Sicilia, Gcrmania antiqua
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de cet ouvrage-cy a autrefois traduit en françois, les Relations universelles de Iean Botero, avec son traicté De Imperiis Mundi. Sur ces relations et celles de quelques autres Italiens, Guido de Brueys a composé Alundus hnperiorum} qui a esté imprimé pour la seconde fois, Tan 1603, à Ursellis, ville de Suisse. Les petits Estais ou Républiques^ imprimées à Amsterdam, depuis huict à dix ans en ça, dont la composition est ramassée de divers autheurs, sont de mesme subjet, et les volumes n'ont ny ordre, ny liaison, ou rapport entr'eux, dont le nombre peutcroistre de jour en jour, sans instruire le Lecteur par la méthode gardée en ce livre. »
Après avoir donné en abrégé la vie de Davity, Ranchin, qui ne nous apprend pas à quel titre il a été amené à compléter l'œuvre de son prédécesseur, nous informe du point où en étaient ses travaux, et de ce qu'il a dû faire pour les compléter.
« Lors de son dêcez, l'Afrique, l'Amérique ec l'Asie avoient esté entièrement composées et fournies : ceste dernière partie estoit fort avancée et fut achevée d'imprimer sur la fin d'octobre 1635. Le Discours universel, estoit imprimé jusques au chapitre des Mœurs, où il l'avoit laissé imparfait. Quant à l'Europe, il en avoitla copie preste, sauf certaines parties que nous désignerons cy-après.
f L'entière description de la France, en son Dis-
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cours général, et en toutes ses autres parties, provinces et pays, avec les terres qui doivent estre censées de son corps et dans ses limites, quoyque tenues par d'autres princes en souveraineté, sçavoir : Avignon ec le comté de Venaysse, les principautés d'Orange, de Dombes et de Sedan : La description de la Lorraine, de la Franche-Comté, de la Savoye et du Piedmont, avec la Seigneurie de Gênes, dans le corps de l'Italie, restoient à remplir, comme n'y ayant esté rien fait ou composé par l'autheur (qui en avoit pourtant laissé des mémoires et des instructions recueillies de divers pays), non plus qu'un Discours général de l'Europe, auquel il fut nécessaire de mettre la main à l'instant pour faire suivre les Royaumes et Estats de ceste belle partie de monde. ■
« Pour la perfection de cet ouvrage, la communication qui a esté nécessaire avec un nombre infiny de personnes, sur infinis subjects, a esté longue, et la recherche des livres différents et de toutes matières, des Mémoires, Ambassades et Relations de voyages, autant difficile qu'elle est utile et curieuse. Les choses anciennes y sont comparées avec les modernes, et la diversité en est rendue agréable par leur meslange. Ce que j*ay recueilly pour l'illustration de la France au chapitre du gouvernement, et ailleurs, peut servir aux estrangers et aux naturels françois.
t Et pour le surplus, j'ay suivy le plus souvent
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les mémoires laissés par l'autheur pour la description des provinces, y adjoustant ceux que mon loisir m'a permis d'assembler, ec esclaircissanc les autres par quelque communication avec des personnes originaires des provinces. Quoique mon travail ait esté long, il ne peut pourtant estre assez exact faute de loisir, veu l'importance des choses, et la diversité, et pour la description de son propre pays. »
Continuant sur ce thème, le nouvel éditeur s'excuse auprès du public des fautes qui ont pu et dû lu échapper, et termine par cette phrase, qui sent son avocat :
« Que s'il a osé mettre la main à cet ouvrage plein de grâce et de beauté, pour le parfaire, comme une autre Vénus d'Apelles, il l'expose aux yeux des passants, comme faisoit cet excellent peintre, afin qu'un chacun en remarque et relève les défauts. »
Les critiques ne firent pas défaut, sans doute, et la postérité, qui est d'avis qu'on ne doit aux morts que la vérité, a été sévère pour les continuateurs de Davity; nous aurons l'occasion d'en fournir des exemples : « Ce livre, dit M. Jadin, est une compilation mal choisie, que les augmentations n'ont pas améliorée. »
Une annotation manuscrite de- l'exemplaire de l'Arsenal, du bibliographe Barbier ou de l'abbé Ameilhon, porte : « Cet ouvrage est de Pierre Davity.
