II. ODELIX, vie. gcn
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Nous offrons au public un nouveau volume des œuvres posthumes du P. Monsabré. Ce traité sur le Pdter fera suite heureusement au volume déjà publié, de son vivant sur la Prière. Après la doctrine et l'exhortation, si pleinement données dans ce premier volume, on trouvera dans celui-ci l'exemplaire idéal divinement réalisé dans la prière que Jésus-Christ adressait à son Père, et qu'il nous a laissée comme la formule officielle et toute puissante qui doit être récitée parles lèvres chrétiennes d'âge en âge jusqu'à la ffn des temps.
Le Commentaire que le P. Monsabré a fait de cette divine formule nous semble son œuvre la meilleure, bien qu'elle demeure inachevée, comme nous l'expliquerons à la fin de ce volume. Son style y apparaît simple, discret, éclairé et pieux. J'y remarque une limpidité de pensée et une suavité de piété, qu'il ne s'est pas connue peut-être, comme si l'aube de la divine lumière dont il était proche, avait
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pénétré de ses rayons cette œuvre suprême, dont il avait dit : ce sera la dernière.
Il a donné ce commentaire sous forme de Conférences familières à un auditoire d'élite : on en trouvera maint indice à la lecture. Mais cette simplicité ne manque ni d'élévation, ni de charme. Sa parole a même revêtu une abondance et une plénitude de doctrine à laquelle elle avait rarement atteint et qu'elle doit à la longue expérience de l'illustre orateur et au labeur incessant du théologien sûr et averti dont le savoir s'enrichissait tous les jours. Et quand on pense qu'elle tombe des lèvres d'un conférencier de Notre-Dame de Paris, qui a illustré pendant plus de vingt ans, avec le succès que l'on sait, cette chaire la plus brillante peut-être du monde catholique, qui a enseigné le dogme dans son intégralité, en commentant le Credo avec une autorité, une plénitude de science théologique, une ampleur de doctrine que nul n'avait égalée jusqu'ici, cette simplicité étonne et ravit. On sent, à je ne sais quel accent qui ne trompe pas, que c'est une simplicité voulue, réfléchie, imposée par la vertu, je veux dire le désir noble et saint d'éclairer les âmes, de les amener à la science de Dieu, de les porter à la prière, et de leur apprendre à parler à Dieu. Devant la mort, le silence s'impose ; les plus incroyants parlent à voix basse.
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Silence de respect ; la mort cache un si grand mystère ! Impossible de ne pas pressentir que Dieu n'est pas éloigné. Silence aussi de tendresse. On craindrait à parler haut, de troubler le colloque suprême de cet esprit avec la divinité, ou de meurtrir ce souffle qui s'en va par le son trop violent de la voix ; ainsi en est-il de la prière. D'instinct nous la récitons à voix basse, et nous éteignons le son de notre voix pour parler à Dieu par respect et par tendresse. N'est-il pas le mystère infini ? Et sa nature spirituelle, d'une sublime délicatesse, ne pourrait-elle pas être offensée du bruit grossier d'une parole trop forte ? La parole du P. Monsabré dans son Commentaire du Pater, la divine prière, s'impose je ne sais quelle réserve, quelle discrétion mystérieuse inspirée par le respect. Elle s'éteint, elle s'humilie, elle se coule comme une âme qui prie. Plus de cris ni d'éclat ; plus de cet apparat de l'éloquence apprise. Comme une âme qui se vêtirait de blanc pour paraître devant Dieu, elle se vêt de simplicité ; elle se fait plus naturelle et plus vraie. C'est à peine si, de temps à autre, quand elle s'oublie, la grande voix de l'orateur habitué aux vastes nefs, qu'elle remplissait si bien, éclate et se rythme puissamment et à flots pressés. Mais vite elle se calme et se souvient qu'un souffle de douceur et d'humilité doit partir des ailes de la prière, et le ton
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reprend son allure apaisée. On sent que l'orateur veut parler avec douceur et humilité de la prière si douce et si humble de Jésus-Christ. Le Maître marchait sur les flots ; le disciple mettra sur sa parole pour commenter sa prière, une sourdine qui soit un hommage et une dévotion.
Si donc on veut bien comprendre ce livre et tirer profit de sa lecture, il faudra lire avec foi. Le texte commenté est sacré entre tous. Si la parole inspirée est esprit et vie, comme l'a dit Jésus-Christ, spiritiis et ç^ita, donc le pater est esprit et vie par-dessus toutes les paroles divines ; c'est le souffle de Jésus-Christ qui, partant de son cœur, et de ses lèvres, porte les âmes à son Père qui est aux cieux. Là, la pensée intérieure de Jésus-Christ se communique à l'âme chrétienne, portant avec elle cette lumière où nous pouvons entrevoir celui qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il faut lire avec amour pour le Dieu qui est aux cieux : car le livre nous apprend le sens de la prière filiale du Fils au Père. Il faut lire dans le Saint-Esprit. Il pousse en nous, ici, ces inénarrables gémissements, qui venant de lui montent droit à Dieu, en nous entraînant avec eux sur le rythme divin de ces paroles inspirées par lui.
Et à ceux qui liront ce livre ainsi, cherchant la sève divine sous l'écorce des mots, la substance
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sacrée sous le vêtement oratoire qui parfois la recouvre, laissant de côté l'artifice 'et le convenu, dont le Père avait peine à se dépouiller complètement ; à ceux qui liront en cherchant le germe d'éternité à travers cette formule si brève, mais si pleine, et qui doit donner à toutes les prières de toutes les générations qui se succéderont dans le temps des accents pathétiques et divins, nous promettons qu'ils les y trouveront, car ils y sont.
M.-D. Roland.