DISTRIBUTION DE LA PIÈGE
MAIF. MOIS F LLE GIRVtUSK, vieille ûl3o. . . . M— CilABat'T.
l'IlARUITl'C, ii nlicc. Umi Dcrci».
M. JOB, viens garçon. RI. DtuxKur.
Un DomeiU'yio.
charlotte. revenant a elle.
Edmond !...
Le thr.llre représente un salon élégant. — Porte au fond, porte à droite. — A giuche, sur lo premier plan, une cheminée avec un fauteuil et une petite chaise. — Au milieu du théâtre, une table de jeu, dessus une lampe allumée. — Fauteuils, causeuses, deux lampes allumées sur la cheminée. — L'n petit bureau à droite), premier plan.
. SCÈNE p*.
JOB, entrant par le fond, CHARLOTTE, assise dans un fauteuil, au coin du feu. Elle semble rêveuse , un livre ouvert sur ses genoux.
(Job pose sot» chapeau sur un meuble a droite prés de lu porte et sa canne à c 6ti. Il tire sa douillette qu’il plie en quatre c! met avec précaution sur une chaise. Charlotte est rêveuse.)
JOB, nu fond.
Oui, ma respectablo amie... j'aurai ce soir quinte et quatorze, et je vous gagnerai encore en cent cinquante... (Il s'avance, res de la cheminée.) Tiens, personne... où donc est-elle?... Ab! Iiarlotto... comme elle semble rôveuso... A quoi !... a qui... pense-t-elle donc? (Il va derrière le fauteuil et dit tout bas) C'est moi !
'JOB
Casse-cou !...
charlotte, se levant.
Ah l M. Job... que c'est mal do tromper les gens I
JOB
Vous tromper?... parco que je dis : c’est moi.
Cesl moi ! c'est moi ! Tout le mondo peut en (lire autant, voilà pourquoi je me suis trompée.
JOB
Surtout quand on ne pense qu'à M. Edmond Bruucrcliet !...
CHARLOTTE
M. Brunet... jp uo’lc connais pas !...
JOB
Comme vous voudrez ! (A part.) Elle ment fort bien !
CHARLOTTE
Vous venez passer la soirée avec nous, M. Job?...
JOB
Cornmo tous les soirs I
charlotte, allant prendt .• au fond le chapeau et la canne de Job.
Alors, M. Job, reprenez votre canne et Voire chapeau... Ma tante vu au bal.
JOB
Mademoiselle Girveuse... au bal ! quello plaisanterie I
Le coiffeur la frise!
jon.
Au bail... au bal... mais elle n’y va jamais.
' CHARLOTTE
Je ne peux pourtant pas y aller seule.
JOB
Ah voilà bien les petites filles... Elias ne pensent qu’à elles... il n’y a pas un mois, Charlotte, que vous Aies sortie du couvent'... et déjà vous entraînez ma respectable amie dans lu monde !... Au bal 1... au bal !... c’est stupide, lo bal I...
A II. : Conltnlont-nout d'une simple bouteille.
A lift an bat, pour moi c'etl na aupplica ; •
LortqM j'jr «ai», ja tnt» tonl boalvcrrê,
A niutani nttne où je rem qn’îl Uni*»*,
H attifé met Tarai... il n’est pat commencé.
Tonte une nnil on dan«i! à perdre haleine.
Et dan» la Tonie on »■: fait écraaor.
l'our un coupable, il n'eK pat d'antr* p»«n«, i ^
Tout une nuit Je le f«ral« <1aii»r. j
Que vcut-ello donc que je fasse ce soir ?
CHARLOTTE
Elle no mo l’a pas dit I
Moi qui avais choisi aujourd'hui pour lui faire ma déclaration de fin du mois.
CHARLOTTE
Comment cela?...
J on.
Oui , tous les trente de chaque mois, j'achète une paire 'de gants et je lui renouvelle ma demande en mariage.
CHARLOTTE
Depuis quand?
JOB
Depuis vingt ans!...
CHARLOTTE
Vous aimez donc bien ma tante, monsieur Job T JOB.
Si je l’aime!.. . une femme pleine d’esprit et de malice... une femme qui me contredit depuis vingt-ans... mais avec elle l’ennui est impossible... elle n’est jamais de votre avis!... la disrusion est son clément... elle combat aujourd’hui... ce qu’elle défendra demain... et tout cela... avec un tact I une finesse... si je faune... si je l’aime...
