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ACCIDENTS DE LA DECOMPRESSION : COMPARAISON AVEC L'ASPHYXIE

d'asphyxie où ces expérimentateurs plaçaient leurs animaux, l'acide carbonique s'emmagasinait dans l'air ambiant, sans qu'on ait déterminé la part d'influence qui revenait à ce gaz, les uns la niant complètement, les autres l'exagérant à l'excès.

Les phénomènes relatifs à la diminution de l'oxygène absorbé, de l'acide carbonique et de l'urée excrétés par des animaux soumis à la respiration d'un air pauvre en oxygène, n'ont pas été étudiés avec un soin suffisant jusqu'ici. Je ne connais même rien qui soit relatif à l'excrétion urinaire, et cela se comprend : il iie serait rien moins que facile de maintenir pendant un temps considérable, dans un ^ir appauvri et convenablement renouvelé, des animaux sur lesquels se pourrait faire une semblable expérience.

Relativement à l'absorption d'oxygène, j'ai bien souvent, en analysant à plusieurs reprises successives l'air d'une cloche où s'asphyxiait lentement un animal, constaté qu'au fur et à mesure que l'expérience marchait vers son dénouement fatal l'animal consommait de moins en moins d'oxygène pour des laps de temps égaux.

L'expérience CLXXXVII (p. 671) en montre un exemple : ici, l'acide carbonique était absorbé par de la potasse au fur et à mesure de sa formation, en telle sorte que la comparaison avec l'air pur dilaté est très-légitime ; or, dans les deux premières heures le chien avait consommé 41 pour 100 de l'oxygène du sac clos où il respirait, tandis que dans les 2 heures suivantes il n'en a consommé que 36 pour 100, le volume total du sac étant en outre fort réduit, par suite de l'absorption de l'acide carbonique.

Les expériences qui seront rapportées au chapitre VIII (sous-chap. II) déposeront dans le même sens. Ainsi la pauvreté de l'air en oxygène donne le même résultat que sa dilatation.

Quant à l'abaissement de température, les expériences du chapitre II, sous-chapitre IV (p. 670 et suiv.), nous indiquent des chiffres intéressants. Dans l'expérience CLXXXVII, où l'asphyxie a duré 4** 45", la température était tombée de 39*

à 34%5. Dans l'expérience CLXXXVIII : durée, 4^30-; temp., de 38%5 à 54^ Il y a donc là encore identité entre les deux termes que nous cherchons à comparer actuellement.

Si nous envisageons les phénomènes respiratoires et circulatoires, au simple point de vue du nombre des mouymiKnts, nous trouvons, dans Tasphyxie comme dans la dépresskm, la même tendance générale et les mêmes irrégularités.

La figure 55 donne une idée de leur marche : le: trait plein représente les résultats de l'expérience GLXXXVD, le trait pointillé ceux de l'expérience CLXXXVIII. La tearaur de l'air en oxygène est inscrite sur l'axe, des abscisses. Le nombre des respirations (R) et celui des pulsations (P)8inrraxe des ordonnées, à des échelles différentes.

On voit que dans ces tracés se manifeste, après une phase d'incertitude et d'irrégularité, une période d'acoâéntion dans les deux ordres de mouvements, suivie d'une période de ralentissement soudain.

Dans quelques cas, à la fin de la vie, le cœur reoramàence à battre avec vitesse, mais ses battements sont très*iiûMes. C'est ce qui est arrivé dans une des expériences rappariées au sous-chapitre U du chapitre VIO, où les pulsations, après être tombées de 120 à 14 au moment ou l'insensibilité de Tœil apparaissait, se sont, quand cessa la respiration, reieTées soudain à 60 pendant quelques minutes.

Quant à la pression cardiaque, elle baisse avec lenteur d'abord, puis rapidement. La figure 54, dont les tracés sont relatifs à l'expérience CLXXXVII, montre la marche des maxima et des minima, en rapport avec la richesse de Tair en oxygène.

Tous ces phénomènes prouvent donc encore une fois l'identité des effets de la décompression avec ceux de Tasphyxie lente, ou, pour mieux dire, de la respiration d'un air pauvre en oxygène.

Cette identité se traduit encore par une coïncidence intéressante. Les détails des expériences rapportées dans le présent livre montrent que non-seulement la mort, mais les troubles divers apparaissent, dans l'asphyxie, à un degré de

pauvreté en oxygène, et dans l'air dilaté à un degré de dépression où la tension de l'oxygène est identique.

Ainsi, chez les chiens, les troubles respiratoires sont manifestes, dans l'air conflné, à peu près au moment où il n'y a plus que 12 pour 100 d'oxygène ; dans l'air pur, ils apparaissent environ sous la pression de 43 centimètres, pression que Ton rencontre à peu près à 5000 mètres d'altitude ; dans les deux cas, la tension de l'oxygène est la même, car 12x76 = 20,9x45,6. Quant aux accidents graves, aux nausées, etc., il faut que la proportion de l'oxygène dans l'air confiné s'abaisse au voisinage de 8 pour 100, ou que la pression barométrique de l'air pur soit réduite à 50 centi-

Tlf. U. — Niilnii tt minipii da li preuion cndiM|ae diai l'uphTiii

mètres environ, ce qui correspond à une hauteur de 75U0 mètres : la tension de l'oxygène est encore la même dans les deux cas.

Or, confirmation nouvelle, c'est à ces altitudes, à peu près, que surviennent chez les aéronautes, immobiles dans leur nacelle, les troubles et les accidents qui constituent le mal des ballom.

la coïncidence prend un caractère d'intérêt plus vif encore, lorsqu'elle se tire d'observations qui ont été prises sur l'homme lui-même.

