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Polybc (206 avant Jésus-Christ), historien grec

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et de leur hauteur, et pareillement deux dards. Ils vsoient aussi de lances, dont le fer estoit long d'vne coudée. Ils auoient aussi la teste armée d'un morion, sur lequel il y auoit des cornes grauées, ou des représentations d'oyseaux ou de bestes à quatre pieds. Et ce fut pour ce subiect que la neufuiesme Légion de César, composée de Gaulois, fut nommée Alouette, pour ce qu'aux habillemens de testes des soldats de ceste Légion, il y auoit des alloue ttes grauées ou bien des crestes. Ou bien, elle eut ce nom, selon quelques-vns, pour ce que les soldats vsoient de morions faicts comme la creste ou huppe que Pallouette a sur la teste. Les Gaulois se seruoient aussi de l'arc et de la fronde. Us paroient les gardes de leurs épées de corail de mesme que leurs escus et quelques-vns mettoient de l'or sur leurs cuirasses. Beaucoup de Gaulois combactoient nuds au-dessus du nombril, ainsi que Tite-Live escrit au discours de la bataille de Cannes. Ils faisoient beauconp plus d1 estât de la caualerie que des gens de pieds et mesme César se ressentit de la valeur de la caualerie Françoise, qu'il employa contre Pétréius et Afranius, et après en Afrique, contre les restes de la guerre ciuile. Ils vsoient au combat de gros escadrons, et mesme iusqu'au nombre de six mille hommes, comme on peut voir en Végèce1. Lorsqu'ils alloient entrer au combat

i. Végèce, (Flavius Renatus), écrivain militaire latin, vivait au ive siècle.

ils choient espouuantablement, sautoient,et frappoient leurs escus, et faisoient vu si grand bruit auec leurs armes, qu'il sembloit que tous les lieux d'alentour qui en retentissoient, s'escriassent avec eux. Ils se seruoient aussi de trompettes. Et quand à leur valeur au milieu des combats, l'auteur de la Guerre d'Afrique dit que c'estoient des hommes francs qui auoient accoustumé de combattre non pas auec embusches et ruses, mais à guerre ouverte. Quand à l'ordonnance de leur armée, pour ce qu'elle estoit composée de gens de diverses villes, les soldats estoient divisez en villes et villages, et les troupes de chaque ville estoient ordonnées séparément, afin d'éuiter tout désordre et de rendre les hommes de chaque ville plus ardans à la deffendre l'vn l'autre. Ainsi qu'ils auoient obtenu victoire de leurs ennemis, ils immoloient les prisonniers aux Dieux, comme on lit dans Athénée 1, et selon Strabon, ils laissoient pendre les testes de leurs ennemis du col de leurs chevaux, et les attachoient aux portes de leurs villes, afin qu'elles seruissent de spectacle.

Il y auoit au reste deux sortes d'hommes qui estoient en réputation parmi les Gaulois, c'est à sçauoir les Druydes et les cheualiers, dont les vns assistoient au seruice^des Dieux, et annonçoient et présageoient leurs volontez ; les autres alloient à la guerre quand l'occasion s'en présentoit, et menoient auec eux, selon

1. Athénée, grammairien grec, vivait sous Marc-Aurùle et ses successeui -.

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leurs moyens le plus de gens qu'il leur estoit possible. Ceux qui estoient de l'ordre du peuple estoient tenus comme serfs tellement que ces Cheualiers auoientmesme puissance sur eux que les maistres sur leurs esclaves. Ils ne permettoient pas que leurs en fans vinssent deuant eux sinon lorsqu'ils estoient en aage de porter les armes. Les maris mettoienten commun auec leurs femmes autant de leur bien aualué qu'elles leur auoient porté de mariage, et tenoient par ensemble compte de tout et les fruiccsen estoient gardez. Que si l'vn d'eux venoit à mourir, la part de tous les deux venoit à l'autre auec les fruicts des années précédentes, et les maris auoient puissance de vie et de mort sur leurs femmes, de mesme que leurs enfans. Ils auoient aussi ceste coustume que lorsque quelqu'vn estoit chargé de debtes, ou de trop de tailles, ou accablé par la puissance des plus grands, il le randoit serf de quelque gentilhomme, qui dès lors auoit mesme pouuoir surluy que sur vn esclave. Leurs maisons, suiuant le tesmoignage de César, estoit pour la plus grande partie dans les forests, ou bien près des rivières, pour éuister l'ardeur de l'esté. Ils n'en fermoient iamais les portes si l'on veut croire Stobée1, et vsoient de pailles comme on fait en Allemagne, ainsi qu'on peut voir au Misopogon de l'empereur Iulien 2.

i. Stobée (Jean), compilateur grec, vivait vers 4.50 ou 500 après Jésus-Christ.

a. Julien l'Apostat (331-363), fils de Jules Constance et ncvsu de Constantin le Grand.

