‹ La prière des naufragésChapitre 35 sur 41 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

d'antas, seul.

D'Antas {sombre, marchant avec agitœtion). — Oui, je veux que nous partions... Ogarito, je commence à trouver du mystère dans tes démarches ; il faut que je t'éloigne d'avance de ceux que tu ne dois plus revoir. . . Une fois à l'étranger, tu tomberas victime de quelqu'accident, sans qu'aucun soupçon ne vienne efileurer ma réputation.

gCÈXE III.

d'antas, GEORGES, UN SECRÉTAIRE d'aMBASSADE, PLUSIEURS SEIGNEURS.

Un Domestique (annonçant). — Monsieur Georges de Laval, monsieur le secrétaire particulier de Son Excellence l'ambassadeur d'Espagne.

Le Secrétaire. — Nous venons vous faire nos adieux, monsieur le marquis. Le départ de Votre Excellence est un deuil pour chacun de nous.

D'Antas. — Je suis charmé de votre attention, messieurs. . . J'espère être de retour dans quelques mois : je ne fais qu'un voyage d'agrément dans le nord de l'Italie.

Le Secrétaire. — Quel bonheur pour vous de pouvoir sans compter semer For sous vos pas

D'AxTAS. — C'est vrai, l'or je puis le prodiguer à mon gré. Savez-vous comment je me suis fait l'ami de nos plus grands seigneurs, du régent même ? Je joue contre eux... et je perds toujours. . .

Tous. — Toujours !

D'AxTAS. — Je perds infailliblement. D'autres corrigent la fortune à leur profit ; moi je la corrige au profit de mes adversaires . . . D'autres trichent pour gagner ; moi je triche pour perdre, au contraire ; et tous ces gens-là m'aiment pour ce qu'ils appellent leur chance contre moi. Et tenez, monsieur le secrétaire de l'ambassade d'Espagne, si vous aviez fait hier ma partie et non celle d'un autre, on ne vous aurait pas gagné habilement dix mille écus !

Le Secrétaire. — Quoi ! vous savez . . .

D'AxTAS. — Est-ce que je ne sais pas tout ? Mais qu'a donc monsieur de Laval à se tenir à l'écart ?

(tEORGEs. — (J'attends que vous soyez moine entouré, monsieur le marquis, pour recevoir vos ordres.

D'AxTAS. — Mes ordres. . . (Les seigneurs eausent entre eux.)

Georges (bas). — Monsieur le marquis, est-ce que vous exigez toujours (juc monsieur de Thé» ringe aille mourir au Mexique ?

D'AxTAs ( bas). — Toujours.

Georges (bas). — Est-ce que vous ne permettrez pas qu'Horace sorte de la Bastille ?

D'Antas. — Non . . . mais je vous avais défendu de revenir sur ce sujet, monsieur de Laval, et j'entends que mes serviteurs m'obéissent aveuglément.

Georges. — Je ne suis pas votre serviteur !

D'Antas. — C'est vrai . . . mes serviteurs sont b'bres de me quitter et d'agir ensuite h leur guise. . . Il n'y a que mes esclaves que je tiens rivés à la chaîne.

Georges (avec énergie). — Oli ! monsieur ! si jamais je pouvais briser la mienne. . .

D'AxTAS {avec ironie). — Quel plaisir vous auriez à vous venger de moi ! . . . Je comprends cela, mon cher ; mais vous ne le pouvez pas, vous ne le pourrez jamais... Allons, je reçois vos adieux, messieurs, car j'ai quelques petits détails de voyage à régler. (Il sort.)

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