils ne soulèvent les jambes qu'avec peine, et ils ne le font qu'autant que c'est rigoureusement nécessaire.

J*inteiToge la sensibilité, et je trouve un aFTaiblissement marqué ef , des deux côtés, de la sensibilité tactile, de la sensibilité à la chaleur et au froid, de la sensibilité à la douleur.

Tous les autres appareils, toutes les autres fonctions sont à l'état normal. Je constate pourtant un peu d'anémie chez Vanni, mais elle ne tient pas à la paralysie; il neu, pendant l'année 1868, des rién*es intermittentes rebelles, guéries depuis |)eu de temps, quand je le vis.

Les muscles des membres inférieurs ne sont pas manifcslemenl atrophiés. Ces deux hommes continuent à se servir du scaphandre. Us ont repris leurs travaux, fun au mois d'octobre 1868, Tautre au mois de mai 1869, et trouvent que U marche est plus facile dans Teau qu'à Tair libre.

Au mois de janvier 1870, ils étaient dans le même état. (1*. hO.)

Vient ensuite une série de 9 observations, dans lesquelles 2 plongeurs sont rrioris très-rapidement, l'un après vin-^t-qualrc heures, l'autre après trois mois, des suites de la paraplégie. 1^*3 5 derniers ont guéri plus ou moins complètement. Je reproduis intégralement CCS observations, fort succincles, du reste :

1. Le 25 juin 1868, à Navarin, Jorgieos Koulcliouraki, descendu par une profondeur de 40 à 45", est resté un quart d'heure au fond. Selon la coutume des plongeurs grecs, il s'est fait hisser après ce temps : il e^t arrivé sur le pont du bateau en parfaite santé; quelques minutes après, il s'est plaint de tournoiements de tète, et il est tombé sur le pont. Perte de la parole et de l'intelligence; face rou^e : mort subite.

il. Le 10 juillet 1868, dans l'Archipel grec, Manolis Couloumaris, descendu par une profondeur de vingt-cinq brasses, c'est-à-dire à peu près de 40", est reslô environ trois quarts d'heure au fond. Au bout de ce temps, il a fait le signal convenu, et il a éié hissé. 11 était sur le pont depuis un quart d'heure à peu près, cl, au dire de ses camarades, il pressait les éponges qu'il avait remontées, lorsqu'il fut brusquement saisi par de fortes douleurs, et presque aussitôt, pert3 de connaissance absolue. H succomba rapidement.

111. Le 15 juin 1869, sur la côte de Bengasi, le nomme Joanni< Xippas di'scendil par vingt brass«»s de fond, c'est-à-dire de 50^ 55". (!c plongeur était descendu |>endant cinq jours de suite, et à plusieurs reprises charfue jour, par des prolondeurs toujours supérieures à 50", et jusqu'alors il navail rien éprouvé de fàcIhmix, sauf un peu de douleur dans le bras gauche.Le 15 juin il en était à sa seconde descente, lorsque l'accident lui arriva. Uemonlô après un séjour de plus d'une dcuii-heure, il ne parut tout d'abord rien éprouver de fâcheux, et descendit sous le pont de son caïque pour se reposer, (le ne lut qu'une heuie aorés ((u'un de ses camarades, descendant auprès de lui, le trouva sans connaissance, la figure rouge, les membres complètement inertes et couverts de sueur froide. On essaya de le réchauffer, sans pouvoir y parvenir.

