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BAROMÉTRIQUES, LE SANG TIRÉ DES VAISSEAUX

Les analyses des gaz contenus dans le sang des animaux vivants soumis à des pressions plus basses qu'une atmosphère m'avaient donné, pour l'oxygène, ainsi que je l'ai fait remarquer page 649, des résultats qui diffèrent beaucoup des conclusions qu'on aurait pu tirer des travaux classiques, et particulièrement de ceux de M. Fernet.

Déjà Magnus avait montré que, lorsqu'on place du sang sous la cloche de la machine pneumatique, et qu'on diminue graduellement la pression, les gaz ne commencent à se dégager qu'à des pressions très-basses, et que le sang ne noircit (c'est-à-dire ne perd une partie notable de son oxygène) qu'aux environs de 10'' de mercure.

M. Fernet s'était proposé, comme nous l'avons vu dans la

partie historique (page 260), de chercher si les gaz du sang s'y trouvaient à Tétat de dissolution simple, ou engagés dans une combinaison chimique. Dans le premier cas, disait-il avec raison, la capacité du sang pour ces gaz doit être proportionnelle à la pression barométrique, suivant la loi bien connue de Dalton. Dans le second, il n'y aura aucun rapport entre cette loi et la proportion absorbée aux diiTérëntes pressions. Que si, enfin, un gaz est en partie dissous et en partie combiné dans le liquide, il sera possible, par un calcul assez simple, de déterminer la valeur proportionnelle de ces deux parties.

- Or, pour ne parler que de l'oxygène, M. Fernet, en agitant du sang au contact de ce gaz sous des pressions qui ont varié de la pression normale à 047"'"'^ est arrivé à cette double conséquence : l"* qu'il se dissout dans le plasma sanguin une quantité d'oxygène (coefficient de solubilité à 16% c'est-àdire volume de gaz dissous par unité de volume de liquide sous la pression normale : 0,0288) à peu près égale à celle qui se dissout dans l'eau pure (coefficient de solubilité à 16^, d'après Bunsen : 0,0295); 2''que les globules sanguins fixent chimiquement une quantité d'oxygène indépendante de la pression, bien supérieure à la précédente, puisqu'elle est en moyenne de 0,0958 par unité de volume de sang. Nous voyons donc que, d'après ces expériences, la pression barométrique, dans ces modifications diverses, peut à peine modifier la proportion d'oxygène contenue dans le sang. Elle ne pourrait agir, en effet, que sur le gaz simplement dissous, lequel est au gaz combiné dans le rapport de 0,0288 à 0,0958, c'est-àdire de 1 à 3,3, lorsque les expériences d'absorption sont faites avec de l'oxygène pur. Or, comme le fait remarquer M. Fernet, l'air qui sert à la respiration ne contenant que un cinquième d'oxygène, la proportion dissoute dans le sérum devra être diminuée dans le même rapport; d'où il résulte que, dans le sang, la proportion chimiquement unie, indépendante de la pression, devra être 3,3x5 = 16,5 fois plus forte que celle qui suit les modifications de la colonne barométrique. C'est pour cela, conclut-il, «c que l'absorption

GAZ DU SANG : EXPÉRIENCES IN VlTBO. 685

de l'oxygène est à très-peu près la même, quelle que soit la pression atmosphérique, sur le sommet des montagnes et dans les plaines. »

A cette conclusion qui ne visait que la quantité d'oxygène ab* sorbéepar un animal dans un temps donné sous des pressions différentes, et qui se trouvait d'accord avec les faits antérieurement signalés par Regnault et Reiset, Yierordt et Lehmann, les physiologistes en ont ajouté une seconde, — qui parait tout à fait justifiée, à priori^ par les travaux mêmes de M. Fernet, — c'est à savoir que, dans le sang de l'animal vivant, les quantités d'oxygène sont à peu près indépendantes de la pression barométrique, a Sans cela, dit, par exemple, Lon- « getS on arriverait à cette conséquence que le sang des hait bitants des régions où la pression atmosphérique est ré- « duite à moitié renfermerait moitié moins d'oxygène que le c< sang des habitants des bords de la mer, où cette pression «est de 0",760. Comment admettre que des observateurs « n'auraient point été frappés des profondes modifications a que des variations pareilles ne manqueraient pas de pro- « duire dans le mode d'existence de ces populations?»

