‹ La prièreChapitre 109 sur 136 · Voyez Chap. VIII, § m · texte numérisé non relu

Voyez Chap. VIII, § m

Et d'abord, examinons-nous, et voyons si nous ne sommes pas nous-mêmes cause des relards divins, par l'imperfection de nos prières. Ce que nous désirons vivement et justement, le demandons-nous avec l'iiumilité, la piété, la ferveur qui rendent nos prières acceptables et immédiatement efficaces ? Sans doute, Dieu nous a dit : Tout ce que vous demanderez, vous sera accordé ; et, fidèle à sa promesse, il est toujours prêta nous exaucer, mais encore faut-il que nos prières répondent aux exigences de son infinie majesté, et soient assorties à la grandeur des dons que nous désirons obtenir de sa bonté. S'il manque quelque chose à la qualité de nos supplications, il est juste que la quantité et la continuité y suppléent. C'est la menue monnaie qui devient à la longue la grande somme des actes religieux que Dieu attend pour nous exaucer. Les pauvres ne peuvent payer que petit à petit, ce que les riches peuvent acquérir tout d'un coup. Les saints sont les riches de la vie spirituelle, mais, hélas ! nous ne sommes pas des saints.

Et puis l'ardeur de nos désirs et la ferveur de nos supplications sont-elles en harmonie avec nos adorations et nos actions de grâces ? Si nos prières sont empressées et bien faites, quand il s'agit de nos intérêts, le sont-elles autant quand

il s'agit de rendre gloire à Dieu, et de le remercier de ses dons? Dieu a bien le droit d'attendre que nous pensions à lui avant de penser à nous, et G[ue l'équilibre de nos actes religieux soit parfait.

D'autre part, considérons que, dans l'ordre providentiel, chaque chose a son temps, et ce temps est celui que Dieu sait être le plus favorable à Teffusion de ses dons, et à l'efficacité de ses grâces. « Ce qui est différé, dit saint Augustin, n'est pas refusé, mais nous sera donné en temps convenable : Oaœdam non negantur, sed ai confjvuo denlar tempore differeniur » '. Ne soyons pas impatients. Nous l'avons déjà remarqué : « Si Dieu, répondant à notre empressement, nous exauçait aussitôt que nous lui exprimons un désir, nous serions exposés à nous attribuer des droits que nous n'avons pas, à méconnaître la bonté toute gratuite de notre bienfaiteur, et à nous fermer, par l'ingratitude, le trésor de ses bienfaits». Laissons-le donc choisir, pour exaucer nos prières, la saison de noire vie spirituelle qu'il juge plus propice à notre salut et à notre perfection, et attendons, en priant toujours, son jour et son heure qui sera pour nos prières le jour et l'heure de leur eflicacité. 1. In Jo.\n., Tract., cap. ii.

Encore une fois, nous dit saint Augustin : « Dieu ne nous refuse pas ses dons parce qu'il les retarde, mais, en les retardant, il veut nous les faire estimer à leur juste valeur... Il garde devers lui ce qu'il ne veut pas nous donner trop tôt, a tin de nous apprendre à désirer grandement les grandes choses » '^. C'est ici le lieu de rappeler ce que nous avons dit au diiapitre des qualités de la Prière. « Il y a des grâces si nobles et si précieuses, qu'on ne saurait trop insister pour les obtenir. Nous voyons des misérables travailler pendant de longues années au triomphe d'idées funestes qui doivent bouleversor l'ordre social. Le flot qui les emporte ne noie pas leurs desseins. Dès que revient une tempête, ils reparaissent plus ardents que jamais, prodiguant les vilesadulations et les menteuses promesses pour assurer la victoire de leurs âpres convoitises. — Et nous qui demandons au roi des rois les vrais biens, nous nous lasserions, parce qu'il lui plaît de nous faire attendre, pour nous mieux faire comprendre la grandeur de ses dons ? — La lumière, la force, la consolation, le pardon, la paix de la conscience, la joie spirituelle ! Mais

1. Cum aliquando lardius dal {Deus) commendat dona non negat... Serval Ubi quod non vult cilo dare,uf et tu discas magna magne desiderare. ^Serm., v, de Verbls Domini).

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c'est Dieu lui-même, inclinant le ciel vers sa créature, et venant lui donner le baiser de la perfection. — La conversion d'une âme pécheresse ! mais c'est une des plus grandes merveilles de la puissance de Dieu. — Le salut d'un peuple qu'on opprime, ou qui se meurt de sa corruption ! mais c'est un de ces extraordinaires bienfaits dont la bonté divine est avare, c'est le triomphe d'une miséricorde infinie, sur la sainte justice poursuivant une équitable vengeance trop longtemps retardée ».

«Ah 1 s'il est un père, un enfant, un frère, un ami que nous chérissions et pour lequel nous demandons une grâce qui illumine leur esprit enlénébré par l'erreur, qui amollisse leur cœur endurci par le vice, prions toujours. Rappelonsnous cette courageuse Monique, épouse et mère, qui n'obtint qu'après de longues années de supplications et de larmes, la conversion de l'infidèle Patrice et du malheureux Augustin. — Si notre âme afiligée de l'invasion des erreurs, de l'inondation des vices, de la confusion des desseins, de l'incertitude des résolutions, de la compétition des ambitions qui menacent l'avenir de notre infortuné pays, comprend que Dieu seul peut nous sauver, et pousse vers le ciel de patriotiques gémissements, prions toujours. Hap-

pelons-nous que Dieu, importuné par les instances de son serviteur Moïse, lui disait : « Laisse-moi : Dimilte me ; laisse ma fureur s'allumer contre ce peuple ingrat ; je veux le détruire ». Mais Moïse priait encore : « Seigneur, disait-il, pourquoi vous irriter contre ce peuple que vous avez tiré de l'Egypte avec tant de force, et d'une main si robuste ? Voulez-vous que vos ennemis vous accusent de ne nous avoir tirés de la servitude, que pour mieux nous détruire ? Apaisez-vous ; souvenez-vous d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, à qui vous avez promis une postérité nombreuse comme les étoiles du firmament !... » Et Dieu apaisé détournait la main vengeresse qu'il avait étendue sur la tête de son

peuple

Nouveaux Moïses, prions encore, prions toujours, ne laissons pas Dieu s'échapper de nos patriotiques étreintes.

Du reste, en toute occasion, et quel que soit l'objet de nos vœux, ayons auprès de Dieu la science et le courage de l'importunité. Pas de ces découragements qui tarissent la source de nos prières. Si Dieu retarde ses dons,« c'est, dit saint François de Sales, pour nous donner le

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