‹ La prétendue conférence [microforme]Chapitre 45 sur 47 · NOTRE SAUVEGARDE · texte numérisé non relu

NOTRE SAUVEGARDE

Le gouvernement Mercier entend faire une courte session. Le discours du trône l'indique, et il donnerait peu matière à commentaires, s’il ne contenait des incitations au mécontentement contre l’autorité centrale, des attaques regrettables contre le pouvoir souverain. Proposer àla législature d'adopter de nouveau la loi désavouée des magistrats, c'est lui demander de se rendre une fois de plus coupable d’un’empiètement certain dans le domaine fédéral. Faire flèche de tout bois à propos d’une opinion du ministre de la justice sur la propriété des lots de grève, c’est donner, dans un but évident, une importance exagérée à un incident très simple.

Comme tactique de parti, ces choses peuvent être de l’habileté d’un certain genre. Mais que M. Mercier nous permette de le lui dire : il est capable d’être supérieur à ce genre, de faire plus grand et mieux. Les hommes politiques existent moins pour leur parti que pour leur pays.

Gouverner pour le pays par leur parti, c’est leur rôle et leur droit. Mettre en péril les institutions d’un pays, son avenir pour les besoins d'un parti, c’est manquer au premier des devoirs.

Or, les institutions de ce pays sont menacées par l'agitation qui se fait au nom et sous le prétexte des droits des provinces. Car, —il est inutile d’insister sur cette vérité—les provinces ne peuvent subsister sans l'autorité centrale, serile capable de maintenir dans la cohésion les parties diverses de l'Amérique Britan-

uique du Nord. Le pouvoir fédéral .détruit ou rendu impuissant par des amoindrissements successifs, il ne reste d'autre alternative que l'absorption par les Etats- Unis.

L'annexion est elle désirable pour l’élément français? Aurions-nous, dans une population de soixante millions et plus d'habitants, un ascendant égal à celui que nous eXerçons sur une population de cinq millions d’âmes ? Sans doute, la population d’origine anglaise augmentera en Canada, mais nous augmenterons nous aussi, ét dans une proportion qui nous promet pour longtemps encore une influence précieuse. Dieu sait ce que l'avenir nous réserve : ilest peu de peuples sûrs de leurs lendemains. Toutefois, avec les institutions actuelles, ou tant que le Canada sera un pays distinct, nous jouerons un rôle important, nous nous développerons, nous nous implanterons dans cette terre. Les anglo-saxons du Canada et ceux des Etats-Unis appartiennent à ia même grande famille, et l'union, l’assimilation se feraient vite entr'eux. Leur langue, leur foi religieuse sont identiques, Si le Canada n’était peuplé que par des anglais, l’annexion n'aurait d’autre inconvénient peut-être que de mettre sous un contrôle unique une étendue anormale de territoire, une agglomération colossale de fleuves et de lacs, de richesses et d’éléments divers. Que serions-nous dans ce tout gigantesque ?

Non : la plus simple prudence, les instinctsde la conservation nous commandent d'éloigner autant que nous le pourrons l'heure de cet événement, qui serait une catastrophe pour nous, aujourd’hui.

L'école des provincialistes nous y conduirait si elle parvenait à faire triompher

| ses idées imprudentes. Voilà pourquoi

nous la condamnons dans ses tendances et ses œuvres.

Nous en appelons au premier ministre de cette province, le bercean et le cœu

Le

de la nationalité française en Amérique, Sa conférence interprovinciale a été une erreur grave, car elle était un acheminemeni vers la destruetion de l'unité canadienne, qui est notre sauvegarde. En a-til compris les périls, et est-ce pour cela qu’il s’est arrêté à mi-chemin! Ille faut souhaiter et espérer.

Que pour les fins de son parti — qu'il peut défendre par taut d’autres moyens— il ne crée pas un courant funeste de préjugés et de passions.

Il ne suffit pas de se dire et d’être Canadien-français. Il faut l’être d’une

façon éclairée, prévoyante. Sir Etienne Taché avait une vision lumineuse de l'avenir quand il s’écriait que le dernier coup de canon pour la défense du sien colonia; serait tiré par l’un des nôtres, Il sentait que ce lien assurerait notre développement paisible, notre prise de possession définitive de ce sol fécond et magnifique.

La confédération en opposant à l’idée de l’annexion celle de la création d’une nationalité canadienne, nous a été une Providence favorable.

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