Les plus iniporlantes sont dues it M. Félix Leblanc', qui

' Keeherchet iur la compotilion df Voir df qvriqim winfi [Annaltide chimif H ^«i^iif, 5" séri*'. l. XV).

ACClDBIfTS DE LA DÉCOMPRESSION : COMPARAISON AVEC L'ASPHYXIE. 745

a eu roccasion d*analyser l'air des mines de PouUaouen et d'Huelgoat, en Bretagne, et dont le mémoire contient de précieuses indications sur les sensations des ouvriers qui travaillent dans ces mines.

Les pyrites qui existent en abondance dans les filons exploités s'emparent d'une partie de l'oxygène de Tair qui se trouve ainsi appauvri sans être, comme cela arrive dans les lieux confinés, vicié en même temps par de Tacide carbonique ou d'autres gaz.

Des faits rapportés par M. Leblanc, nous extrayons les suivants :

A : Dans un endroit où il n'y a plus que 16,7 pour 100 d'oxygène, la respiration est peu gênée, mais l'air est trouvé faible par les mineurs;

B : Avec 15,3 d'oxygène, on peut respirer d'une manière continue et sans trop de difficultés;

C : Avec 9,8 d'oxygène, l'air est asphyxiant, et au bout de 1 à 2 minutes on se sent pris de défaillance. M. Leblanc, qui s'y soumit sans transition, faillit se trouver mal, et le maître mineur qui l'accompagnait fut saisi de vertiges et de nausées.

Or, dans l'observation A, la tension de l'oxygène équivaut à celle existant dans l'air pur à 60%4 de pression; ce qui correspond à une altitude de 1800 mètres. Pour l'observation B, la pression équivalente est 55%5, et l'altitude 2500 mètres. Pour C, la pression est 35%4, et l'altitude 6000 mètres.

Il est hors de doute qu'un habitant de la plaine, transporté subitement à des hauteurs de 1800 et surtout de 2500 mètres, et forcé de s'y livrer aussitôt au dur travail des mineure, trouverait comme eux que l'air est. faible et sentirait sa respiration un peu oppressée. 11 est hors de doute qu'un aéronaute qui serait, aussi instantanément que dans l'observation de M. Leblanc, transporté à 6000 mètres de hauteur, et qui voudrait, comme ce chimiste, faire l'effort nécessaire pour gravir un talus et vider un flacon plein de mercure, serait, lui aussi, atteint aussitôt d'accidents assez graves.

746 EXPËRIEIHGES.

Enfin, dernière ressemblance sur laquelle nous appelons ratlention, la rapidité singulière avec laquelle survient la rigidité cadavérique des animaux morts dans l'air raréfié (voy. p. 759) se retrouve dans la mort par asphyxie, lorsqu'on a soin d'éliminer l'acide carbonique formé en l'absorbant par la potasse. Exemple :

Expérience CCL. — 20 mars. A 3*», un verdier est placé^ans une cloche de 3* sur un trépied qui l'isole d'un cristallisoir plein d'une solution de potasse. Un tube coudé fait communiquer cette cloche avec une autre qui repose sur la cuve à eau, et dans laquelle Teau montera au fur et à mesure de TaLsorption de CO^, en sorte que la pression restera toujours la même

A A^y l'oiseau, qui s*est un peu agité au début, se couche et demeure en repos : respiration haletante.

Il meurt à 6»» 23"; temp. rectale 31^

La rigidité commence aux ailes à 6^ 34"; elle est complète à 6^ 45">.

Notre parallèle entre les accidents de la décompression et ceux de l'asphyxie est donc complet, et se poursuit jusque dans les moindres détails avec une remarquable précision.

Tout se résume, dans l'un et l'autre cas, en cette formule : troubles nutritifs dus à l'introduction dans l'organisme, dans un temps donné, d'une quantité insuffisante d'oxygène.

SOUS-CHAPITRE lll

DES MOYENS DE CONJURER LES ACCmENTS DE LA DÉCOMPRESSION.

Les faits si nombreux qui ont été énumérés jusqu'ici ont montré de la manière la plus nette que les accidents de la décompression sont dus non à la soustraction de la pression atmosphérique, mais à la diminution de la tension de Toxygène, qui ne pénètre plus alors dans le sang et, par suite, dans les tissus, en quantité suffisante pour entretenir les combustions vitales à leur degré d'énergie normale. La prophylaxie de ces accidents se déduit tout naturellement de cette notion précise.

La tension d'un gaz, avons-nous déjà dit bien souvent, est exprimée par le produit PxQ de la pression barométri^

que P que multiplie la proportion centésimale Q du gaz dans le mélange ambiant. Si donc, en même temps qu'on fait, par le jeu de la pompe pneumatique, diminuer le facteur P, on augmente le facteur Q, rien ne sera changé à la tension, et les accidents devront être conjurés. Du même coup, si l'événement justifie nos prévisions, la théorie qui leur sert de base se trouvera une fois de plus vérifiée.

Mais l'expérience, sous la forme que je viens d'indiquer, est très-diflicile à réaliser. On arrive aux mêmes conclusions en l'exécutant dans les conditions de celle dont je vais ici exposer les détails :

Expérience CCLI. 25 avril. — Moineau, sous une cloche de 1*,5, sur la platine de la machine pneumatique. La pression extérieure est de 75 cent.

S** 20™, amené en quelques minutes à 25*^ de pression : 212 respirations à la minute.

