‹ La prévosté de Paris et l'Isle-de-FranceChapitre 70 sur 90 · ANTIQUITE FABULEUSE DE PARIS · texte numérisé non relu

ANTIQUITE FABULEUSE DE PARIS

N jour peut-être nous réunirons les différentes étymologies fantaisistes par lesquelles les anciens chroniqueurs ont voulu interpréter les mots de Lutèce et de Paris ; aujourd'hui nous allons combattre, par une simple citation, l'antiquité fabuleuse que l'on a voulu donnera la ville de Paris. Cette réfutation, que nous empruntons à un critique contemporain, est aussi piquante dans la forme que vraie dans le fond, et convient à toutes et à chacune des opinions erronées que l'on pourra trouver dans les anciens auteurs, qui se sont copiés à qui mieux mieux quand ils n'ont pas renchéri l'un sur l'autre.

Dans sou commentaire sur les Fleurs et Antiquité^ des Gaule*, par Jehan Le Fèvre, sans date, M. de Montaiglon se moque très spirituellement de toutes ces fantastiques généalogies. « Il n'est pas besoin d'annoter toute cette

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p.irtie fabuleuse, à côté de laquelle Francus, lils d'Hector, étoit une bien pauvre origine. Il s'agit vraiment d'un bien plus grand seigneur, de Samothès, petit-fils de Noé, qui fonda le royaume de France, l'an 2094 avant Jésus-Christ, ou, si l'on aime mieux, trente-sept ans après que le pays eut été visité par Noé, qui y alla cent sept ans après le déluge, de telle sorte que Samothès, quatrième fiis de Japhet, devait avoir alors sept vingt ans. Voilà une belle origine et qui laisse bien loin la pauvre ville de Troie, fondée par Tros, fils d'Erichthonius, alors que Paris était le dix-huitième roi des Gaulois, et les règnes étaient longs. Toutes ces belles inventions prennent toutes leurs fondements dans Bérose, dans Manéthon, et surtout dans les gloses d'Annius de Viterbe. Au XVIIe siècle, Scipion Dupleix, s'il n'y croyait que médiocrement, se croyait au moins forcé de les rapporter dans ses Mémoires des Gaules ^ depuis le déluge jusqu'à l'établissement de la monarchie française. Paris, Laurent Sonnius, 1619, in-40, livre Ier, chap. i-xxiv. Un siècle avant, Jean Le Maire, dans ses trois Livres des Illustrations des Gaules j avait fait là-dessus son épopée en prose. On en pourrait citer les origines dans le moyen âge, mais je m'en tiens à Annius de Viterbe et à YIndiciaire de madame Marguerite. Le premier était imprimé dès le XVe siècle, et les trois livres du second, parus en 1509, 1512 et 1513, furent plusieurs fois réimprimés avant 1532, époque à laquelle notre Jehan Le Fèvre écrivait : Ce sont là les sources directes. »

APPENDICES. i+9

LA STATUE D'iSIS A SAIN T- GERMA IN-DE S -PRES

Les pièces qui composent cet appendice au dernier volume de la première série de la collection des Anciennes descriptions de Paris ont toutes trait à l'histoire de cette ville sans se rapporter directement à ce volume ; c'est plutôt un complément qui n'a pu trouver sa place dans les volumes précédents qu'une explication du texte original. Ainsi il a été question de la déesse Isis, t. Ier, p. 10 et 129 ; If, 60 ; de son idole ou statue, IV, 40 ; V, 7; VI, il©.

A Tannée 1609, au mois d'août, Pierre de l'Estoile cite dans ses Mémoires-Journaux une anecdote qui complète ce que nous savons à ce sujet. Le piquant de l'aventure est qu'il met en cause un historien de Paris, le père Du Breuil, moine de Saint-Germain-des-Prés, son contemporain, son compatriote, son voisin, qu'il avait rencontré dans les jardins de l'abbaye; la communauté d'études, de goûts et d'opinions les avait liés ensemble, ils se prêtaient mutuellement leurs livres; mais laissons la parole à l'auteur des Mémoires-Journaux.

« De moy, jetais plusd'estat de la suivante drollerie, (que des Vitx SS. Benedicti. Bernardi et Franchci. dont il n'apprécie que les figures), que ce bon moine m'a envoyé escrite de sa main, par mon homme (qu'il m'avait promise, selon les propos que nous en avions eus ensemble), que de tous les contes de son livre. " F.lle est telle :

Messire Guillaume Briconnct, cardinal du tiltre de linte Pudentiane, archevesque de Rheims etevesque

« de S. Malo, prist possession de l'abbaye de S. Germain « des Prés, en l'an 1504, le 10 febvrier.

« Or, e:i la nef de l'église d'icelle abbaye, du costé a de septentrion, il y avoit une grande statue érigée, « que l'on appeloit communément l'idole de S. Germain. « En l'an 1505, les bazochiens, voulans faire leurs mons- « très, trouvèrent moien d'avoir le froc de l'un des a moines de S. Germain, sur lequel ils en firent tailler '< et faire plusieurs^ pour en vestir une bande de leurs « clercs, au milieu de laquelle, en allant par les rues, « estoit portée une grande idole, faite à la ressemblance « de celle dudit S. Germain. Quand ils furent en la cour « du Palais, deux bazochiens, qui tenoient deux grosses « pièces de lard, commencèrent à gresser cette idole par « les costés, et interrogés pourquoi ils faisoient cela, « respondirent que l'idole étoit malade ; et demandant « de quelle maladie, ils dirent qu'elle avoit mal aux «reins, signifiant, par une allusion, que l'abbé de « S. Germain estoit évesque de S. Malo et archevesque « de Rheims. »

Nos ancêtres n'étaient pas difficiles dans leurs jeux de mots : Mal o Reins : il serait curieux de retrouver la missive du bon père Du Breuil à son malin compère, où il lui raconte cette naïve histoire qui à son heure a fait rire les bazochiens et les bons bourgeois leurs auditeurs. Le cardinal connut-il la plaisanterie ou ne fit-il qu'en rire, ce qui est plus probable, il n'en garda pas rancune à l'idole, qui ne fut déplacée que neuf ansaprès, en 1514, parce que certaines bonnes femmes par un zèle mal entendu lui rendaient des honneurs idolâtriques. Ce que l'on prenait au xvic siècle pour une statue d'isis était très probablement une statue d'une princesse mérovingienne couchée sur un tombeau et que l'on avait relevée et appliquée contre la muraille.

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