‹ La prière des naufragésChapitre 21 sur 41 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

D'aXTAS, HORACE, GEORGES.

Horace {en dehors). — Le voyez-vous encore. (Il entre en scène.)

Georges. — ^NTon, il a disparu dans les rochers.

Horace. — Il aura pris la fuite.

Georges. — Peut-être. . . Mais tenez, on l'aperçoit de nouveau.

Horace. — Oui.

Georges. — Il gravit la colline.

Horace. — Il vient de ce côté.

D'Antas. — Que regardez-vous donc ?

Georges. — Ce jeune homme, monsieur le marquis.

D'Antas. — Quel jeune homme.

Georges. — Ogarito.

D'Antas. — Ogarito ?

Georges. — C'est un enfant de la trihu sauvage.

D'Antas. — Je vous avais défendu de faire des prisonniers.

Georges. — Mais il est libre.

D'Antas. — Voyons. . . Que signifie ?. . .

Georges. — Figurez-vous, monsieur, la plus bizarre aventure . . . Les Indiens se retiraient en désordre et nous les poursuivions vigoureusement, lorsque tout à coup un jeune homme, au lieu de fuir comme tous les autres, marche vers nous à travers la plaine et au milieu d'une grêle de balles qui heureusement ne ratteiernirent pas. Il vint droit à nous, et ne s'arrêta que lorsqu'il fut dans nos rangs. Son visage est très calme, et il y avait même comme un sourire de joie sur ses lèvres : il se mit à regarder avec une attention profonde et une vivacité fiévreuse nos vêtements et nos armes ; puis de temps à autre, il portait brusquement ses deux mains à sa tête : on eût dit qu'il

essayait d'en arracher quelque souvenir oublié. Monsieur Horace l'interrogea jjlusieurs fois, et, chose étrange, il semblait comprendre certain? mots ; plusieurs fois même, il remua les lèvres comme s'il eût voulu les répéter. . . Enfin, j'ordonnai la retraite, je lui fis signe de regagner la forêt, et je me repliai sur ce plateau. Tl resta immobile un instant, jeta un lonsf rea'ard vers les montagnes et se remit à nous suivre. . . Dans quelques minutes, il sera ici.

D'AxTAS. — En effet, c'est très curieux. Et comment savez-vous qu'il s'appelle Ogarito ?

Geoeges. — Les sauvages répétaient ce nom en l'invitant à fuir, et j'ai supposé que c'était le sien.

D'AxTAS. — Ogarito, en indien, veut dire hic feuri, c'est un nom tout à fait poétique.

Georges. — Vous savez l'indien, monsieur le marquis ?

D'Antas. — Certes.

Georges. — Alors, vous pourrez l'interroger.

D'AxTAS. — Volontiers, pour nous divertir un peu.

Horace. — Le voici.

D'Antas. — Voyons cet original.

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