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C'est, comme le die la Lettre dédicatoire, un abrégé de plusieurs auteurs grecs, hébreux, latins, syriaques, qu'il a traduits en français. Davity fit d'abord paraître ce livre sous le titre d'Estats et Empires du Monde; Ranchin et Rocoles augmentèrent cette compilation, qui n'en devint que plus mauvaise, i
Nous avrns peu de renseignements sur la vie de Ranchin (François). Il était de la famille des Ranchin sur lesquels Moréri s^est assez étendu. Sa famille, originaire d'Uzès, a fourni plusieurs jurisconsultes distingués ; lui-même s'intitule avocat à Montpellier ; il accuse plusieurs traductions d'ouvrages italiens que nous avons mentionnés plus haut. Des liens de parenté, d'amitié ou d'affaires le liaient-ils à Davity? c'est ce que nous ignorons. Il ne serait pas sans intérêt de savoir par quel concours de circonstances il obtint communication des papiers de ce dernier et l'autorisation de continuer son œuvre; les détails dans lesquels il entre sur ce personnage laissent à supposer qu'il était dans son intimité
La biographie de Rocoles est beaucoup plus connue, et sa vie est un véritable roman. Jean-Baptiste de Rocoles, ou Rocolles, comme l'écrit Moréri, fut un historien aussi superficiel qu'inexact, dit M. Weiss, qui va nous guider dans son existence aventureuse. « Il naquit à Béziers vers 1630, d'une famille noble. Il entra d'abord dans Tordre de Saint-Benoît, où il
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prit le goût de l'étude et en particulier des recherches historiques; mais ne pouvant s'habituer à la vie tranquille et uniforme du cloître, il demanda sa sécularisation. Déjà connu de quelques gens de lettres, il s'établit à Paris pour profiter de leurs conseils, et continua de s'appliquer avec zèle à l'étude des langues anciennes et de l'histoire. Dans ses loisirs, il suivit les cours de l'Université, se fit recevoir docteur en droit canonique et soutint ses examens d'une manière si brillante, qu'il fut nommé professeur honoraire. Il obtint bientôt, par le crédit de ses protecteurs, les titres de conseiller et d'aumônier du roi, avec la charge d'historiographe, il prend ces titres à la tête de son édition du Monde, de Davity, publiée en 1660.
Il avait été aussi pourvu d'un canonicat de la collégiale de Saint-Benoît et de plusieurs autres bénéfices. L'inconstance de son caractère l'empêcha de jouir longtemps de tous ces avantages, qu'il devait moins à son mérite quau caprice de la fortune. Vers la fin de 1672, il partit pour Genève, muni de lettres du ministre Claude et de Bayle, et y fit profession du culte réformé. L'espoir d'être accueilli par l'Electeur de Brandebourg le conduisit, l'année suivante, à Berlin; il eut le bonheur de plaire a ce prince, qui le décora du titre de son historiographe et lui fit expédier le brevet d'une pension.
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Quoiqu'il ignorât la langue allemande ec qu'il ne pût puiser dans les sources, Rocoles' entreprit d'écrire l'histoire des Electeurs de Brandebourg de la maison de Hohenzollern ; mais, ennuyé promptement de ce travail, resté manuscrit et inachevé, et du séjour de Berlin, il demanda la permission de se retirer, et vint en 1675 * Leyde, avec la femme qu'il avait épousée en Prusse. Il se mit alors aux gages des libraires et établit des conférences de droit; mais il gagnait à peine de quoi subsister, comme on l'apprend par une lettre de Bayle à Minutoli, du 4 octobre 1676 : a Rocoles est à Leyde, lui dit-il, avec sa femme, en assez méchante posture. » Cependant il faisait agir les amis qu'il avait laissés à Paris, et, en 1678, après la prise de Nimègue, il revint en France et rentra dans l'Eglise romaine. Mécontent de ce qu'on ne lui rendait pas les avantages que lui avait fait perdre son apostasie, il ne tarda pas à retourner en Hollande1, où il professa de nouveau la Réforme. Enfin, devenu veuf et lassé de sa vie aventureuse, il revint en France en 1685, obtint le pardon de ses erreurs, fut rétabli dans son canonicat de Saint-Benoît, et mourut en 1696, — les uns disent à Paris, les autres que ce fut à Béziers. — Selon Moréri, Rocoles