CHARLOTTE
Ah! monsieur Job... comme vous vous enflammez 1...
JOB
Oui I Je feu est dans mon cccur.
CHARLOTTE, (I part.
On dirait un incendie dans une caserne de pompiers !...
JÛB.
Si je l’aimo I
CHARLOTTE
Alors I monsieur Job I... pourquoi n’étes-vous pas mon oncle 1
job.
Je ne suis pas votre oncle, chère enfant, parce qu elle est votre tante I
CHARLOTTE, à part.
Jo crois qu’il déraisonne !
job. •
Je ni explique !... au milieu do toutes ses qualités... votre hnlo nourrit un tout petit défaut 1 l’orgueil... Vous êtes orphe- ! ne. sans fortune, Charlotte ! votre tante veut vous doter richement, et elle ne veut pas qu’un autre, serait-il son mari, prisse lui reprocher un jour les sacrifices qu’elle voua fait ! charlotte, allant a la cheminée.
Chère bonne taule !
JOB
Allons ! je m'eu vais... il est sept heures.... Je ne dors jamtii;
avant dix heures I... j’ai le temps de m’ennuyer... jo vais prendre le plus long pour rentrer cnez moi...
Charlotte, à part , s'asseyant dans le fauteuil pris de la cheminée.
Il no s’en ira pas ! {liant.) A demain, monsieur Jjbl job, fausse sortie , à part.
Il faudra que je marie Charlotte... c’est le seul moyen de déterminer mademoiselle Girveuse à faire mon honneur... J'ai bien fait d’écrire à Edmond. {Haut.) Je m’en vais, bonsoir,
charlotte.
Bonsoir, M. Jobl
job.
Je vous conseille de mettre dubois dans le feu... sans quoi... il va s’éteindro.
CHARLOTTE
Eh bien, si vous lo rallumiez vous môme?
JOB, se mettant à la cheminée.
Au fait, il me connaît, car voilà vingt ans que je lo fais, ce ce feu là !...
CHARLOTTE
Et. il y a vingt ans, que faisiei-vous, monsieur Job?
JOB
Des vers ?
CHARLOTTE
De couleur ?
JOB
Oui, enfant terrible !
CHARLOTTE
Pour les illuminations, alors !
JOB
O mes vers ! coidme on médit de vous I * charlotte, sc levant et portant sa corbeille sur le. petit meuble à droite.
En attendant que ma tante soit prèle, voulez- vous faire une partie de piquet... monsieur Job ?
job, se levant aussi.
J’accepte ! je ne suis pas fâché déjuger de votre force! {Ils se mettent à table et prennent les caries.)
charlotte.
A vous à donner.
JOB
Coupez ! et coupez bien, diavolo !
CHARLOTTE
Tiens, le mot de ma tante! Pourquoi donc le prononce-t-elle toujours quand elle est un colère? *
job, donnant les cartes.
Il y a dix ans, elle avait un carlin de ce nom ' Diavolo mourut; et 'depuis lors elle en perpétue lo souvenir, en l’appelant encore, quand elle éprouve le besoin de jurer un peu 1
CHARLOTTE
Je vous laisse une carte !
MADEMOISELLE CIRVP.USE, OU dehors.
Pierre ! Pierre ! Charlotte !
CHARLOTTE, *e levant.
El moi qui avais si beau jeu ! c’est dommage |
JOB
Notis ne continuons pas !
SCÈPIT 11.
JOB, CHARLOTTE, MADEMOISELLE GHIVETSE, entrant par * la droite. — Elle est coiffée rf vt.lite d'un grand peignoir blanc. mademoiselle GIRVEUSE, à la cantonnade.
Pierre, courez bien vite chez la couturière, dites-lui que si elfe ne me renvoie pas ma robe sur-le-champ... io la fais traduire devant la conseil de discipline... non, 10 tribunal «lo première instance... non. chez le juge de paix... je ne sais pas... au juste... c’est insurporlablc... diavolo I • CHARLOTTE.
Mais, ma tante... «
MAnF.MOI.-F-l.LR GIRVF.L.-'R.
Ah! c’est toi Charlotte... cours t’habiller
Mais, ma tante...
MADEMOISELLE GIRVEUSE.
Mais, va donc ! { Charlotte sort par ta droite.) Je suis d'une humeur mn-sacranie l
JOB
Chère amie, j’ai va votre tapissier... il viendra demain pour vos tapis... J’ai du à votre agent de change de tendre... non, do vendre vos obligations do Lyon ; puis je suis passé chez votre avoué... oùj’ai appris une nouvelle scandaleuse à faire plaisir. . MADF.HOI*F.I.LE GIRVEUSB.