On mit à la voile pour se rendre à Alexandrie, où Ton espérait trouver du secours; mais la mort arriva au bout de vingt-quatre heures. Le malade était resté tout ce temps dans Timmobilitè la plus absolue. Il n'y avait pas eu de selle ni de mixtion. Ceux qui ont assisté à sa mort assurent qu'un peu avant de mourir, il aurait donné quelques signes d'intelligence et de souffrance; mais la paralysie des membres est restée complète.

lY. Le 1«' juillet 1869» sur la côte de Rhodes, le nommé Nicolas Roditis, qui

FOItTES PKËbStOiNS : bCAt'HANDHKS. 421

plongeait à la machine depuis trois mois environ, remonta d'une profondeur de 35 à 40 mètres. Au bout d*une demi-heure, il est pris de fortes douleurs dans la région épigastrique, et en même temps s*aperçoit qu'il ne peut plus se tenir sur ses jambes. On le ramène à Rhodes, où il s'adresse d'abord à un charlatan, qui le fait mettre dans un four. Il n'est pas soulagé, comme on le pense bien ; les douleurs d'estomac persistent; la paralysie de la partie inférieure du corps était complète, et portail sur les jambes, les cuisses, la vessie et le rectum. Aux douleurs de la région épigastrique s'ajoutait la tension du ventre ; il y avait trois jours qu'il n*avait pas uriné et qu'il n'avait pas eu de selles, quand il fit appeler un médecin italien, qui para au plus pressé en le sondant, et qui essaya ensuite de guérir sa paraplégie. On lui donna divers remèdes et on lui fit des frictions; mais il a été impossible de savoir au juste quel traitement on lui fit suivre.

Un mois après Taccident, il arrive à Galymnos, où le voit le docteur Pélicanos. A ce moment, il est complètement paralysé de toute la moitié intérieure du corps, aussi bien du côté de la motilité que de celui de la sensibilité. La vessie et le rectum participent à la paralysie.

De plus, il porte à la partie postérieure et inférieure du tronc une large eschare de 14 centimètres sur 15. Toutes les parties molles sont ulcérées et le sacrum est à nu. A la hauteur des deux grands trochanters, on voit aussi deux plaies; l'une a amené la destruction de la peau ; dans l'autre, Tos est à nu. Eschare au calcanéum droit. Eschare à la partie inférieure et externe du cinquième métartasien gauche et à la plante du même pied. Douleurs atroces dans la région de l'estomac; constipation constante. Le malade est très-anémié.

On lui donne d'abord du sirop de lactate de fer, du quinquina, du vin vieux de Chypre et une alimentation aussi réparatrice que possible. On lave les plaies avec une décoction de camomille et de quinquina ; on le panse avec du vin aromatique. De temps en temps un purgatif avec l'huile de ricin ou la poudre de jalap.

Pas (l'amélioration ; les eschares s'agrandissent ; une fièvre à type intermittent quotidien, à exacerbations revenant tous les soirs, se déclare. C'était évidemment de la fièvre hectique.

L'appétit est presque nul, l'état général s'aggrave encore; une eschare gnngréneuse envahit le prépuce, et enfm le malade succombe dans le marasme trois mois après son accident.

Il y avait un mois que la paralysie de la vessie avait cessé ; mais il n'y avait eu aucune améhoration du côté de la motilité et de la sensibilité des membres inférieurs.

V. Au commencement de septembre 1868, le nommé Nicolas Kardachi est pris, sur la côte de Bengazi, dé paralysie des membres inférieurs, de la vessie et du rectum. 11 y avait chez lui paralysie complète des mouvements, hypéresthésie de la peau et vives douleurs depuis la hauteur des reins jusqu'à l'extrémité des doigts des pieds.

L'affection s'était déclarée fort peu de temps après qu'il fut remonté sur le pont de son calque.

On le ramène aussi vite que possible à Calymnos, où il arrive cinq jours après le début de la maladie. Il n'avait pas uriné et n'avait pas eu de selles ; la vessie, fort distendue, lui causait de vives souffrances. Le cathétérisme, l'emploi des purgatifs et l'application d'un large vésiciitoire sur le rachis, à la hauteur des lombes, furent les premiers moyens employés par M. le docteur Pélicanos.

Le malade était tout à fait sans fièvre ; l'appétit était bon ; le régime fut tonique dès le début.