1. M. Basnage, ministre à Rouen, lui facilita les moyens d'y passer.
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avait de l'esprit et de la facilité; mais il manquait de jugement et de critique. Il possédait à fond les langues anciennes, comme on en a la preuve par des traductions d'Hérodote et de Tacite, conservées en manuscrit dans quelques bibliothèques de Prusse et de Hollande» »
Outre l'édition qu^l a donnée du Monde de Davity, avec des additions peu estimées, on a de Rocoles : Introduction générale à l'Histoire, Paris, 1662, 2 vol. in-12, réimprimée plusieurs fois depuis. C'est un de ses meilleurs ouvrages. Selon Bayle, il est bien digéré et rempli de belles connaissances : Dialogues de Luxembourg ; Abrégé de l'histoire d'Allemagne, la Haye, 1679, in-I2j ?es Imposteurs insignes ou Histoires de plusieurs hommes de néant qui ont usurpé la qualité d'empereur, roi, prince; Amsterdam, 1683 ou 1696, in-12, figures. Vie du sultan Gemes (Zézim I, frère de Bajaset), Leyde, 1683, in-12. La Fortune marâtre de plusieurs princes et grands seigneurs de toutes les nations depuis deux siècles, Leyde, 1684, in-12, figures, rare et assez recherché. Ziska, le redoutable aveugle, capitaine général des Bohémiens evangéliques, avec l'Histoire des guerres et troubles pour la religion dans le royaume de Bohême, ensuite du supplice de Jean Huss, Leyde, 1685, in-12.
Comme il avait dit, dans son Histoire générale du
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Calvinisme, Amsterdam, 1683, in-12, que Maroc avait été page du seigneur Nicolas de Neuville, qui fut le premier secrétaire d'Etat de sa famille, et qu'il avait dédié à ce seigneur une de ses poésies sous le titre de Temple de Cupidon, datée de Lyon, le 15 mai 1538. Bayle, dans l'article de Marot, nia qu'il eût été page d'un Nicolas de Neufville, secrétaire d'Etat, et douta qu'il eût dédié son Temple de Cupidon à Nicolas de Neuville, sur quoi il reprend assez fortement Rocoles. C'est néanmoins Bayle qui s'est trompé. On trouve cette épîcre dédicatoire dans l'édition de Marot faite à Niort, chez Thomas Forteaux, en 1596. Dans une édition de Paris, de 1540, chez Jehan Bignon, on trouve YEpitre dédicatoire à messire Nicolas de Neufville, chevalier, seigneur de Villeroi. Citons, en terminant, Vienne deux fois assiégée par les Turcs, en 1529 et en 1683, avec des réfiexions sur la maison d'Autriche et la puissance ottomane, Leyde, 1684, in-12.
Voici en entier le texte du titre de l'ouvrage de Rocoles, dont le nom ne figure pas même dans l'Epître dédicatoire ni dans le privilège.
Nouveau Théâtre du Monde , contenant les Estats, Empires. Royaumes et Principauté^ représentei par l'ordre et véritable description des Pays, Mœurs des peuples, Forces^ Richesses. Gouvernemens, Religions, Princes, Magistrats et Souverains qui ont
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gouverné et gouvernent aujourd'huy chaque Estât, selon que le tout subsiste maintenant ; et les changemens qui sont arrive^ à l'occasion des guerres dernières. Illustré de l'institution de toutes les Religions, Compagnies régulières. Monastères , Couvents, Ordres, Séminaires et Sociétés, tant de l'un que de l'autre sexe; avec quels vœux, en quel temps, sous quels Papes, Monarques, Républiques et Souverainetés, elles ont commencé et fieury jusqu'à présent, et V origine de tous les Ordres Militaires et de Chevalerie de la Chrestienté, tant anciens que modernes : leurs Statuts, Armes, Devises ; et sous quels Empereurs Roys et Souverains, ils ont esté establis et continue^ dans les Estats, jus que s à présent, par le Sieur D. T. V . Y.y Gentil-homme ordinaire de la Chambre du Roy. Avec un nouveau Supplément contenant en abrégé V Estât présent de la France et de ses Officiers, depuis la Régence de la Très-Auguste Anne d Autriche, Reyne de France et et de Navarre, Mère du Roy Très Chrestien Louis XIV. Ensemble les progrès des armées depuis la Déclaration de la Guerre jusques au Traité de Paix , avec le Contract de Mariage de Sa Majesté Très Chrestienne et de la Sérénissime Infante d: Espagne icy insérés; Comme aussi les Traités de Munster et de Verveins entre les Couronnes de France^ d' Espagne et V Empire, divisé en deux tomes (in-folio). Icy, un fleuron minuscule et digne de figurer dans un almanach de Rouen
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ou de Troyes, représentant les armes de France perdues dans des rinceaux. Au bas : A Paris, par la Compagnie des Marchands Libraires et Imprimeurs associés , au Palais^ A1DCLXI, Avec privilège du Roy. Voilà un titre à ravir de joie l'abbé de Marolles, qui les aimait d'autant mieux qu'ils étaient plus prolixes, et celui-ci l'est surabondamment. L'exécution matérielle de cette troisième édition est un peu, bien peu, supérieure à celle de la seconde.
