SCÈNE VI
OGARITO, d'aNTAS.
D'AxTAS. — Ogarito. j'avais fixé notre départ pour huit heures, mais si cela ne vous contrarie pas, nous partirons à l'instant.
Ogarito. — Puis-je vous demander quel est le but de ce voyage ?
D' AxTAS. — D'abord, pour compléter votre éducation, il importe que vous connaissiez les différentes nations de ce continent. -Xous visiterons d'abord l'Italie, puis l'Allemagne, puis . . .
Ogarito. — Il ne me plaît pas de partir à présent, je vous dois quelques explications.
D'AxTAS. — Sur quel sujet, s'il vous plaît ?
Ogarito. — Je vous dois compte de ce qui se passe dans mon cœur, marquis d'Antas ! . . . mon père a été lâchement assassiné . . . Vous savez cela, je crois ?
D'Ax'TAS . — Oui. . ., je le sais. . .
Ogarito. — Oui, je vous l'ai dit, n'est-ce pas ? . . . ce crime, je vous le rappelle souvent, bien souvent, mais je ne vous ai pas dit quelle
haine implacable, quelle haine de sauvage il y a là contre le meurtrier ; je ne vous ai pas dit vers quelle vengeance je marchais à pas lents, l'œil fixe, retenant mon souffle, sans remuer une feuille, sans déranger un grain de sable comme on se glisse au désert, pour surprendre un ennemi à travers buissons, savanes et torrents.
D'Antas. — Ce regard ... se sourire . . .
Ogakito. — Vous êtes riche, et j'ai accepté cette richesse pour la mettre au service de ma ven- ]geance. Yous êtes puissant et j'ai voulu me servir de cette puissance pour écraser le coupable. Vous voulez mon bonheur ? celui qui méritera toute ma reconnaissance, c'est l'homme qui arrachera son masque à l'assassin, l'homme qui me l'amènera pieds et poings liés, pour que je le jette ensuite au bourreau. Marquis d'Antas, voulez-vous être cet homme-là ?
D'Antas (avec effroi). — Ogarito.
Ogarito (avec force). — Appelez-moi Eobort de Lascours ! . . .
D'Antas (le regardant avec méfiance). — Eobert de Lascours î
Ogarito. — Oui. Eobert!... sauvé par son Dieu du gouffre qui dévore et du méchant qui tue ! . . . Maintenant dites-moi que vous ne voulez pas m'éloigner de Paris pour m'assassiner !. . .
D'Antas. — Eh bien ! Robert de Lascours ! . . à nous deux ! . . . et je vous dit que je suis votre maître.
Ogarito. — Mon maître î . . .
D'Antas. — Vous évoquez le souvenir de celui qui n'est plus, et vous oubliez ceux qui sont
vivants. . . vous oubliez tout ce que je peux contre vous, tout ce que je peux contre eux. . . malheur )à ces deux hommes, le navire qui les emportera bientôt m'appartient.
Ogarito. — Lâche !
D'Antas. — Malheur à cet Horace..., votre ami. les portes de son cachot peuvent être murées sur lui.
Ogarito. — Lâche et assassin !
D'AxTAS. — Ah ! vous vous êtes trahi 'trop tôt, Eobert de Lascours ! . . .
Un Domestique {annonçant). — Monsieur le comte de Théringe : Monsieur Lucien de Lascours.
D'Antas. — Le comte ! Lucien !
Ogarito. — Mon père I . . . mon frère ! . . .
Le Domestique. — Monsieur le chevalier Horace de Brionne.
Ogarito. — Me suis- je donc trahi trop tôt, monsieur le marquis ?