A 21% tourbillonne, culbute, va mourir. Je rétablis la pression normale en laissant rentrer de l'air très-riche en oxygène (par accident, il rentre en môme temps de Tair extérieur) ; l'oiseau se remet immédiatement et paraît vif et bien portant.

o*" 50'", l'air contient alors 55 p. 100 d'oxygène. J'amène Toiseau à 18*^ dépression; il est alors fort malade, avec 176 respirations; je laisse^ rentrer de nouveau de l'oxygène, il revient aussitôt à lui.

ù^AO"", Tair contient 77,2 p. 100 d'oxygène. L'oiseau sous 15*^ de pression a 168 respirations, mais il ne culbute qu'à 10 centim. Se remet également aussitôt après la rentrée d'air suroxygéné.

5*» 50", l'air contient 87,2 p. 100 d'oxygène. Le moineau, à 10% a 176 respirations, et ne paraît pas menacé ; mais à 8% il culbute sur le dos et va mourir. Nouvelle rentrée d'oxygène, se remet encore.

4*» 5™, Tair contient 91,8 p. 100 d'oxygène. On pousse jusqu'à la pression de 7*,5 ; l'oiseau est fort malade, et l'on n'a que le temps d'ouvrir les robinets.

Les tensions minima de l'oxygène ont été successivement 5,8 ; 6,5 ; 1 0 ; 9,2; 9,1.

11 survit.

Ainsi, les dépressions tout à l'heure redoutables sont devenues successivement inoffensives, parce que la richesse en oxygène de l'air a été suffisamment et progressivement augmentée. On a gagné 12,5 centimètres avant de voir reparaître les symptômes qui annoncent une mort menaçante, et on est arrivé à voir un oiseau survivre, après avoir été soumis à

la ETPÉRiEnccs.

la pression prodigieusement faible de 7%5. Je ne doute pas qu'on ne puisse aller plus loin encore en marchant avec une suffisante lenteur.

J'ai très-souvent répété en public cette expérience Irèssimple, qui peut être exécutée dans tous les laboratoires de physique^ et qui est à la fois extrêmement probante et extrêmement saisissante. La figure 55 en montre le dispositif expérimental.

A elle seule, elle suffirait pour entraîner la conviction ; on peut, pour en augmenter la puissance démonstrative, la compléter par l'expérience cruciale suivante :

ËipÉRiEKcc CCIjIl. — 34 avril. -^ Sous une cloche de S',5, placée sur la platine de la machine pneumatique, el préalablement remplie d'un air très-riche en oxygène, on introduit un moineau. Pression extérieure, 75 cent.

L'air contient alors 8li,2 p. 100 d'oxygène; on fait la diminution «le

ilT^.

pression. A 5" 50", la pression n'est plus que de 15^,5; l'oiseau est agité et volëte dans la cloche. A 9^,5 il est très-malade et va mourir. On laisse rentrer de l'air un peu suroxjgénë. L'oiseau se remet aussiUt.

5^ 58"*, Tair conlient 55,7 d'oxygène; on recommence la diminution de pression, sans pouvoir aller plus loin que li<^. Rentrée d'air un peu suroxygéné; animal bien remis.

5^ 4b'", l'analyse de l'air a été perdue. Par la dépression, on n'atteint que iS*". Encore celte fois, l'oiseau est-il tellement malade, qu'il reste quelques secondes immobile sur le dos après qu'on a rétabli la pression normale avec de l'air ordinaire.

5^ 55'", l'air ne contient plus que 22 p. 100 d'oxygène ; aussi ne peuton dépasser 18*.

6^ 5'°, celte fois on opère avec de l'air ordinaire ; à 20'',5 l'oiseau est fort malade ; mais il revient parfaitement à lui sous la pression normale. Il a au crâne un piqueté sanguin assez abondant.

La tension de l'oxygène au moment où il fallait rétablir la pression a successivement été de 10,7 ; 8,0 ; 5,0 ; 5,6.

On peut mettre cette dernière expérience sous une forme plus simple encore :

Expérience CCLllI. — 5 juin. Gros-bec verdier {FringiUa chloris Lin.). Mis sous la cloche de la machine pneumatique.

Pression lentement diminuée; malade à 50^ de pression réelle, et, comme il s'est un peu agité, est assez mal en point à 22''.

Je laisse alors rentrer dans la cloche, pour rétablir la pression normale, de Vazote pur. L*animal, loin de se remettre, périt presque aussitôt.

Il a dans le diploé crânien un énorme épanchement noir.

Quel que soit le procédé opératoire employé, ces diverses expériences montrent de la manière la plus nette, à la fois la cause des accidents de la décompression et le moyen de les conjurer.

Je ne pouvais évidemment me borner, au moment d'émettre des préceptes pratiques destinés aux voyageurs en montagne et aux aéronautes, à des expériences faites sur des animaux, si convaincantes qu'elles fussent.

Je résolus de commencer par expérimenter sur moi-même. J'avais déjà, dans mes grands cylindres en tôle, subi l'inlluence d'assez notables dépressions, jusqu'à éprouver certains malaises. Je pensai alors à m'y soumettre de nouveau, pour faire disparaître les accidents en respirant un air suroxygéné.

Je plaçais alors à côté de moi, dans l'appareil, un grand sac de caoutchouc, contenant un air d'autant plus riche en

150 EXPÉRIESCBS.

oxTgèDe,que la dépression devait être plus forte. La figure 56 indique suffisamment la disposition des expériences. Je reproduis ici les détails de trois d'entre elles, et d'une

quatrième qui Tut faite par mes regrettés collègues et amis MU. Grocé-Spinelli et Sivel :

ExpéRiEScE CCLIV. — 20 février 1874. — Pression extérieure 758".