Cette conclusion et le raisonnement qui lui sert de base furent acceptés par tous les physiologistes. Or, il est fort curieux de remarquer que, lorsque M. Jourdanet vint affirmer, appuyant ses assertions sur une longue pratique médicale, que, dans les régions élevées de la république mexicaine, c< le X mode d'existence des populations est profondément modia fié, » on retourna contre lui l'argumentation même de Longet, et que l'on nia l'exactitude de ses observations comme contraires aux données de la chimie physiologique.

L'explication donnée par M. Jourdanet de l'état pathologique spécial qu'il avait constaté sur les plateaux de TAnahuac reposait précisément sur la moindre quantité absolue d'oxygène que devait contenir le sang des hommes et des anir maux sous une aussi faible pression. Or, nous venons de voir, dans le premier sous-chapitre, qu'il avait absolument raison,

> Traité de physiologie, 3* cdit., t. V, p. 592; 1868.

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et que, malgré le légitime étonnement de Longet, il est exact de dire que, si Ton diminue de moitié la pression barométrique, on voit se réduire presque à moitié l'oxygène contenu dans lé sang.

Il y avait donc, entre le résultat des observations de M. Jourdanetet de nos expériences, d'une part, et^ d'autre part, les conséquences logiques des analyses de M. Fernet, une contradiction qui ne pouvait être qu'apparente, et qu'il s'agissait d'expliquer.

Mais tout d'abord M. Fernet n'avait pu modifier la pression que dans des limites fort étroites ; pour le sang considéré dans son ensemble, les pressions avaient varié de 741 à 580 millim. (p. 208). Je dus me demander ce qu'il adviendrait dans des expériences où la pression serait, d'une part, diminuée jusqu'au voisinage du vide, et, d'autre part, augmentée de plusieurs atmosphères.

Le problème était infiniment plus facile à résoudre que du temps de M. Fernet; j'avais, en effet, à ma disposition des moyens d'extraire tous les gaz du sang, que n'avait pu, malgré tous ses efforts, obtenir ce physicien. Il en résulte qu'il avait dû procéder par la mesure directe des gaz absorbés, c'est-à-dire de la diminution de volume des gaz agités aveé du sang préalablement dépouillé de ceux qu'il contenait d'abord; série d'opérations très-délicates, qui nécessitaient un outillage très-compliqué, et l'emploi d'appareils de verre ne permettant pas de hautes pressions. Grâce à la pompe à mercure, au contraire, je pouvais, après avoir agité le sang en présence d'une grande quantité d'air, sous des pressions déterminées, en extraire complètement et facilement les gaz dissous. J'ai pu, delà sorte, opérerungrandnombre d'analyses, qui, sans prétendre à la rigueur des secondes décimales, sont très-sufiisamment exactes pour atteindre le but que je me proposais.

Je vais en rapporter quelques-unes; mais je dois auparavant remercier M. Gréhant, qui me suppléait alors à la Faculté des sciences de Paris, et qui, à ma prière, a bien voulu exé^ cuter un grand nombre d'entre elles.

GAZ DU SANS : EXP£ftlBNCES IN VIThO.

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Mes pi'emières expériences furent simplemenl faites en introduisant dans un flacon à large ouverture (fig. 41) une certaine quantité de sang détibriné que j'agitais ensuite vigoureusement, sans fermer complètement le flacon. Lorsque le sang était ainsi saturé d'oxygène, j'attachais le flacon au bout d'une longue ficelle, et le faisais tourner à la façon d'une fronde, manœuvre qui fait sortir très-rapidement les bulles d'air restées en suspension dans le liquide visqueux. Je prenais alors, avec la seringue graduée, une certaine quantité de sang, dont j'extrayais les gaz par la pompe à mercure.

L'ouverture du flacon était alors bouchée avec soin par un bouchon de caoutchouc que traversaient un thermomètre et deux tubes de verre coudés. L'un de ces tubes plongeait dans le sang, dont il permettait de se procurer ensuite des échantillons par l'intermédiaire du robinet ft.

