‹ La pression barométrique. Recherches de physiologie expérimentaleChapitre 37 sur 160 · AIR COMPRIMÉ : RÉSUME ET CRITIQUES · texte numérisé non relu

AIR COMPRIMÉ : RÉSUME ET CRITIQUES

Je n'essayerai pas de les discuter, parce que de pareilles recherches n'ont de valeur que par la méthode employée; or cette méthode, je l'ai déjà déclare, était des plus défectueuses. En une matière si délicate, et où Ton peut présumer que les différences seront de Irés-faiblc importance, il est indispensable de respecter scrupuleusement et la précision chimique et surtout l'exactitude physiologique.

Ce n'est pas la première de ces conditions qui manque, du moins en apparence, au travail de Vivenot. A en croire ses cliiffres, l'analyse qu'il aurait faite de l'acide carbonique, contenu dans une expiration, serait exacte jusqu'à la 6* décimale, et ceci seul, je l'avoue, suffirait pour me mettre en défiance. Ainsi la quantité d'acide carbonique exhalé en 24 heures à la pression normale étant de i500*',57760, elle serait dans l'air comprimé de 1449«',49350. Voilà qui parait bien concluant. Mais comment ces chiffres ont-iU été obtenus? En analysant le produit d'une expiration « aussi forte que possible, mais faite sans grands efforts » à la pression normale, qui a donné 0*%2i76 d'acide carbonique, et à^une expiration sous compression, qui a donné 0*',2676; en tenant compte du nombre moyen des mouvements respiratoires par minute, qui était de 4, 15 pour le premier cas et de 3,76 pour le second; enfin, en multipliant par 60 puis par 24 le nombre ainsi trouvé.

Pour moi, je me refuse à accorder aucune espèce de valeur à des chiffres obtenus par une méthode aussi absolument contraire à ce qu'exige la vraie précision, la précision physiologique. Se baser sur une expiration, faite à raison de 5,76 mouvements respiratoires par minute, c'est-à-dire sur des conditions extraordinaires, c'est s'exposer à supporter, au nom de la méthode expérimentale, les plus sévères critiques. Je n'hésite pas à dire, sans entrer dans le détail des expériences, sans insister sur les « tuyaux de caoutchouc non hermétiquement fermés » (p. 488), que toute cette partie du travail de Vivenot, malgré ses innombrables tabelles et ses colonnes de chiffres où la table de logarithmes a a lait merveille », doit être considérée comme nulle et non avenue.

C'est îïussi Tavis de Panum, qui a étudié la même question en se plaçant dans des conditions meilleures, sans doute, mais qui ne sont encore pas à l'abri de tout reproche. Cependant, ses expériences déposent dans le môme sens, et tendent à montrer que, dans l'air comprimé, il y a plus d'acide carbonique produit en un temps donné qu'à la pression normale.

. J'avoue qu'à mes yeux ce fait même n'est pas prouvé ; un coup d'œil jelé sur le tableau publié par Panum suffit pour motiver mes doutes sur les résultats de ses expériences mêmes; car on voit qu'en définitive il n'y en a que quatre qui soient comparables et dans les conditions normales, et que sur ces quatre une seule a été faite à la pression ordinaire. De plus, la respiration n'a été prolongée que pendant 10 à 12 minutes; enfin, il n'est rien dit du régime diététique auquel était soumis le sujet des .expériences.

L'augmentation de la quantité d*acide carbonique exhalé, dans l'air comprimé, admise sans conteste par Pravaz, par M. Folej, par les physiologistes allemands, les a entraînés à conclure à une plus grande quantité d*oxygène absorbée pendant la compression . même. De là, toute une série de conséquences, déjà entœvues par les anciens auteurs : excitation nerveuse, énergie musculaire, combustion des tissus, s'en déduisent facilement. De là, Taugmentation dans la quantité d'urine excrétée (?), l'élévation légère de la température (?), l'appétit insatiable, qui amène l'engraissement si! est possibl de le satisfaire, et l'amaigrissement dans le cas contraire. Tout cela s'enchaîne fort bien, il faut Tavouer; mais c'est une bien périlleuse méthode que celle qui appuie la certitude des prémisses sur leur harmonie avec les conséquences : elle ne fera jamais preuve aux yeux d'un expérimentateur. Je n'insiste doncpas sur ces faits dont j'ai donné plus haut tous les détails.

B. — Phénomènes dus a la décompression.

Les médecins qui ont soigné les ouvriers tubistes et les plongeurs à scaphandre ont été unanimes pour attribuer à des congestions sanguines, allant parfois jusqu'à l'hémorrhagie, les accidents consécutifs à la décompression : congestion des poumons, des viscères abdominaux, et surtout des centres nerveux encéphaliques et spinaux. Mais le mode de production de ces congestions n'a pas été par eux nettement déterminé, tant s'en faut.

