‹ La prière des naufragésChapitre 14 sur 41 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

BABILAS, RAOUL, puîs ROBERT

Eaoul {très agite). — Babilas !

Babilas. — Capitaine.

Eaoul. — X^as-tu pas entendu ?

Babilas (ému). — Quoi ! quoi !

Eaoul. — Comme un long mugissement. ( U71 bruit sourd et prolongé se fait entendre.)

Babilas. — Là . . . sous nos pieds.

Eaoul. — î^e sens-tu pas frémir cette glace qui nous porte ?

Babilas. — Oui ... on dirait ... on dirait que ça remue . . . que ça monte . . .

Eaoul. — C'est la mer qui s'agite et mugit sous cette prison. . . la mer qui se soulève et qui lutte contre ses entraves . . . Oui. c'est l'heure où les flots déchaînés vont briser tout obstacle, l'heure où ils vont redevenir libres.

Babilas. — Ah ! saperlotte, c'est la débâcle ! Eobert !. . . Sauvons Eobert. {Il s'élance dans la hutte, et emporte Robert ; Raoul va au-devant de lui et prend Robert dans ses bras.)

Eaoul. — Babilas, mon ami, tiens, regarde ! (En ce moment de longues aiguilles de glace se brisent avec fracas et s'enfoncent dans lœ mer. Leurs débris ont rompu la nappe de glace en différents endroits, la mer commence à paraître. Robert pousse un cri et se cramponne à son père.)

Eobert. — Père, j'ai peur. . . j'ai peur. . . (De nouveaux blocs de glace s'ébranlent, s'inclinent et se brisent. Les vagues se frayent des issues plus nombreuses, le vent gronde avec force et soulève les flots.)

Babilas. — Capitaine, qu'est-ce qu'il faut faire ? J'attends vos ordres.

Eaoul. — Mon Dieu ! sauvez mon enfant.

Babilas. — Capitaine, mais il n'y a pas un instant à perdre ! A |la barque. . . vite, à la barque . . .

Eaoul. — La barque! ! . . . mais elle n'existe plus, Babilas.

Babilas. — Que dites-vous ?

Eaoul {montrœnt Robert). — Que Kobert vive une heure de plus, as-tu dit, Dieu fera le reste.

Babilas. — Quoi, ce bois, ces débris . . . c'était ... la barque ?

Raoul. — L'heure est passée, l'enfant respire . . . mais que Dieu le sauve ; maintenant, moi, je ne peux plus rien.

Babilas. — Ah ! nous sommes perdus ! {Le glaçon sur lequel il se trouve s'en va à la dérive et V emporte.)

Eaoul. — Babilas!.. {Il cherche vainement\ à le saisir.) A genoux, à genoux, mon fils ! {U enfant se met à genoux et joint ses mœins pour prier.) Dieu des faibles et des orphelins... {A Robert.) Eépète, enfant, répète.

EoBERT. — Dieu des faibles et des orphelins . . .

Eaoul. — Toi qui as, ô mon Dieu, la force d'un père et la tendresse d'une mère, sauve-nous du gouffre qui dévore et du méchant qui tue. . .

EoBERT. — Sauve-nous du gouffre qui dévore et du méchant qui tue . . .

Eaoul {bas). — Et maintenant, seigneur, ma vie pour la sienne !. . . Adieu ! mon fils !. . . {A peine a-t-il dit ces mots que le glaçon sur lequel il se trouve chavire et V engloutit avec l'enfant. Raoul disparaît tout à fait, mais ses deux bras tiennent Robert au-dessus des flots. Robert se cramponne à un autre bloc de glace sur lequel il parvient à monter, les bras de Raoul disparaissent. Les glaçons sont de toutes parts soulevés

par la mer, celui qui porte Bohert s'élève et s'abaisse tour à tour.)

KoBERT. — Mon Dieu ! mon Dieu !

faibles et des orphelins ! (Il lève les ciel. )

Dien des mains au

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