ACTE II
Le théâtre représente une pleine de glace. ÇA et IA, des blocs de neige et de haute* aiguille! de glace ; A droite, une petite butte bâtie avec de b
neige.
B.ENE I.
RARAUAS, RAOUL.
RAOt.L, à pot.
Rien, mon Dieu, rien!,,, .'injourd’hui comme hier, le silence de l'abîme, rinmictr-ilé du néant!... pas une roule à suivre, pas un secours a espérer, p.i* un rayon sous ers brumes éternelles!... toujours cet implacable hnixoul... toujours cc sépulcre de glace sous un linceul de neige!... Je suis un homme, un père, un mari, el jo ne peu» rien pour sauver cru» que j’aime; rien pour diminuer leurs souffrances! ni dévouement utile, ni sacrifice possible!... il ne m'est pas même p. r mis de mourir pour eut, de racheter leurs (Ours au prit d<- tout le sang qui coule dans mes veines, avec tontes les tortures qui bruiraient mes membres... nou!... nou! Dieu la prendra, ma vie, mais avec la leur! nous sommes jugés tous les trois , condamnes tous les trois! L a seule grâce que je puisse demander au inuilrc infiexib'e, «'est de mourir le dernier, , de voir expirer sous mes yeux ma temme et mon enfant, d'avoir ^ au moins â supporter la plus longue et la plus horrible agouic!
BARABAS, grelottant.
Sapristi, que ce pays-là ressemble donc peu à Nanterre! 0 joli village, dont je suis né natif, comme je mordrais bien dans uo de tes produits !
RAOUL
Matelot? (tbraUi ne répond p*i.) Mon ami...
BARABAS
Capitaine.
RAOVL.
Tu cs resté une heure abscut... n'as-tu rien découvert de ce
«été?
BARABAS
Pas une ouee do bois, pas un brin d'herbe, pas un pain do quatre livres; alors, je nie suis couché là et je ne veux plus
•xmger.
RAOUL
Voyons, uc perd» pas courage.
BARABAS
Il n'y a pas de danger, capitaine! on ne perd que ce qu'oo a. C'est égal, sauf votre respect, vous avez eu une mauvaise idée de me recueillir daus la yole quand je suis tombé à l'eau après avoir poivré le gredin.
RAOUL
Fallait-il donc le Laisser mourir?
BARABAS
Je buvais déjà ferme, et j'aurais tant bu que je n'aurais plu» eu faim.
RAOUL
C'est mal, ce que lu dis U.
BARABAS
Vous croyez, capitaine... je trouve, moi, que vous êtes assez de moude pour manger les vivres, et que vous n’aviez pas besoin d’un gourmand co^mc Barabas.
RAOUL
Pauvre garrou, tu jeûnes plus que nous.
Par exemple ! mais je suis un goinfre, un véritable goinfre !
RAOUL
Tu fais semblant de dévorer ta chétive ration de chaque jour et tu la donnes à Marthe en cachette.
BARABAS
Oh I pour cela non, capitaine.
RAOUL
Je le 6ais.
* BARABAS
Mais, capitaine... j’en jure...
RAOUL
Je t’ai vu.
BARABAS
Ah! alors... mais c'est égal, je ne suis Itou à rien.
RAOUL
Que dis-tu ? seul, je ne pourrais pas m'éloigner une seconde pour aller à la découverte, pour explorer ce doser! ! tu es une Providence pour nous!
DIRARAS.
Moi ! une Providence!
SAOUL
Sans toi, Marthe uo vivrait plus, peut-être!... si nous la voyons encore sourire, c'est grâce à toi! Le jeu, pour les enfants, c’est la moitié de In vie! ces cher» petits êtres jouent au bord dun abîme, dans le délire de la fièvre, sur leur lit de mort! Aussi, tu es plus utile à Marthe que nous deux! rabattement de son père, la tristesse de sa mère Fauraicut tuée déjà si lu u’élais pas près d'ello pour la distraire par ta bonuc gaieté franche, si tu ne trouvais pas pour l’égayer un peu la force d'oublier les souffrances el les dangers !
BARABAS
Vous me dites de çes choses-h, capitaine! et j’ai été assez lâche pour geindie tout à l’heure! Oh! c’est fini, je u’ai plus froid! duimcz-inoi vite un ordre que je l'exécute!... j'ai bou pied et bon œil, allez I
RAOUL
Tiens, mon ami, il y o un rêve que je fais parfois, malgré les angoisses du présent et les (erreurs de l’avenir ! — Nous sommes au Mexique, le soir, sur la pelouse de ma pc'ile villa, le ok4 est bleu, la brise est fraîche, les oUcaux chantent, les abeilles bourdonnent... tu te roules dans l’herbe avec les enfants, et Louise, la tête appuyée sur ma poitrine, vous regarde avec un sotrire de joie et de reconnaissance! — C’est quelle l’aimera bien aussi, ma pauvre Diane!... et, si Dieu nous sauve, au lieu d’une fille, tu en auras deux !