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10. Quand à leurs habits, ils portoient des sayes de laine qui estoient faicts comme à fuseaux ou losanges, ou de diuerses couleurs. Ils portoient aussi des chausses qu'ils appeloient brayes et des bagues, mais seulement au doigt du milieu, comme dit Pline. Ils vsoient de vaisselles de terre espaisses et sursemée de diuerses fleurs qui y estoient représentées. Ils mangeaient non pas assis sur des sièges, mais estendus par terre sur des peaux de loups ou de chiens, et selon Strabon, sur des licts, et estoient seruis par de ieunes enfans. On faisoit le feu près d'eux, où Ton voyoit les pots et les broches couuertes de chairs, principalement celles de pourceau, tant fraische que salée. Mais le plus souuent ils n'auoient que du laict pour toute viande. Les plus riches beuuoient du vin qu'ils faisoient venir d'Italie, ou des enuirons de Marseille, pour ce qu'ailleurs on ne voyoit aucune vigne, et quelquefois, ils mettoient vn peu d'eau dans leur vin. Ils conuioient aussi les estrangers à souper, et leur demandoient qui ils estoient, et quel subiect les auoit tirez hors de leurs maisons. Athénée raconte qu'anciennement ils auoient accoustumé de mettre les membres des moutons ou autres bestes sur la table, dont le plus vaillant prenoit la cuisse. Que si quelqu'vn estimoit que ce tistre luy feut mieux qu'à celuy qui s'étoit attribué ceste qualité, ils combattoient sur ce suiet iusques à la mort. Il dit encor qu'il y en auoit qui prenoient de l'or et de l'argent au théâcre, ou certains nombre de tonneaux de vin, et après auoir iuré

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qu'ils endureroient ce pourquoy ils auoient reçeu ces présents, et après les auoir distribuez à leurs amis, ils s'estendoient à la renuerse sur leurs escus, en présence de celuy qui leur deuoit couper la gorge. Ammian Marcellin dit qu'ils estoient fort couscumiers de nager, et d'aller à la chasse, où ils portoient des flèches empoisonnées. Pour le regard des funérailles, elles estoient magnifiques chez les Gaulois, veu que César dit, qu'on iettoit dans le feu tout ce que le desfunct auoit plus aimé durans sa vie. Et Melle1 dit qu'il y auoit des personnes qui se iettoient dans le feu où le trespassé brusloit, comme croyans d'aller vivre auec luy. Ils iettoient aussi, selon Diodore, des lettres dans le bûcher, comme si les trespassez les deuoient lire. Et Valère le Grand2 rapporte que les Gaulois prestoient de l'argent durant leur vie à condition qu'on leur rendroit quelque iour aux Enfers. ii. Puis que nous avons entrepris de discourir des mœurs de toute la France, il sera fort à propos de parler de la ville capitale qui est Paris, demeure ordinaire de nos Roys, et abrégé de tout le royaume, de mesme que l'homme est celuy du monde. Les Parisiens sont donc d'vn assez doux naturel, et ne se monstrent pas si reuesches que les habitans de plusieurs autres villes de France. Ils sont toutefois fort aisez à esmouvoir et vn homme acort est capable d'en

i. Pomponius Mêla, géographe romain, vivait sous Tibère et Claude.

