‹ La prière des naufragésChapitre 22 sur 41 · SCÈNE VIT · texte numérisé non relu

SCÈNE VIT

LES MÊMïlS, OGARITO.

(7/ aperçoit d'ahord Georges qu'il examine avec curiosité ; puis voyant Horace, il court a lui et semble le regarder avec bonheur ; il lui saisit la main et prononce quelques mois indiens.)

Ogaeito. — Tayo . . . iva . . .

D'Antas (à Horace) . — C'est le nom d'ami, de frère qu'il vous donne. Voyons. {Il lui 'prend le bras et le fait se retourner ; Ogarito fait un mouvement de répulsion en le voyant. — A part.) Qu'ai-je vu ? ces traits ! . . . Allons, je suis fou . . . Ce jeune homme a vingt ans à peine, et le capitaine de Lascours en aurait cinquante.

Georges. — Eh bien ! monsieur le marquis ?

D'Antas {à part). — Cette ressemblance est étrange. . . et ce que j'éprouve à l'aspect de ce jeune homme est plus étrange encore... Sa vue me torture comme un remords (Haut). Allons, allons, il faut le laisser partir.

Horace. — Pourquoi donc, monsieur le marquis ?

Georges. — Xe deviez-vous pas l'interroger ?

D'AxTAS. — A quoi bon ?

Georges. — Dites-lui quelques mots, je vous en prie.

D'Antas. — Il ne me répondrait pas. {U s'approche d' Ogarito qui s'éloigne de lui.) Vous le voyez. . . décidément je lui déplais ; c'est à vous, monsieur Horace, que reviennent toutes ses spnpathies.

Horace. — Mais ne trouvez-vous pas bien étrange, monsieur, cette terreur qu'il semble éprouver à votre aspect.

D'Antas. — Moi ?

Horace. — Tenez, je veux lui adresser une question.

D'Antas. — En indien ?

Horace. — En français, et peut-être me comprendra-t-il, car mon cœur et mes yeux lui parleront plus que mes lèvres.

D'AxTAS. — Et sur quel sujet monsieur Horace veut-il l'interroger ?

Horace {avec force). — Sur vous.

D'Antas. — Sur moi ?

Horace. — Pourquoi pas ?

D'Antas. — Faites, monsieur, mais hâtez-vous.

Horace {joigncmt la pantomine aux paroles). — Ogarito, cet homme, est-ce que vous le connaissez ? est-ce que vous l'avez déjà vu ? {Ogarito semble vouloir s'éloigner de d'Antas.) Craignez-vous de vous approcher de lui ? {Il le conduit près de D'Antas.)

Ogarito. — Oh ! {Il s'éloigne en frissonnant.)

D'Antas. — Maintenant que monsieur de Brionne est satisfait, exécutez mes ordres.

Horace. — Oh ! cependant . . .

Georges. — Après tout, c'est peut-être la curiosité seule qui Ta conduit ici, peut-être donnonsnous à ses gestes un sens qu'ils n'ont pas, ou qui résulte du hasard ? . . .

D'Antas. — A la bonne heure ! voilà un homme raisonnable.

Horace. — J'emmène ce jeune homme.

D'Antas. — Et sur quel navire, je vous prie ?

Horace. — Sur celui de Georges.

D'Antas. — C'est-à-dire sur le mien. H serait au moins poli de me demander la permission.

Georges. — Je vous la demande, moi, monsieur le marquis.

D'Antas. — Je la refuse.

Horace (à Georges). — î^'obéissez pas.

Georges. — Mon ami . . .

Horace. — N'obéissez pas, vous dis-je ! Au nom de votre loyauté, de cette affection que le péril vient de rendre plus sainte encore.

Georges. — Mais je suis lié . . .

Horace. — Abandonner ce jeune homme, c'est un crime !

D'AxTAs {à Ogarîto). — Allons ! finissons, partez î je le veux ! (OgarHo s'éloigne.)

Horace. — Adieu donc, adieu ! . . .

Ogarîto. — Dieu !... (Il montre le ciel à D'Antas.) Dieu !...

D'Antas (à part). — Si tu n'es pas une vaine ressemblance, disparais pour toujours.: l'abîme t'avait rejeté, le désert va te reprendre. (Au moment de sortir, Ogarîto se trouve en fœce de Lucien et du Comte.)

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