Le vésicatoire de la région lombaire fut renouvelé, et les mouvements revinrent

peu à peu, en même temps que la sensibilité normale. La paralysie de la vessie fut la première à céder, et au bout d*un mois et demi le malade put marcher un peu en traînant les jambes. On lui fait d*abord des frictions le long de la colonne vertébrale avec de la teinture de noix vomique, puis ensuite avec le liniment suivant :

Huile d'olive. . 250 grammes.

Essence de térébentlimo 50 —

Camphre 4 —

Teinture de cantharides 4 —

Ammoniaque liquide 20 —

Le docteur Pélicanos se loue beaucoup de remploi de ce dernier médicament ; les mouvements revinrent peu à peu» et au bout de trois mois le malade était parfaitement guéri.

YI. Septembre 1868. ~ L*histoire de ce malade, nommé Nomikas Sissoîs, est tou* à fait la même que celle du précédent. H fut pris comme lui en péchant à Bengaz, à la fin de la saison de pèche, par des fonds de 55 à 45 mètres; il mit plus de temps pour se rendre à Galymnos, et Taffection a duré plus longtemps, que* qu'il ait pu marcher, en se traînant, au bout d'un mois.

Le traitement a été le même, la durée de la maladie six mois ; et en janvier 1870, c'est-à-dire quinze mois après le début, il ne lui reste qu'une légère hési tntion dans la démarche. On a essayé sur lui Tinjection dans la vessie d'une faible dose de sulfate de strychnine ; mais ce moyen n'a pas donné de résultats satisfaisants.

VU. Au mois d'août 1869, sur les côtes de Crète, le nommé Philippe Karai. toni est paralysé des membres inférieurs après avoir plongé à 55 ou 40 mètres de profondeur. La vessie et le rectum sont épargnés. On n'a employé comme traitement que le liniment excitant déjà indiqué, et la guérison a eu lieu en quinze jours.

Vni. Au mois de septembre 1869, dans l'Archipel grec, le nommé Georges Ervloîa est paralysé de toute la portion inférieure du corps; la vessie et le rectum sont pris; le malade éprouve aussi de violentes douleurs dans tout le corps. H «rrive à Calymnosle lendemain du début de son affection.

Le cathétérisme, un purgatif et l'emploi du liniment excitant amènent la guérison radicale en vingt jours.

IX. Au mois de septembre 1809, le nomm Georgios Baboris plongeait à Candie; il fut atteint légèrement de paralysie. Traité à Mégalo-Castro, il fut trèsrapidement sur pied, et U ne lui resta qu'un peu de faiblesse des membres inférieurs.

Après cette énumération intéressante, M. Gai ajoute :

Ce que nous venons de montrer par ces observations, la fréquence des lésions fonctionnelles de la moelle s'est aussi rencontrée pour les dix plongeurs qui sont morts en 1867. Trois seulement moururent subitement; les sept autres traînèrent plus ou moins longtemps. Ces derniers étaient tous paraplégiques. J*ai eu un autre but en citant ces observations, c'est de faire constater qu'avec des précautions, on peut arriver à diminuer sensiblement le nomfire des accidents.

Ainsi, en 1867, il y avait en Grèce 12 scaphandres montés par 24 plongeurs; il y eut dix morts. Les Grecs descendaient par des profondeurs de plus de 45 mètres.

FOr.TES PRESSIONS : SCAPllANDUES. 423

se faisaient hisser rapidement quand ils Toulaient remonter, faisaient un nombre considérable de plonges pendant la journée.

En 1868, il y avait au moins dix machines à Galymnos seulement. Elles employaient trente plongeurs; il y eut deux morts, et deux paraplégies suivies de guérison.

En 1869, plus de quinze machines, occupant plus de quarante-cinq plongeurs. Trois morts et trois paraplégies.

Je n'ai pu faire cette statistique que pourTile de Galymnos; mais on voit combien le nombre et la gravité des accidents ont diminué. La mesure de prendre trois plongeurs par machine, pour diminuer le travail journalier de chacun d'eux, et un peu plus de prudence pour ce qui regarde la profondeur, ont suffi pour amener ce résultat. Un petit livre publié en grec par M. Denayrouse et répandu à profusion parmi les pécheurs, a contribué sans doute pour sa part à cette amélioration. (P. 56.)

