Montmartre et ailleurs. R
ii. Le peuple de Paris esc bon, déuot, et religieux, plein d'industrie et fort adonné au trauail, pour tirer profit de tout,auecvn grand soin de gagner, possible auec auarice et trop d'amour pour l'argent, qu'il attire non seulement de toutes les prouinces de France, mais aussi des nations étrangères, lesquelles y abondent de toutes parts. Les femmes y sontgraues et retenues, les filles bien esleuées et agréables généralement. Les hommes y aiment les lettres et les cultiuent auec vne grande connoissance des affaires de justice et de finance. Le séjour de ceste bonne ville, où toutes les occasions d'emploi pour les lettres et les finances se rencontrent, ne peut que les rendre capables d'y réussir par dessus les habitans de tout le restant du royaume.
12. Nous auons parlé ailleurs1 de la richesse de Paris, dont les causes sont assez cogneués. Le séiour des Roys et de leurs conseils, le grand nombre de cours de justice et de finance ; et particulièrement la Cour de Parlement, et la Chambre des Comptes, compagnies très augustes, y attirent de tous les en-
i. Discours général de la France: Richesses. R.
Voici le passage auquel l'auteur fait allusion :
« La seule ville de Paris fait une bonne partie des richesses de la France, et seroit capable d'entretenir une armée. Les Allemands qui écrivent tout, ont rapporté du duc de Wirtcmberg qu'ayant veu Paris il luy sembla bien qu'elle avoit autant de peuple qu'il y en pouvoit avoir en toute sa terre. Un autheur moderne (Vigenùre, trad. de Tite-Live, Math, en son Hist.; liv. V), parlant de son abondance, a écrit qu'estant adverty un jour à l'advance, avec trois personnes, sçavoir, un cabaretier, un pastissier et un vivandier, pour douze cents escus, il se promettoit de traiter douze personnes aussi
droits du Royaume, tant de personnes de tous ordres et qualitez que les plus clairs deniers y sont apportez ou pour frais de justice, ou chez les marchands, et toutes sortes d'ouuriers dont cette grande ville est remplie par excellence, et sur toutes celles du royaume, et les estrangères. Les seuls louages des maisons et des chambres garnies entretiennent vn nombre infini de familles. La vaisselle d'argent y est en très grande quantité, soit chez les orfèures, soit dans les maisons des financiers et d'autres. L'vsage si fréquent et ordinaire des carrosses dans la ville, peut bien marquer le luxe des habitans, mais il tesmoigne aussi l'abondance de leurs moyens, qui sont bien différents de ceux qui pouuoient estre vn siècle auant nous, auquel temps peu de gens dans Paris après les princes et grands seigneurs usoient de carrosses1. Si le restant du Royaume, à cause des guerres ou ciuiles ou estrangères, est en quelque disette d'argent, Paris seul en peut fournir autant qu'vne ou deux Prouinces entières. Quant à ses forces, elles sont principalement considérées au nombre immense des habitans, qui ne
splendidement que Luculle a jamais sceu faire à Cicéron, Pompée et aulres grands de son temps. Elle reçoit de l'argent de toute l'Europe, et a plus de vaisselle d'argent que le reste de la France, plus d'argent monnoyé et de marchandises que l'une de ses meilleures Provinces. Son escarlate se porte jusques en Asie et dans la Chine. Les nippes du Palais vont par toute la France et dehors. Son voisinage se fait riche dans la débite de ses denrées, ou bien elle l'affame, tellement qu'il y fait plus cher vivre que partout ailleurs. »
i. Discours général de la France: Gouvernement. R.
fut iamais plus grand qu'il est aujourd'huy. Du temps de Loliis XI, les habitans de Paris firent leurs monstres hors la porte S. Antoine en présence du Roy, de l'ambassadeur du Royd'Arragon et autres, où furent trouvez 104 mille hommes armez et vestus tous d'vne mesme lïurée, de hoquetons rouges à croix blanches. Nous auons à bon droit mis ensemble les richesses et forces de Paris, d'autant qu'en la richesse consiste la force, et non en ses murailles, fossez, tours ou remparts. L'Arsenal et la Bastille, dont l'vn enferme les canons et l'artillerie du Roy, et l'autre les trésors ou les finances qui sont de réserue dans ses coffres, sont considérables par là et non par leur bastiment, non plus que le Palais ou le Chastelet, qui peut avoir esté autrefois vne forteresse sous Iulian l'Apostat et Gratian Empereurs romains : On considère en ces lieux-là la force et la vigueur de la iustice qui s'y exerce pour le roy, et la terreur des prisons, qui n'en exceptent point les personnes plus qualifiées du Royaume, soit pour le criminel, soit pour le ciuil. Puisque la force de Paris consiste en la richesse, nous y reuiendrons encores pour dire que les marchandises plus exquises se font dans la ville mesme, comme sont les belles escarlates et autres estoffes, ou y sont portées de tous les endroits du Royaume, de toute l'Europe, voire de l'Afrique, de l'Asie,de la Chine, et des Indes Orientales et Occidentales, et qu'en tout cas Paris peut fournir de son chef les choses les plus précieuses, en telle sorte qu'on croid que les raretez
PARIS. ri
plus grandes en peintures ou autres pièces, et toute la richesse en vaisselle d'argent qu'on remarque en la foire de Sainct Germain des Prez ne vient point d'ailleurs, et n'y sont apportées que de Paris mesme.
13. La Cour de Parlement de Paris, ou la Chambre des Comptes auec la Cour des Aydes, de mesme que le grand Conseil, les maistres des requestes ou autres iustices qui sont enfermées dans le Palais à Paris, de quoy nous auons traite cy-dcuant1, ne regardent pas proprement, ou tant seulement Penceinte de ceste grande ville : mais bien le général de l'Estat,la maison du Roy, ouïes ressorts des courts et compagnies sus mentionnées. Nous auons parlé du bastiment du Palais, qui est vne pièce fort ancienne et considérable, d'vne forte grande enceinte et où Ton void outre les sales et chambres seruant à la iustice, la basse-cour, les sales, galeries et degrez garnis de boutiques auec les marchandises plus curieuses et enjoliuées dont tous les habirans des autres provinces et les estrangers se pouruoient sous le nom de nipes "2, et de ce que vulgairement on appelle petite-oye3, là où il irest besoin que de se garder du prix; car pour l'industrie et la gentillesse, elle ne se trouve point ailleurs.