‹ La prière des naufragésChapitre 31 sur 41 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

LES MÊME, BABILAS.

Babilas. — Pardon, excuse, la compagnie, j'viens prendre les ordres de monsieur. . . {Aper^ cevant Ogarito.) Ah ! ciel de Dieu ! ah ! Dieu du ciel !

Horace. — Quoi donc ?

Babilas. — C'est que . . . mais non, mais oui ! . . .Bien le bonjour, monsieur. . . Sauvé ! vivant ! . . . Saints du Paradis ! vous avez donc trouvé comme moi, un brick danois qui vous a délivré des glaces et des ours blanches ?. . .

Horace. — A qui donc croj-ez-vous parler ?

Babilas. — A qui ? mais au capitaine de Lascours.

Le Comte. — Vous l'avez connu ?

Babilas. — J'crois bien !

Lucien et Ogarito. — Mon père ?

Horace. — Où ? . . . Parlez . . .

Babilas. — A bord de VUranie, où j'ai été mousse et matelot, pour vous servir.

Le Comte. — Mais, mon ami, le capitaine de Lascours est mort.

Babilas. — Mort ! . . . Au fait il était plus âgé qu'ça quand je l'ai connu, il ne peut pas être autant rajeuni en quinze ans . . . Mais, j'y suis, j'devine... c'est son fils... (.4 Ogarito.) Vous êtes . . .

Ogarito. — Je ne vous connais pas.

Babilas. — Vous ne me connaissez pas?... Allons donc ! . . . Mais je vous connais bien, moi,

et vous ne pouvez pas me repousser. . . ça serait mal, ça serait bien mal, monsieur Robert.

Ogarito. — Robert ! Robert ! . . . Qui a prononcé ce nom ?... Robert î on m'appelait ainsi quand j'étais tout enfant. . . C'est le nom. . . ah ! c'est le nom que me donnait ma mère ! . . .

Babilas. — Yot'mère, j'sais pas, puisque jlai pas connue, mais vot'père, le capitaine . . . quand vous me tiriez le nez et les oreilles... celle-là surtout, qui en est toujours restée un peu plus longue ; quand vous m'appeliez votre gros chien de Terre-Xeuve, quand vous me faisiez aboyer . . . Et à c't'heure, vous me repoussez, moi, votre pauvre . . .

Ogarito. — Attends ! attends ! Babilas, n'estce pas ?

Babilas. — Il m'a nommé î

Ogarito. — Ah ! la nuit se déchire !... j'ai retrouvé mon enfance!... Oui, Babilas! {Babilas aboie; Ogarito l'embrasse.) Oh ! parle-moi, parlemoi de mon père !. . .

Babilas. — Excusez, oxcusez. . . c'est que je flageole un peu sur mes vergues ... et puis j'étrangle, voyez-vous... Enfin, j'vais faire de mon mieux.

T>K (V):mte. — Remettez-vous, remettez-vous, mon ami.

Babilas. — Oui, capitaine... Ah ! excusez, mon l)on monsieur. . . mais c'est que Témoticm. . . la joie. . . je. . . (A Ogarito.) Tenez, pour (jue je puisse parler, faut que je vous rerabrasse ! {Il V embrasse.) Ah ! ça va mieux !... Nous approcl lions donc du Mexique, et je venais de chanter

La riti . . . Vous vous rappelez ben aussi c't'airlà ?...

Ogarito. — Continue. . .

Babilas. — Alors, pour lors, v'ià qu'un gredin pousse l'équipage à la révolte. . . Votre brave père l'empoigne, le désarme, le renverse. . . et dame. . . il allait l'embrocher, quand un autre gueux vous saisit et menace de vous jeter pardessus le bord.

Ogarito. — Oui, je me rappelle cela ... Et c'est à mes supplications que mon père arrêta son bras prêt à frapper. . . Je crois le voir encore. . . Oui, je me souviens de ses traits ! . . . 0 mon père ! mon père ! . . . je vois encore votre désespoir quand les révoltés vous abandonnèrent sur l'océan, je sens encore l'étreinte de vos main lorsque vous m'enleviez au-dessus des vagues, lorsque vos bras me déposaient sur ce bloc de glace... j'entends encore votre dernier adieu... car c'est ainsi qu'il est mort. Lucien, gardant tout son sang-froid pour me sauver. (// tombe en pleurant dans les hras de Lucien.)

LuciEX. — Vous disiez bien que Dieu ne laisserait pas son miracle inachevé.

Le Comte. — Et l'homme qui avait excité la révolte ?

Horace. — Le misérable qui a causé la mort de monsieur de Lascours ?

Babilas. — C'était un nommé Carlos.

Ogarito. — Carlos !

Babilas. — Vous vous Trappelez ben, monsieur Robert r

Ogarito. — Attends !

Babilas. — Faut-v que j'voiis rfasse son portrait ? . . . Il avait le teint brun, Tœil noir, les lèvres pincées... {D'Antas entre à ce moment. Le Comte et Lucien marchent à sa rencontre.)

SCÈXE VIII.

LES MÊMES, d'aXTAS.

Ogarito (reconnaissant Carlos). — Ah !

Babilas {de même). — Bonté divine !

Ogarito. — C'est lui, n'est-ce pas ?

Babilas. — Oui.

Ogarito. — Tais-toi ! tais-toi !

Babilas. — Oui, monsieur Eobert.

Ogarito {lui montrœnt une porte latérale). — Entre-là . . .

Babilas {à part). — Saprelotte ! je ne demande pas mieux ! J'ai si peur que je serais capable de l'étrangler. {Il s'esquive.)

Horace {à d/Antas). — Tous ici, monsieur...

D'Antas {au comte) . — Vous excuserez cette démarche, monsieur le comte, lorsque vous connaîtrez le motif qui m'amène. . .

Le Comte. — Parlez, monsieur.

D'Axtas. — Si vous avez des amis dévoués à la cour, monsieur, vous y avez aussi des ennemis puissants, et je viens d'apprendre avec un profond chagrin qu'un grand malheur menace votre famille.

Tous. — Un malheur !

Horace. — Lequel, monsieur ? Parlez, car nos ennemis, j'en suis sûr. n'ont rien de caché pour vous.

D'AxTAS. — Vous vous trompez, monsieur Horace... j'ignore tout... Mais voici monsieur de Laval qui pourra mieux que moi vous instruire.

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