. Nous arrivons ainsi à la seconde catégorie de maladies observées chez les plongeurs. M. Gai les désigne sous le nom de Maladies à débiU insidieux : elles sont, selon lui, les manifestations multiples (amaigrissement, pertes de force) d'une anémie particulière :

Comme Ta fait Foley, nous attribuons Tamaigrissement à l'action même de Tair comprimé et ce que nous avons constaté maintes fois, qu'après plusieurs jours de travail, tous les plongeurs sans exception offraient des symptômes évidents d'anémie, et une prédisposition beaucoup plus marquée à être atteints par les affections à début brusque. C'était à ce moment-là que presque tous éprouvaient des douleurs musculaires plus ou moins vives, et que la prudence nous faisait une loi de leur faire prendre un repos réparateur. (P. 57.)

Je dois à M- le D' Sampadarios, d'Égine, une série d'observations curieuses et inédites que je transcris, sans en rien retrancher; je suis heureux de pouvoir le remercier ici de ses intéressantes communications :

Observation. I. — Pendant l'été de l'année 1866 on m'a appelé pour visiter le sieur L. Cet homme plongeait en scaphandre depuis quelque temps pour pécher l'éponge, il avait quarante ans. La veille, étant retiré du fond de la mer, il était tombé dans un état comateux; lorsque je l'ai vu, il était aux derniers moments, la face bouffie, bleuâtre, comme mort d'asphyxie.

Observation. II. — En 18C7, j'ai observé un autre malade; il était descendu, dit-il, trois fois dans la même journée pour pécher;. à la troisième il avait senti au fond de la mer une gène de la poitrine, et à peine avait-il eu le temps d'avertir en donnant le signe de le retirer. Ramené dans le bateau, il étiiit tombé dans un état comateux, tout à fait insensible, dont il s'était remis après trois heures. Il avait alors dyspnée, paralysie complète des membres inférieurs et de la vessie, constipation, paralysie incomplète (parésie) des membres supérieurs, d'un côté surtout. La dyspnée avait bientôt disparu, on a été obligé de vider la vessie par la sonde. On a suivi le malade pendant un mois, il y a eu une amélioration, puis on l'a perdu de vue.

Obsbrvatioii. III. — N. B., visité par un autre confrère; il a depuis quelques

mois une paralysie des membres inférieurs et de la vessie, avec constipation, les urines sont vidées toujours au moyen de la sonde. On remarque seulement une faible flexion dans rarticulaiion coxofémorale et dans celle du genou : paralysie de la sensibilité plus ou moins avancée. Le malade retiré du fond de la mer était resté pendant quelques heures dans un étnt comateux ; lorsqu'il s'était remis, il avait de la dyspnée, et les membres étaient paralysés.

Observation. IV. — N. A. jeune homme robuste, de l'âge de vingt-cinq ans, bien portant jusqu'à présent; depuis quelque temps il était attaché à une compagnie de |H>cheurs d'épongé, et il plongeait à scaphandre. J'ai été appelé pour le visiter le 20 juillet 1870, il m'a laconlé que deux jours avant il, avait trop travaillé, parce qu'il était resté cinq heures, dit-il, au fond de la mer pour ramasser des ôponges, et par conséquent il avait senti une espèce de défaillance. Cependant il avait plongé de nouveau pour travailler ; mais après une demi-heure de travail, il a senti qu'il se trouvait maL il a donné le signe de le retirer, et en l'a retiré, dit-il, bien vite, comme on a l'habitude, lorsqu'on voit qu'on se trouve en danger; on lui a ôté bien vite aussi le scaphandre, après quoi il est tombé dans un état d'insensibihté. Il avait senti un engourdissement des membres, du tournoiement de la tète, et de sa bouche, dit-il, sortait de l'écume. On n*avait pas appelé un médecin, parce que de pareils symptômes s'étaient présentés plusieurs fois aux plongeurs, et qu'au moyen de frictions et de révulsifs aux extrémités, ils étaient remis après quelques heures. Lui aussi s'était remis de cet état comateux après cinq heures, après qu'il eût vomi plusieurs fois; mais pendant vingtquatre heures il avait des tournoiements de tète, lorsqu'il ouvrait les yeux ; les membres inférieurs et la vessie étaient paralysés. Il y avait encore au commencement une espèce de parésie des membres supérieurs, qui disparut vite, mais la rétention de l'urine complète persista, et c'est pour cela qu'on m'a appelé le troisième jour.