2^ SO", j'entre el m'installe assez à mon aise dans les cylindres, ayant avec moi un sac rempli d'un air extrêmement riche en oxygène ; à côté de moi, un moineau dans une cage.

Mon pouls donne 64; ma température sous la langue prise avec un trèsgrand soin est de 56", 5 ; une expiration dans un spiromètre de Hutchinson me donne une valeur désignée sur l'ëchclle arbitraire par 17,5.

2* 37", la porle est fermée, la dépression commence.

S*- 45», pression 710'""; pouls 68.

2* 58"", pression 590="" ; pouls 70 ; je suis à une dépression correspOD' dante k peu près à la hauteur de Hexico, 2150'°.

o^ a», 535""; 75 pulsations.

3*» 6", 500"" ; il s'échappe des gaz intestinaux.

5»» 8", 465"" ; 78 pulsations.

3*12", 450""; pouls 84; c'est la dépression de Calamarca, par 4150"; j*ai quelques sentiments de nausées.

3h |4m^ 450""; le pouls s'abaisse à 80; les nausées disparaissent; j*ai le ventre un peu gonflé ; je me sens la face congestionnée avec quelques légers ébloujssements.

^^ 17", 430"", pouls 84. Je respire trois fois de l'oxygène ; mon pouls tombe à 78 ; j'ai quelques éblouissements.

A 3** 21", la pression n'est plus que de 418"" ; ce qui correspond à la hauteur du Mont-Blanc, 4800 mètres ; mon pouls a continué de descendre après quelques respirations d'oxygène; il n'est plus qu'à 70; à chaque respiration, un éblouissement.

3** 23", 420"" ; je me lève en respirant de l'air ; mon pouls monte immédiatement à 96, puis à 100 ; j'ai un vertige net; je me rassieds.

5*» 25", 445"" ; le pouls retombe à 90, puis, après une inspiration d*oxygène, à 70, à 3** 26", sous la pression 460"".

3*» 28", 450"" ; l'oiseau tombe dans sa cage.

3*» 30". 440""; pouls 76 ; renvois gazeux par la bouche.

Ayant voulu, sans quitter ma chaise, élever la jambe droite, celle-ci est prise de tremblements convulsifs dans les muscles du mollet et de la cuisse, tremblements que je ne puis maîtriser avec la main ; ils cessaient lorsque j'appuyais fortement le pied à terre; la température sous la langue est de 3608.

3*» 34", 443"" ; pouls 80. Une inspiration d'oxygène.

3^ 35", 445"" ; le pouls tombe aussitôt à 70 ; ayant essayé de siffler, à ce moment, je remarque que cela m'est impossible.

3»» 37", 436"" ; pouls 80.

3*" 39", 450"" ; je souffle dans le spiromètre; éblouissement; je n'ai plus que 11,8.

5»» 43", 435"" ; pouls 80.

3*» 45", 423"" ; pouls 90. Je fais plusieurs inspirations d'oxygène; éblouissement.

3^47", 423"" ; le pouls est retombé à 69.

3b 48", 423""; je m'agite sur ma chaise ; léger éblouissement.

3»» 49", 425"" ; pouls78.

3»» 50", 420""; pouls 86.

3*» 51", 418""; pouls 87; je fais une inspiration d'oxygène.

3»>ô3"j426""; pouls 78.

3** 55", 430"" ; pouls 80 ; quelques inspirations d'oxygène ; éblouissement.

3»» 57", 430"" ; pouls 72.

2^ 59", 420""; pouls 84. Je me sens assez mal à mon aise ; ayant trouvé pour le nombre de mes pulsations pendant 20 secondes 28 i j'ai la plus

7S2 EIPÉRIESCES.

grande peine à multiplier ce nombre par 5, et j'inscris sur mon carnet de notes € difficile à calculer i .

4^ 1", 41 3"" ; 88 pulsations.

4^ 5", 408""; 92 pulsations ; sensations nauséeuses pénibles ; éblouissements; congestion à la tête; tremblements conmlsib en levant la jambe.

4^ 4", 4i5""; 90 pulsations; je respire de rozygèoe; fliloaiaac ments.

4^ 5", 4i6"" ; 75 pulsations seulement.

4k 7in^ 420"" ; je soufBe dans le spiromètre, et ne vaia qai'i '9Jt ; éblouissements et vertiges après avoir soufBé.

4*» 9", 430"" ; température sous la langue, 36^,7.

4^ i4", 445"" ; pouls 78; je fais trois inspirations d'oxygène ; èUiMiisements ; le pouls tombe aussitôt à 63.

4^ 18", 452""; pouls 79; cinq fois je fais des inspiratiims d*éxffjèae^ séparées chacune par deux inspirations d*air.

4^ 20", 450"" ; le pouls est revenu à 63. L'obeau, jeté en l'air, UHnbe en tourbillonnant, et se laisse prendre à la main.

4ta 24", 465""; pouls 72; je fais un effort et me lève ; leipoob oMrte aussitôt à 84.

4^26", 490""; pouls 72; je fais quelques inspirations d'oxygène; éblouissements.

4* 29", 495"" ; pouls 60.

4^33", 500""; pouls 25; plusieurs inspirations d'oxjgteè; leponHi tombe à 64 ; j'essaie en vain de siffler.

4^ 37", 540""; pouls 69 ; l'oiseau refuse de s'envoler de dessi» lajdiÉge, mais est bien réveillé.

4** 58", 555"" ; je ne peux pas siffler.