a. Valère Maxime, écrivain latin, vivait à la cour de Tibère,

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faire mutiner vn millier. Ils sont extrêmement désireux d'argent, de sorte qu'il n'y a chose du monde qu'vn Parisien n'entreprenne pour en auoir. Cecy soit dit aussi bien que l'autre chef pour le regard des personnes de basse condition. On a veu les Parisiens autrefois assez niais, tellement qu'on leur donnoit le nom de badauds par toute la France : mais ils sont auiourd'huy tellement desniaisez, qu'ils sont capables de piper les autres. Ce n'est pas qu'il n'y aye beaucoup de personnes accoustumées à ne rien voir et ne rien faire, qui sont dignes de ce tistre. Mais ils n'ont pas si tôt mis le pied dans le monde qu'ils sont beaucoup plus malaisez à leurer que beaucoup d'autres. Il est vrai que i'estime que la deffiance de toutes choses qu'on leur recommande à tous propos à cause d'vne infinité d'afTronteurs qu'on void à Paris, est la plus grande finesse qu'ils ayent. Les femmes de toute sorte désirent d'y paraistre et estre beaucoup mieux veuës que leur condition ne porte à quelque prix que ce puisse estre. Et leurs maris, qui s'essayent pour la plus grande partie de leur complaire d'autant que les femmes y gouuernent presque tout,employent le verd et le sec pour satisfaire à leur désir. Mais les femmes sont louables, en ce que les plus belles mesmes, et les plus délicates, et riches, ne desdaignent pas de visiter les hospitaux, manier les malades tous vlcérez et fiévreux, et les nourir et les médicamenter. Ce peuple est fort désireux d'apprendre ce qui se passe de nouveau de tous costez, ainsi que César dit de nos

ancestres. Il aime fort touces espèces de passe-temps, ec se plaist à viure en délices, y estant conuié par l'obiect ordinaire de ceux qui fréquentent la Cour, qui n'ont pour la pluspart aucun meilleur exercice que de ioùer, de rire et de faire bonne chère. S'il se faict quelques nopees entre gens de mestiers, ou artisans, vous y voyez beaucoup plus de despence qu'à celles des personnes qualifiées de la ville, où tout se passe auiourd'huy sans bruit. Mais il faut remarquer qu'en ces nopees de gens de mestiers on fait bien souuent des présens qui surpassent les frais qu'on y a faict, et mesme on y obserue ceste coustume entre gens de basse estoffe, que quand ils se marient, chacun des conuiez y est pour son escot, ainsi qu'en beaucoup de lieux de Touraine. Au reste, les Parisiens qui faisoient iadis vne merueille de toutes les choses qui arriuoient de nouueau, ne s'estonnent gueres plus d'aucune, tant ils sont accoustumez à en voir d'estranges. Ce peuple soupçonne ordinairement les estrangers qui y abordent, et pour ce chacun est sur ses gardes, à ce que les hostes ne luy emportent ce qu'ils luy doiuent. Il est vray qu'il y a beaucoup d'exemples de ceux qui ont esté déceus en vsant de trop de courtoisie, sans cognoistre les personnes à qui ils auoient affaire. Mais s'ils vous ont cogneu homme d'honneur, et que vous ayez esté longuement en leur logis, vous en receurez plus de plaisir que de personnes du monde. Ils ont ceste particularité, qu'ils ne bougent point de leur logis la nuist, quelque bruict qu'ils oyent parmy

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la rue ,et quoique quelqu'vn crie, qu'on le vole, ou qu'on l'assassine. De sorte qu'vne personne qui se trouue parmy des tireurs de manteaux ne doit espérer après Dieu, qu'en ses mains, ou bien en ses pieds. Et ce qui les retient au logis en ceste sorte, c'est qu'ils ont souuent de fausses alarmes que quelques iurogues leur donnent, ou bien des cris de quelques vagabonds qui se plaisent à mettre le monde en action, afin d'en rire après, ou de quelques meschants qui font ce bruict à dessein, d'essayer de faire sortir, et d'assassiner ceux qu'ils hayssent. Pour conclusion le peuple de Paris est d'vne assez douce humeur, et fort maniable, et ie croi qu'il surpasse en ciuilité tout l'autre peuple qui se void au reste de la France. Tout ce qui est autour de Paris est peu différent. Mais il faut que ie die encor cela, que les paysans sont aussi fiers qu'en lieu du monde, à cause du voisinage du Parlement et qu'on ne sçauroit dire vn mot qui leur desplaise qu'ils ne repartent aussi tost iusques à vous conuier de leur mettre les mains dessus, ce que faisant vous les faictes sembler pour s'essayer de vous mettre en peine. Ils ont encor ceste coustume en tout les environs de Paris, qu'ils espuisent les passanstant qu'ils peuuent, et tireroient d^ux iusques au dernier denier s'il leur estoit possible. De sorte que de quelque costé qu'on aborde près de Paris on trouue partout vne cherté incroyable.

Les Chartrains sont aimables, courtois, communiçatifs, et doux à chacun, et viuent ordinairement en-

semble en bonne paix, ayment les estrangers qui ont quelque bonne partie en eux, sont addonnez à la piété, et sont affectionnez à la foy de leurs ancestres, sont charitables, aumosniers, et addonnez au trafic.