J'ai trouvé la vessie montant jusqu'à l'ombilic: il y a de la constipation, les membres inférieurs sont paralysés : à droite paralysie complète de la sensibilité et du mouvement, à gauche la i;ensibilité se conserve en partie avec mouvement de flexion faible à l'articulation coxo-fémorale; il n'y a aucun autre dérangement, pas de douleur à la colonne vertébrale. Nous avons vidé la vessie par la sonde ; le lendemain un purgatif d'huile de ricin a donné des évacuations. Nous avons continué à sonder le malade; enfin, après vingt et un jours, le malade a pu vider U vessie tout seul. Il faut noter qu'après le huitième cathétérisme est survenu un accès très-fort de fièvre intermittente, contre lequel nous avons donné la quinine, et qui ne s'est pas répété.

La paralysie des membres cède aussi aux frictions irritantes, et le quarantième jour le malade a pu marcher avec des béquilles. Nous lui avons administré l'extrait de noix vomique, des douleurs se sont présentées le long des membres, mais sans aucune amélioration perçue. Ne connaissant pas la nature de la maladie, nous avons fait un traitement symptomatiquc; nous lui avons donné intérieurement Tiodure de potassium.

2 i octobre. — Les membres inférieurs sont encore faibles, surtout à gauche, où l'on remarque en même temps, à la jambe et au pieJ, manque de sensibihlê de la douleur et du contact, sensation modérée du froid. A droite, où il y avait au commencement paralysie complète du sentiment et du mouvement, persiste seulement de l'insensibilité à la partie externe du dos du pied. Les mouvements actifs se font bien, excepté une faiblesse à gauche à l'articulation tibio-tarsienne, surtout à la flexion. Les mouvements passifs sont naturels.

L*examen par l'électricité (appareil d'induction) rencontre à droite la conlrac-

tilité électrique diminuée des muscles qui dépendenl du nerf péronier. À gauche non-seulement ceux-ci, mais encore les jambiersont la contractilité électrique diminuée. Les autres muscles réagissent bien, comme ceux du ventre.

Nous avons continué à faradiser la peau et les muscles des membres et du ventre 11 y a eu une amélioration. Pendant deux heures après la faradisation le malade sentait ses mouvements libres, comme s*il était tout à fait bien portant.

28 novembre. — Insensibilité de la douleur, du contact et du froid à gauche jusqu'à la moitié de la cuisse, même la moitié du pénis, à droite seulement insensibilité de la douleur et du contact au pied ; fiiibiesse des membres, pourtant Fexteusion du pied à droite est très-incomplète. Si le malade ferme les yeux, il chancelé et il va tomber. Incoordination ou irrégularité des mouvements pendant la marche, contractions involontaires, convulsives, par action réflexe des membres inférieurs, par exemple de la morsure d'une puce aux fesses ou aux lombes. Quelquefois rétention de Turine, d'autrefois incontinence. Nous lui avons appliqué deux cautères à la colonne vertébrale, et nous lui avons donné à Fintérieur Tiodure de potassium.

10 décembre, — Amélioration, il veut s'en aller.

Après mes publications que j'ai faites à propos de cette question, en 1871, au mois de septembre, M. le docteur Cotsonopoulos, de Nauplie de la Morée, a publié une observation suivie d'autopsie dans le journal grec Asclepios (Esculape), où sont publiées aussi mes observations. Je vous en fais la traduction.

