CHAPITRE t I. PA TER. . . AD VENIA T REGNUM TUUM
Parla première demande de l'Oraison dominicale que nous avons expliquée, l'homme accomplit le premier et le plus grand de ses devoirs. Il atteste l'infmie grandeur de son seigneur et maître, et son propre néant ; il se consacre tout entier au culte de la suprême majesté de son Créateur ; il veut, avant toute chose, que le nom adorable de Dieu soit sanctifié par les bénédictions de toute créature, exprimé d'une manière vivante dans l'état et les actes de toute créature et qu'ainsi la gloire accidentelle de Dieu soit, dans le monde, le reflet de sa gloire essentielle.
Après cela, Jésus, notre divin modèle, met sur nos lèvres cette seconde demande : Pater.,, adi^eniat regnum tiiiim ! Père., que votre règne arrive. Dieu en est directement l'objet, comme dans la précédente demande ; cependant, il s'agit aussi de nous. Finalement, il nous est permis de faire, par le moyen de Dieu, un retour sur nous-mêmes, et de songer à nos propres intérêts ; mais toujours, dans un ordre spirituel et transcendant.
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Cette seconde demande : Adveniat, ne se sépare pas brusquement de la première. Elle a avec elle, plus d'une affinité. Il est juste, en effet, qu'après avoir obtenu des créatures la gloire qu'il est en droit d'exiger d'elles, Dieu exerce, en retour, sur elles, son action souveraine, et qu'après avoir rempli notre plus grand devoir, nous jetions un regard sur notre dernier terme. Or, l'action souveraine de Dieu sur ses créatures, c'est son règne, ici-bas; notre dernier terme, c'est le règne éternel de Dieu, à la participation duquel nous sommes appelés d'une manière ineffable. Comment arrive le règne de Dieu, et pour lui, et pour nous, comment nous pouvons être exaucés en faisant cette prière : Adveniat regnum tuum, c'est ce que nous allons expliquer.
Qu'est-ce que régner ? C'est, selon toute la force et la pleine signification de ce mot, dominer, ordonner, diriger, faire aboutir toutes choses à leur fin, avec une autorité absolue et une suprême indépendance. Toute autorité qui n'a pas sa raison d'être en elle-même, et dont l'action est soumise au contrôle d'une autorité supérieure, ne règne que d'une manière imparfaite et précaire. Dieu seul règne
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parfaitement, parce que, seul, il est absolu et tout à fait indépendant. Placé au sommet de toutes choses, il embrasse toutes choses dans sa suprême domination ; aucune ne saurait échapper à son universelle et toute-puissante action.
Le prophète royal a décrit, par une splendide figure, ce majestueux empire de Dieu : « Le Seigneur, dit-il, a placé sa tente dans le soleil ; c'està-dire qu'il s'est représenté lui-môme, et, beau comme l'époux qui sort de la chambre nuptiale, cet astre géant bondit pour parcourir sa voie. Il part d'une extrémité du ciel, pour rejoindre l'autre ; rien ne se cache à sa vivifiante chaleur. w Ainsi, rien ne se cache, rien n'échappe à la royale puissance de Dieu. Il règne, et comme créateur, et comme conservateur, et comme consommateur de tout être et de toute vie.
Comme créateur, car il ne laisse échapper de son inépuisable fécondité, que ce qu'il veut. Les êtres qu'il contient éminemment dans le vaste sein de son intelligence, de son amour et de sa puissance, n'ont pas de cri capable de le forcer à les produire.
Comme conservateur, car, après avoir donné à chacun sa mesure d'être et de perfection, il peut la lui retirer librement. Il maintient, sans résistance, l'ordre qu'il a établi. Depuis l'origine, les astres dociles gardent les stations qu'il leur a fixées
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dans J'ospaco ; aujourcrJiiii, il h-s appclh-, cl ils répondent, comme les soldats, d'une armée disei- [)linée : nous sommes là : ecce adsumus. Il compose et il dissout, il envoie la vie ou la mort sans qu'aucune force soit capable de se déranger, de se conserver ou de se détruire malgré lui.
Enfin, il règne comme consommateur, car il fait, aboutir tout ce qui est aux fins qu'il se propose, par des voies à lui seul connues. Quelquefois, il nous semble que les créatures sont dévoyées ; leur marche et leur sort nous paraissent un désordre, et ce n'est qu'un mystère ; — car toutes vont se rendre au terme proche ou éloigné vers lequel Dieu les appelle.
Dieu règne ; il règne nécessairement, il règne avec une parfaite indépendance, sans nous et malgré nous ; pourquoi donc demander l'avènement de son règne ?
Pourquoi ? Oh ! c'est qu'il en est du règne de Dieu comme de son nom ; il faut que tous deux soient manifestés et connus ; il faut que les créatures intelligentes et libres se soumettent au règne de Dieu, comme il faut qu'elles rendent gloire à son nom. Un souverain peut faire peser sa volonté sur ceux qu'il appelle son peuple, prêter à cette volonté l'appui d'une main de fer, mais il ne règne pas, ou plutôt, il ne règne qu'imparfaitement sur
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ies âmes fières qui refusent de reconnaître son pouvoir, sans qu'il puisse les y contraindre. Non, cette prière, adveniat regnani tuum, n'est pas une vaine formule; par elle, nous demandons à Dieu que sa royale domination se manifeste par des signes éclatants, qu'elle se fasse connaître, que proclamée depuis l'éternité dans les profondeurs de l'essence divine, proclamée depuis l'origine des temps, par les Anges qui y participent, elle soit aussi proclamée, à chaque heure du temps, et sur chaque point de l'espace, par l'homme, dont le temps et l'espace circonscrivent la vie. — Nous demandons que représentée par l'homme, toute créature accepte humblement et généreusement, l'autorité sacrée de Dieu, et s'écrie avec le Psalmiste : « Le Seigneur a régné. Il s'est revêtu d'honneur et de force, et s'est préparé pour un grand ouvrage : Dominas regnaç'lt, decorem indutus est, induius est fortitudinem et prœcinxit se. Car c'est lui qui a affermi l'orbe de la terre, et rien ne Tébranlera : Etenim firmavit orbem terne qui non cornmovehitur. Dès lors, ô Seigneur, votre trône est prêt : Parata sedes tua ex tune. — Le Seigneur a régné, il règne aujourd'hui ; il régnera éternellement : Dominus regnahit in œternum. Il régnera à travers tous les siècles jusqu'à la fin : Dominus regnavit in sœeula. C'est bien ! C'est bien ! Fiat ! Fiat. » Au roi