4^ 40", 590""; pouls 65 ; je commence à pouvoir siffler assex faelieaieot.

4*» 45", 759"" ; pouls 58 ; température sous la langue, 36%6.

La température intérieure de l'appareil n'a pas varié.

Dans cette première expérience, les respirations d'air oxygêné ont été intermittentes, et Teffet de chacune d'elles s'est montré instantanément. Les nausées disparaissaient, le bienêtre renaissait aussitôt. Le nombre des pulsations, et c'est là un signe des plus précis, diminuait immédiatement pour revenir bientôt après à son chiffre primitif.

Les tracés de la figure 57 expriment d'une manière trèsnette ces curieuses modifications. Les heures sont marquées sur Taxe horizontal. Le tracé supérieur représente la marche décroissante de la pression barométrique, avec la hauteur correspondante à quelques dépressions ; le tracé inférieur

ACCIDENTS t)E LA DECOMrBESSiOH : MOYENS DE LES CONJURSH. ÎSJ

indique ies oscillalîons du nombre des pulsations. On voit à toules les inspirations d'oxygène, marquées 0, une chulc

instantanée de cette dernière ligne : la démonstralioa est des plus nettes.

Des modifications aussi brusques dans le rhjthme circulatoire ne peuvent être sans inconvénients : aussi, c'est à elles que j'attribue les éblouissements qui accompagnaient chaque

inspiration d'oxygène. J'ajoute que, le soir de cette expérience, j'éprouvai pendant plusieurs heures des phénomènes de congestion cérébrale qui n'ont pas laissé de m'inquiéter quelque peu.

Je prie également le lecteur dé remarquer les tremblements musculaires et le singulier état d'affaissement intellectuel dans lequel je me suis trouvé en arrivant à la pression de 420°", c'est-à-dire, à peu près à celle qu'on subit à la hauteur du mont Blanc : je me trouvai presque incapable de multiplier, le crayon en main, 28 par 3.

Le 9 mars suivant, MM. Grocé-Spinelli et Sivel, qui projetaient d'exécuter des ascensions à grande hauteur, vinrent à mon laboratoire dans le but d'étudier sur eux-mêmes les effets déplaisants de la décompression et l'influence favorable de l'air suroxygéné.

Je ne saurais mieux faire que de reproduire ici la narration que rédigea immédiatenient pour moi M. Grocé-Spinelli, d'après les notes que M. Sivel et lui prenaient assidûment dans l'appareil, des phénomènes qu'ils avaient tous deux éprouvés.

ExpÉRiENCs GCLV. — r La diminution de pression s'opéra régulièrement; en 55 minutes ils furent amenés à 304°^ ; le retour à la pression normale se fit en 22 minutes. Ils sont ainsi restés pendant 2^ minutes au-dessous de 450™ de pression. *

Paris, la 10 man 181i.

Moiisiejor,

Je vous transmets les faits que nous avons constatés et les impressions que nous avons ressenties, H. Sivel et moi, dans vos cloches à d^ression, le 9 mars 1874.

L'émotion n*a pas sensiblement influencé ces observations, car elle a été presque nulle^ je crois, chez M. Sivel, cl extrêmement faible chez moi pendant toute la durée de Texpérience. La préoccupation continuelle de constater des faits donne de cela une explication satisfaisante.

L'expérience commença à iO*» 31".

Les premiers moments de la dépression ne donnèrent lieu à aucune impression désagréable. A 10^ 34<" je constatai chez M. Sivel, à la pression de 70,5 centimètres de mercure, 80 pulsations ; et, trés-peu après, à 6S cent., 92 chez moi: A 1^ iU'", pression 56% le pouls de M. Sivel donne

100 et le mien également iOO. A 1*» 44"*, pression 51^^, mon pouls donne 116 et celui de M. Sivel 108.

C*est à partir de la pression de iS^ environ que Toppression commence à se manifester sensiblement. Je deviens plus paresseux et me contente d'examiner ce qui m'influence. Je sens de la chaleur à la face, ce que ressent également M. Sivel vers la pression de 44 centimètres. J'ai en outre des picotements à la tête, des démangeaisons qui me font l'impression d'un mal aux cheveux. L'énergie morale n'a d'ailleurs nullement été affaiblie, car nous sommes gais et causeurs.

A 1^ 40"> vers 41 centimètres, H. Sivel inspire l'oxygène du ballonnet, non pas par besoin, mais pour diminuer la tension considérable du récipient qui est prêt d'éclater. Sous la pression de 40 cent., je me sens mal à mon aise, la tête est serrée comme dans un étau et je ressens l'impression d'une barre de faible diamètre sur laquelle j'appuierais fortement mon front. Mon pouls donne 135 pulsations.

A 1^ 57*", sous la pression de 39 centimètres, j'aspire quelques gorgées d'oxygène du sac que me tend M. Sivel. Je me sens soulagé et mon pouls redescend à 128, bien que la dépression continue à se produire.

Nous nous passons le sac à oxygène. Mon compagnon en use jusqu'au maximum de dépression, 5 ou 6 fois d'une manière souvent copieuse, et moi 3 ou 4 fois d'une façon généralement plus modérée et même maladroite, car, éprouvant d'abord un certain dégoût à inspirer ce gaz qui sent le caoutchouc, j'en laisse perdre une assez grande quantité. Cependant, à mesure que la pression diminue, je surmonte plus facilement cette répugnance et je ressens instinctivement la nécessité d'absorber ce gaz. Mon pouls donne à 38 et 37 centimètres 128 pulsations après absorption d'oxygène ; à 35 cent, il est à 132. 11 est certain que sans l'oxygène inspiré il serait plus élevé.