D. N. à l'âge de 50 ans, marin bien constitué, fort, travaillant depuis une année avec le scaphandre anglais, a été transporté \^ 2 mai à l'hôpital deNauplie. Avant 6 jours 11 travaillait au bord du golfe argotique, à la profondeur de 30 mètres sur un sol boueux. Lorsqu'on l'a retiré, il a senti ime douleur aux lombes et un fort engourdissement des membres inférieurs, dont les mouvements après une heure étaient tout à fait impossibles. Les camarades lui ont lait des frictions et ils lui ont cautérisé le pénis. Un médecin la saigné avant son entrée à l'hôpital et il lui a appliqué sur les lombes plusieurs fois des ventouses, un vésicatoire qu'il a saupoudré avec la strychnine, et des cautères avec le caulére actuel. A son entrée à riiôpital la paraplégie était complète -, aucun mouvement des membres inférieurs ; aucune contraction, même par l'électricité, dit-on ; perte de la sensibilité et mènie de la sensibilité électrique. Le tiers supérieur de la cuisse un peu sensible; le mahide avait quelquefois spontanément un sentiment de brûlure aux jambes; paralysie de la vessie, paresse du tube digestif, le ventre gonflé : on vidait la vessie deux fois par jour. La pression à la colonne vertébrale n'était pas douloureuse. Un érythème douloureux existe à la région sacrée, c'est le commencement de la gangrène du dêcubilus, qui se développe plus tard. Pas de fièvre. En présence de pareilles symptômes survenus subitement avec douleur aux lombes, on a admis une héniorrhagie dans la colonne vertébrale et on a ordonné de nouveau des ventouses et des sangsues à l'anus, des purgatifs et des lavements vinaigrés, les purgatifs n'ayant rien fait. Il y a eu une petite amé- Horation : la sensibilité a augmenté nn peu à la partie supérieure des cuisses, niais bientôt le mal a fait des progrès ; une cystite se développe avec gangrène do dubitus, lièvre, frissons, incontinence avec rétention, évacuations involontaires; enfin, par suite des progrès de la gangrène, le sacrum est tout à fait dénudé. Aux derniers jours de la maladie des eschares s'étaient présentées aux talons.

La mort survient le quarantième jour du commencement de la maladie. Le malade avait conservé ses facullés inlellectuelles intactes jusqu'à la fin.

Autùpne, — C'est avec difficulté que les parents ont permis de faire Tautopsie. Le docteur Jéanopoulos était présent. On a ouvert le canal dorsal, et on a trouvé du sang en quantité demi-coagulé, rouge-noir, situé entre la dure-mére et le canal osseux et s*étendant de la première vertèbre lombaire jusqu'à la fm du sac méningien. La surface extérieure de la dure-mère, qui était mouillée par le sang, était d'une couleur rouge-noire et infiltrée de sang extravasé. Sa surface interne après la section était trouvée blanchâtre et un peu injectée. A la partie inférieure de la cavité sous-anichnoidienne existait aussi un épanchenient de sang rouge foncé, demi-coagulé en quantité assez grande autour des nerfs formant la queue du cheval. Ayant fait des incisions dans différents endroits de la moelle épiniére, nous avons trouvé que sa portion lombaire en grande partie et le tiers supérieur de la portion thoracique avaient subi le ramollissement blanc à un degré considérable, parce que «i peine la pie-mère était coupée ou déchirée, la substance de la moelle coulait, pour ainsi dire, dehors. Les autres portions de la moelle, celles mêmes qui étaient situées entre les portions ramollies, avaient la consistance naturelle ; pas de congestion ni dans la moelle ni dans la pie-mère. Les parents du malade étant venus, on n*a pas fait Texamen des autres cavités ; on a ouvert seulement Fhypogastre pour voir la vessie, dont les parois étaient très-hypertrophiées.