Assez Job ? assez ! ne voyez vous pas que je suis furieuse I...
JOB
C’est votre faute, pourquoi allez-vous au bal T MADEMOISELLE GIRVEUSB.
Ma faute I Est-ce quo j’y vais pour mon plaisir l
JOB
Alors n’y allez pas F...
MADEMOISELLE GIRVEUSB.
Vous ne savez ce que vous dites... Charlotte m’est tombée sur les bras... il faut que j’en subisse les conséquences ! Je dois la produire dans le monde at»n de Couver à la marier.
JOB
Le plus tôt possible.
MADEMOISELLE GIRVEUSB.
Elle est si béte, ma 'nièce, qu’elle sera difficile è établir.
JOB
Je crois cependant que monsieur Edmond Brunet...
MADEMOISELLE CIRYEUSE.
Le beau parti, en vérité I
JOB
Son père n*esl-il pas propriétaire d’une riche usine dans l’Alsace, et lui même, ingénieur civil...
MADEMOISELLE GIRVEUSB.
11 habile la province.,. Ah ! fl I JOB.
Oui, mais il travaille.
MADEMOISELLE GIRVEUSB.
A quoi bon F il a de la fortune I
JOB
Raison déplus... richesse oblige...
MADEMOISELLE GIRVEUSB.
Vous parlez... comme monsieur Prudhomme ; d’ailleurs c'est inutile de revenir là dessus... je ne consentirai jamais à donner Charlotte à la province, j'ai mieux que cela pour elle.
JOB
Bah I vrai) qui donc?
MADEMOISELLE GTBVECSB.
Dn monsieur très bien qui a toujours des pralines dans ses poches...
JOB
Un confiseur?
* MADEMOISELLE GIRVEUSB*
C’est spirituel ce que vous dites la...
JOB
Je crois pourtant qu’elle a plutôt un penchant pour Edmond que pour les dragées.
MADEMOISELLE GIRVEUSB.
Elle est si simple, ma nièce...
JOB
Et puis elle n’est pas gourmande I
MADEMOISELLE GIRVEUSB.
Job, vous m’agaçez?
JOB, mettant ses gants.
Alors, mademoiselle, pour changer la conversation me scrai-il permis de vous entretenir au sujet de...
mademoiselle GIRVP.USE, l'interrompant.
Je sais ce que vous allez me dire...
JOB
Cependant I...
« MADEMOISELLE GIRVEUSB.
Vous m’aimez... et vous venez savoir à quelle époque, etc, etc.
job.
C'est cela I
MADEMOISELLE CIRYEUSE.
Nous sommes donc à la fin du mois ?
job.
Fin décembre... me direz-vous ?. v
MADEMOISELLE GIRVEUSB.
Plus tard, Job... plus tard.
job.
Oui, la semaine prochaine, comme toujours !...
MADEMOISELLE CIRYEUSE.
Non , dans un mois I
JOB
Mais a quoi bon mo faire attendre si longtemps.
air : Vaudeville de la Rote tldn Rotin.
lléu»! pourquoi »rju» Roetrrr »> revêche,
J’«i le cœur ternira ci je eut» ver» rncoe ;
MADEMOISELLE GIRVEUSB- AI&m lobM* qui languit et deatédM,
Em toujuare vert juequ h ce qu U mit »urt.
JOB
Maie pourquoi doncainai ma faire alteudre,
* Il ett gracd tewpa ne je ivia votre êpuui.
Je Boirai i ar ne réduire ert ceodre,
A force de brûler pour voue.
mademoiselle GIRVEOSE , a part, s'asseyant dans le fauteuil devant la cheminée.
Ce pauvre Job... c’est plus fort que moi, je ne peux me résoudre à l'épouser... il est trop mon ami pour cela F JOB.
Vous faut-il encore de nouvelles preuves de mon amour, Aglaé ?
MADEMOISELLE GIRVEUSB.
Voulez-vous bien vous taire !
JOB
Allons, allons, je ne dis plus rien...
MADEMOISELLE GIRVEUSB.
Racontez-moi votre histoire scandaleuse... je verrai si je puia l’entendie I...
JOB
Plus tard, ab I voici Charlotte...
{Elle arrive par le fond toute prête pour le Oui.)