Le robinet R' du second portait une pièce bifurquée par laquelle s'établissait à la fois la communication en a avec la machine pneumatique, et en b avec un tube plongeant dans une cuvette pleine de mercure, tube destiné à for* mer baromètre.

Les choses ainsi disposées, je diminuais la pression jusqu'au point voulu, je fermais le robinet R', j'enlevais le tube bifurqué, et j'agitais vigoureusement le flacon pendant un quart d'heure. Tans ces conditions, l'oxygène qui aurait été

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ou EIPÊniBNCES.

en excès, par rapport à lu pression diminuée, pouvait sortir du sang, qui n'était plus saturé qu'à cette pression nouvelle. Le flacon était assez grand, par rapport à la masse du sang, pour que l'oxygène ainsi dégagé fût absolument négligeable. Du reste, je m'assurais, par une manœuvre simple, que la pression n'avait pas varié sensiblement pendant l'agitation. Ceci fait, je prenais un nouvel échantillon de sang, pour l'analyse des gaz.

Comme j'introduisais dans le flacon environ 200" de sang, il m'était possible de faire plusieurs analyses, avec le même sang, à des pressions diverses.

Plus tard, un perfectionnement utile fut apporté à cette méthode, dont la cause d'erreur principale réside dans la difficulté d'agiter suffisamment bien avec la main. Le flacon fut solidement fixé sur une planche que mettait énergiquement en mouvement une petite machine à eau (lig. 42). Dans ces conditions, la saturation du sang se fait avec une extrême rapidité, et il suffit de quelques tours de fronde pour faire disparaître ensuite la mousse et tes bulles de gaz en suspension. Arrivons maintenant aux expériences :

ExpÉniEKCE CXCllI. — 1" décembre. Flacon de 5 litres; ISO'^'desangde cliien déGbriné.

Après agitation i la pression normale, le sang contient pour lOO" de liquide : oxygène 19,0 ; acide carbonique 35,2.

Après agitaiion à ;>6' (te pression :0 17,2; CO' 28,4;Az2,4. . A56'=:016;CO'27,6; Azl,6.

A6':O12,4;C0*25,2;Ail,0.

ËiPBRiBKCE CXCIV. — 7 jaovier. Saug de chien, agité à 16", contenant

pour lOO'^^' de liquide : 25,3 d'oxygène ; 35,7 d*acide carbonique ; 2,3 d*azote.

Agité à la pression de 38% contenait encore 0 23,4 ; CO* 27,5; Az 1,4.

ExpiRiBNCB CXCV. — 9 janvier. Sang de chien affaibli et malade.

Agité à 75% contient: 0 12,3; C0« 41,6; Ai 2,4. ^ =3,4.

COt Agité à 34% contient 0 11,3 ; CO* 41 ; Az 1,4. -^ =3,6.

A 18«: 010,4; C0> 35,6; Az 0,9.^^=3,4.

A 12« : 0 10; CO* 28,7; Az 0,6. ^ = 2,8.

ExpéRiEifCB CXCVI. — 15 janvier. Sang de chien.

Agité à 77% contient 0 20,2; CO» 28,4; Az 2,4.^^ = 1,40.

A 34« : OJ8,9; CO* 24,9; Az 1,3. ^' = 1,31.

A 6<^ : 0 17,7; CO* 19,8; Az 0,4. ig- = l,12.

' ExpÉRiBRCB CXCVII. — 21 janvier. Sang de bœuf. Agité à 770»», contient : 0 19,3.

A 83»», contient: 018,5.

ExPéRiBiicE CXCVIII. — 2 février. Sang d*un chien soumis depuis plusieurs jours à des hémorrhagies répétées et portant à la cuisse une vaste plaie suppurante.

L'agitation fut faite à deux reprises difTérentes; dans l'une, la tempéra* ture était celle du laboratoire, 11^,4 ; dans l'autre, le flacon et la planchette étaient restés immergés dans Teau à 37®, assez lontemps pour que l'équilibre de température fût établi.

1<» Température H°,4.

A 760»», le sang contient 0 8,1 ; C0« 27,6 ; Az2,0.

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