Les Beausserons sont presque dumesme naturel que les Chartrains, et sont d'assez bonne paste, addonnez au labourage et au trafic des bleds. En beaucoup de lieux ils sont assez rusez à cause des passans qui viennent de tous costez en grand nombre. Les habitans de Chasteaudun sont de bon esprit, aigus et subtils, et entendent à demy mot ce qu'on leur dit, et ont aussi fort peu de langage. Toutefois, ils parlent si bref qu'ils viennent quelquefois iusques à ne s'entreescouter pas, ou ne souffrir que ceux qui parlent à eux acheuent leurs discours, qui est vn vice naturel du pays.

Les citoyens de Blois tiennent de la bonté du terroir et de la douceur de l'air du pays, et sont courtois, doux, affables, acorts, subtils et spirituels au possible, mesnagers, et en action perpétuelle, sont addonez au seruice de Dieu, ayment les estrangers, et viuent en bon accord entre eux. Enfin, tout ce pays a des habitans qui ne doiuent rien en gentillesse à tout le reste de la France.

Les Vendosmois ont l'esprit doux, gentil et addonné à tout ce qu'on voit de plus poly, et mesme nés pour se rendre excellent en quelque chose, comme a fait Pierre de Ronsard, gentilhomme de ce pays, cogneu par toute l'Europe par ses œuvres, qui l'ont rendu

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non seulement l'honneur de sa patrie, mais encor l'ornement de toute la France.

Ceux d'Orléans et des enuirons sont assez polis, et ciuilisez, et ont vn langage assez agréable, mais ils sont d'vn naturel aigre et piquant, qui leur a fait donner ce nom de Guespins, tant rebattu. Ils sont pleins de courage, et s'entre soustiennent fort lesvns les autres, et sont addonnez au trafic qu'ils exercent en beaucoup d'endroits.

Ceux d'autour de Sens ont bien tesmoigné iadis combien ils estoient remplis de courage, puisque ce furent les premiers qui se résolurent de passer auec Brenne1 en Italie. Le peuple y est assez bon, et moins rusé qu'en beaucoup d'autres lieux, et en ce pais, on voit presque chacun assez affectionné à la religion. Et l'Auxerois est de mesme, ayant des gens d'assez bonne trempe, mais courageux, mutins, et d'ailleurs affectionnez au trafic de leurs denrées.

Quant aux Champenois et Briois, bien que leurs voisins les blasment d'estre trop arrestés en leur opinion, et qu'on les appelle testus, toutefois ceste imperfection est couuerte par vn nombre infini de vertus qui les rendent louables, pour ce que la raison leur fait dompter ceste chaleur naturelle, d'où procède ce vice qu'on leur impose. Ils sont accostables, prompts à faire plaisir, craignant Dieu, et ne sont subiects à se coiffer aisément de nouuelles opinions.

i. Brcnnus. Voir à la fin du volume, Rocole, p. 60.

Les Picards sont d'aussi bon naturel que gens de France, francs au possible, courtois, affectionnez à faire plaisir, jvaillans et courageux, tout ce qui se peut, mais ils sont extrêmement prompts, à raison de quoy on leur a donné le nom de teste caude, ayment à faire bonne cher, emesmes iusques à Texcez et n'estiment et n' ayment presque que ceux qui leur font à bien boire, de telle sorte que si quelqu'vn veut emporter quelque chose d'eux, il faut qu'ils fassent carrous à toute teste. Ils sont bien veus, et de bon accord ensemble, de sorte que si vous touchiez vn habitant de quelque ville, vous auriez aussitost sur vous tous les autres. Bref, c'est une nation qui n'est point double, et de qui l'on se peut assurer en toute sorte.

12. Ce ne seroit iamais faict de vouloir esplucher par le menu les richesses de la France, pour ce qu'il n'y a presque petit coing de pays où l'on ne trouue du bien à foison. C'est pourquoy i'en quiteray les moindres particularitez, pour parler seulement des pays où ceste richesse est plus considérable, et d'où l'argent peut arriuer à la France. le commenceray donc par Paris, et vous diray que ceste ville attire à soy la meilleure partie de l'argent de France, et que si l'on veut faire compte des seigneurs qui s'y tiennent ordinairement, des Officiers du Parlement qui sont pleins de biens, des Aduocats et Procureurs, qui ont pour la plupart leurs maisons pleines de la substance d'vn million de personnes, de ceux de la chambre des Comptes, dont les maistres sont plus riches que beau-