Voici ce que produisit chez M. Sivel l'absorption du gaz comburant : la cloche lui paraissait se mouvoir comme pendant l'ivresse, et cela pendant quelques secondes ; il ressentait comme une légère atteinte de mal de mer. Puis, ce malaise se dissipait et l'esprit devenait plus précis qu'avant l'inspiration.

Chez moi, les mêmes impressions m'affectèrent, mais d'une manière plus mar,quée. De plus, auAiessous de 35 centimètres, mes regards, qui s'obscurcissaient, devenaient très-sensiblement plus nets après l'absorption d'oxygène. Je voyais clair après avoir vu noir; l'intérieur delà cloche semblait tout à coup devenir plus lumineux.

A ces faibles pressions, l'esprit s'était beaucoup alourdi chez tous deux, mais surtout chez moi. Pendant les quatre minutes qui précédèrent le moment où nous arrivâmes à 30,4 centimètres, je ne prenais guère que les notes des pressions que me dictait à très-haute voix H. Sivel, et les cal^ culs les plus simples me semblaient difficiles. J'étais très-sourd et me faisais répéter plusieurs fois les indications de pression. L'air ne semblait plus conduire le son*

A 11** 8"*, sous la pression de 30s4, ni M. Sivel ni moi ne disons plus

756 EIPÉRIENCBS.

rien. Nous avions été cependant très-gais, très-causeurs et remuants jusque vers 57 centimètres. Nous n'avions plus, il est vrai, d'oxygène, et cette constatation occasionna chez moi une sorte de regret instinctif. M. Sivel avait aloi*s l'esprit un peu vacillant, et moi j'étais dans un état de prostration assez marquée. L'atonie n'était cependant pas arrivée à un tel point que nous n'eussions pu encore supporter, assez difficilement, il est vrai, deux ou trois centimètres de dépression, surtout H. Sivel, qui s'est toujours montré moins influencé que moi.

Pendant loute Texpérience, nous n'avons constaté ni l'un ni l'autre de ballonnement abdominal ni d'oppression pulmonaire, ce qui m'étonne pour moi qui ai les bronches très-sensibles. La face avait fini par s'empourprer fortement. M. Sivel était devenu violet foncé, et moi, qui suis ordinairement pâle, violet léger. Mon oreille droite était très-rouge.

M. Sivel, ayant constaté mon état de grand malaise, me demanda si je croyais qu'on devait arrêter la dépression. Je répondis que oui, parce qu'il n'y avait plus' d'oxygène. Le souvenir de ce fait ne m'est pas revenu de suite après l'expérience, et ce n'est qu'au moment où j'écris qu'il devient pour moi très-net.

On arrêta alors la machine et on ouvrit les robinets d'entrée d'air. Voici le nombre de pulsations constaté pendant la période de recoropression : chez moi, à 52% 104 pulsations; à 59«, 100 pulsations; à 66% 96 pulsations. Chez M. Sivel, à 62«, 98 pulsations.

En 7 minutes, nous revînmes à 45 centimètres, et malgré la rapidité de la montée de la pression, non-seulement nous ne ressentîmes aucun malaise, mais bien au contraire, moi surtout, nous éprouvions une sensation très-agréable. Ce n*est qu'après que les bourdonnements commencèrent à se faire sentir chez tous les deux. M. Sivel but de l'eau et mangea un peu, et par deux fois, son oreille se débouchant tout à coup, il se sentit soulagé. Je fus plus sensible aux bourdonnements que lui ; mon oreille ne se déboucha qu'une fois et je souffris assez violemment. Cette souffrance . s'accrut vers 70 centimètres, quand les opérateurs, ne voyant sur le manomètre extérieur que quelques centimètres de dépression, ouvrirent beaucoup le robinet de rentrée d'air. 11 est probable que c'est cela qui occasionna les maux d'oreilles qui survinrent chez moi après l'expérience.

En sortant de la cloche à 11^ oO"*, après 59 minutes d'expérience, j'avais une sensation de coton dans les oreilles, fortement tamponné, mais je ne souffrais pas. La tète était libre, mais l'esprit un peu fébrile. Toute la journée je sentis les oreilles, surtout la droite, très-lourdes. Le soir celle-ci me fit souffrir. Couché à 11*", je ne pus m'endormir qu'à 4 heures du matin. J'avais non-seulement des élancements et une névï^lgie temporale, mais encore l'oreille intérieure semblait comme tuinéfiée, et une pression de la main produisait une impression douloureuse. Je calmai h douleur en m*entortillant la tète de linges. Quant à H. Sivel, cette expérience ne lui laissa aucun malaise.

le dois dire que mon compagnon de cloche est de tempérament san-

guin, qu*il jouit d'une excellente santé, et qu'il possède une apparence très-vigoureuse. 11 est habitué aux voyages de long cours, sur mer et sur terre, et il a fait deux ascensions aérostatiques. Quoique d'une bonne constitution, je suis évidemment moins fort que lui. Je possède un tempérament lymphatico-nerveux.