Maintenant, si on veut connaître notre opinion sur chacun d'eux, la voici : tous trois, ils ont traité le sujet qui nous intéresse dans leurs énormes compilations, Paris, sans se copier, ce qui est déjà un mérite que peut apprécier le lecteur. Davity n'a pas eu le temps de donner à son ouvrage tous les soins qu'il comportait; il ressemble bien peu aux cosmographies de ses prédécesseurs, il se préoccupe un peu de ceux qui ont vécu avant lui, de leurs mœurs, en cela il est original; s'il est inexact, il a pour lui l'avantage d'avoir ouvert la voie à ses successeurs à le perfectionner; ils l'ont essayé, ont-ils réussi? On peut dire hardiment que non. Ranchin a eu à sa disposition des documents nouveaux, mais n'en a pas tiré tout le parti qu'il aurait pu et dû en retirer. Sa phrase est prétentieuse et sent le rhéteur, le pédant; mais il indique ses sources, on peut le contrôler. Quant à Rocoles, il affirme, on doit le croire sur parole. Son
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style, si style il y a, esc précieux et absurde : c'est le plus médiocre des trois. Somme toute, c'est Davity qui est le moins mauvais, parce qu'il a écrit sans affectation. Les notes au bas des pages sont marquées D, DR, DRR, selon qu'elles sont jointes au texte de Davity, Ranchin et Rocoles; celles qui ne sont pas signées sont de l'éditeur.
L'Abbé Valentin DUFOUR.
SOMMAIRE
t. Ample description des provinces de la France, et premièrement de la Picardie. — 2. De la prevosté et comté de Paris, situation, et superbes édifices de ceste ville. — 3. Ensemble de l'Isle-de-France, consécutivement de toutes les autres provinces et pays du royaume. — 4. Rivières de la France et spécialement de la Seine. — 5. Fertilité des provinces de France, et en quelle chose chaque pays abonde. — 6. Coustume des anciens Gaulois de porter longs cheveux; studieux de l'éloquence, adoroient Mercure, et Hercule Ognien. — 7. Immolaient des hommes aux sacrifices. — S. Druides instructeurs de la jeunesse gauloise, et administrateurs de la justice. — g. Gaulois redoutables en guerre à toute nation, et de quelles armes ils usoient, et leur façon de procéder aux batailles. — 70. Habillement des anciens Gaulois, leur vivre, et la forme de leurs funérailles. — //. Naturel et niœurs des Parisiens,
Chartrains, et de toutes les autres provinces de France. 12. Mœurs, et naturel en général du peuple François. i3. Places fortes. — 14 Collèges.
1. Or, pour parler à ceste heure particulièrement des provinces de France, ie commenceray par la Picardie, qui a auiourd'huy pour sa borne du côsté d'Occident, avec vne partie de la Normandie, la mer Angloise, du Nort, l'Artois et le pays Haynault, contrées de l'ancienne Gaule Belgique, et du levant de Luxembourg, et de Lorraine, et du midy la Champagne, et l'Isle de France. Ses principales villes sont Amiens, Soissons, Abbleuille1, Corbie, Péronne, Dorlens2, Saint-Quentin, Noyon, Laon, Bouloigne3, La Fère, Beauvais. Ceste province est diuisée en vraye, haute et basse Picardie, dont la haute est presque auiourd'huy toute dans les Pays-Bas, la vraye, qui commence à Creue-Cœur, comprend les vidamies d'Amiens, de Corbie, de Piquigny4, la comté de Vermandois, et la duché de Tirasche 5, et de Rethelois. La comté de Vermandois comprenoit Soissons, Laon, la Fère, trois des meilleures villes de Picardie, et Saint- Quentin, qui est vne place forte. Rethel est la principale ville du Rethelois, qui esc assis entre le pays