SCENE III
LES MÊMES, BABILAS.
Raouz (montrant Babilasi—Gelni-ci, par exemple, n'a-til pas l'air bien terrible ?
Banizas—Serviteur, capitaine. (À Robert.) Bien le bonjour, mon petit capitaine.
Raouz Tu n'as pas peur de celui-là ?
Rogerr (s'approchant)—Mon gros chien de Babilas. (/{ lui pince les mollets.)
BapiLas (avec un gros rire) —Eh! eh! eh!
RaouL.—De quoi ris-tu ?
BaBiLas.—Je ne sais pas, capitaine. Eh ! eh!
eh! Vous avez l'air content, capitaine, et le
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petit capitaine estlà qui me pinçotte le gras des jambes... ça me prouve que tout le monde est joyeux, et ça me rend joyeux aussi. Eh!
eh! eh! (77 s'assied et joue avec Robert.)
Raourz.—Brave garçon! C'est le souffredouleur de monsieur Robert... un bon gros chien de Terre-Neuve !
RonEenT.—Aboie, Babilas, aboie donc.
BagiLAs—Ouah ! ouah ! ouah !
RoBEenti ! comme tu aboies mal.
D est vrai, c’est que j'ai un chat...
Votre chien à un chat dans la gorge.
RaouL.—Approche ici, matelot.
BamiLas.—Je ne peux pas, capitaine... le petit capitaine me tient par le nez... Tirez ferme, petit capitaine... il n’y a pas de danger qu'ilse décroche, allez... Mais il faut que je me rende à l'ordre ; tirez du côté du capitaine.
Raouz.—Lâche-le donc, méchant ment !
BamiLas.—Ne le grondez pas, capitaine, c’est moi qui le dissipe. (4 se redresse.) Présent, pitaine !
RaouL.—A la bonne heure, voici le marin français avec tous ses avantages. Dis-moi, matelot, tu aimes donc cet enfant-là ?
BaniLas.—Dieu de Dieu ! je le crois bien !.… Si je l'aime : lui qui m'arrache le nez, qui me décroche les oreilles, et qui me pince dans .Mmon gras. (71 se frotte le mollet.) Pour ça oui, que je l'aime !
\aOuL.—ÆEt pourquoi l'aimes-tu ?
BaBiLas.—Pourquoi ?... (Riantbétement.) Ah!
ah ! pour le Coup, capitaine.
Raouz.—Réponds.
garne-
BamiLas—Dame ! je n’en sais rien, mais je l'aime !
Raovz.—Et si Robert courait un danger, tu le défendrais, n'est-ce pas ?
BamrLas (avec force).— Oh ! pour ça, on peut y compter.(Hésitant) Mais je n’en suis pas bien sûr.
RaouL.—Comment ?
BaniLas.—C'est que j'ai peur... d’avoir peur.
Raou.—Toi ?... allons donc 1...
BaBiLas.—Oui, capitaine, j'ai des frayeurs fé: roces |
RaouL.—En vérité. pourquoi alors l'es tu fait matelot… pourquoi n'es-tu pas resté à terre ?
BapiLas.—J'avais peur des voitures.
RaouL.—Et ceux qui te savaient si poltron ne t'ont point conseillé de suivre une autre carrière ?
Bapizas.—Oh! que si! il y a mon oncle Boitineau, fermier à Nanterre, d'où je suis, sauf votre respect, qui voulait me retenir de force, le jour de mon départ pour Dunkerque:
il avait avec lui quelques voisins et huit garçons de ferme qui me barraient le passage et qui levaient sur moi de grandes gaules. A cette vue, v'là la peur qui m'empoigne, et il me vient des idées de griffer et de mordre. Je suis comme ça, voyez-vous: quand j'ai peur, je ne me connais plus; je deviens un véritable tigre !.. aussi je me jette au milieu de mon oncle et de son peloton, je tape à droite, je rue à gauche, j'en couche deux par terre, je poche l'œil à un autre, je casse trois dents à mon oncle, je mets tout le reste en fuite, et je m'en vais tranquillement à Dunkerque... mais
TT c'est égal, j'ai eu une fameuse peur, ce jour-la. (On ent'nd sonner la cloche, les marins entrent en scène.)
Raour.—Le déjeuner de l'équipage.
Rosenr.—Moi, je reste avec mon ami Babilas.
Raouz.—Tu veux assister au répas des matelots ? (A Babilas.) Surtout, ne le quitte pas un instant.
BasiLas.—Soyez tranquille, capitaine.
Raouz (à un matelot)—Je vous le répète, avant huit jours, l’Uranie entrera dans le port d’Acapulco.
Méooc (à part).—Oui, compte là-dessus.
Raouz.—Sur ce, bon appétit, etdouble ration à chaque homme. (Z1 sort.)
Bamias.—Vive le capitaine !
SGÈNE IV.