LES HOMMES
Mais, ce soir sa tâche est bien faite. Qu'il s'endorme ! Ce soir, ceux qui l'ont vu, les blessés, les difformes,
Les assoiffés d'amour, qui le cherchent en vain, Ceux qui meurent d'amour, ceux qui meurent de faim ;
Ceux qui n'étaient pas faits pour vivre dans les villes. Les pudiques, les désarmés, les malhabiles ;
Ceux en qui lutte encore un impossible espoir ; Ceux qui veulent savoir, et ne peuvent savoir;
Ceux qui craignent la mort ; ceux qui craignent la vie ; Ceux qui souffrent de haine ou que ronge l'envie ;
Ceux dont toute la joie est couchée au linceul ; Ceux qui sont trop sacrés pour ne pas vivre seuls,
Tous, ce soir, ils se sont levés sur son passage — Et voilà qu'ont souri tant de mornes visages...
Ce soir... Que d'autres soirs il s'était enbrcé! Mais le mur invisible entre eux restait dressé.
Qu'il avait, d'autres soirs, dit ces mêmes paroles ! Mais elles demeuraient de vaines paraboles...
Et ce soir ce fut là le Royaume de Dieu. Et l'homme a prononcé des paroles divines. Parce qu'il a senti, en se penchant sur eux. Son ancien cœur d'enfant soulever sa poitrine.