‹ La prière des naufragésChapitre 3 sur 41 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LES MÊMES, BABILAS.

Eaoul {montrant Bahilas). — Celui-ci, par exemple, n'a-t-il pas l'air bien terrible ?

Babilas. — Serviteur, capitaine. . . (A Robert) Bien le bonjour, mon petit capitaine.

Eaoul. — Tu n'as pas peur de celui-là ?

EoBERT (s approchant), — Mon gros chien de Babilas. {Il lui pince les mollets.)

Babilas {avec un gros rire). — Eh î eh ! eh !

Eaoul. — De quoi ris-tu ?

Babilas. — Je ne sais pas, capitaine... Eh ! eh ! eh ! Vous avez l'air content, capitaine, et le petit capitaine est là qui me pinçotto le gras des jambes... ça me prouve que tout le monde est

joyeux, et ça me rend joyeux aussi. Eh ! eh ! eh ! {Il s'assied et joue avec Bohert.)

Raoul. — Brave garçon ! . . . C'est le souffredouleur de monsieur Eobert ... un bon gros chien de Terre-Xeuve I

Eobert. — Aboie, Babilas. aboie donc . . . Babilas. — Ouah î ouah ! ouah !

Eobert. — Ah ! comme tu aboies mal.

Babilas. — C'est vrai, c'est que j'ai un chat . . . Votre chien a un chat dans la gorge.

Eaoul. — Approche ici, matelot.

Babilas. — Je ne peux pas, capitaine ... le petit capitaine me tient par le nez . . . Tirez ferme, petit cepitaine ... il n'y a pas de danger qu'il se d«'«c roche, allez . . . Mais il faut que je me rende à rci'dre ; tirez du côté du capitaine.

Eaoul. — Lâche-le donc, méchant garnement ! Babilas. — Xe le grondez pas, capitaine, c'est moi qui le dissipe. {Il se redresse.) Présent, capitaine !

Eaoul. — A la bonne heure, voici le marin français avec tous ses avantages. Dis-moi, matelot, tu aimes donc cet enfant-là ?

Babilas. — Dieu de Dieu ! je le crois bien ! . . . Si je l'aime : lui qui m'arrache le nez, qui me décroche les oreilles, et qui me pince dans mon gras. . . {Il se frotte le mollet.) Pour ça oui, que je l'aime !

Eaoul. — Et pourquoi l'aimes-tu ?

Babilas. — Pourquoi ?. . . {Riant lêtement.) Ah ! ah ! pour le coup, capitaine . . . Eaoul. — Eéponds.

Babilas. — Dame ! je n'en sais rien, mais je l'aime !

Raoul. — Et si Eobert courait nn danger, tu le défendrais, n'est-ce pas ?

Babilas {avec force), — Oh î pour ça, on peut y compter. {Hésitant) Mais je n'en suis pas bien sûr.

Eaoul. — Comment ?

Babilas. — C'est que j'ai peur. . . d'avoir peur.

Eaoul. — Toi ? . . . allons donc ! . . .

Babilas. — Oui, capitaine, j"ai des frayeurs féroces !

Eaoul. — En vérité . . . pourquoi alors t'es-tu fait matelot . . . pourquoi n'es-tu pas resté à terre ?

Babilas. — J'avais peur des voitures.

Eaoul. — Et ceux qui te savaient si poltron ne t'ont point eonseillé de suivre une autre carrière ?

Babilas. — Oh ! que si ! ... il y a mon oncle Boitineau, fermier à Xanterre, d'où je suis, sauf votre respect, qui voulait me retenir cte force, le jour de mon départ pour Dunkerque : iT avait avec lui quelques voisins et htiit garçons de ferme qui me barraient le passage et qui levaient sur moi de grandes gaiil'e». . . A cette vue, v'ià la peur qui m'empoigne, et il me vient des idées de griffer et de mordre. Je suis comme ça, voyez-vous : quand j'ai peur, je ne me connais plus ; je deviens un véritable tigre ! . . . aussi je me jette au milieu de mon oncle et de son*peloton, je tape à droite, je rue à gauche, j'en couche deux par terre, je poche l'œil à un autre, je casse trois dents à mon oncle, je mets tout le reste en fuite, et je m'en vais tran-

quillement à Dunkerque. . . mais c'est égal, j'ai eu une fameuse peur, ce Jour-là. {On entend sonne)- la cloche, les marins entrent en scène.)

Raoul. — Le déjeuner de l'équipage.

Robert. — Moi, je reste avec mon ami Babilas.

Raoul. — Tu veux assister au repas des matelots ? (.4 Bahilas.) Surtout, ne le quitte pas un instant.

Babilas. — Soyez tranquille, capitaine.

Raoul (à un matelot). — Je vous le répète, avant huit jours, VUranie entrera dans le port d'Acapulco.

MÉDOC {à part). — Oui, compte là-dessus.

Raoul. — Sur ce, bon appétit, et double ration à chaque homme. {Il sort.)

Babilas. — Vive le capitaine î

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