Suidas, lexicographe grec du ixe ou xe siècle
de se trouuer aux sacrifices qui estoit parmy eux vne grande peine. Et ceux qui estoienc interdits en ceste sorte, estoient tenus pour impies et fuys de tout le monde et mesme lorsqu'ils demandoient iustice, on ne la leur rendoit pas.
Entre tous les Druydes il y en auoit vn qui estoit sur tous les autres et auoit souueraine authorité sur eux. Après sa mort on mettoit en sa place le plus méritant d'entr'eux, et s'il y en auoit plusieurs en mesme rang et qui fussent esgaux en mérite, les Druydes s'assembloient pour l'élection et la pluralité des voix Femportoit. Quelques fois ilss'opiniastroient tellement à la recherche de ceste dignité, que des paroles ils en venoient aux mains. Ces Druydes s'assembloient toutes les années sur la frontière du pays Chartrain, où abordoient tous ceux qui auoient quelques procez ou débat, et obéissoient à leur sentence. Et il semble que César nous marque que ce lieu n'estoit autre que la ville de Dreux qui est à ceste heure, qui retient encor en quelque sorte le nom des Druydes. Ils n'estoient pas coustumiers d'aller à la guerre, et ne contribuoient à aucune chose de celles qui estoient imposées sur le pays, tellement que ces privilèges conuioyent plusieurs personnes de s'aller rendre leurs disciples, et plusieurs pères d'y envoyer leurs enfans pour recevoir instruction d'eux, et se rendre capables de paruenir à ce rang. Ceux qui se rangeoient sous leur discipline apprenoient vn grand nombre de vers, et aestimoient pas qu'il fust loisible de les es-
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crire. Vne seule de leurs opinions fut publiée (dit Mêle), c'est à sçauoir que les âmes estoient immortelles, et selon Diodore, qu'elles passoient d'vn corps en autre, comme tenoit Pythagore. Strabon dit aussi qu'ils disputoient des mœurs, et s'adonnoient à ceste partie de la philosophie, outre la naturelle. Il y auoit aussi parmi les Druydes des femmes qui faisoient même profession. A guy Van neuf, viennent de ce que les Druydes auoient accoustumé d'enuoyer par leurs disciples du guy à tous, au commencement de l'année, comme la leur désirant heureuse. C'estoient là les mœurs des anciens Gaulois touchant les choses sacrées. 9. Quand aux prophanes, ils auoient accoustumé d'aller armez aux assemblées. Plutarque1 escrit que les femmes délibéroient de la paix et de la guerre, et que leur résolution estoit suiuie. Strabon escrit que si quelqu'vn interrompoit celuy qui haranguoit en quelque assemblée, il y auoit vn officier qui le venoit menacer avec l'espée en la main et luy commandoit le silence; et s'il ne se taisoit pour ceste fois, il faisoit de mesme pour la seconde, et ainsi iusques à la troisièsme, et s'il trouuoit celuy à qui il auoit affaire opiniastre , il luy coupoit telle partie de son saye que le reste luy estoit inutile. Leur coustume estoit aussi de demander des nouuelles aux passants, et le peuple s'enqueroit des marchands de quels pays ils
1. Plutarque, biographe et moraliste, né l'an 48 avant Jésus- Christ, à Chéronée en Béotie.
PREVOSTE DE PARIS. 25
venoient, et les contraignoient de dire les choses qu'ils y auoient veuës, et les Gaulois s'arrestant bien soutient sur ces rapports qui estoient quelques fois faux, tenoient là-dessus leurs assemblées, et résoudoient plusieurs choses qui leur portoient beaucoup de dommages, d'autant que ces délibérations auoient pour leur fondement vn faux bruit et vne légère créance. Ils auoient accoustumé de punir plus griefuement celuy qui auoit mis à mort vn estranger, que celuy qui auoit priué de vie quelqu'vn du pays, veu que celuy-cy estoit seulement banny, mais l'autre estoit soudain condamné à mort. Quand quelque chose remarquable estoit arriuée, on l'alloit incontinent publier tout haut par les villages, et cela passoit ainsi de main en main auec grande promptitude.
Quand aux choses qui concernent la guerre, le reste des Gaulois apprit des habitants de Marseille à clorre de murailles les lieux de leur habitation. Elien * dit que c'estoient les hommes les plus prompts de la terre, à s'exposer à toutes sortes de dangers. Vopisce2 dict que c'estoient des hommes pleins d'inquiétude, et qui ne pouuoient iamais demeurer en repos. Tite-Live5 les tient pour des personnes qui ne se pouuoient commander lorsqu'ils estoient en colère. La liberté leur estoit en si grande recommandation,
1. Elien (Claude), écrivain du m< siècle, vivait à Rome sous Alexandre Sévère.
2. Vopiscus (Flavius), historien latin du ive siècle, né à Syracuse.