PATER NOS TER
Les priants de l'ancienne loi, profondément pénétrés du sentiment de la grandeur de Dieu, et comme accablés sous le poids de sa majesté, multipliaient, pour le louer et l'invoquer, les expressions pompeuses et grandioses. Ils l'appelaient : l'Être par excellence, l'Éternel, l'Immense, le Très-Haut, le Fort, le Tout-Puissant, le Souverain Seigneur, le Maître des maîtres, le Roi des rois, le Dieu des Armées célestes, le Dieu des dieux. — C'était alors la loi de crainte. — Mais Jésus est venu proclamer la loi d'amour et d'amour filial ; c'est pourquoi il veut que, nous adressant à Dieu, nous commencions notre prière, par ce doux nom de Père : Pater.
N'est-ce pas pour nous un immense honneur et une douce joie, d'obéir aux ordres du divin doc-
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leur de la prière, et de pouvoir dire, avec toute la tendresse de notre cœur, nous, si petits, à un être infiniment grand * Père ! Père ! écoutez-nous !
Pater! Dieu est père d'abord, dans les profondeurs mystérieuses et insondables de son essence. « Eh quoi, nous dit-il, par la bouche de son prophète Isaïe • je ferai enfanter les autres, et je n'enfanterai pas ? Je donnerai aux autres le pou voir d'engendrer, et je serai stérile ^ ? ): Oh non, mon Dieu, vous n'êtes pas, vous ne pouvez pas être stérile. Comment communiqueriez-vous aux créatures, un honneur qui vous manque, une vertu que vous n'avez pas ? Dans votre propre sein, dans votre féconde et indivisible nature, vous engendrez une personne vivante, miroir sans tache, image animée de votre perfection, splendeur de votre gloire, figure de votre substance, votre verbe, auquel vous dites de toute éternité : « Tu es mon Fils, et je t'engendre dans un aujourd'hui qui n'a ni commencement, ni fin » ^ Vous êtes ravi du Fils que vous engendrez, votre Fils est ravi du Père qui l'engendre, et dans ce ravissement, vous vous
1 . Numquid ego qui alios parère facio, ipse non pariam ? Et ego qui generationem cœteris tribuo, sterilis ero? (Isaïe, cap, lxvi, 9.)