Je crois qu'il est bon de comparer les sensations ressenties dans la cloche avec celles que j'ai éprouvées dans l'ascension à 4600 mètres, sous une pression barométrique de 429'""*, exécutée par moi, en compagnie de MM. Jobert, Penaud, docteur Pétard et Sivel. Dans cette ascension, je ne ressentis aucune impression désagréable, pas plus que mes compagnons, provenant de la dépression. Or dans la cloche, vers 50 centimètres, la face me piquait, ce que M. Sivel ressentait vers 44 centimètres. Avant 429"*"*, le malaise était déjà très-notable et j'avais la sensation de la barre sur le front, tandis qu'il n'y a eu rien de semblable pendant l'ascension. Dans la cloche je possédais 116 pulsations à 51 centimètres, et 135 à 40 centimètres, et dans la nacelle de l'aérostat, j'en avais 116 entre 45 et 44 centimètres. M. Sivel avait 108 pulsations à 46s5 dans la cloche, et à 45^,110 dans la nacelle.

Les bourdonnements furent ressentis par moi absolument dans l'ascension comme dans la cloche. Dans la descente aérostatique, j'avais comme du coton dans les oreilles. Cette impression dura jusqu'au lendemain, mais la douleur ne fut jamais que très-faible. Gomme dans la cloche, la douleur s'était accrue dans les derniers centimètres de dépression, à cause de la rapidité de la descente.

Dans cette expérience, les deux aéronaules descendirent à la pression de 304""" de mercure, correspondante à une hauteur de 7300". Ils ont été, par suite, beaucoup plus vivement impressionnés que je ne l'avais été, n'ayant pas dépass^418"", hauteur de 5100"; les phénomènes nerveux ont chez eux dominé la scène : Tobscurcissemenl de la vue, la paresse intellectuelle, ont été des plus remarquables chez M. Crocé-Spinelli. M. Sivel, qui était entré à jeun dans l'appareil, commença à manger pendant la décompression; bientôt il s'arrêta, et comme je lui faisais, à travers les hublots de verre, signe de continuer, il me répondit par un geste de dégoût.

L'action favorable de l'oxygène a été également des plus manifestes; après quelques [inspirations, les phénomènes fâcheux disparaissaient. A un certain moment, aux très-basses pressions, les lèvres et l'oreille droite (la seule que je voyais) de M, Crocé-Spinelli étaient devenues tellement violacées que je me disposais à ouvrir Les robinets lorsqu'il prit à la

bouche le tube d'oxygène : Teffet, c'est-à-dire le retour à la teinte norrnale, fut instantané. M. Crocé-Spinelli m'a raconté en sortant de l'appareil qu'il avait eu à ce moment recours à l'oxygène, parce qu'il ne voyait presque plus son papier, lequel, à la première inspiration, lui apparut soudain tout blanc, comme par une sorte d'éblouissement.

Dans ces deux expériences, l'oxygène n'avait été employé que d'une manière intermittente, pour diminuer pendant quelques instants la gravité des accidents de la décompression. Je voulus opérer un peu différemment, laisser arriver les malaises jusqu'à un certain degré, pour respirer alors d'une manière continue l'air suroxygéné, tout en continuant à diminuer encore la pression barométrique, et voir ce qui adviendrait.

Voici le récit de deux expériences faites d'après ce procédé expérimental :

Expérience CCLVI. — 28 mars. — J'entre dans Tappareil à iO*» 55™; h porte est fermée à il*" 4*"; j'ai alors 58 pulsations à la minute. Pression barométrique, 76i"™;

H*» iO"; pression 71 5"""; pouls, 62 ;

ii»'20»; 580"»™; pouls. 63;

il»» 23n»; 535"*"; pouls, 63; quelques sensations nauséeuses;

^ jh 25»; 510"»"»; gaz s'échappant par en haut et par en bas;

il»" 27"; 495"™; pouls, 66;

i i *» 31 " ; 455"" ; pouls, 64 ; sensation nauséeuse ; gaz s'échappent, et cependant le ventre reste un peu gonflé;

H'' 33"; 435""; pouls, 70 ; l'acte de siffler, que j'exécutais très-bien à la pression normale, qui était devenu assez difOcile dès 520"", est complètement impossible;

il** 35"; 425""; pouls, 72; un peu'de trouble de la vue, qui est moins nette ;

\\h 37in. 412""; pouls, 76; je suis assez mal à mon aise, avec l'œil un peu trouble.

Je commence alors à inspirer d'une manière continue dans le sac plein d'air suroxygènè que j'ai à côté de moi; l'expiration se fait au dehors. Quelques ëblouissements surviennent, puis tout accident disparaît, et je me trouve, jusqu'à la fln de l'expérience, dans un état de bien-être parfait.

Le pouls, qui était tombé instantanément à 63, s'abaisse encore, quoique la décompression aille en augmentant.

11*^41"; pression, 408""; 60 pulsations,

H »• 46" ; 382"" ; pouls, 63 ;

\ P* 47*»; 380™"; des gaz s*échappentpar la bouche cl Tanus; bien-élre parfait;

H*" 48"; 369""; 58 pulsations; encore gaz;

i\^ 51"; 355""; 59 pulsations;

\\h 59ai. 350""; encore gaz;

11^ 55"; 338""; je fais quelques efforts pour ouvrir el fermer un flacon ; le pouls monte à 63 ; la pression commence à remonter ;

11»* 59"; 400""; 60 pulsations;

Midi ; 440"" ; impossible de siffler;

Midi 2"; 490""; 60 pulsations; impossible de siffler; je cesse de respirer Tair suroxygéné;

Midi 3"; 520""; impossible de siffler; 56 pulsations;

Midi 5"; 540""; je commence à pouvoir siffler;

Midi 7"; 570""; je siffle très-bien; 59 pulsations;

Midi iO"; revenu à la pression normale; 52 pulsations.

