GEORGES
D'AxTAS. — Horace î . . . ici, chez moi. mais c'est un rêve. (77 tombe assis dans un fauteuil.)
Ogarito. — Ah î je vous revois enfin ! (77 court au comte qui le repousse doucement.) Vous me repoussez !
Le Comte. — Sans une volonté souveraine qui m'amène chez vous, je ne vous aurais jamais revu, monsieur.
Ogarito. — Monsieur !
D' Antas. — Une volonté souveraine ? . . .
Ogarito. — Et vous, Horace, est-ce que vous m'accusez, est-ce que vous me repoussez comme eux ?
Horace. ^- Je ne souhaitais pas que ma présence fût un reproche pour vous. . . je n'ai pas demandé qu'on ouvrit les portes de la Bastille, et il a fallu un ordre formel du régent pour me contraindre à venir ici. . .
D'AxTAS. — Le régent î (.4 part.) Mais qui donc a pu lui faire signer cet ordre ?
Ogarito (regardant Horace). — Comme il est pâle ! . . . comme il a souffert ! mon Dieu !
Horace. — Oui. j'ai bien souffert ; mais c'est ce pacte honteux qui m'a brisé le cœur. I"n homme emprisonnait ou chassait les vôtres, et c'est lui que vous avez accepté pour protecteur. , ., pour père ! . . .
Ogarito. — C'est vrai !
Horace. — C'est à l'heure de notre persécution que vous avez accepté ses bienfaits.
Ogarito. — C'est vrai.
Horace. — Et pour ses richesses, vous avez renoncé à notre affection, à nous . . .
Ogarito. — Au nom du cied, Horace !
Horace. — Oh ! je ne vous accuserai pas longtemps, Eobert ; c'est ^malgré moi qu'ils m'ont rendu à la liberté.
Ogarito. — Et toi, Lucien, est-ce que tu n'auras aussi pour moi que des paroles d'amertume ou de colère.
Lucien. — Je te plains, mon frère, et je te
pardonne, et malgré moi, je t'aime ! je t'aime toujours !
Ogarito (V embrassant) . — Oh merci ! merci ! (.4 d'Aniœs.) Eh bien, monsieur, est-ce assez de douleurs, et l'éj^reuve est-elle achevée ? . . . Mais dites-leur donc que je ne me suis attaché à vous que la haine et la vengeance dans le cœur !
Tous. — Que dit-il ?
D'AxTAS. — Prenez garde !
Ogarito. — Ah ! vous croyez que je me suis lié à cet homme parce qu'il est puissant, parce qu'il est riche ! . . . Allons donc ! je suis plus infâme que cela, moi ! J'ai accepté la protection de l'assassin de mon père !
•Tous. — L'assassin. . .
D'Antas. — Vous mentez î . . .
Horace {à Ogarito). — Parlez, expliquez-vous.
D'Antas (avec menace) . — Pas un mot de plus, monsieur, ou je jure. . .
Ogarito. — Votre épée, Horace ! . . . qu'il ne puisse ni appeler, ni s'enfuir. . . Je veux qu'il m'entende jusqu'à la fin.
Horace {harrant le passage à dfAntas). — Je jure Dieu qu'il vous écoutera.
D'Antas {avec rage) . — Et pas une arme ! . . .
Horace. — Oh î je vous tuerais, voyez-vous ! je vous tuerais. (// pointe son épée sur la poitrine de d'Antas.)
D'Antas. — Et personne à mon aide !
Horace. — Parlez, Eobert, parlez.
Ogarito. — J'ai accepté vos offres de protection, marquis d'Antas, pour épier chacune de vos démarches, pour deviner chacune de vos pensées . . .
pour mieux surprendre vos secrets et reconstruire votre existence passée. J'ai accepté vos richesses afin de pouvoir semer pour découvrir vos crimes, dix fois plus d'or que vous nen semiez pour les cacher. . . enfin, si j'ai saisi la main que vous me tendiez, c'était pour vous entraîner vers l'abîme ! . .
Le Comte (pressant Ogarito dans ses hras). —
LuciEX. — Mon frère ! . . .
Ogarito. — Voilà ce que j'ai fait, et c'est le Dieu d'Israël qui m'a inspiré, et je sens encore son souffle sur mon front ! . . .
Horace (abaissant son épée). — Vous êtes perdu ! . . .
D'AxTAS. — Oh ! malheur à celui qui m'a trahi près du régent !
Georges (entrant). — Celui-là, c'est moi, monsieur le marquis.
D'Antas. — Georges ! . . .
Ogarito. — Oh ! ne le menacez pas, monsieur, je lui ai rendu cet écrit dont vous vous faisiez une arme contre lui.
D'AxTAS. — Qu'il soit libre... Que me font vos accusaJtions ?. . . Encore une fois, quelles preuves avez-vous ? . . .
Ogarito. — Attendez, attendez . . . Voici tous vos amis, toute votre cour. . . vous êtes bien puissant, monsieur le marquis.
D'AxTAS. — Assez pour vous écraser tous ! . . .