Pol et Watelle croient que la congestion se produit pendant l'acte même de la compression, par le refoulement centripète du sang; si elle ne produit pas son effet alors, c'est que le sang suroxygéné n'a pas d'action fâcheuse sur les organes. A la décompression, le sang se dt'-soxygènc et les conséquences habiluellesde la congestion

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se manifcsient (p. 470). J'avoue ne pas bien comprendre comment les médecins de Douchy pourraient accommoder leur théorie avec les cas par eux-mêmes constatés dans lesquels les accidents les plus graves coexistaient avec la rutilance du sang veineux.

M. Foley, dans son explication de la « congestion postéro-tubaire », est si peu clair que je préfère renvoyer le lecteur aux citations textuelles que j'ai faites de son mémoire (p. 480). Bubington et Cuthbert (p. 484) ne s'expriment pas d'une manière beaucoup plus intelligible : à leurs yeux, la protection du crâne et de la colonne vertébrale empêcherait, lors de la décompression, « l'excès de pression sur le cerveau et la moelle de s'en aller assez rapidement par les passages étroits par où le sang sort de ces organes » : de là les congestions, ou mieux les compressions nerveuses. Cette erreur physique ne mérite vraiment pas une réfutation.

M. Bouchard a développé sur ce sujet une idée digne d'attirer l'attention. Ce serait la soudaine dilatation des gaz inlestinaux, primitivement comprimés, qui chasserait tout d'un coup le sang contenu dans les viscères abdominaux, le refoulerait dans la circulation générale, et amènerait les congestions et les hémorrhagies dans les organes nerveux (p. 504). J'avoue que je ne puis admettre qu'une expansion gazeuse, Jans un canal ouvert à ses deux extrémités, puisse, en présence de parois aussi facilement extensibles que le diaphragme et les muscles abdominaux, expulser le sang du foie, de la rate, etc., avec assez de violence pour produire de pareils désordres.

Une autre explication des accidents de la décompression a été proposée par M. Bucquoy, et inspirée par les leçons du professeur Rameaux, de Strasbourg (p. 478). Sous Tinfluence de la pression, les gaz du sang augmenteraient en quantité, l'oxygène suivant la loi de Dalton, l'azote et lacide carbonique suivant une progression moindre, parce qu' « ils ne sont pas puisés dans l'air inspiré, mais engendrés par les phénomènes physiques de la vie ». Il en résulte, qu'au moment de la décompression, ces gaz tendent à redevenir libres, comme « l'acide carbonique s'échappe d'une eau gazeuse, quand on enlève le bouchon de, la bouteille qui la contient ». Et M. Bucquoy cite, à Tappui de cette hypothèse si vraisemblable dans ses traits généraux, les emphysèmes observés à Douchy, la guérison des tumeurs musculaires par la recompression, vi une observation fort curieuse que nous avons rapportée en entier (p. 479).

F. IIoppc, nous Tavons vu, avait déjà eu la m(*îme idée; mais il ne l'appuyait que sur les expériences faites sur la décompression par la machine pneumatique, et n*apporlait a l'appui de son hypothèse aucune observation personnelle (p. 474).

L'idée de M. Bucquoy fut acceptée par M. François, qui ne paraît cependant pas en avoir une compréhension bien nette, puisqu'il parle « d'amalgame du tissu cellulaire avec l'air des machines soufflantes, amalgame comparable à celui du mercure avec l'axonge » (p. 475), et par tous les auteurs qui le suivirent, Vivenot (p. 452), Panum (p. 500), M. Gavarrct (p. 502), M. Leroy de Méricourt (p. 505), etc.; M. Foley seul n'y crut pas (p. 483). M. Bouchard (p. 504), M. Gai (p. 506) et d'autres admettent simultanément les congestions viscérales et le dégagement des gaz libres du sang.

Mais ce dégagement, personne ne l'a vu, aucune expérience n'ayant été faite. Et quels sont ces gaz libres? Les trois gaz du sang et surtout l'oxygène, comme l'indique M. Bucquoy? Rien ne le prouve; comment croire que l'oxygène, qui si facilement se combine aux tissus, puisse redevenir gazeux, et présenter un obstacle sérieux, invincible, à la circulalion de ce sang qui l'absorbe ordinairement avec tant de rapidité, et dans lequel on peut en injecter sans danger de grandes quantités? Puis, comment agit le ^az devenu libre? En oblitérant les vaisseaux? En déterminant des lîémorrhagies? Et comment se fait-il que les accidents ne soient que l'exception, même au-dessus de quatre atmosphères? Ne pourrait-on pas nier Texactitude de l'hypothèse elle-même, en soutenant que, s'il fallait l'admettre, tous les ouvriers décomprimés simultanément devraient avoir leur sang semblable à l'eau gazeuse qui s'échappe de la bouteille débouchée dont parle M. Bucquoy, et devraient, par suite, être simultanément frappés?

On le voit, bien que vraisemblable à prioriy bien que vraie, pour le dire à l'avance, la théorie des gaz libres n'est rien moins que démontrée aujourd'hui. Pour ceux-là même qui l'ont énoncée et soutenue, elle se môle à d'autres théories, et rien de bien net ne se dégage de ce que nous venons de résumer.

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