Cotte expérience montre de la manière la plus nette que les inspirations continues d'oxygènt, après avoir fait cesser les symptômes fâcheux, les empêchent de reparaître» quoique la ])resslon barométrique continue à diminuer. Jl n'est rien de plus probant. La dépression atteinte a été de 558 milli mètres, correspondante à la hauteur de 6500" environ, c'està-dire un peu plus que celle du Chimborazo.

La figure 58 exprime les phases diverses par lesquelles ont ])assé les battements du pouls avant et pendant les inspirations d'oxygène, dont le début est marqué en 0.

Entre autres phénomènes qui ont persisté nonobstant l'inspiration d'oxygène, parce qu'ils dépendent exclusivement de la diminution de densité de l'air, je citerai les évacuations gazeuses et l'impossibilité de siffler, qui avait été notée déjà dans l'expérience précédente, et dont ne parlent ni les aéronautcs ni les ascensionnistes; elle a été observée au-dessous de r>00 millimètres.

L'expérience suivante, conduite de la même manière, est encore plus frappante à cause de l'énorme dépression à laquelle je me suis impunément soumis :

Expérience CCLVll. — 30 mars. — J'enire à iO*» 15" dans l'appareil pression barométrique 759"". J*ai avec moi un moineau, dont la température rectale est 4i",9, un rat et une bougie.

\Qh 2^"»; on ferme la porte; j'ai 60 pulsations; «

51 O**"*; impossible de siffler dans les notes hautes;

10^ 53°* ; 480""" ; 70 pulsations ; un peu de malaise ;

10^ 53'"; 455'"'"; 78 pulsations; sentiment de congestion à la tète; gaz s'échappant par en haut et par en bas;

10*" 58"*; 430"*'"; pouls, 80; Toisean vomit, parait assez malade» mais reste perché; le rat semble fort tranquille;

ii**; 410"*"*; pouls, 86; je place devant ma bouche le tube du sac à oxygène, que la dépression a gonflé, et je respire ainsi un mélange tréssuroxygéné; j'ai quelques éblouissements ;

il** 2"*; 400"*"; le pouls est tombé à 64; l'oiseau vomit de nouveau; le rat parait fort anxieux ;

11** 5*"; 378"^; 66 pulsations; impossibilité de siffler;

il>* 9"*; 360"**"; 72 pulsations; un peu de malaise, bien que j*aie respiré loxygène d'une manière continue, mais à distance, il est vrai. Je prends alors le tube de dégagement dans la bouche, sans fermer les narines, et le >arde ainsi jusqu'à la fin de l'expérience* Le malaise disparait aussitôt ;

11^ il"*; 348""; 66 pulsations; le moineau a 126 respirations à la minute;

11** 14"*; 523""; 64 pulsations; le moineau, qui vomit très-fort, reste cependant perché;

ii>* 17"*; 310""; j'ai un peu de malaise, avec pouls à 75;

il** 19"*; 300""; le moineau est fort malade;

iih 22"; 295""; 64 pulsations; mon mabisea complètement disparu;

il** 24"*; 288"";

il** 27"*; 280""; pulsations, 66 ; la flamme de la bougie est très-bleue; la mèche a environ 3/5 de la longueur de la flamme;

il** 33"*; 258""; 70 pulsations; l'oiseau vomit et semble extrêmement malade, mais il reste toujours perché;

il** 34"*; 255"";

il** 36"; 248""; 64 pulsations; je laisse augmenter la pression;

il** 58"; 290""; pouls, 63;

il** 40"*; 340""; la température rectale du moineau n'est plus que de 36^4;

il** 43"*; 390""; pouls, 54; je cesse de respirer l'oxygène;

ii>* 44"* ; 420""; impossible de siffler; l'oiseau est toujours bien malade, accroupi sur sou perchoir ;

11** 46"*; 480""; impossible de siffler;

il** 47"*; 550"»»; id.; 66 pulsations;

ii*>48"*; 580"*"; je puis siffler les notes basses, mais non les hautes;

il** 49"*; 650"»"*; je siffle très-bien;

il** 51"; revenu à la pression nor.iialc; j*ai seulement 52 pulsations. La température rectale du moineau est 36*^,1 ; celle du rat 34<* ; la mienne, sous la langue, 36<*,5.

A 3** 30"', le moineau n'a encore que 38**,7 dans le rectum.

Voici donc une expérience dans laquelle je suis ai*rivé en

suroxygéné. A côté de raoi, un moineau et un rat se trouvaient fort malades, et leur température s'abaissait de plusieurs degrés. Quanta moi, bien loin de courir un danger, je ne ressentais aucun des inconvénients légers de la décompression, ni l'état nauséeux, ni le mal de tête, ni la congestion à la tête, et je n'en éprouvai pas davantage après être sorti de l'appareil. Il me semblait même que j'eusse pu aller beaucoup plus bas encore, sans nul encombre, et j'y étais parfaitement disposé, si mes pompes à vapeur, fatiguées du travail, n'eussent refusé d'épuiser davantage l'air des cylindres. Peut-être dois-je en accuser la complicité des personnes présentes à l'expérience, qui venaient fréquemment me regarder à travers les hublots et, malgré l'aspect tout à fait naturel de ma physionomie, semblaient fort effrayées de me voir exposé à cette énorme diminution de pression. Elle correspondait, en effet, à plus de 8800 mètres, c'est-à-dire à une hauteur supérieure à celle que les voyageurs en montagne et les aéronautes, hormis MM. Goxwel et Glaisher, aient pu atteindre encore (voir p. 199). Je n'éprouvais aucun malaise à cette pression qui avait failli être si funeste aux deux intrépides Anglais, et à laquelle devaient périr peu de mois plus tard MM. Crocé-Spinelli et Sivel.

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