L AVÈNEMENT DU REGNE DIVIN
immortel et invisible des siècles, à Dieu seul, honneur et gloire pour toujours ! — Vive Dieu ! Vive le Roi ! Nous sommes son peuple : Nos autem popiUus eiiis ! — Voilà, ce que nous demandons. Et ce n'est pas en vain. Le règne d'un souverain a deux avènements, l'un qui date de sa proclamation officielle, l'autre qui date du jour où son peuple pressé autour de celui dont son cœur soumis accepte l'autorité, s'écrie avec enthousiasme : Vive le Roi !
Nous, chrétiens, nous reconnaissons, nous proclamons le règne de Dieu ; mais combien de misérables que le sentiment de leur liberté plonge dans une fatale ivresse, dont les rêves maladifs les tourmentent et les abusent ! Parce que l'expérience leur a appris qu'ils pouvaient résister aux lois suprêmes qui régissent toute vie humaine, ils se sont imaginé qu'ils étaient à eux-mêmes leur propre loi, qu'ils pouvaient prendre avec confiance les rênes de leur vie, et en diriger le cours par les chemins qu'ils ont choisis, et échapper ainsi au règne de Dieu. Lamentable méprise, détestable erreur ! Ce n'est pas parce qu'on le veut, qu'on se soustrait à la pression de l'autorité divine. Quand on la fuit d'un côté, on la rencontre d'un autre, on est toujours son peuple.
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On a beau dire à son divin roi : retire ta main de dessus ma tête ; — va-t-en : recède a me ; je n'ai pas besoin de toi ! J'ai reçu de la nature ma part d'héritage : mon être, ma vie, mes forces, mes mouvements, mes actions ; laisse-moi gouverner tout cela dans l'indépendance de mon esprit et de mon cœur ; oui, on a beau dire cela, il faut tomber fatalement et toujours sous le règne de Dieu. Si trop épris de sa liberté, on échappe au cœur qui aime, on rencontre la main qui étreint et qui broie ; si l'on ne veut plus être enfant, on devient esclave. Car le règne de Dieu sur les créatures libres est, à la fois, amour et justice. Qui méprise l'amour appartient à la justice; et, autant il est honorable et doux d'être soumis au règne d'amour, autant il est honteux et cruel d'être soumis au règne de justice. La prison, l'exil, la mort par lesquels les princes de ce monde châtient les rebelles, ne sont rien en comparaison des abîmes où l'âme exilée, privée du bonheur qu'elle convoitait instinctivement, vit dans un supplice mortel qui éternise son immortalité ; non ! rien, en comparaison de l'orage de justice qui gronde éternellement sur ia tête des hommes révoltés contre le règne de Dieu.
Nous chrétiens, nous n'en voulons pas de ce règne de justice. C'est pourquoi, remplis d'une pieuse compassion pour les misérables qui s'éva-
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noiiissent en leur orgueil, et se préparent d'effroyables |)eines, nous crions à Dieu, Hu fond des entrailles de notre fraternité : 0 Père, que votre règne arrive ! Adveniat regnum tuum. Non pas votre règne de vengeance, de colère, et de sévices éternels, mais votre règne d'amour. Disposez toutes choses, pour que toute créature intelligente et libre, aille se perdre en votre amour ! 0 Père ! c'est le vœu de vos enfants : qu'aucune âme créée n'oppose de résistance à la souveraine autorité de votre amour.
Nous demandons à Dieu son règne d'amour, mais que n'a-t-il pas fait pour l'établir au sein de l'humanité ? C'est sous les traits d'un père qu'il a fait ses premières apparitions, et a laissé tomber de ses mains libérales pour en enrichir notre âme, les trois plus grands biens qu'elle puisse posséder : la vérité, la vertu et la grâce. Arrhes sacrées des biens éternels, partout où on les rencontre, on peut dire : Dieu règne par l'amour. Cependant, dès les premiers jours du monde, l'homme fut infidèle à ce règne d'amour ; mais le divin roi qu'il avait ofYensé, au lieu d'agir en maître dur et impitoyable, voulut bien agréer son repentir, et lui continuer l'efYusion de sa bienveillante royauté, en scellant avec lui un pacte nouveau, par une miséricordieuse promesse. Plus tard, quand la terre inondée d'er-
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reurs et de crimes semblait provoquer les derniers coups de sa justice, il se choisit un peuple qu'il appela son peuple, et qu'il tint sous son sceptre d'amour, jusqu'à ce que fût arrivée la plénitude des temps prophétisés. Ce peuple chantait : «. Qu'il est bon, le Dieu d'Israël : Quam bonus Israël Deas ! » Mais bientôt la terre entière allait répéter ce cantique. « Voyez, dit l'Apôtre, quel est l'amour de Dieu pour nous, puisqu'il a daigné nous donner son fils. )) Il y avait entre notre néant et sa très haute majesté une distance infinie ; il se rapproche de nous, en revêtant son fils de notre nature, et en l'introduisant dans notre famille. Ses adorables perfections ne nous étaient connues que par des figures imparfaites ; il les fait resplendir à nos yeux, dans la personne du Fils bien-aimé, en qui il a mis toutes ses complaisances. La loi de son peuple était une loi de privilège ; par son Fils, il proclame une loi universelle qui doit faire régner partout la vérité, la vertu et la grâce.
Adorons-le, c'est noire roi ! Ecce rex vester. C'est à lui que doit s'appliquer notre prière, adveniat regnum tuum, en lui qu'elle doit se compléter, comme nous le verrons bientôt. En attendant, saluons notre roi Jésus, et demandons-lui la grâce de bien comprendre et de bien accepter son règne divin.