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coup de seigneurs de France qu'on estime bien rentez de mesme que beaucoup de Présidents, Conseillers et Aduocats, des Thrésoriers, et Receueurs généraux, Intendans des finances, mesme des bourgeois et marchands de Paris, on trouuera qu'il y a peu ou point de villes au monde qui l'esgalenten richesse. Car non seulement l'argent de toute la France y vient pour diuers subiects, mais encor beaucoup de celuy d'Italie, d'Espagne, d'Angleterre, d'Allemaigne, et presque de toute l'Europe. Il y a de la vaisselle d'argent en grande quantité, et ie croy plus qu'en tout le reste de la France, force argent monnoyé et beaucoup^ de marchandise: tellement que Paris seul pris tout entier seroit capable d'entretenir vne bonne armée. Et quand au pays d'autour de Paris, il ne peut estre que fort riche à cause de l'argent qu'il tire des denrées que les habitans y vont vendre. L'escarlate qu'on faict à Paris va par toute l'Europe, mesme en Asie, veu qu'on en porte bien souuent iusqu'en Chine, et ceste estoffe est admirée d'vn chacun, si bien qu'elle est de grand reuenu à ceux qui la font. C'est presque tout ce qu'on porte de la ville de Paris aux provinces estrangères, hormis les nippes du palais qui sont sur le lieu peu chères, mais qui augmentent leur valeur et sont beaucoup estimées, tant plus elles sont esloignées du lieu où elles sont faictes.

le n'aurois aussi iamais faict si ie voulois vous faire le dénombrement des richesses qui sont en la seule

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abbaye de Sainct-Denis, qui sont presque sans prix et sans nombre. Les Chartrains font vn grand gain au trafic des bleds, tant froment que seigles, qu'ils vendent de tous costez, de mesme que la Beausse et la Soloigne. Mais ie ne veux pas faire estât de ce profit puisque il ne vient pas des prouinces estrangères. Les vins d'Orléans attirent non seulement les marchands de France, mais encor ceux d'Angleterre, et d'autres pays à s'en aller charger, et ce quifauoriseles Orléannois pour ce trafic, de mesme que beaucoup d'autres prouinces, c'est la riuière de Loire, qui faict qu'on transporte aisément beaucoup de choses dedans et dehors le royaume. Outre ce, Orléans doit estre riche pour ie grand nombre d'Allemans et de Flamans qui y viennent faire leur demeure, tant pour y estudier, que pour apprendre la langue françoise, à cause que ceux d'Orléans ont la réputation d'auoir aussi bon langage que gens de France.

Le terroir de Beauuais a vne petite ville nommée Bulde i près de laquelle viennent les plus fins lins qui se puissent voir, et pour cesce cause, les Flamans et Hennuyers s'y acheminent pour y trafiquer et achepter ces lins dont ils font les belles toiles qu'ils vont vendre après presque par tout le monde, tant par mer que par terre. Il se trouue encore en ce terroir de la terre propre à faire de la vaisselle aussi singulière que celle qui vient de Venise, et l'on la

I. Buldes, arrondissement de Clermont, département de l'Oise.

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porce aussi hors du royaume. Mais ce qui est plus important pour la richesse de ce pays, c'est le grand trafic des serges et des estamets qu'on transporte non seulement par la France, mais en Allemaigne, en Espagne et en Italie, voire mesme iusques en Grèce et en Turquie.

13. Quand à la deffence, ie ne veux pas parler de Paris, qui est au nombre de ses meilleures places fortes, veu qu'encor qu'il n'eust aucunes murailles, comme aussi véritablement elles sont foibles en beaucoup d'endroits, il y a tant d'habitans que ceste ville ne peut estre prise qu'à faute de uiures.

14. L'Vniuersité de Paris est la plus ancienne et la plus considérable de France, fille aînée de nos rois, seule et générale par tout le royaume, jusqu'au pontificat de Grégoire neufuiesme, successeur immédiat d'Honoré troisième, fondée selon la commune opinion par Charlemagne, en 791, de l'avis d'Alcuin, son précepteur, et disciple de Béda, à l'exemple de celle qui était jà établie dans Rome1. Elle a son recteur doué de beaux priuilèges, ses docteurs et professeurs en théologie, nommés de la faculté et collège de Sorbonne, ainsi nommés de Robert Sorbon, son fondateur, qui viuait sous le roi saint Louis; le collège a été bâti de nouveau et augmenté par les soins et aux dépens de l'éminentissime cardinal de Richelieu. Le droit civil n'y est point enseigné, ains

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