Telles sont les observations qu'on a publiées chez nous jusqu'à présent concernant cette question.

Si nous analysons ces divers faits, nous voyons que la mort est arrivée de deux manières : ou tout de suite ou par lésion de la moelle épiniére. Lorsqu*on précisera la nature de cette maladie, on pourra savoir si ce sont deux causes différentes qui produisent ces deux sortes de manifestations morbides, où si ce sont des différents degrés d'une affection.

Je dois remarquer seulement que si on voulait expliquer ces accidents seulement par le changement de la pression atmosphérique, cela ne suffirait pas ; parce que bien certninement le dérangement de la santé commence au fond de la mer. Le pécheur sent qu'il se trouve mal, et il donne le signe de le retirer. M. Cotsonopoulos cite un cas où l'on a retiré le plongeur presque mort, et il a été mort après quelques mouvements. Le malade que j'ai soigné m'a raconté aussi un pareil accident. Je ne suis pas sûr si la mort est arrivée de la même manière à mon malade (observation I). Ces gens racontent qu'ils se trouvent mal lorsqu'ils travaillent à une grande profondeur pondant quatre ou cinq heures, lorsqu'il y a du vent et des vagues, et peut-être alors on ne peut pas régler la pression de la machine, enfin lorsqu'ils se fatiguent trop. Il faut noter que lorsque le plongeur donne le signe qu'il se trouve mal, on s'empresse de le retirer bien vite, et au premier dérangement s'ajoute peut-être celui de la décompression brusque. Lorsqu'ils descendent à une profondeur plus grande que 30 mètres, ils ne peuvent pas y travailler longtemps ; plus ils descendent profondément moins ils resteraient. Du reste quelquefois la pression de la machine n'est pas assez forte ou régulière, et le plongeur sent la colonne de Têau qui commence de lui presser l'habit autour des mains et des pieds, alors il fait le signe convenu et on lui envoie de l'air. Il parait qu'on travaillnit chez nous, au commencement au moins, avec le scaphandre anglais.

Quant à la paraplégie qui persiste, on voit qu'elle se présente comme un reste d'un dérangement qui a agi sur tout Torganisme (observations 2, i), mais qui n'ayant pas causé la mort, ne laisse de dérangement matériel que dans la moelle épiniére, parce qu'on ne peut pas accepter que cette affection de la moelle

seulement a causé la mort ou cet étal général qu*on observe au commcncemenl. Mais quelle est la nature de celte affection ? M. Le Roy de Méricourl pense qu'il se fait des hémorrhagies capillaires dans la moelle pendant la décompression. Chez notre malade (observ. 4), nous avons vu au commencement une paraplégie, une abolition complète des fonctions de la moelle ; une amélioration très-grande est survenue après quelques jours, et plus tard nous avons eu le tableau d'une myélite. Le siège de Taffection devait être dans la portion thoracique, pour que nous ayons la vessie et le rectum plus ou moins paralysés, car, lorsque la région lombaire souffre, il y a seulement paralysie des extrémités inférieures.

L*autopsie de l'autre malade nous a donné un ramollissement diflus de la moelle et une hémorrhagie. Mais c'est le ramollissement de la moelle, qui occupait même la portion thoracique, qui peut expliquer les symptômes de la paralysie de la vessie et du rectum et non pas l'hémorrhagie qui occupait la portion lombaire. Quant à nous, nous pensons que les ecchymoses des membranes sont en relation avec la gangrène du sacrum. Disons de plus que noire malade n'avait senti aucune douleur, et il s'en serait produit dans une hémorrhagie des mem* branes de la moelle.

Mais comment se produisit celte inflammation de la moelle? Est ce par des hémorrhagies capillaires ? Est-ce par dilatation des capillaires par* les gaz et do suite par altération de nutrition (ramollissement) ?

Les examens microscopiques sur des hommes ou sur des animaux pourront élu cider cette question.

Samsoun (Turquie d'Asie), G juin 1875.

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