‹ La prière des naufragésChapitre 11 sur 41 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

RAOUL, BABILAS.

Eaoul. — Eh l)ien ?

Babilas. — Je n'ai rien rencontré, capitaine,

Raoul,— Eien,

Babilas. — Quand je dis rien... je me trompe ... je m'étais avancé du côté du Xord, à une demi-portée de canon, cherchant si je trouverais de quoi nous nourrir. . . V'ià que tout à coup, j'aperçois quéque chose qui se mouvait derrière un bloc de neige, ça se virait à droite, ça se virait à gauche et toujours comme ça. . . Ça m'intrigue un peu. . . je me méfie î j'arme mon arme, et je m'approche pour voir si ça ne serait pas bon à manger ; mais à peine si j'avais fait quéque pas . . . que ça monte sur le bloc de neige, ça se dresse sur ses jambes de derrière, c'était un ours ! Une grande ourse blanche qui me considérait en ouvrant de grands yeux et qui me sentait avec des grandes narines . . . elle faisait comme moi e'te bête, elle regardait si j'étais bon à manger, et il paraît^ qu'elle trouvait que oui, car v'ià qu'elle se met à descendre et à marcher sur moi, en faisant hon ! hon ! . . . Ma foi ! je suis pas brave, vous le savez, capitaine, aussi à c'te vue la frayeur m'empoigne, je me mets à trembler de partout.

Eaoul. — Et tu t'es enfui.

Babilas. — Enfui !... j'avais trop peur pour ça. Si je m'enfuis, que je me dis, l'animal va . me prendre en traître et je suis flambé ; c't'idéelà redouble ma peur, et je me dirige sur le monstre.

Raoul. — Après, après ?

Babilas. — Comme je le couchais en joue, j'aperçois au loin un autre ours, et puis deuxautres, et puis dix autres, et puis cent'zautres.

Eaoul. — Se peut-il ?

Babilas. — Une vraie fourmillière d'ours !...

Là-dessus v'ià ma peur qui retriple... si je fais feu, que je me dis, le bruit va nous attirer tous ceux-là ; mon ours marchait toujours, lui, il approche encore, il approche toujours ; ma foi, la frayeur me rend fou, je dépose mon fusil, je tire mon couteau et je marche droit à Tours. Xous étions nez à nez, le monstre ouvre une gueule énorme, il étend ses deux bras pour me saisir, je lui flanque mon couteau dans le milieu du ventre, la bête féroce tombe en hurlant, je me l)aisse, je regarde, j'avais tué Tinsecte.

Eaoul. — Tué !

Babilas. — Ou à peu près.

Eaoul. — Achève ! achève !

Babilas. — C'est ce que je me suis dit : achève ... et je Tai achevé ... et si je n'avais pas vu tous les autres se dresser autour de moi, je l'aurais traîné jusqu'ici ; sa peau aurait servi à réchauffer notre cher petit Eobert.

Eaoul. — Bien, cela !

Babilas. — Je dis : notre cher petit Eobert, faut pas m'en vouloir, capitaine, je sais bien que je ne suis qu'un pauvre rien du tout... mais tant qu'il sera en danger, voyez-vous, je le regarde comme si qu'il était un peu à moi. . . je me regarde comme si que j'étais un peu sa mère, quoi ! . . . Mais une fois sauvé, soyez sans crainte, je vous le rendrai tout entier, capitaine.

Eaoul. — Brave garçon! (Ou entend un cri dans la hutte.)

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